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Mascarades en terrain neutre : romance et révolution dans The Spy de James Fenimore Cooper

Pages 30 à 48

Citer cet article


  • Constantinesco, T.
(2008). Mascarades en terrain neutre : romance et révolution dans The Spy de James Fenimore Cooper. Revue française d’études américaines, 118(4), 30-48. https://doi.org/10.3917/rfea.118.0030.

  • Constantinesco, Thomas.
« Mascarades en terrain neutre : romance et révolution dans The Spy de James Fenimore Cooper ». Revue française d’études américaines, 2008/4 n° 118, 2008. p.30-48. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-francaise-d-etudes-americaines-2008-4-page-30?lang=fr.

  • CONSTANTINESCO, Thomas,
2008. Mascarades en terrain neutre : romance et révolution dans The Spy de James Fenimore Cooper. Revue française d’études américaines, 2008/4 n° 118, p.30-48. DOI : 10.3917/rfea.118.0030. URL : https://shs.cairn.info/revue-francaise-d-etudes-americaines-2008-4-page-30?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rfea.118.0030


Notes

  • [1]
    Signe de sa grande fortune critique et populaire, The Spy sera adapté au théâtre dès 1822 et réédité à de nombreuses reprises tout au long des années 1820 (Wallace 108-116).
  • [2]
    The Spy vise certes à s’affranchir de la tutelle des lettres anglaises, mais atteste de nombreux emprunts aux romances historiques de Walter Scott et en particulier à Waverley. Substituant la Révolution de 1776 à la rébellion jacobite de 1745, Cooper reterritorialise le terrain neutre de Scott sur le sol américain. Toutefois, en naturalisant le neutre, Cooper en modifie du même coup la nature pour en faire un lieu de dupes, loin du « common ground » de Scott (Wallace 89 ; Budick 4 ; McTiernan 11). Il ne s’agit pas ici d’évaluer l’originalité de Cooper, mais de remarquer que sa transplantation du neutre en terre américaine conduit à une représentation défamiliarisée du « lieu » de la romance, au double sens de topos et de « setting », ce qui constitue l’un des traits définitoires de la romance historique américaine, comme le suggère Emily Budick dans Fiction and Historical Consciousness : The American Romance Tradition.
  • [3]
    À l’exception du texte de la préface de 1821, les citations de The Spy renvoient à l’édition établie par Wayne Franklin : The Spy : A Tale of the Neutral Ground (New York : Penguin, 1997).
  • [4]
    Dans Prodigals and Pilgrims, Jay Fliegelman a mis en lumière comment l’évolution de la conception de la famille au xviiie siècle avait conduit à penser la Guerre d’Indépendance comme une révolution contre l’autorité patriarcale de George III. Dans A Season of Youth, Michael Kammen a montré que dans la plupart des romances historiques du xixe siècle, de The Spy à The Tory Lover de Sarah Orne Jewett, le rite de passage de l’adolescence à l’âge adulte servait à métaphoriser l’épisode révolutionnaire. The Spy complique néanmoins la relation entre destinée familiale et histoire de la Révolution, dans la mesure où, pour Cooper, la Guerre d’Indépendance est, presque littéralement, une histoire de famille. Si son père et son oncle n’ont pris part que de loin au conflit, la famille de sa femme, Sophia De Lancey, originaire du comté de West-Chester, rassemble des Loyalistes du côté paternel et des Patriotes du côté maternel (Franklin, xiii-xv).
  • [5]
    Dans The Neutral Ground : The André Affair and the Background of Cooper’s The Spy, Bruce A. Rosenberg retrace les complexités de cette affaire d’espionnage et la manière dont Cooper l’incorpore à son récit. Dans Cultural Secrets as Narrative Form : Storytelling in Nineteenth-Century America, Margaret Reid montre comment l’affaire André vient nourrir l’imaginaire de The Spy et participe à l’élaboration du personnage de l’espion martyr (12-35).
  • [6]
