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Bourgeoisies Emprunts interdisciplinaires dans l'étude d'un groupe social

Pages 145 à 164

Citer cet article


  • Magri, S.
(2001). Bourgeoisies Emprunts interdisciplinaires dans l'étude d'un groupe social. Genèses, no44(3), 145-164. https://doi.org/10.3917/gen.044.0145.

  • Magri, Susanna.
« Bourgeoisies Emprunts interdisciplinaires dans l'étude d'un groupe social ». Genèses, 2001/3 no44, 2001. p.145-164. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-geneses-2001-3-page-145?lang=fr.

  • MAGRI, Susanna,
2001. Bourgeoisies Emprunts interdisciplinaires dans l'étude d'un groupe social. Genèses, 2001/3 no44, p.145-164. DOI : 10.3917/gen.044.0145. URL : https://shs.cairn.info/revue-geneses-2001-3-page-145?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/gen.044.0145


Notes

  • [1]
    Edoardo Grendi, « Un caso tipico di “fecondazione sociologica” della ricerca storica », in E. Grendi (éd.), « La stratificazione sociale nell’Ottocento », Quaderni storici, maggio-dicembre 1975, n° 29-30, pp. 701-702.
  • [2]
    Ernest Labrousse, « Voies nouvelles vers une histoire de la bourgeoisie occidentale aux xviiie et xixe siècles (1700-1850) », in Giunta centrale per gli studi storici (éd.), Comitato internazionale di scienze storiche. X Congresso internazionale di scienze storiche, Roma 4-11 settembre 1955, Firenze, G. C. Sansoni Editore, 1955, pp. 364-396.
  • [3]
    Voir à ce sujet le dossier thématique « Reconstructions de la sociologie française (1945-1960) », Revue française de sociologie, vol. 32, n° 3, 1991, et spécialement les études de Johan Heilbron et Jean-Michel Chapoulie. Comme le montre ce dernier, c’est seulement après 1965 que se développent les relations entre les travaux de l’Insee et ceux de la sociologie. On peut noter cependant que la sociologie marxiste, si elle ne refuse pas l’utilisation des données de l’Insee, en critique sévèrement la construction. Voir, par exemple, Christian Baudelot, Roger Establet, Jacques Malemort, La petite bourgeoisie en France, Paris, François Maspero, « Cahiers libres 270-271 », 1974, en particulier pp. 16-17.
  • [4]
    A. Daumard, « Une référence pour l’étude des sociétés urbaines en France aux xviiie et xixe siècles. Projet de code socio-professionnel », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 10, juillet-septembre 1963, pp. 185-210 ; Jacques Dupâquier, « Problèmes de la codification socio-professionnelle », in L’Histoire sociale. Sources et méthodes. Colloque de l’École normale supérieure de Saint-Cloud (15-16 mai 1965), Paris, Puf, 1967, p. 159. Sont représentées au colloque la géographie humaine, la démographie, l’histoire économique, l’histoire littéraire et l’histoire religieuse. Ibid., pp. 207-284.
  • [5]
    Parmi les premières études : A. Daumard, « Une source d’histoire sociale : l’enregistrement des mutations par décès. Le XIIe arrondissement de Paris en 1820 et 1847 », Revue d’histoire économique et sociale, vol. 35, n° 1, 1957, pp. 52-78 ; A. Daumard, François Furet, « Méthodes de l’Histoire sociale. Les archives notariales et la mécanographie », Annales ESC, n° 4, 1959, pp. 676-693 et Structures et relations sociales à Paris au milieu du xviiie siècle, Paris, Armand Colin, 1961 (Cahier des Annales 18).
  • [6]
    François Simiand, « Méthode historique et science sociale », Revue de synthèse historique, vol. 6, n° 1, 1903, pp. 1-22, n° 2, pp. 129-157. Pour une analyse de ce moment fondateur des relations entre histoire et sociologie, voir Jacques Revel, « Histoire et sciences sociales : les paradigmes des Annales », Annales ESC, n° 6, 1979, pp. 1360-1376.
  • [7]
    Selon l’expression de F. Furet, « Pour une définition des classes inférieures à l’époque moderne », Annales ESC, n° 3, 1963, p. 460.
  • [8]
    Sur ce point voir Gérard Noiriel, Qu’est-ce que l’histoire contemporaine ?, Paris Hachette, coll. « Carré Histoire », 1998, p. 72 ; J. Revel, « L’institution et le social », in Bernard Lepetit (éd), Les formes de l’expérience. Une autre histoire sociale, Paris, Albin Michel, 1995, pp. 69-70.
  • [9]
    A. Daumard, Les bourgeois de Paris…, op. cit., p. 8. En 1927, Marcel Mauss rappelait que les « méthodes quantitatives » sont « le moyen d’analyser tout fait social », qu’elles s’appliquent aux études de la « morphologie » aussi bien qu’à celles de la « physiologie » sociales : « Au fond, tout problème social est un problème statistique. La fréquence du fait, le nombre des individus participants, la répétition au long du temps, l’importance absolue et relative des actes et leurs effets par rapport au reste de la vie, etc… tout est mesurable et devrait être compté. », M. Mauss, « Divisions et proportions des divisions de la sociologie », L’Année sociologique, vol. 2, 1927, pp. 151-152.
  • [10]
    La population considérée en 1901 est issue d’un échantillonnage stratifié des données fournies par plusieurs annuaires contemporains, mondains, biographiques, professionnels. Les principes du découpage sont exposés dans l’introduction.
  • [11]
    L’étude de référence est ici celle d’André Tudesq, Les grands notables en France (1840-1849), Bordeaux, Delmas, et Paris, Puf, 1964, 2 vol.
  • [12]
    Cette analyse est fondée sur les données biographiques relatives aux individus composant l’échantillon de 1901. Celui-ci ne retient « par définition » que « les individus parvenus aux grades supérieurs », ce qui dans l’étude des passages d’une élite à l’autre occulte les flux intervenus avant l’arrivée à ces grades, comme le note l’auteur lui-même p. 126. En outre, dans cette logique, la donnée pertinente est le changement d’activité et non pas le cumul de positions à un moment donné de la trajectoire.
  • [13]
    C’est l’objet du ch. ii « Sélection sociale et sélection scolaire ».
  • [14]
    Ces alliances, parce qu’elles sont recherchées deux fois plus souvent par les hauts fonctionnaires que par les hommes d’affaires (plus du tiers des fils des premiers épousent des héritières des seconds, alors que seulement 15 % des fils de la grande bourgeoisie d’affaires se marient avec des filles de hauts fonctionnaires) expriment la hiérarchie qui place les premiers en position dominée face aux seconds.
  • [15]
    Sur cette confrontation, voir notamment Hans Medick, « “Missionnaires en canot”. Les modes de connaissance ethnologiques, un défi à l’histoire sociale ? », Genèses, n° 1, 1990, pp. 24-46.
  • [16]
    Sur les relations entre aristocratie et bourgeoisie allemandes, dans le cadre du débat sur la thèse de la « féodalisation », voir J. Kocka « Modèle européen et cas allemand » in J. Kocka (éd.), Les bourgeoisies européennes…, op. cit., pp. 7-47, et plus particulièrement pp. 37-41.
  • [17]
    Voir en particulier, pour un débat à ce propos, Ute Frevert, « Classe et genre dans la bourgeoisie allemande au xixe siècle », Genèses, n° 6, 1991, pp. 5-28.
  • [18]
    Un rôle pivot qui s’exprime en outre à travers la reconnaissance affective et matérielle des testateurs. Voir le chapitre V de la seconde partie de l’ouvrage de A. Daumard, « Les femmes ».
  • [19]
    Les pensionnats administrés par un personnel laïque ont l’inconvénient de l’instabilité : ils disparaissent souvent avec leur fondatrice. Ce constat est corroboré par Viviane Isambert-Jamati, Solidarité fraternelle et réussite sociale. La correspondance familiale des Dubois-Goblot, 1841-1882, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 1995, 3e partie, pp. 105-166.
  • [20]
    L’étude du corpus des romans écrits par ces bourgeoises montre la cohérence entre pratique et représentation : comme dans la réalité, la mythologie de ces fictions fait régner la femme sur l’ordre domestique dont elle est l’artisane. Voir ch. viii « Le mythe domestique ».
  • [21]
    B. G. Smith rejoint ici l’analyse d’U. Frevert, « Classe et genre dans la bourgeoisie allemande… », op. cit., où est souligné le pont que les femmes jettent entre bourgeoisie et aristocratie par leurs manières cultivées et le raffinement de leur beauté.
  • [22]
    Julia Bécour (1841-1917) est la figure exemplaire de cette catégorie de femmes : écrivain, fondatrice de la Société des mères abandonnées au plus fort de la bataille des républicains locaux contre les œuvres de charité au début des années 1890, épouse d’un éminent médecin, elle se distingue des autres bourgeoises du Nord par ses convictions républicaines et féministes. Elle n’en partage pas moins la morale religieuse (pp. 127-130 et 152).
  • [23]
    M. J. Daunton, « La crescita della società classista : prospettive inglesi e americane », Quaderni storici, n° 29-30, op. cit., pp. 703-729. Analysant dix ans de travaux anglais et américains d’histoire sociale l’auteur reproche à The Making of the English Working-Class d’Edward P. Thompson d’avoir « manqué d’intérêt pour les structures [sociales] » (p. 707). Rappelons que Stephan Thernstrom a été l’initiateur, avec Poverty and Progress. Social Mobility in Neenteeth Century City (1964), des études de mobilité sociale dans les villes américaines.
  • [24]
    E. Grendi, « Il “daumardismo” : una via senza uscita ? », Quaderni storici, n° 29-30, op. cit., pp. 729-737. Cette critique prend plus particulièrement en considération l’ouvrage dirigé par A. Daumard, Les fortunes françaises au xixe siècle, La Haye, Mouton, 1973.
  • [25]
    Voir en particulier les contributions de Simona Cerutti, J. Revel, B. Lepetit, E. Grendi à Jacques Revel (éd.), Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Seuil/Gallimard, 1996. E. Grendi fait état de la diversité des « perspectives » au sein de la microstoria, tandis qu’A. M. Banti, « Storie e microstorie : l’histoire sociale contemporaine en Italie (1972-1989) », Genèses, n° 3, 1991, pp. 134-147, retrace le contexte historiographique italien où elle a pris corps.
  • [26]
    Le recueil d’études italiennes consigne les premiers résultats d’un programme de recherche financé par le ministère de l’Éducation nationale et dirigé par Paolo Macry (Université de Naples) et Raffaele Romanelli (Université de Pise), dont le principal objectif était de « décrire » à l’aide de sources sérielles la bourgeoisie italienne dans sa diversité locale. L’existence de ce groupe de recherche met en doute le diagnostic formulé par B. Lepetit (« De l’échelle en histoire », in Jacques Revel (éd.), Jeux d’échelles…, op. cit., p. 7), pour qui « L’influence de l’historiographie française et l’impossibilité habituelle de trouver dans l’université italienne les structures nécessaires pour mener à bien les enquêtes collectives sérielles qui permettaient d’en remplir le programme, expliquent à le fois la démarche et [les] premiers caractères [de la microstoria].»
