Article de revue

Entre Études et recherches

Pages 88 à 89

Citer cet article


  • Amaré, S.
  • et Valran, M.
(2017). Entre Études et recherches. Forum, Numéro Hors-série(4), 88-89. https://doi.org/10.3917/forum.hs01.0088.

  • Amaré, Sandrine.
  • et al.
« Entre Études et recherches ». Forum, 2017/4 Numéro Hors-série, 2017. p.88-89. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-forum-2017-4-page-88?lang=fr.

  • AMARÉ, Sandrine
  • et VALRAN, Marielle,
2017. Entre Études et recherches. Forum, 2017/4 Numéro Hors-série, p.88-89. DOI : 10.3917/forum.hs01.0088. URL : https://shs.cairn.info/revue-forum-2017-4-page-88?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/forum.hs01.0088


1 Au cours de ce séminaire conjuguant recherches en travail social et questions épistémologiques, nous avons traité de la distinction entre étude et recherche. Nous en retenons que les recherches tendent à « une production de connaissances » élaborée par une nécessaire « critique du sens commun ». En comparaison, les études « ne visent pas une connaissance nouvelle » ; il s’agit davantage d’« un savoir contextualisé à visée opérationnelle ». De surcroît, si dans le cadre des recherches la « problématique est endogène à l’action du sujet et à lui-même », ce n’est pas le cas des études puisque le problème se situe « en extériorité du sujet d’étude » (Cadière, 2016). Nous souhaitons contribuer à cette réflexion en envisageant les enjeux et les impacts des recherches commanditées en travail social, en particulier du point de vue du chercheur.

2 Soulignons d’abord trois types de logiques amenant un chercheur à répondre à des recherches commanditées dans le champ du travail social. Premièrement, l’existence et le développement de la dimension de la recherche constitue un enjeu important en termes de reconnaissance pour les EFTS. Deuxièmement, la recherche de financement implique la réponse à des appels à projet fondés sur des axes de recherche prédéterminés. Enfin, de plus en plus de projets de recherche émergent dans le cadre de commandes publiques, susceptibles de répondre à des enjeux de politiques sociales.

3 Dès lors, en quoi ces différentes tendances impactent-elles le chercheur dans la conduite du projet (de la phase d’élaboration de la recherche à ses retombées) ? En quoi contraignent-elles le chercheur et à quels types de risques l’exposent-elles ? Quelles stratégies le chercheur peut-il mettre en place face à ces risques ?

4 Nous tentons d’apporter un début d’éclairage à ces questions, à l’appui de quatre dimensions transversales : éthique, stratégique, méthodologique et praxéologique (Aussel, 2015). Celles-ci sont mobilisées dans le cadre d’une réflexion relative aux enjeux d’une évaluation commanditée en Sciences de l’éducation. Nous proposons de transposer cette réflexion en la réinterrogeant au filtre de notre pratique des recherches commanditées en travail social.

5 S’agissant de la première, mentionnons que la réponse à des recherches commanditées exposent le chercheur à de multiples défis relevant de risques éthiques. Parmi eux, citons-en trois :

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  1. un questionnement sur l’utilité sociale du chercheur ;
  2. la négociation d’un espace de liberté malgré les contraintes inhérentes à la réponse à une commande ;
  3. la résistance face à une instrumentalisation éventuelle.

7 En effet, dans toutes les étapes du projet, le chercheur est amené à s’interroger en permanence sur sa posture, prise entre le commanditaire et l’objet de la recherche. Précisons que ces risques éthiques sont renforcés dans le cadre de projets financés par des décideurs politiques. À cet égard, Derouet souligne que l’utilisation de la recherche par ce type d’acteurs tend à transformer les connaissances produites « en instruments de pouvoir et les intègre à un ensemble complexe qui comprend aussi des options politiques, des jugements moraux, des routines techniques, des relations entre personnes, etc » (Derouet, 2000).

8 Il résulte de ces enjeux éthiques des choix stratégiques. Il s’agit pour le chercheur de convertir les contraintes en opportunités d’action pour l’avancée de la recherche. Dans ce cadre, le degré d’implication du commanditaire dans la conduite de la recherche constitue une réflexion décisive. Si elle s’avère une condition de réussite de la recherche, en permettant de dépasser certains obstacles, elle peut également se révéler contraignante, génératrice de rapports de pouvoir et remettre en cause l’indépendance du chercheur. Par ailleurs, se pose la question de l’utilisation des résultats de la recherche et les récupérations qui en découlent. La restitution au commanditaire et la validation des conclusions du chercheur représentent alors un temps crucial afin de limiter ce risque de détournement.

9 Ces deux premières dimensions impactent conséquemment la troisième, la dimension méthodologique de la recherche. La formulation de la commande nécessite une reproblématisation par le chercheur afin de relier la demande à un état des savoirs scientifiques. Ce processus permet au chercheur de s’approprier la commande en la transformant en question de recherche et oriente les choix méthodologiques relatifs aux outils d’enquête. Néanmoins, il convient de mentionner que ceux-ci peuvent être contraints par le cahier des charges. Il s’agira alors de trouver un compromis.

10 Enfin, l’utilisation des conclusions de la recherche à des fins de pratiques sociales soulève des enjeux d’ordre praxéologique. Ces types de recherche ne donnent-elles pas l’opportunité aux acteurs (tant de terrains que des décideurs politiques) d’analyser leur action, tout en contribuant à « la destruction des barrières qui ont diviséla théorie et la pratique ? » (Dewey, 1929).

11 En définitive, il nous apparaît que la question du rapport entre la commande et le chercheur mérite une réflexion épistémologique, afin de guider le chercheur dans les différentes étapes relatives à la conduite de recherches commanditées en travail social. Posture, détournement, compromis et opportunité ont été brièvement mobilisées ici. La réflexion est à poursuivre.

Bibliographie

  • Aussel, L. 2015. Les enjeux d’une évaluation commanditée : Immersion au sein d’une recherche-intervention en sciences de l’éducation, Formation emploi, 129, 87-105.
  • Cadière, J. 2016. Intervention dans le cadre du séminaire d’AFFUTS, le 19 novembre 2016.
  • Derouet, J.-L. 2000. Une science de l’administration scolaire est-elle possible ?, Réflexions autour de la circulation des savoirs entre recherche, politique et administration, Revue française de pédagogie, 130, 5-14.
  • Dewey, J. 1929, éd. originale. La quête de certitude. Une étude de la relation entre connaissance et action. Paris : Gallimard.

Date de mise en ligne : 18/09/2017

https://doi.org/10.3917/forum.hs01.0088