Article de revue

Introduction

Pages 4 à 6

Citer cet article


  • Subrémon, H.
  • et De Gouvello, B.
(2012). Introduction. Flux, 87(1), 4-6. https://doi.org/10.3917/flux.087.0004.

  • Subrémon, Hélène.
  • et al.
« Introduction ». Flux, 2012/1 n° 87, 2012. p.4-6. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-flux1-2012-1-page-4?lang=fr.

  • SUBRÉMON, Hélène
  • et DE GOUVELLO, Bernard,
2012. Introduction. Flux, 2012/1 n° 87, p.4-6. DOI : 10.3917/flux.087.0004. URL : https://shs.cairn.info/revue-flux1-2012-1-page-4?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/flux.087.0004


1Le dossier de ce numéro, qui rassemble des articles traitant de la mutation des services urbains à partir d’une approche sectorielle, la gestion des déchets, et dans le cas des villes du Sud, trouve toute sa place dans la ligne éditoriale de la revue Flux.

2En amont de ce projet de dossier, s’est tenu le 8 mars 2011 à l’École des Ponts ParisTech un séminaire visant à explorer des enjeux relatifs à la mutation des services urbains au Nord comme au Sud. Il s’agissait de mener une première réflexion sur les services urbains en s’interrogeant sur l’avenir du modèle du réseau comme figure centrale de la pensée de la transition urbaine. Dans les pays du Nord, les facteurs de la remise en question de ce modèle reposent sur la pensée de systèmes techniques « décentralisés » alternatifs au réseau en réponse aux logiques de préservation des ressources et de sobriété. Dans les pays du Sud, c’est avant tout l’échec d’une traduction littérale des modèles du Nord, dans des contextes marqués principalement par des grandes inégalités socio-spatiales, une urbanisation non maîtrisée et une faiblesse des moyens pour y faire face, qui amènent à recourir à des alternatives. L’objectif du séminaire était de réunir chercheurs, praticiens et décideurs publics et privés pour que, au travers d’un débat et d’échanges d’idées ne reposant pas nécessairement sur des travaux finalisés, soit dressé un panorama des principales questions de recherche actuelles et émergentes concernant les mutations des services urbains.

3La richesse des échanges au cours de ce séminaire a conduit à proposer, dans un second temps, la réalisation d’un dossier thématique sur les mutations des services urbains. Un appel à articles a ainsi été rédigé afin de collecter les résultats de recherche déjà aboutis abordant le thème. L’objectif initial du dossier thématique était de rendre compte des principales questions de recherches relatives aux mutations des services urbains dans leur ensemble. Il importait également, à partir de cas étudiés, de travailler à une meilleure connaissance et une meilleure compréhension des processus et des problématiques sous-jacentes aux mutations en cours. L’appel à articles issu de cette première réflexion était donc ouvert à une grande diversité de terrains de recherche et d’objets.

4Pourtant, il n’a pas donné lieu à des propositions d’articles aussi larges que prévues. À la surprise des coordonnateurs du dossier, quatre propositions intéressantes se sont focalisées sur un même objet – la collecte des déchets –, et un même contexte – les villes du Sud –, dénotant ainsi la prégnance de la question des mutations dans la recherche contemporaine à la fois sur ce service urbain précis et dans ce contexte particulier. Il est alors apparu pertinent, dans un troisième temps, de recentrer le dossier sur ce thème en proposant le renvoi des autres propositions d’articles retenues à des livraisons futures de la revue.

5Ainsi reformulé, le dossier ne se propose donc pas de couvrir l’ensemble de la question des mutations des services urbains mais d’en illustrer quelques éclairages originaux et remarquables sur les mutations à l’œuvre dans le secteur des déchets au Sud. Cette nouvelle entrée fait de ce dossier un complément entrant en résonance avec un précédent numéro thématique de la revue (Numéro 76/77 « Aux marges des réseaux », coordonné par Olivier Coutard et Jonathan Rutherford, 2009) traitant également des questions des mutations des services mais ne reposant pas sur la double spécificité ici relevée.

6En quoi consiste cette double spécificité et quelles en sont les conséquences?

7Les déchets constituent un service urbain doté de caractéristiques propres le distinguant sensiblement des services basés sur des réseaux d’infrastructures. À la différence de l’eau, de l’assainissement, de l’électricité (services souvent analysés dans la revue), le service des déchets comprend un ensemble de points fixes (centres de tri, décharges ...) reliés au travers d’un réseau logistique rendant possibles la collecte et le transport des déchets vers ces points fixes. S’il prend appui sur un réseau infrastructurel (le réseau routier), le service des déchets n’oriente pas fondamentalement l’évolution de ce réseau. Service distribué en surface, il ne se compose pas comme les autres services d’infrastructures lourdes en réseau souterrain. Il en découle une malléabilité plus importante et une dépendance aux choix techniques antérieurs a priori moindres.

8Pour leur part, les villes du Sud sont, dans la majorité des cas, marquées par des déficits en matière de services urbains conventionnels, d’intensité variable selon les pays. L’absence de services conventionnels n’empêche pas que du service soit apporté, d’une manière ou d’une autre, via des « solutions » plus ou moins performantes et formalisées, dont la nature dépend fortement du contexte urbain, palliant ainsi le déficit.