  • [27]
    P. Macry, « Borghesie, città e Stato. Appunti e impressioni su Napoli, 1860-1880 », Quaderni storici, n° 56, agosto 1984, pp. 339-384, A. M. Banti, « Richezza e potere. Le dinamiche patrimoniali nella società lucchese del XIX secolo », ibid., pp. 385-432.
  • [28]
    A. M. Banti avait déjà formulé, en 1982, une critique de l’histoire sociale labroussienne, dont il considérait que le défaut est d’« écarter une analyse approfondie des relations, choix individuels et mentalités » cruciale pour l’étude « des formes de la mobilité ascendante et des structures du pouvoir social » des classes moyennes qui n’appartiennent pas au monde de l’entreprise. A. M. Banti, « Alla ricerca della “borghesia immobile” : le classi medie non imprenditoriali del XIX secolo », Quaderni storici, n° 50, agosto 1982, pp. 629-651.
  • [29]
    Maurizio Gribaudi, « Avant-propos », in M. Gribaudi (éd.), Espaces, temporalités, stratifications. Exercices sur les réseaux sociaux, Paris, EHESS, 1998, p. 26.
  • [30]
    P. Macry utilise en particulier les dossiers relatifs aux tutelles sur les orphelins mineurs comportant les actes de gestion de leurs patrimoines, et ceux relatifs aux procédures d’interdiction et d’« inabilitazione », cette dernière visant à sanctionner les comportements supposés mettre en péril la stabilité des patrimoines sans que soit invoquée l’incapacité mentale de l’individu, comme dans les cas des demandes d’interdiction.
  • [31]
    Au-delà des dispositions testamentaires, les conflits intrafamiliaux qui pouvaient aller jusqu’aux demandes d’interdiction, attestent la domination du porteur du nom et de sa branche.
  • [32]
    Cette part s’élève en 1902-1905 à 66,1 % (81 % des valeurs immobilières) contre 44,7 % pour l’ensemble du pays et 10 % à Naples (p. 22), pourcentage étonnamment faible, mais qui confirme l’évolution indiquée par P. Macry.
  • [33]
    Dans la première partie de son livre, A. M. Banti utilise une source « labroussienne », l’enregistrement des successions, non pour classer les individus (selon la profession et la fortune) mais pour étudier leurs actes. Il situe ainsi le changement qui est à l’origine de la structure patrimoniale dominante au tournant du xxe siècle et en met en évidence les conditions : l’investissement massif dans la terre se produit au milieu du xixe siècle à la suite de l’effondrement de la rentabilité du commerce de la soie et du crédit privé, activités jusqu’alors prospères et répandues dans la ville. À travers son analyse, il remet en cause la thèse historiographique italienne qui, dans les années quatre-vingts encore, regardait l’investissement dans la terre comme un comportement opposé au modèle de rationalité moderne weberien, et donc comme signe de la « féodalisation » de la bourgeoisie nationale. L’auteur discute cette thèse et le modèle légué par Max Weber, Sombart et Schumpeter dans l’introduction, pp. 3-19.
  • [34]
    A. M. Banti utilise le travail de Jeremy Boissevain, Friends of Friends. Networks, Manipulators and Coalitions, Oxford, Basil Blackwell, 1974. Sur l’approche de l’école de Manchester, qu’il tient pour « antistructuraliste », voir M. Gribaudi, « Avant-propos », op. cit., pp. 5-40.
  • [35]
    Il s’agit de la création du Syndicat pour favoriser l’achat de matières utiles à l’agriculture. La population prise en considération est composée des participants à la réunion du Comice qui, en décembre 1884, précède l’acte officiel de cette création. Les relations entre ces individus sont reconstruites à partir de sources institutionnelles, biographiques, journalistiques (pp. 157-166).
  • [36]
    Cette « noblesse de robe » présente le pourcentage le plus élevé de la dépense moyenne par rapport à la valeur moyenne du patrimoine foncier et de l’ensemble de la fortune. Comme la « noblesse titrée » elle avait, avant le xixe siècle, reçu ses titres du duc de Parme, sous l’autorité duquel se trouvait Plaisance, mais sans l’attribution de juridictions féodales. Ses domaines fonciers étaient encore à la fin du xixe siècle nettement moins importants que ceux de la noblesse « titrée » qui, jusqu’à l’Unité, était la véritable classe dirigeante de la ville (pp. 174-175).
  • [37]
    Ces nobles sont à la fois propriétaires et fermiers, membres des professions libérales, négociants et financiers à titre privé (pp. 183-184).
  • [38]
    Le prix du blé diminue à partir du milieu des années 1870 ; il est au plus bas au milieu des années 1880, lorsqu’est prise la décision de créer le Syndicat pour favoriser l’achat d’engrais chimiques (pp. 144-145).
  • [39]
    Voir ch. viii « Les élites et le pouvoir », en particulier pp. 435-440 et 44-446.
  • [40]
    C. Charle n’ignore pas cette « multipositionnalité », mais il ne la signale que pour indiquer l’importance du pouvoir personnel au sein du champ politique, comme dans le cas d’Édouard Aynard, homme d’affaires, député de Lyon et membre de plusieurs organismes consultatifs nationaux (p. 452). L’analyse de la multipositionnalité est en revanche envisagée par Luc Boltanski (« L’espace positionnel. Multiplicité des positions institutionnelles et habitus de classe », Revue française de sociologie, vol. 14, n° 1, 1973, pp. 3-25) pour évaluer le degré d’autonomie des champs, de l’étendue et de la nature du « capital social » et les pouvoirs spécifiques qu’elle génère, liés en particulier à la « pluralité des personnalités sociales » des individus concernés.
  • [41]
    Entre 1867 et 1900, la composante bourgeoise du conseil municipal dispose de la majorité absolue des sièges de l’assemblée ; elle n’a cette majorité dans la « giunta » (groupe formé par le maire et ses adjoints) qu’à partir de 1890 (pp. 196-198).
  • [42]
    Le conseil municipal était entièrement renouvelé tous les cinq ans, mais il l’était partiellement (1/5) tous les ans, les élus sortants étant rééligibles. Entre 1867 et 1889, seule une petite majorité (53,5 %) des conseillers élus parvient à garder son mandat cinq ans ou plus. La distribution de la population selon la durée des mandats fait apparaître deux pics modaux, le premier correspondant à une durée de mandat inférieure à cinq ans, le deuxième à une durée supérieure à quinze ans (p. 215). C’est sur ce second groupe de conseillers que porte l’analyse des conditions de la conservation du pouvoir local.
  • [43]
    A. M. Banti se réfère ici à nouveau à l’étude de J. Boissevain citée plus haut et à Giovanni Levi, L’eredità immateriale. Carriera di un esorcista nel Piemonte del Seicento, Torino, Einaudi, 1985, ch. vi (tr. fr. Le pouvoir au village. La carrière d’un exorciste dans le Piémont du xviie siècle, Paris, Gallimard, 1989).
  • [44]
    Partisan de la politique « éclairée » de Giolitti, il en deviendra le ministre de l’Agriculture en 1911 (pour la biographie du personnage, voir pp. 153-154 et 309).
  • [45]
    Pierre Bourdieu, La noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps, Paris, Les Éditions de minuit, coll. « Le sens commun », 1989, 3e partie, « Le champ des grandes écoles et ses transformations », pp. 183-369, et, parmi les travaux récents portant sur l’action publique, Vincent Dubois, « La culture comme catégorie d’intervention publique. Genèses et mises en forme d’une politique », thèse de doctorat en science politique, EHESS, 1994 ; Hélène Michel, « Propriété, Propriétaires. Politiques publiques et groupes d’intérêt dans le secteur immobilier en France », thèse de doctorat en science politique, EHESS, 2000.
  • [46]
    Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot, Dans les beaux quartiers, Paris, Seuil, coll. « L’épreuve des faits », 1989, et Quartiers bourgeois, quartiers d’affaires, Paris, Payot, coll. « Documents », 1992.
  • [47]
    M. Pinçon, M. Pinçon-Charlot, La Chasse à courre, ses rites et ses enjeux, Paris, Payot, 1993 (réed. « Petite bibliothèque Payot », 1996).
  • [48]
    M. Pinçon, M. Pinçon-Charlot, Grandes fortunes, Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 1998. Sur bien des aspects de la cohésion grande bourgeoise et des pratiques d’exclusion qui l’entretiennent, ces travaux rejoignent l’enquête d’Éric Mansion-Rigau, Aristocrates et grands bourgeois, Paris, Plon, coll. « Pluriel », 1994.
  • [49]
    M. Pinçon, M. Pinçon-Charlot, Nouveaux patrons, nouvelles dynasties, Paris, Calmann-Lévy, 1999.
  • [50]
    Monique de Saint-Martin, L’espace de la noblesse, Paris, Métailié, 1993.
  • [51]
    Ibid., p. 11.
  • [52]
    M. Pinçon, M. Pinçon-Charlot, Sociologie de la bourgeoisie, op. cit., pp. 102-104.
  • [53]
    Dans la mise en évidence de ce rôle stratégique des alliances matrimoniales, P.-P. Zalio rejoint A. M. Banti et François Héran, Les bourgeois de Séville. Terre et parenté en Andalousie, Paris, Puf, coll. « Ethnologies », 1990, auquel lui-même se réfère.
  • [54]
    L’analyse (pp. 267-270) emprunte ici à P. Bourdieu, La Distinction. Critique social du jugement, Paris, Minuit, coll. « Le Sens commun », 1979.
  • [55]
    Marseille rejoint et approfondit ici le Paris des Quartiers bourgeois, alors qu’à l’inverse l’étude des familles napolitaines se contente de constater la dichotomie entre « città alta » et « città bassa ».
  • [56]
    Le livre de P.-P. Zalio se situe à cet égard dans le sillage des travaux d’histoire sociale urbaine ouvert par Jean-Claude Perrot, Genèse d’une ville moderne. Caen au xviiie siècle, Paris-La Haye, Mouton, 1975, où figurent notamment M. Gribaudi, Itinéraires ouvriers. Espace et groupes sociaux à Turin au début du 20e siècle, Paris, EHESS, 1987, et Simona Cerutti, La ville et les métiers. Naissance d’un langage corporatif (Turin, 17e-18e siècle), Paris, EHESS, 1990.
  • [57]
    Pierre Rastoin, descendant de l’une des plus grandes familles locales d’huiliers, diplômé d’HEC, cadre dans la banque et engagé dans le syndicalisme patronal, choisit en 1983 de rester l’allié de Gaston Deferre malgré la participation des communistes au gouvernement local (pp. 247-254).
  • [58]
    Ce débat fait l’objet du livre édité par J. Revel, Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Seuil/Gallimard, 1996.
« C’est sur les confins des divisions de la sociologie, comme sur les confins de toutes les sciences et parties des sciences que s’opèrent normalement les plus grands progrès. Parce que c’est là qu’on saisit les jointures des faits et que l’on sent le mieux les oppositions de points de vue. »
Marcel Mauss, « Divisions et proportions des divisions de la sociologie », L’Année sociologique