    Héros populaires de l’indépendance, Lawton et Harvey partagent le sens du devoir et une même conception de la bravoure sur le champ de bataille. Ils ont aussi en commun un sens de l’observation extraordinaire et, comme pour souligner la parenté symbolique qui les unit, la narration met en regard « the quick eye of Lawton » (279) et « the quick eye of the pedler [sic] » (360). Du reste, le regard pénétrant, la parfaite connaissance du territoire américain et la capacité à s’y mouvoir en secret (« glide » est le verbe qui revient le plus souvent pour qualifier les mouvements de Harvey) sont autant de traits que le peddler de The Spy partage avec le personnage du trappeur de la saga des Bas-de-Cuir et qui en font, comme on l’a souvent remarqué, un proto-Natty Bumppo. Romance rétrospective, The Spy est aussi tourné vers l’avenir et nombre de ses personnages, de ses motifs d’écriture et de ses tropes annoncent les Leatherstocking Tales.
  • [7]
    Cette logique de la couleur n’est pas sans rapport avec le mouvement de « blanchiment imaginaire de la nation » qu’Agnès Derail-Imbert analyse dans « The Last of the Mohicans ou l’incarnat de la nation ».
  • [8]
    Barton Levi St Armand propose une lecture calviniste du roman et voit dans le personnage de Harvey Birch une version américanisée du mythe du juif errant, condamné à attendre le retour du Christ. Comme Harvey Birch, le juif errant est tour à tour perçu comme l’agent d’une rédemption et comme un suppôt de Satan obnubilé par l’argent. La proximité sonore entre son nom, Ahasver, et celui de Harvey suggère leur filiation mythologique, d’autant que, dans plusieurs versions du mythe, le juif errant est fouetté (« birched ») jusqu’à ce qu’il se soumette à Dieu (St Armand 348-368).
  • [9]
    C’est ainsi notamment que W.M. Verhoeven, T. Hugh Crawford et Dave McTiernan rendent compte de la logique de l’intrigue, qui vise à renforcer l’autorité des puissants.
  • [10]
    De même, Isabella Singleton remarque : « See how dependent we become under the dominion of worldly pride » (284).
  • [11]
    Au début du chapitre qui mène à la rencontre entre Frances et Harper, le narrateur fait observer : « The good treatment of the women is the surest evidence that a people can give of their civilization ; and there is no nation which has more to boast of, in this respect, than the Americans. » (351)
  • [12]
    Dans une lettre adressée en juillet 1820 à son éditeur Andrew T. Goodrich, Cooper évoque d’ailleurs toute l’immoralité de son nouveau roman : « [Precaution] is so – very – very – inferior to the “Spy” that I have lost most of my expectations of its success – still, as it is a highly moral Book – (which bye the bye the “Spy” is not) I believe it will sell. » (Cooper, Letters and Journals 1:48)
  • [13]
    Dans « The Guardian of the Law », Charles Hansford Adams s’intéresse à la question de l’autorité de la loi chez Cooper et montre que The Spy condamne toute loi dont la légitimité proviendrait de mécanismes institutionnels. Toutefois, il démontre également que la logique du roman ne permet pas de trouver en l’individu, en l’occurrence Washington, un fondement de la loi suffisamment assuré pour en garantir l’efficace.
  • [14]
    Dans « Making History, Making Fiction : Cooper’s The Spy », Robert A. Lee s’attache à dresser la liste de ces dédoublements qui ne cessent de proliférer et qui font apparaître tous les personnages comme des doubles les uns des autres et d’eux-mêmes.
English

Abstract

Under cover of glorifying the Revolution as a patriotic struggle for democracy, The Spy, Cooper’s first historical romance, orchestrates retrospectively the advent of a genteel republic. The fiction of history thus serves to legitimize the social hierarchy of Cooper’s America. Yet this study argues that, even as the narrative unfolds its conservative logic, the writing of the romance exposes the artificiality of its own project. Pointing to its status as fiction, The Spy depicts the Revolution as a masquerade and lays bare the United States’ duplicitous origins.

Keywords

  • J. F. Cooper
  • The Spy
  • Revolution
  • history
  • neutrality
  • masquerade

Mots-clés éditeurs : history, J. F. Cooper, masquerade, neutrality, Revolution, The Spy


Date de mise en ligne : 10/03/2009

https://doi.org/10.3917/rfea.118.0030

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