9Partagée par l’ensemble des textes, cette double spécificité permet de dégager des éléments dépassant la singularité de chaque cas. Mais elle a également sa limite: ce qui est observé ici pouvant difficilement être transposé à un autre service et aux pays du Nord soumis à d’autres logiques.

10Les quatre articles publiés dans ce numéro démontrent une grande variété de positions théoriques et méthodologiques pour penser les services urbains des déchets et leurs changements. Toutefois, au delà de leurs spécificités, ces quatre contributions s’organisent autour de trois idées clés :

  • Dans les villes du Sud, le déchet est une ressource pour le secteur informel de la récupération et de la valorisation qui, depuis longtemps, assure la survie de nombreux ménages urbains parmi les plus pauvres: à l’opposé de ce qui est observable dans les « pays du Nord », ces filières de « recyclage » relèvent ainsi plus d’une logique de nécessité que de l’excellence environnementale.
  • Sous couvert de modernisation écologique, on observe depuis peu des processus de formalisation progressifs des modes de prise en charge de cette ressource informelle, qui s’accompagnent de l’émergence de nouveaux acteurs agissant à une échelle intermédiaire entre l’échelle de compétence de l’autorité officiellement en charge du service et l’individu: concomitantes d’une redistribution des revenus de la récupération, en partie captés par ces nouveaux acteurs, les réorganisations en cours suscitent aussi conflits et concurrences, voire éviction des collecteurs informels.
  • Ici ou là, des efforts de régulation de ces interactions entre modes de gestion institutionnel et informel apparaissent pourtant à l’initiative des autorités urbaines, dessinant des possibilités, voire des réalités d’articulation partielle entre ces deux sphères.
Analysant la collecte des déchets au Caire (Égypte), Lise Debout pointe fortement la première spécificité soulignée ci-dessus en qualifiant le service de « réseau mou ». En insistant sur cette dimension, l’auteure rend explicite l’opportunité de penser les mutations en cours dans d’autres formes économiques et institutionnelles que celles d’un réseau centralisateur. Elle montre comment les interstices sociotechniques et urbains rendent possible la mise en forme de solutions alternatives de collectes de déchets qui ne viennent pas remplacer un réseau défaillant mais plutôt le compléter, dans un contexte politique centralisateur et autoritaire.

11En s’appuyant sur l’exemple de Lima (Pérou), Mathieu Durand s’attache à caractériser la mise en place spontanée d’un « système composite » résultant de l’imbrication de trois systèmes de gestion des déchets (gestion publique, autogestion et gestion partagée). La description de ce système composite, caractéristique d’autres villes du Sud, lui permet de souligner les limites de la transposition pure et simple des modèles des pays du Nord dans des contextes du Sud et de suggérer l’existence d’un potentiel d’articulation des différents modes de production du service au sein d’une même métropole.

12Dans son article consacré à Buenos Aires (Argentine), Marie-Noëlle Carré identifie un « tournant » dans la gestion des déchets, calé sur la crise économique de 2001, et interroge ses conséquences sur la reconfiguration des politiques publiques vers un service plus durable. L’auteure souligne les conditions conflictuelles de la coexistence de deux services de collecte, qui se réfèrent à des modèles urbains distincts et prospèrent sur des disparités socio-spatiales croissantes. La mise en tension de cette situation active une mise en débat stimulant les processus de durabilité urbaine.

13Enfin, Claudia Cirelli apporte un éclairage sur la transition gestionnaire des eaux usées et ses impacts sociotechniques et urbains au Mexique, le recyclage des eaux usées dans les activités agricoles se voyant remis en cause par l’émergence de normes environnementales. L’originalité de ce papier réside bien non pas simplement dans une première caractérisation de ces processus mais également dans l’observation attentive des effets de décisions politiques et de l’introduction d’objets techniques sur les dynamiques sociales et politiques locales.

14Si les services des déchets « mutent » dans les villes du Sud, identifier une « transition » ou même une stratégie de change ment n’est pas chose évidente. Les causes immédiates des transformations observées sont hétérogènes: la crise économique (Buenos Aires), une modernisation écologique (Mexico, Lima, Buenos Aires), une modernisation institutionnelle (Le Caire). Les résultats sont tout aussi divers et peinent, au delà des objectifs environnementaux affichés, à étendre à l’ensemble de villes inégalitaires et fragmentées les externalités positives d’une salubrité urbaine partagée.

15* * * * *

16Deux rubriques complètent ce nouveau numéro de Flux. Géraldine Pflieger a réalisé un Entretien avec Nicolas Curien, économiste et ingénieur des télécommunications qui fut un collaborateur de la première heure du GDR Réseaux, d’où est issue la revue Flux. Nicolas Curien revient sur le parcours du modèle « des trois couches » à l’épreuve de la libéralisation des télécommunications et de son évolution ainsi que sur son expérience de la régulation jusqu’en 2011 en tant que membre de l’ARCEP – Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes. Le Portrait d’entreprise ouvre une nouvelle série d’analyses sur les hubs, ces lieux de concentration de traitement des flux qui formatent la fabrique urbaine. Après la série consacrée aux aéroports, Jean Debrie démarre celle qui sera dédiée aux opérateurs portuaires. Les Repères bibliographiques concluent cette nouvelle livraison de Flux.


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Date de mise en ligne : 17/07/2012

https://doi.org/10.3917/flux.087.0004