1 La lecture de travaux sur les bourgeoisies que je présente ici, cherche à montrer l’apport des emprunts interdisciplinaires dans la production de connaissances en sciences humaines et sociales – histoire, anthropologie et sociologie étant concernées par cet objet. Elle n’a pas de visée critique : c’est de la confrontation de travaux qui se sont succédé dans le temps que ressortiront les points aveugles de telle ou telle démarche, soulignés d’ailleurs généralement par les auteurs de ces livres qui se sont engagés dans de nouvelles voies de recherche. Centrée sur les résultats, plutôt que sur les processus ayant conduit à ces emprunts explicites ou implicites, mon analyse est limitée : elle ne portera pas, en particulier, sur leurs conditions de possibilité, étude relevant d’un projet trop vaste que je ne me proposais pas d’entreprendre. Il m’a néanmoins semblé utile de mener cette analyse, pour deux raisons. Les travaux pris en considération attestent d’abord que le recours à de nouveaux concepts et procédés d’analyse s’effectue souvent en dépassant les découpages disciplinaires. Ils témoignent en outre de l’internationalisation du champ des sciences sociales : contrairement à ce que laissent penser les débats internes aux communautés scientifiques de chaque pays, c’est en traversant les frontières nationales que les emprunts interdisciplinaires se réalisent le plus souvent. En démontrer la fécondité est ainsi sans doute le meilleur appui que l’on puisse apporter à ce double décloisonnement, tenu à juste titre – et avec fermeté dans cette revue dont il est la principale raison d’être – pour condition de l’inventivité scientifique.

Délimiter et définir : une rencontre à distance entre histoire et sociologie

2 En 1975, dans l’introduction à un recueil de textes sur « La stratification sociale au xixe siècle » publié par Quaderni storici, Edoardo Grendi considère que les études de cet objet, parmi lesquelles figurent en bonne place celles d’Adeline Daumard, représentent « un cas typique de “fécondation sociologique” de la recherche historique [1] ». Dans le cas français, l’affirmation est certainement juste, à condition toutefois d’envisager les rapports entre les deux disciplines sur un laps de temps assez ample, embrassant les cinquante années antérieures à la mise en œuvre du programme de recherches sur la bourgeoisie, lancé en 1955 par Ernest Labrousse au Congrès international de sciences historiques de Rome [2].

3 Dans la décennie qui suit ce congrès, en effet, la sociologie française, alors en cours de reconstitution, ne s’intéresse guère à la stratification sociale : elle se tourne plutôt vers l’étude du monde ouvrier, et tout particulièrement du travail industriel [3]. L’utilisation par les sociologues du code des catégories socioprofessionnelles élaboré par l’Insee, à laquelle fait allusion Jacques Dupâquier au colloque d’histoire sociale de Saint-Cloud en 1965, n’est donc pas fréquente : elle ne l’est pas suffisamment, en tout cas, pour susciter l’intérêt des historiens. Il est significatif, à cet égard, que les sociologues ne soient pas représentés à ce colloque, où est discuté le code socioprofessionnel pour l’étude des sociétés urbaines des xviiie et xixe siècles élaboré deux ans plus tôt par A. Daumard, et où sont pourtant invitées les « disciplines voisines » de l’histoire [4]. C’est donc à une autre sociologie, celle des fondateurs, d’Émile Durkheim et François Simiand, que se relie la nouvelle histoire sociale « quantitative » [5]. Cette relation a été établie par de nombreuses études historiographiques : je n’en rappellerai donc que l’essentiel.

4 Les travaux sur les « structures sociales » des villes des xviiie et xixe siècles entrepris à partir de 1955, se placent sous la direction d’E. Labrousse. Or, pour leurs auteurs, ce qui compte dans le message labroussien, c’est moins la primauté accordée à l’économie, que la reprise de la proposition adressée par F. Simiand aux historiens cinquante ans plus tôt : niant à l’encontre de l’histoire « historisante » la signification du fait isolé, l’économiste sociologue soutenait que celui-ci doit être construit de manière à s’intégrer dans des séries qui permettront de dégager des « régularités », sur le constat desquelles seulement peut se bâtir l’explication scientifique [6]. En effet, si ces historiens considèrent avec E. Labrousse que l’étude des groupes sociaux relève d’abord de l’« observation économique » [7], ils n’en partagent pas nécessairement pour autant la conception marxiste de la société. Suivant l’enseignement des Annales, l’économie est privilégiée surtout parce qu’elle offre, mieux que les autres domaines du social, les données susceptibles d’être traitées statistiquement [8]. C’est précisément ce traitement qui garantit la scientificité de leur démarche. En rappelant, dans l’introduction au texte abrégé de sa thèse, qu’« il est inutile, à la date où nous écrivons, d’insister sur l’importance des séries, sur la nécessité de compter, sur les avantages de la méthode quantitative » et que « la statistique, lorsqu’elle repose sur des bases sûres, est préférable au “cas typique” qui peut toujours être exceptionnel », A. Daumard se situe à l’évidence dans le droit fil de l’enseignement des durkheimiens transmis par le directeur de ses travaux [9].

5 Orientée par cette méthodologie, l’histoire sociale du groupe bourgeois consiste d’abord à le délimiter, à en définir les frontières externes et les hiérarchies internes. C’est cela l’objectif de l’« étude de masse » à laquelle se livre d’abord l’auteur. Une fois fixées les limites supérieures et inférieures du groupe, et estimé son poids dans la société parisienne, cette étude « décrit » les « structures bourgeoises » en combinant les indications que les sources fournissent sur les professions, d’un côté, les niveaux de fortune ou de revenu, de l’autre. Une première approximation des hiérarchies sociales en résulte, qui est ensuite précisée à l’aide de données relatives aux « niveaux » et aux « genres de vie ». Précisée ou corrigée : les détails sur les biens possédés par les ménages, dont sont riches les inventaires après décès, permettent en effet de montrer que fortune ne va pas toujours avec culture, et que celle-ci place à un « rang » supérieur à celui des « boutiquiers », les « professions libérales » et les « employés de l’État » situés dans une « position » inférieure au vu de leur niveau de richesse (pp. 74-76). Ce laborieux travail de délimitation, du fait même des nombreux critères qu’il manie, n’aboutit pas à un classement tranché : « l’importance des chevauchements qui se produisent, selon le choix du critère utilisé – conclut A. Daumard au terme de la première partie de son travail – quand on essaie de dénombrer chaque groupe ou de placer les individus dans leur milieu, [complique] tout essai de classification » (p. 95). De cette difficulté – inhérente à toute entreprise de classement unidimensionnel d’un individu – découle une simplification, bien visible dans la conclusion sur la « stratification sociale » : deux principes de classement commandent celle-ci, la catégorie professionnelle et le niveau de fortune, les autres éléments n’intervenant qu’à la marge. C’est pourtant ici que se situe le premier apport de connaissance de cette histoire sociale. Elle fait en effet apparaître une proximité entre des groupes que la prise en considération de la seule position professionnelle différencie au contraire nettement – grands manufacturiers et hauts fonctionnaires par exemple – ou, à l’inverse, une distance entre ceux que cette position semble unir – tels les boutiquiers et les négociants. Ces résultats sont tout à fait établis dans la seconde partie de l’analyse.

