Compte rendu

Villes virtuelles. Entre communauté et cité. Analyse de cas, Béatrice van Bastelaer, Laurent Henin et Claire Lobet-Maris (sous la direction de). Paris, L’Harmattan, 2000, 255 pages

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  • Lewis, P.
(2002). Villes virtuelles. Entre communauté et cité. Analyse de cas, Béatrice van Bastelaer, Laurent Henin et Claire Lobet-Maris (sous la direction de). Paris, L’Harmattan, 2000, 255 pages. Flux, 48-49(2), III-III. https://doi.org/10.3917/flux.048.0122c.

  • Lewis, Paul.
« Villes virtuelles. Entre communauté et cité. Analyse de cas, Béatrice van Bastelaer, Laurent Henin et Claire Lobet-Maris (sous la direction de). Paris, L’Harmattan, 2000, 255 pages ». Flux, 2002/2-3 n° 48-49, 2002. p.III-III. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-flux1-2002-2-page-III?lang=fr.

  • LEWIS, Paul,
2002. Villes virtuelles. Entre communauté et cité. Analyse de cas, Béatrice van Bastelaer, Laurent Henin et Claire Lobet-Maris (sous la direction de). Paris, L’Harmattan, 2000, 255 pages. Flux, 2002/2-3 n° 48-49, p.III-III. DOI : 10.3917/flux.048.0122c. URL : https://shs.cairn.info/revue-flux1-2002-2-page-III?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/flux.048.0122c


1 Villes virtuelles. Au départ, l’expression peut étonner. Une ville est par définition réelle, même si elle autorise différents niveaux de lecture, qui font parfois appel à l’imaginaire. Le concept de villes virtuelles est particulièrement ambigu, comme le reconnaît d’entrée de jeu B. van Bastelaer, dans le premier chapitre de l’ouvrage. Dans la littérature récente, il peut signifier deux choses fort distinctes, pour ne pas dire opposées : le développement des réseaux de communication, qui permettent de créer une cité câblée (wired city en anglais) ; et la présence des villes sur le web. C’est cette deuxième acception qui est l’objet du présent ouvrage : l’espace que développent des villes ou des communautés sur le web. Au cours des dernières années, les villes ont massivement investi le web, à la recherche de nouveaux lieux pour se faire connaître, mais également pour développer de nouveaux services pour les résidents et les entreprises, actuels ou potentiels, de même que pour les visiteurs, ceux qui s’intéressent à la ville réelle ou même ceux qui ne font que se promener sur Internet, à la découverte d’un monde parallèle. Mais s’agit-il là vraiment de villes virtuelles ? On peut en douter, surtout que, dans la plupart des cas, Internet n’est utilisé que comme un nouveau moyen de communication, pas très différent des outils plus traditionnels. Même la mise à jour de l’information est loin de toujours être acquise, bien qu’elle soit facilitée, sans doute parce qu’elle impose aux administrations une modification souvent importante de leurs pratiques : la transparence a des exigences que ne sont pas toujours capables de satisfaire les administrations publiques.

2 L’ouvrage comporte deux grandes parties. Dans la première, qui comprend deux chapitres particulièrement intéressants, les auteurs présentent les villes virtuelles. Dans le chapitre 1, B. van Bastelaer examine l’histoire des villes virtuelles. Cette histoire, elle la fait débuter dans les années 1960, avec la mise en place des radios libres et des télévisions communautaires. Même si on peut trouver étrange de prime abord ce rapprochement entre radios, télés et sites web, ces trois technologies visent toutes, en fait, à rapprocher les individus, afin de créer de véritables communautés. Le but des premières radios libres et télés communautaires était d’offrir du contenu local et d’offrir un lieu de libre expression et ce faisant encourager la participation des usagers. Internet n’est pas très différent des radios et des télés communautaires, même si les sites web sont rarement, vraiment interactifs. Mais les radios et les télés communautaires se sont également transformées, quand elles n’ont pas carrément disparu.