6 « En réalité, à l’issue de cette étude statistique, nous ignorons tout de la cohésion des groupes que nous avons dénombrés. Les étapes de leur formation, l’histoire des individus qui la composent, peuvent seules préciser le contenu de la hiérarchie sociale » (p. 101) : on ne saurait mieux dire combien les analyses annoncées, qui se proposent de définir les groupes après les avoir délimités, se situent dans les cadres tracés par l’étude des structures. Car, si le cas individuel – souvent familial – est désormais mobilisé, c’est à titre de « témoignage », de « cas typique » ne valant que par son insertion dans le groupe repéré par la statistique. Entre catégories ou « milieux », au sein des mailles très larges de la stratification sociale que sont ses grands « étages », A. Daumard établit des relations, cherche des propriétés communes, restant sur le terrain de l’économie (étude des comportements professionnels, de la composition des fortunes) ou le quittant (étude des origines sociales et géographiques, des mariages, des généalogies familiales, de l’« homme public »…). Conditions et valeurs constitutives de la « psychologie collective » sont saisies au passage, celles-ci couronnant, conformément au programme de E. Labrousse et des Annales, l’édifice de l’histoire de la bourgeoisie parisienne. Si l’on considère le haut de la pyramide sociale – exemple le plus probant – on peut constater comment, en se précisant, la sociologie d’un groupe en définit à la fois les contours et la consistance. Le niveau de fortune, on l’a vu, avait rapproché des professions différentes : entre les affaires, la grande industrie et la haute administration, les liens maintenant se resserrent. Non du seul fait de leur enrichissement parallèle et croissant après la Restauration. Ce qui compte aussi et surtout, ce sont les relations tissées par le mariage et un recrutement – saisi par l’étude des origines sociales – qui n’est plus fondé sur le « talent », comme chez les fils de la Révolution et de l’Empire, mais sur le « droit de naissance ». Cette osmose et cette fermeture créent une « aristocratie » bourgeoise qui se distingue de la noblesse et en amorce le déclassement. Le fossé se creuse du même coup avec la strate inférieure, où l’endogamie se développe parallèlement – par les alliances entre négociants, « capacités » et employés de l’État – et où l’instruction devient « une sorte de capital, nécessaire pour que les fils [puissent] obtenir une position comparable à celle de leur père » (p. 175).

7 On le voit par cet exemple : plusieurs facteurs de la structuration des groupes bourgeois sont présents dans cette étude. L’analyse de la diversité de ces derniers, qui prime sur celle de leur cohésion en dépit des pages consacrées à l’« âme » bourgeoise, reste pourtant essentiellement descriptive. Il ne pouvait en aller autrement, en raison de la méthodologie adoptée. L’orientation donnée à l’étude quantitative conduit en effet à tracer les grands cadres sociaux à l’intérieur desquels sont placés ensuite les individus. L’analyse de la reproduction des différenciations sociales s’en trouve limitée. Celle-ci est en revanche au cœur d’un autre travail historique, « fécondé » par une autre sociologie.

La reproduction : emprunts conceptuels de l’histoire à la sociologie de Pierre Bourdieu

8 Publiée plus de vingt ans après celle d’A. Daumard, la thèse de Christophe Charle représente à la fois une rupture et une continuité avec l’histoire quantitative labroussienne. Une rupture, car l’objectif n’est plus de dire ce qu’ont été les bourgeois du xixe siècle, mais de comprendre comment ce groupe se reproduit, en réduisant pour ce faire la focale de l’étude. Cette nouvelle histoire en effet formule un problème, dont le traitement implique un champ d’investigation plus étroit : resserrée sur les « élites », elle peut, grâce aux données biographiques, déterminer les modalités du renouvellement social des « groupes dominants » au tournant du xxe siècle, et par là même en étudier les limites. La continuité n’est pas moins réelle, dans la mesure où ce travail, qui se propose de porter au jour les « structures du fonctionnement des élites », repose lui aussi sur un découpage social préalable principalement basé sur la profession et la fortune. Une fois ainsi fixées les divisions propres au sommet de la hiérarchie sociale, l’analyse en saisira l’évolution à travers celle de ses composantes.

9 Le problème posé par C. Charle se réfère à la fois à un débat politique contemporain de l’époque étudiée et à un débat historiographique contemporain des années où il écrit. En s’interrogeant sur la réalité de la « méritocratie » promise par la IIIe République – l’accès au pouvoir de « nouvelles couches », selon le mot fameux de Léon Gambetta – il entend en effet discuter la thèse de la dissociation des élites – économiques, politico-administratives, intellectuelles – défendue par une partie des historiens. La réponse apportée, à la fois dans les termes d’une critique sociale et d’une critique historiographique, est largement structurée par les outils conceptuels empruntés à la sociologie de P. Bourdieu. Parmi ces outils, c’est surtout, me semble-t-il, la notion de « champ » qui organise la problématique de la recherche et la conduit vers des résultats nouveaux. Plusieurs conditions président à la constitution d’un champ dont les plus essentielles sont un sens commun, des enjeux spécifiques et des règles de fonctionnement propres. Le mode de recrutement n’est toutefois pas sans effets sur l’autonomie relative d’un champ. Et c’est précisément sur ce recrutement que C. Charle s’interroge. Son objet se définit en effet d’abord par un découpage horizontal, qui fait correspondre à chacune des grandes catégories d’élites un champ social : économique, politico-administratif, universitaire. L’avènement de l’autonomie respective de ces espaces suppose un affermissement de leurs frontières : plutôt que de l’ouverture de passerelles horizontales, le recrutement devrait résulter de l’autoreproduction, ou d’appels du bas vers le haut. Ce sont donc ces modalités qui vont être examinées, suivant l’hypothèse implicite qu’elles diffèrent selon les champs et selon la position hiérarchique des groupes qui les composent.

10 Dès son premier mouvement, l’étude souligne la différenciation du mode de reproduction des élites. La comparaison entre la première et la seconde moitiés du xixe siècle, menée sur la base du découpage social opéré en 1901 [10] et prenant en compte différentes variables – âge d’accès au sommet de la hiérarchie sociale, origine géographique, niveau de fortune, origine sociale – fait ressortir la « désolidarisation » des élites autrefois soudées dans le « système des notables » [11]. La tendance à la formation de pôles autonomes est réelle mais inégale, car déjà est visible le contraste entre le champ universitaire et les autres champs. Dans le premier, l’autorecrutement devient la règle et resserre le critère d’appartenance à l’élite sur la possession d’un « capital » à dominante culturelle, acquis par l’excellence scolaire. Les deux autres champs, au contraire, plus ouverts que par le passé à la base – comme le montre l’étude des filières d’accès – communiquent au sommet, par les liens qui se retissent entre leurs strates supérieures. L’analyse des trajectoires professionnelles des hommes dont la carrière se déploie à partir de 1880, confirme cette lecture. Construites de manière à saisir l’ampleur des « passages entre les champs » [12], dont le graphique portant ce titre donne une vue synthétique (p. 123), ces trajectoires font plus nettement ressortir l’« autarcie » du champ universitaire, tandis que le « pantouflage » des hauts fonctionnaires confirme l’attraction exercée par le « champ des affaires » sur le « champ administratif ». L’analyse explicative de ces flux fait à nouveau ressortir l’opérationnalité du concept emprunté à la sociologie. Centrée sur les stratégies de carrière, elle en dégage en effet les conditions de possibilité, liées à la stratification et aux concurrences internes à chaque champ. On comprend ainsi que l’auteur ait été conduit, dès le départ, à examiner le degré d’ouverture des différents élites et « fractions » hiérarchisées qui les composent, à travers l’étude des filières d’accès scolaires et sociales [13].

11 Enfin, l’analyse des alliances matrimoniales et de l’avenir professionnel des enfants, tout en se situant dans le sillage du travail mené par A. Daumard, se distingue de celui-ci par sa clé de lecture. Conçues comme des « stratégies privées », ces pratiques en effet ne sont pas interprétées à la lumière de la stratification sociale établie pour l’ensemble du groupe bourgeois, dont elles viendraient préciser les contours ou l’évolution. Elles le sont plutôt à la lumière des hiérarchies qui à la fois unissent et séparent les champs sociaux pris en considération, et que l’analyse des parcours professionnels a fait ressortir. Ainsi, le mariage assume des significations différentes selon les positions à la fois verticales et horizontales de ceux qui le contractent et de leurs pères. Au bas de la hiérarchie de chaque champ, la forte proportion des alliances avec la « bourgeoisie économique » atteste qu’il est pour les nouveaux arrivants un moyen d’ascension sociale. Envisagé comme une voie d’échange entre catégories d’élites, il confirme l’inégale ouverture de chacune d’entre elles, les milieux universitaires – où l’endogamie est la plus fréquente – étant les plus fermés. Au sommet des élites, il manifeste à nouveau l’autonomie du champ intellectuel, car c’est surtout entre la grande bourgeoisie d’affaires et la haute administration que les liens se nouent. En accumulant ainsi par le mariage plusieurs « espèces de capital », les « fractions supérieures » des élites accroissent leur pouvoir, sans que s’estompe pour autant leur hiérarchie interne [14]. Un pouvoir qui ressort grandi de la comparaison avec le passé et de l’étude du destin social des enfants, celles-ci montrant que les échanges plus nombreux entre les champs et leurs composantes au début du xxe siècle sont leur apanage.

12 Comme C. Charle l’indique lui-même, l’analyse des formes de l’investissement économique, symbolique et politique, qui clôt son ouvrage, se distingue de celle menée par A. Daumard en ce qu’elle permet de comprendre les différenciations parfois étonnantes qu’elle fait apparaître. Celles-ci s’éclairent si les traits de ces pratiques privées ou publiques sont rapportés aux multiples propriétés attachées à la position sociale et au parcours dont elle est l’aboutissement – ce qui fait apparaître à nouveau la fécondité des données biographiques mobilisées. Les modalités de l’investissement financier des élites, qui contribuent à expliquer une hiérarchie de la richesse plus accentuée que par le passé, peuvent illustrer ce constat. Niveau de fortune et statut social ne suffisent pas à rendre compte de la distribution des manières d’investir. Ainsi, le placement boursier, loin d’être propre aux seuls hommes d’affaires, peut être pratiqué par les professeurs aussi bien que par les hauts fonctionnaires « pantoufleurs ». Chez les uns c’est l’origine sociale ou l’alliance matrimoniale qui en explique l’occurrence, chez les autres la trajectoire : l’analogie des pratiques tient à la proximité ou à la mobilité sociales. On retrouve donc bien, au terme de l’analyse, de nouvelles différenciations. Mais les clivages que dessinent les « styles de vie » aussi bien que les formes de l’investissement économique et politique, ne brouillent pas les cartes : ils s’ordonnent selon les lignes de force des découpages horizontaux et verticaux en champs d’activité professionnelle et en « fractions » sociales, sur lesquels s’est fondée la recherche. De ce fait, l’exploration de ce versant de l’espace des élites n’aboutit pas à des découvertes majeures. L’analyse globale du fonctionnement de cet espace social laisse elle-même subsister d’importantes zones d’ombre. C’est sur celles-ci au contraire qu’en changeant d’approche d’autres travaux ont porté la lumière.

« Mœurs » et « expériences » : l’histoire du côté des hommes et du côté des femmes

13 Chacune à leur manière, Ute Frevert et Bonnie G. Smith restituent à l’univers bourgeois sa dimension sexuée. Pour ce faire, l’analyse porte sur une « culture », au masculin et au féminin. Mais si leurs objets relèvent de ce domaine, ce que leur traitement permet de découvrir va bien au-delà. En réalité, le travail des deux historiennes témoigne du gain de connaissances des recherches qui se sont intéressées à l’« expérience » des agents sociaux. Bien que la référence à l’anthropologie ne soit pas toujours explicite chez ces auteurs, leurs approches se situent dans un courant historiographique stimulé par la confrontation avec cette discipline [15]. Je regarderai donc comment celle-ci se réalise, en m’arrêtant à la démonstration essentielle de ces deux recherches : comment un fait de mœurs comme le duel (U. Frevert), ou une expérience de femmes (B. G. Smith), révèlent les propriétés d’un groupe social que l’histoire structurale ne pouvait porter au jour.

14 L’analyse d’U. Frevert se construit sur la remise en cause de la thèse de la voie particulière allemande. La bourgeoisie de ce pays se distinguerait par sa « féodalisation » de son homologue anglaise, et la longue persistance en Allemagne de la pratique du duel d’honneur, alors que cette pratique s’efface en Angleterre dès le milieu du xixe siècle, en serait une preuve. La réfutation de cette thèse rend nécessaire la comparaison entre les deux pays, le travail de l’historienne allant ainsi s’inscrire dans le programme de recherche comparative sur les bourgeoisies européennes dirigé par Jürgen Kocka. À l’inverse de l’histoire labroussienne par « étages », l’analyse s’appuie ici sur Max Weber pour retrouver à travers une « convention » toute l’épaisseur d’une formation sociale.

15 Le constat d’une contradiction au sujet de l’honneur intrigue tout d’abord. Au début du xixe siècle, en Allemagne comme en Angleterre, le rigorisme puritain ou le rationalisme de l’Aufklärung forgent un modèle où vertu, morale chrétienne ou raison excluent l’emploi des armes, prohibé dans le même temps par la loi. La pratique pourtant demeure et les tribunaux sont cléments, sous réserve du rang des duellistes. Pour comprendre la force de cette coutume, il faut se tourner d’abord vers ces derniers. Le duel impuni distingue en Angleterre non les aristocrates ou les grands bourgeois, mais les gentlemen : le principe de la distinction sociale n’est ni un ordre ancien, ni la fortune et son assise professionnelle, mais une étiquette. C’est par celle-ci que se réalise au quotidien l’unité au sommet de la société. Car si le privilège du temps libre, comme l’a constaté aussi pour les élites françaises C. Charle, est bien un puissant marqueur de différenciation sociale, ce qui le rend opérant ce sont moins les formes de son usage – auxquelles s’arrête C. Charle – que les règles, imposées par la noblesse, qui régissent les relations sociales. Réparation des manquements à celles-ci, le duel apparaît alors comme une voie et un rite d’admission à la position sociale la plus élevée. L’Allemagne ne contredit pas ce schéma, elle le particularise. Ici la bourgeoisie se forme non en s’assimilant à la noblesse, mais en forgeant face à elle sa propre identité par la Bildung, culture intellectuelle qui unit le groupe par-delà la variété des compétences professionnelles et par laquelle il s’approprie la notion aristocratique de l’honneur. Fondée sur la célébration de la personne, cette notion fusionne valeurs physiques – vaillance, force, habileté – et valeurs spirituelles. Le duel, critère de distinction sexuelle en tant qu’expression en actes de cette « virilité consciente d’elle-même », devient aussi critère de distinction sociale : privilège de défendre l’honneur par les armes plutôt que devant les tribunaux, il discrimine vers le bas ; répandu dans toute la « Bildung supérieure », il enlève aux nobles et aux officiers l’un de leurs traits distinctifs [16].

16 Pour rendre raison de l’évolution contrastée de la fréquence des duels dans les deux pays, l’analyse se tourne ensuite vers les institutions. La brusque disparition de la pratique en Angleterre au milieu du xixe siècle, tient à la forme de socialisation qui y devient prévalente et qu’exprime clairement la formation assurée par les public schools. Fabriques de ces gentlemen où aristocrates et bourgeois se rejoignent, ces écoles sapent les fondements individualistes du « code de l’honneur culminant dans le duel », en inculquant aux élèves l’« esprit public » qui fera d’eux des membres des classes dirigeantes. À l’inverse, les universités allemandes sont des écoles de duel – au sens propre du mot dans le cas des corporations étudiantes dont les membres étaient contraints de se battre. De son côté, l’armée, dont le recrutement s’embourgeoise tandis que ses privilèges se maintiennent, joue le rôle d’un puissant véhicule de la réparation de l’honneur par les armes et de sa permanence. Ainsi, rapidement parcourue, l’analyse d’U. Frevert confirme la fécondité d’une histoire sociale informée par l’étude des pratiques culturelles. L’analyse de celles-ci fait apparaître des clivages sociaux qui ne recoupent pas nécessairement les différenciations selon l’ordre, la profession ou le champ d’activité. Elle conduit en outre à considérer les modes institutionnels de la socialisation comme un important rouage de la reproduction d’un groupe social.

17 L’étude de l’expérience féminine apporte d’autres éclairages. Avec bien des auteurs de la gender history, B. G. Smith pointe l’énorme contradiction historiographique qui est à l’origine de sa réflexion : appréhender la bourgeoisie seulement par l’activité publique – de production et de commerce en particulier – c’est en négliger la moitié féminine [17]. Il est vrai que celle-ci n’a pas été tout à fait ignorée par l’histoire sociale. Ainsi, l’étude des alliances matrimoniales met la femme sur la scène, mais en coulisse – domination masculine oblige. A. Daumard, étudiant la « formation de la bourgeoisie parisienne », lui prête plus d’attention. Le pouvoir accordé à la femme par le droit est confronté à son pouvoir réel, qui est loin d’être négligeable : dans le négoce ou la boutique, du vivant de son mari ou après sa mort, elle gère d’une main de maître les affaires [18]. Cependant, en dépit de ce que les sources notariales font connaître des modes de vie, l’analyse d’A. Daumard reste centrée sur les « positions » définies par les structures économiques, sur la « condition » et le « rôle » réglés par les normes juridiques et sociales. La part féminine de l’identité bourgeoise, la contribution des femmes à la construction de cette identité, restent dans l’ombre. Elles sont au contraire au centre du livre de B. G. Smith.

18 L’historienne américaine pose un intéressant problème de recherche : comment ont pu coexister, partageant hommes et femmes au sein même des familles bourgeoises, laïcité et fervent catholicisme, attachement à la république et fidélité à la monarchie, économie sociale et charité ? Pour comprendre ce que les cas d’étude fait apparaître à partir de la fin du xixe siècle comme un clivage, l’auteur explore les mécanismes de la construction de l’identité féminine, après en avoir établi les conditions sociales. L’analyse de la rupture fondatrice d’une nouvelle identité confirme les données livrées par A. Daumard : dans le département du Nord comme à Paris, la femme prenait au cours de la première moitié du xixe siècle une part active aux affaires. L’évolution industrielle, l’enrichissement, la séparation spatiale des activités productives et domestiques, la taille même des nouvelles demeures bourgeoises qui s’isolent des usines, tout concourt ensuite à enfermer la femme dans la sphère de la reproduction.