3 Le deuxième chapitre pose la question de l’essor des villes virtuelles et de l’ancrage de ces nouvelles communautés dans la cité. Dans ce chapitre, sans aucun doute le plus intéressant du livre, L. Henin et B. van Bastelaer s’interrogent sur les raisons qui expliquent le développement des villes virtuelles et les rapports local-global, dans le contexte du développement d’Internet. Les auteurs négligent toutefois l’effet de mode, dans leur analyse de l’explication du développement des villes virtuelles : si plusieurs villes se sont aménagées un espace web, c’est sans doute parce qu’elles y voyaient un potentiel intéressant, mais c’est aussi parce que toutes les autres villes le faisaient, et qu’elles ne pouvaient donc pas y échapper. D’ailleurs, à l’analyse, on constate que plusieurs des sites web municipaux sont soit insignifiants, soit dépassés. D’où l’intérêt des études de cas.

4 La deuxième partie de l’ouvrage porte sur quatre cas, fort différents au plan des technologies utilisées et de l’utilisation qu’elles font des possibilités des outils développés, sans doute parce que les projets sont nés à des dates différentes, dans des contextes également singuliers. Les quatre cas étudiés, que les auteurs abordent sous l’angle de la construction sociale, sont tous européens : Copenhagen Base (B. Jaeger), Anvers (J. Pierson), Amsterdam (M. van Lieshout), Namur (B. van Bastelaer). Ces cas sont intéressants, parce qu’ils ne posent pas le problème des villes virtuelles en termes technologiques, pour plutôt aborder leur développement en lien avec les communautés qu’elles doivent desservir. Ces textes, parfois un peu longs, sont surtout intéressants pour les leçons que l’on peut en tirer. C’est d’ailleurs là l’objet du dernier chapitre du livre. Dans ce texte, B. van Bastelaer et C. Lobet-Maris construisent sur les quatre études de cas, pour discuter des difficultés à aménager des villes virtuelles. L’enjeu est d’abord dans le choix de la technologie, surtout parce que l’évolution est particulièrement rapide; cela est particulièrement évident dans le passage du mode texte au mode graphique, qui décuple les possibilités.

5 L’enjeu est également, et peut-être davantage, dans le contenu des villes virtuelles que l’on met en place. Quels besoins cherche-t-on à satisfaire ? La réponse à cette question est d’autant plus difficile à apporter que « L’utilisateur reste une grande inconnue », comme l’écrivent si justement B. van Bastelaer et C. Lobet-Maris. En fait, non seulement les besoins des utilisateurs évoluent-ils rapidement, mais en plus de nouveaux utilisateurs s’ajoutent et profitent des possibilités nouvelles qu’offrent ces villes virtuelles. Très souvent, les citoyens des villes virtuelles font des demandes que n’ont pas prévues les concepteurs des systèmes mis en place. C’est que l’interactivité n’est pas simple à mettre en place : ce n’est pas qu’un processus technique, c’est également une façon de communiquer, qui transforme en profondeur les relations entre les citoyens et les administrations.

6 L’intérêt de cet ouvrage est de montrer les possibilités qu’offre une présence sur le web, mais surtout de nous permettre de mieux comprendre les embûches qui nous guettent dans la création de ces villes virtuelles. Les technologies sont habilitantes, mais ce qu’il ne faut pas oublier c’est que ce sont les usagers qui leur donnent un sens. Ainsi, ce n’est pas parce que les technologies permettent l’interactivité, que c’est ce que cherchent les utilisateurs. Il faut donc s’interroger sur leurs besoins, afin de pouvoir y répondre. Les villes virtuelles vont se transformer, au fur et à mesure qu’elles vont se peupler. On ne peut qu’espérer que les auteurs de cet ouvrage continueront de s’y intéresser.

7 Paul Lewis

8 Université de Montréal


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Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/flux.048.0122c