19 C’est cette nouvelle expérience de reproductrice qui organise en profondeur les différents registres de pratiques et de représentations constitutifs de l’univers particulier de la bourgeoise de la seconde moitié du xixe siècle. Suivant une démarche anthropologique, B. G. Smith interprète la configuration de l’intérieur domestique, des gestes et des relations sociales dont la femme est protagoniste, comme un système de signes et un ensemble de rites dont la signification est liée à la position dans le nouveau monde bourgeois : à l’isolement des sources du pouvoir, de l’activité productive et de la connaissance scientifique. La confrontation quotidienne de la femme avec la « nature » qui en résulte, sa culture particulière due à son mode d’instruction – dans les couvents plutôt que dans les établissements laïques [19] – expliquent des pratiques où se lisent à la fois impuissance et imposition d’un pouvoir : sur la nature – comme dans l’ordonnancement domestique, l’éducation des enfants, le confinement de la sexualité dans la chambre conjugale [20] ; sur l’univers masculin, comme dans l’esthétique mondaine par laquelle la femme régit l’étiquette bourgeoise [21]. Les investissements religieux et politiques féminins sont expliqués sur le socle de cette analyse. La « prédisposition » à épouser la vision catholique du monde et la cause royaliste, se réalise ainsi par le biais d’une série de concordances et d’homologies : entre rites catholiques et rites domestiques, entre imaginaire et réel – les figures exaltées par l’Église, faiblesse, souffrance, puissance si bien résumées en Marie, et l’expérience féminine – entre autorité du Père divin, vers lequel la religion dirige la sexualité féminine, et souveraineté du Roi.

20 L’étude des prolongements institutionnels de ces investissements religieux et politiques nuance le partage tranché en camps qui avait ouvert la recherche, mais pour mieux affirmer le clivage essentiel postulé par l’auteur. À partir des années quatre-vingts, les industriels du Nord se républicanisent plus largement qu’auparavant et se rangent du côté de l’enseignement public et de l’assistance municipale. Certes, la plupart de leur femme, cohérentes avec leur croyance, défendent au contraire avec pugnacité école confessionnelle et œuvres charitables. Mais certaines d’entre elles emboîtent le pas de leur mari [22]. Il n’empêche : républicaines ou monarchistes, anti-cléricales ou cléricales, féministes ou indifférentes à la cause de l’émancipation, ces bourgeoises ont en commun de se projeter elles-mêmes dans les activités publiques dont elles ont l’initiative et de défendre bec et ongles leur identité. À travers leurs « œuvres », sous la version cléricale de la « maternité vertueuse » ou sous celle féministe de la « mère abandonnée », elles préservent, avec leur propre image, leur pouvoir. Un important changement de perspective est ainsi, me semble-t-il, à porter à l’acquis de cette analyse. Les nouvelles normes qui régissent les rôles féminins à partir de la seconde moitié du xixe siècle, apparaissent non comme le résultat d’entreprises idéologiques et pratiques des hommes, mais comme le produit d’une élaboration de femmes bâtie sur une expérience que les bourgeoises sont les premières à connaître. La domination masculine n’est bien sûr pas contestée : on en montre ici, au contraire, les formes et les voies détournées.

Histoire d’élites italiennes : deux usages différents de l’anthropologie

21 Revenons en arrière, au dossier consacré à « La stratification sociale au xixe siècle » publié par Edoardo Grendi en 1975 dans Quaderni storici. Bien que la pièce centrale de ce dossier – un texte historiographique de M. J. Daunton – déplore le déficit d’études comme celles d’A. Daumard en France ou de Stephan Thernstrom aux États-Unis [23], E. Grendi formule une critique de l’histoire quantitative française, dont il met en doute la « portée réelle » [24] : en concluant que ce sont les « relations entre les hommes » que l’historien doit mettre au premier plan, il ouvre – bientôt suivi par Giovanni Levi – l’une des voies de la « microstoria ». Ces parcours ayant été retracés à plusieurs reprises [25], je me bornerai à rappeler qu’ils ont coexisté avec des programmes – portant en particulier sur la bourgeoisie – situés, sinon tout à fait dans le prolongement de l’histoire quantitative française, du moins dans le cadre d’une recherche comparative nationale et internationale. En atteste la parution en 1984, dans Quaderni storici, d’un volumineux dossier intitulé « Borghesie urbane dell’Ottocento », dirigé par Paolo Macry et Raffaele Romanelli, rassemblant cinq études de cas italiens et trois études de chercheurs étrangers, A. Daumard, U. Frevert et J. Kocka, Geoffrey Crossick [26].

22 Dans ce dossier figurent notamment les études de Paolo Macry sur Naples et d’Alberto Mario Banti sur Lucques, prémisses des ouvrages qu’ils publieront quatre à cinq ans plus tard [27]. Il est vrai, cependant, que ces travaux ont pris, chemin faisant, une orientation différente de celle qu’ils avaient d’abord empruntée. Délaissant l’étude de la stratification sociale, leurs auteurs comme les autres microhistoriens, se sont tournés vers l’anthropologie, l’un pour analyser la haute société napolitaine à travers le prisme de la famille ; l’autre pour comprendre les comportements économiques et politiques des élites de Plaisance – et non plus de Lucques – à travers l’analyse des réseaux de relations interpersonnelles [28]. Leurs démarches et leurs résultats confirment la diversité des approches de la microhistoire italienne : l’attention portée aux processus microscopiques d’engendrement des formes culturelles et sociales, ne conduit pas toujours à mettre en œuvre la « network analysis », ni à privilégier dans l’usage de cette méthodologie l’étude des réseaux egocentrés, dans une optique où « l’élément central [est] l’individu rationalisant un réel qui existe et qui se modifie aussi à travers ses regards et ses interprétations » [29].

23 Centré sur la parenté, le livre de P. Macry montre ce que les hiérarchies familiales peuvent apprendre sur le fonctionnement social. Exploitant, sur la seconde moitié du xixe siècle, archives notariales et sources judiciaires [30], l’auteur ne cherche pas à mesurer les changements et les continuités dans les propriétés sociales des groupes de la « città alta » sur lesquels il porte son attention, mais plutôt à en saisir les mécanismes. Le découpage est large, par « aires » socio-économiques – « patrimoines », « professions », « négoces ». À l’intérieur de chacune d’entre elles plusieurs monographies de familles permettent de conduire l’analyse. Je m’arrêterai ici à son point le plus saillant.

24 Selon A. Daumard, l’association conjugale prévalait chez les bourgeois parisiens sur les ascendants, collatéraux ou descendants ; dans ces familles, d’autre part, dots et successions étaient également partagées entre les enfants sans discrimination d’ordre de naissance et de sexe. Il en va tout autrement à Naples, même après l’Unité : qu’ils soient nobles ou non, les pères usent largement de la liberté, maintenue par le droit, de disposer de la moitié de leur patrimoine pour favoriser l’aîné au détriment des cadets, les fils au détriment des filles [31]. La pratique d’un quasi-majorat, en assurant la cohésion de l’héritage, aurait dû consolider les fortunes. P. Macry explique, au contraire, comment la persistance de la « logique du nom » dans un contexte économique qui se transforme, peut les mettre en péril, chez les nobles comme chez les riches négociants. L’étude de la gestion des patrimoines des orphelins mineurs montre en effet que, lorsque celle-ci est confiée au frère aîné majeur ou à l’oncle paternel, la fidélité indéfectible aux volontés du défunt ou la défense des intérêts du lignage dictent des choix inadaptés – dépenses somptuaires dans un cas, agrandissement des domaines fonciers dans l’autre – qui s’avèrent désastreux dans un contexte de crise sectorielle et d’alourdissement de la fiscalité imposée par le nouvel État. À l’inverse, les stratégies des tuteurs étrangers à la parenté, moins prisonnières des traditions de celle-ci, sont plus lucides. Innovantes, elles font apparaître l’investissement productif sur les terres – faible en probabilité chez les nobles – comme l’une des voies « possibles » de l’enrichissement aristocratique. Conformistes, elles épousent l’évolution de la structure patrimoniale des élites, où les biens fonciers ruraux reculent au profit des biens immobiliers urbains et de l’investissement en titres de l’État. Cette évolution, qui tend à transformer les propriétaires aristocratiques de grands domaines en rentiers, n’est pas sans produire des effets en retour sur les hiérarchies familiales. Dans les cas de crise patrimoniale, fréquents dans la noblesse et certains grands négoces à la fin du siècle, les filles, dont les dots sont généralement investies en titres de l’État, affirment ainsi leur supériorité économique sur les fils, héritiers des passifs légués par les pères.

25 P. Macry a pu observer que l’investissement productif sur les terres, bien que rare chez les propriétaires aristocratiques napolitains, ne leur était pas étranger. Dans un tout autre contexte spatial – en choisissant comme terrain d’enquête Plaisance, ville de la plaine du Pô où la terre occupe au début du xxe siècle une part considérable dans les patrimoines [32] – A. M. Banti reconsidère la question. Son objectif est de rendre compte d’un comportement économique, celui des propriétaires fonciers qui, à partir des dernières décennies du xixe siècle, adoptent de nouveaux procédés de culture permettant l’accroissement de la rentabilité agricole. C’est donc à un processus d’innovation que l’auteur s’intéresse : qui introduit la nouvelle pratique, comment se diffuse-t-elle ? Dans cette perspective, le découpage préalable du groupe en catégories socio-économiques non seulement n’est pas utile, mais risquerait de fausser l’interprétation [33]. Ce sont au contraire les problèmes soulevés par chaque étape de l’analyse qui suscitent les critères d’interrogation et donc le découpage pertinent de la population concernée.

26 Après avoir établi l’indicateur du comportement innovant – dans le cas d’espèce, l’achat d’engrais chimiques – et l’instrument qui, en minimisant les risques, en rend possible la réalisation – le Syndicat pour l’achat de matières utiles à l’agriculture créé en 1885 à l’initiative du Comice agricole de Plaisance – A. M. Banti se tourne vers l’anthropologie de l’école de Manchester pour lui emprunter l’outil de son analyse [34]. Il reconstruit ainsi les réseaux des relations – de parenté, d’amitié ou d’affaires – entre les individus concernés par le processus d’innovation, dont l’analyse permet, par le calcul d’indices de densité et de centralité, d’identifier les groupes qui jouent un rôle clé dans la dynamique considérée.

27 Du côté de la prise de décision [35], on retrouve sans surprise les hommes qui cumulent les rôles dirigeants à la fois dans le Comice agricole et dans la Caisse d’épargne locale qui consentira des prêts pour l’achat d’engrais. Du côté de la mise en œuvre de la décision, la découverte est plus importante. A. M. Banti étudie d’abord la corrélation entre la pratique d’achat et une série de « variables » économiques et sociales pertinentes – valeur du patrimoine, ancienneté du militantisme au Comice, statut social. Seul ce dernier est discriminant, à condition toutefois de désagréger la catégorie des nobles : la noblesse « non titrée » apparaît alors comme nettement plus engagée dans cette pratique que la noblesse « titrée » et la bourgeoisie [36]. C’est pour expliquer ce constat que l’auteur analyse ensuite le réseau des relations entre les acheteurs d’engrais. Ces nobles y occupent la place de « médiateurs », attestée par leur fort indice de centralité : source de l’information qui réduit le risque, ils sont aussi, par la diversité de leurs professions, les agents efficaces de la diffusion de la pratique innovante [37]. Et, s’ils ont été amenés à jouer ce rôle, c’est en raison de leur situation économique et de leur position sociale au sein des élites citadines, comme le montre l’étude qui leur est consacrée. Depuis le début du xixe siècle, ils représentent pour les bourgeois de Plaisance la seule possibilité d’alliance matrimoniale avec la noblesse, du fait de l’endogamie de la haute aristocratie ; ils ont eux-mêmes recherché cette alliance pour accroître leur patrimoine ; leur forte fécondité et la pratique d 19;un partage égal des successions ont cependant limité leur progression patrimoniale. Cette stagnation, que la crise agricole risque de transformer en régression à partir des années soixante-dix, détermine sans doute leur « activisme » dans le monde agricole [38]. Acquis sur le front économique, leur succès est consolidé par leur place sur la scène politique locale, vers laquelle se tourne ensuite l’analyse.

28 Étudiant les rapports que les élites françaises entretiennent avec le champ politique, C. Charle a observé, après Jean Estèbe et Mattéi Dogan, qu’ils se distendent à la fin du xixe siècle. Cette évolution est regardée comme l’effet d’une « autonomisation relative des diverses sphères d’action sociale », qui n’entraîne pas seulement la diminution du nombre des universitaires, hauts fonctionnaires et hommes d’affaires au Parlement et à la direction des ministères, mais transforme aussi les modalités de leur présence dans ces instances. L’analyse de ce changement relève le rôle que jouent les « réseaux » de relations interindividuelles dans les nouvelles formes d’intégration dans le champ [39]. Mais ces réseaux ne sont pas étudiés, ni les cumuls de positions institutionnelles qui relient les champs à travers les individus et en augmentent le pouvoir [40]. Cela tient à la construction même de son objet : l’hypothèse de l’autonomisation croissante des espaces sociaux, et en particulier du champ politique, le conduit à privilégier l’analyse de la structure interne de chacun d’eux. À l’inverse, réseaux et multipositionnalité des agents sont au cœur de la démarche explicative d’A. M. Banti, qui cherche à démontrer comment les positions de pouvoir dans le domaine économique et dans l’espace politique s’épaulent mutuellement.

29 La noblesse « non titrée » de Plaisance retrouve dans le champ politique local la même position charnière qu’elle occupait sur le versant économique, parmi les agriculteurs innovateurs. Considérant d’abord les trois dernières décennies du xixe siècle, A. M. Banti montre que ce groupe, tout en étant sur-représenté par rapport à la valeur de son patrimoine dans le conseil municipal et dans la « giunta », y est minoritaire face au groupe « bourgeois » [41]. Les liens de parenté et d’amitié qu’il noue avec la bourgeoisie locale prennent de ce fait un sens nouveau : au-delà de l’intérêt économique, ils garantissent son pouvoir politique. La conservation de ce pouvoir, dans un contexte de grande instabilité des mandats et de l’organe exécutif lui-même, requiert cependant d’autres atouts [42]. L’analyse démontre qu’un statut social élevé n’est pas suffisant à cet égard, et que, si l’importance du patrimoine entre en ligne de compte, le cumul de postes de direction dans les institutions clés de la ville – financières, professionnelles, assistancielles et administratives – est tout aussi discriminant. Or il est précisément le privilège de la noblesse innovatrice. Cette monopolisation du pouvoir n’est pas sans déclencher des conflits qui, situés à l’intérieur d’un même groupe social et d’un même camp idéologique et politique, prennent la forme de luttes de factions [43]. L’analyse menée sur les années 1908-1909 est particulièrement démonstrative à cet égard. Le front des propriétaires terriens se fissure alors à nouveau, après son unification face aux socialistes entrés depuis 1899 dans l’assemblée locale et face aux grèves des salariés agricoles. Sous les étiquettes des deux groupes, « modéré » et « radical », qui s’affrontent au sein des organisations patronales et dans l’arène politique sur la stratégie à adopter à l’égard des Ligues paysannes, l’auteur ne découvre ni clivages socioprofessionnels ni réelles divergences politiques ou idéologiques. Ce sont plutôt les exclus du pouvoir qui radicalisent leur position : de jeunes prétendants qui se heurtent à « la caste des élus » – selon le mot de l’un d’entre eux qui ne rentrera pas dans le rang. Le groupe qui avait initié et dirigé les premières associations d’agriculteurs tient maintenant en main le syndicalisme patronal et sa représentation politique. Il sort vainqueur de la bataille contre les « radicaux » et, pour la seconde fois en 1909, envoie au Parlement un technicien, Giovanni Raineri, l’agronome appelé en 1883 au secrétariat du Comice de Plaisance et maintenant président de la Fédération italienne des consortiums agricoles [44].

La « grande bourgeoisie » française : de la sociologie à la sociologie historique

30 L’analyse de ce que gagne la sociologie à mener une enquête historique achèvera cette lecture, nécessairement partielle, des emprunts interdisciplinaires. Cette conclusion, cohérente avec le parti d’exposition largement chronologique que j’ai adopté, enregistre après tout un état de fait : les emprunts de la sociologie empirique aux autres disciplines et à l’histoire en particulier, est récente en France. S’il faut convenir que la redécouverte de l’œuvre de Norbert Elias n’y est pas étrangère, celle-ci s’inscrit elle-même dans l’évolution des démarches de la recherche sociologique. Deux manières de considérer le passé me semblent représentatives de cette évolution. La première, comparative, confronte différents « états de la structure » d’un champ social pour en porter au jour les logiques invariantes de fonctionnement, ou les moments successifs d’une action collective pour dégager les conditions de possibilité de ses différentes formes [45]. La seconde reconstitue au contraire le processus de formation d’un fait social pour en comprendre les traits constitutifs, à travers continuités et transformations. Le travail de Pierre-Paul Zalio se situe du côté de cette dernière manière de faire. Les contrastes qu’il présente avec les études de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, feront mieux ressortir les particularités des deux démarches.

31 Le livre publié dans la collection « Repères » de La Découverte par M. Pinçon-Charlot et M. Pinçon est une synthèse de l’ensemble de leurs travaux sur la bourgeoisie. Il fait apparaître clairement l’objectif qu’ils ont constamment poursuivi : démontrer comment, par un ensemble de logiques distinctives incorporées dans les pratiques et la perception de soi, la grande bourgeoisie constitue une classe sociale. Le choix du terrain d’enquête correspond à la focale de l’analyse : celle-ci étant portée sur le sommet du groupe en France, Paris s’imposait comme lieu d’observation. De ce fait, l’étude n’est pas assimilable à une monographie locale : si la bourgeoisie des provinces est négligée, c’est parce que, située aux échelons inférieurs de la hiérarchie du groupe, elle sort de l’objet de la recherche ; l’étude de l’inscription territoriale de la bourgeoisie parisienne ne cherche pas à identifier ce que cette inscription doit à la singularité de la capitale, mais à illustrer des processus de différenciation et de clôture des quartiers, qui ne vont pas sans contradictions internes, et une multiterritorialté dont les traits sont propres à la classe [46]. Le cadre spatial de l’observation change d’ailleurs selon la nature des pratiques qui en sont l’objet [47].

32 Le postulat qui fonde la recherche en commande aussi de bout en bout l’orientation. Cette enquête de sociologie ethnographique est en effet centrée sur ce qui cimente les composantes de la haute bourgeoisie plutôt que sur ce qui les différencie. L’analyse porte sur la particularité des capitaux cumulés – ampleur de la fortune, étendue et sélectivité des relations sociales, capital de reconnaissance attaché aux biens matériels (tels le château, les collections d’œuvres d’art) et immatériels (le nom, la notoriété) [48] – et sur les pratiques d’exclusion qui l’accompagnent [49], plutôt que sur une combinaison de propriétés sociales variable en fonction de la distribution des membres du groupe dans les divers champs sociaux. De ce point de vue, le travail de M. Pinçon-Charlot et de M. Pinçon se rapproche de l’étude sur la noblesse de Monique de Saint-Martin [50]. De manière analogue à celle-ci, il insiste sur les dispositifs socio-institutionnels et les pratiques de la reproduction qui engendrent, ici la conviction de devoir sa position sociale au mérite personnel, là « la croyance en l’existence d’une différence essentielle avec ceux qui ne sont pas issus de la noblesse, qui serait fondée sur la naissance et les origines » [51]. L’enquête s’attache enfin à mettre en évidence les pratiques constitutives du « collectivisme pratique » par lequel, mobilisée pour défendre à la fois ses intérêts, sa cohésion interne et sa perpétuation, la classe s’affirme comme telle [52]. Les points forts de cette analyse des pratiques distinctives qui font la grandeur bourgeoise se retrouvent dans la recherche de P.-P. Zalio sur Marseille, mais transformés par un double changement d’approche : la prise en considération de l’histoire longue d’un côté, et de la ville de l’autre, comme éléments clés de la compréhension d’un groupe social.

33 En considérant le siècle qui voit la naissance, l’apogée et le déclin du capitalisme familial marseillais, P.-P. Zalio se donne les moyens d’analyser, dans leur diversité, les dynamiques d’où résultent l’unité et les divisions du groupe grand bourgeois. Ainsi, dans la période de formation, les stratégies visant la réussite dans l’économie et la société locales, sont fondées sur la construction d’une cohésion familiale : la prééminence dans un secteur industriel fortement lié ici au négoce, est conquise par des alliances matrimoniales qui élargissent la surface des affaires des familles et soudent en même temps celles-ci dans un groupe hissé par sa puissance économique au sommet de la hiérarchie locale [53]. Mais cette cohésion n’est pas acquise une fois pour toutes. Le gain de connaissance dû à l’historicité de l’analyse apparaît à travers la mise en évidence du travail constant nécessaire à ces familles pour maintenir, y compris à l’apogée de leur grandeur, un équilibre menacé par l’inégale distribution du capital et des postes de commande entre branches de la lignée, voire entre frères. Dans la période de déclin, l’étude découvre d’autres formes de différenciation. Les transformations du contexte économique entraînent une diversification des professions qui traduit aussi bien des « déplacements transversaux » dans l’espace social [54] que des déclassements, dont l’analyse montre qu’ils ne se distribuent pas au hasard, mais selon la plus ou moins grande prospérité depuis les origines de la branche familiale à laquelle appartient l’individu. L’inscription territoriale se diversifie en conséquence et l’enracinement local devient ambivalent : il peut être atout ou handicap, selon les stratégies de reconversion sociale, sur lesquelles pèsent autant les restructurations économiques en cours que les activités et les alliances familiales héritées. Les clivages politiques eux-mêmes s’approfondissent. C’est à propos de ces derniers, et plus largement à propos des pratiques du pouvoir, que le travail de P.-P. Zalio montre tout l’intérêt d’une sociologie qui s’inscrit dans l’histoire urbaine.

34 Si l’on a affaire ici à une monographie locale, la recherche – rejoignant à cet égard celle d’A. M. Banti – en surmonte les limites par sa démarche démonstrative : les processus analysés à Marseille comme à Plaisance, informent certes sur des réalités singulières, ils valent surtout pour l’éclairage qu’ils apportent sur les rouages du fonctionnement social. Ainsi, s’attachant à restituer les formes spatiales de la distinction sociale, P.-P. Zalio montre que les façonnements antérieurs de la ville sont partie intégrante des logiques qui commandent la configuration des implantations résidentielles des grandes familles marseillaises : la forme urbaine balise les choix résidentiels autant qu’elle en est le produit [55]. L’étude des pouvoirs effectifs de ceux qui prétendent à la « grandeur » apporte ensuite, d’une autre manière, la démonstration que la ville n’est pas un contexte extérieur aux pratiques sociales : Marseille se présente comme un ensemble de ressources dont la configuration varie dans le temps [56]. Ses institutions économiques et sociales sont ainsi à la fois un cadre et un instrument du pouvoir social : en reconstituant la matrice des pleins et des vides que dessinent au sein de ces lieux de la décision économique et de la sociabilité les appartenances individuelles, l’auteur repère les hiérarchies bourgeoises et le petit groupe d’hommes qui cumulent les positions les plus distinctives, celles qui garantissent la puissance. L’analyse de l’exercice du pouvoir fait apparaître ensuite la diversité des stratégies selon les possibilités liées à un contexte changeant. Ainsi, dans la période de l’apogée, le pouvoir économique que consacre le contrôle sur la Chambre de commerce, se présente comme un investissement réussi, d’autant plus nécessaire que le pouvoir municipal échappe à ce capitalisme familial. Dans la période du déclin, l’espace politique local devient une ressource pour une frange étroite de cette bourgeoisie industrielle, qui s’y engage au prix d’une alliance « contre nature » avec la gauche de Gaston Deferre. Regardé par l’auteur comme une stratégie de reconversion familiale puis individuelle [57] vouée à l’échec, cet engagement apparaît comme une tentative d’accumulation d’atouts rendue inévitable par l’effondrement des assises traditionnelles du pouvoir économique. Le destin des « grands » de Marseille donne raison à M. Pinçon-Charlot et M. Pinçon : vers la fin du xxe siècle, l’ancrage local, économique, social ou politique, n’assure plus la puissance. À moins qu’il n’y ait jamais suffi : la bourgeoisie phocéenne, comme d’autres bourgeoisies périphériques, avait au début du siècle ses représentants au centre de l’État – des notables à l’ancienne comme Jules Charles-Roux, que le livre de P.-P. Zalio ne fait qu’évoquer. N’était-ce pas là un critère discriminant du pouvoir de ces « grandes familles » ? L’hypothèse aurait mérité d’être testée.

35 S’inscrivant dans de grands courants interprétatifs et méthodologiques des sciences sociales, les ouvrages dont je viens de proposer la lecture se prêtaient à la prise en considération des débats que leurs différentes démarches ont suscités et dont certains restent aujourd’hui encore ouverts. Ainsi, l’accueil en France des propositions de la microhistoire a entraîné le développement d’un débat qui a vu s’opposer deux points de vue quant aux rapports entre les approches macro et microanalytiques : pour les uns, celles-ci sont complémentaires, car elles mettent en œuvre la méthodologie féconde de la variation de l’échelle d’observation ; pour les autres, au contraire, la microanalyse doit être privilégiée car ce sont les processus saisis à travers les interrelations individuelles qui génèrent les dynamiques macrosociales [58]. Ces débats sont importants. Cependant, lorsqu’ils durcissent les oppositions, ils risquent de faire perdre de vue l’essentiel : l’apport des procédés d’enquête et d’analyse, des modalités de mise en œuvre de concepts, des résultats qui parfois démentent les positions de principe les plus affirmées. La confrontation des ouvrages d’A. Daumard et de C. Charle a pu ainsi montrer comment, au sein des études structurales, l’introduction de l’analyse multidimensionnelle de la distribution des propriétés sociales et de la prosopographie produit de nouveaux résultats, en établissant les formes spécifiques de la hiérarchisation des élites et de sa reproduction. À leur tour, les analyses des expériences individuelles – du « vécu » des agents, selon le langage de la sociologie – et des transmissions familiales dévoilent les modalités de la formation de différenciations sociales laissées dans l’ombre par les études structurales. Celles, enfin, des réseaux de relations interpersonnelles et de la multipositionnalité des individus proposent des méthodes pour repérer la centralité d’un groupe dans une dynamique sociale ou pour établir des relations entre champs sociaux que l’étude centrée sur leur autonomisation néglige. Dans ces investigations, l’unité d’analyse est l’individu plutôt que le groupe pré-construit et la biographie est moins mobilisée à titre illustratif que pour porter au jour toute la gamme des possibles et affiner l’analyse des mécanismes de la production du social. Le sujet n’y est pas pour autant conçu comme élément central de la scène sociale, atome libre de toute détermination historiquement située.

Je remercie Gérard Mauger et Florence Weber pour leur lecture de la première version de ce texte qui m’a permis d’en préciser plusieurs points.

Ouvrages commentés

  • • Adeline Daumard, Les bourgeois de Paris au xixe siècle, Paris, Flammarion, coll. « Science de l’histoire », 1970, 382 p. (édition abrégée de le thèse La bourgeoisie parisienne de 1815 à 1848, Paris, SEVPEN, 1963 ; 2e éd. Albin Michel, 1996).
  • • Christophe Charle, Les élites de la République, 1880-1900, Paris, Fayard, coll. « L’espace du politique », 1987, 556 p.
  • • Bonnie G. Smith, Ladies of the Leisure Class. The Bourgeoises of Nothern France in the Nineteenth Century, Princeton (New Jersey), Princeton University Press, 1981 (tr. fr. : Les bourgeoises du Nord, 1850-1914, Paris, Perrin, 1989, 234 p.).
  • • Ute Frevert, « Bürgerlichkeit und Ehre. Zur Geschichte des Duells in England und Deutschland », in Bürgertum im 19. Jahrhundert. Deutschland im europäischen Vergleich, herausgegeben von Jürgen Kocka, unter Mitarbeit von Ute Frevert, München, Deutscher Taschenbuch Verlag, Band 3, 1988 (tr. fr. : « Mœurs bourgeoises et sens de l’honneur. L’évolution du duel en Angleterre et en Allemagne », in Jürgen Kocka (éd.), Les bourgeoisies européennes au xixe siècle, Paris, Belin, coll. « Socio-histoires », 1996, pp. 203-243).
  • • Paolo Macry, Ottocento. Famiglia, élites e patrimoni a Napoli, Torino, Einaudi, 1988, XXIX-262 p.
  • • Alberto Mario Banti, Terra e denaro. Una borghesia padana dell’Ottocento, Venezia, Marsilio, coll. « Saggi Marsilio. Storia e scienze sociali », 1989, 333 p. (préface de Raffaele Romanelli, XX p.).
  • • Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot, Sociologie de la bourgeoisie, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2000, 120 p.
  • • Pierre-Paul Zalio, Grandes familles de Marseille au xxe siècle, Paris, Belin, coll. « Socio-histoires », 1999, 315 p.