Compte rendu

Naissance d’un service public : le gaz à Paris, Jean-Pierre Williot. Éditions Rive Droite, Institut d’Histoire Industrielle, Paris, 1999, 778 pages

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  • Defeuilley, C.
(2002). Naissance d’un service public : le gaz à Paris, Jean-Pierre Williot. Éditions Rive Droite, Institut d’Histoire Industrielle, Paris, 1999, 778 pages. Flux, 48-49(2), II-II. https://doi.org/10.3917/flux.048.0122b.

  • Defeuilley, Christophe.
« Naissance d’un service public : le gaz à Paris, Jean-Pierre Williot. Éditions Rive Droite, Institut d’Histoire Industrielle, Paris, 1999, 778 pages ». Flux, 2002/2 n° 48-49, 2002. p.II-II. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-flux1-2002-2-page-II?lang=fr.

  • DEFEUILLEY, Christophe,
2002. Naissance d’un service public : le gaz à Paris, Jean-Pierre Williot. Éditions Rive Droite, Institut d’Histoire Industrielle, Paris, 1999, 778 pages. Flux, 2002/2 n° 48-49, p.II-II. DOI : 10.3917/flux.048.0122b. URL : https://shs.cairn.info/revue-flux1-2002-2-page-II?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/flux.048.0122b


1 Cet ouvrage, issu d’une thèse de doctorat soutenue en 1995, retrace l’histoire de l’adoption et du développement d’une nouvelle forme d’énergie, le gaz manufacturé, à Paris. L’auteur prend le parti d’une analyse qui se déroule sur le long terme, sur plus d’un siècle, de la fin du 18ème siècle au début du 20ème siècle. Il peut ainsi nous apporter des enseignements sur les conditions de développement du gaz comme source d’éclairage, sur les formes que prennent les arrangements institutionnels et les structures industrielles qui accompagnent ce développement, puis sur les raisons qui provoquent son déclin. Ce faisant, il apporte une contribution utile, non seulement à l’histoire des techniques, mais aussi à l’analyse industrielle des groupes privés de services urbains.

2 Le parti pris chronologique du livre nous permet de suivre avec beaucoup de clarté les grandes étapes de cette histoire. Le premier brevet concernant le gaz manufacturé est déposé en 1799 par l’ingénieur Lebon. Les premières installations d’éclairage au gaz, illuminant quelques rues de Londres, datent de 1807. La première société exploitant ce procédé de fabrication de gaz, la Gas Light & Coke Company, est créée en 1812. Le gaz gagne rapidement les faveurs des boutiquiers et des théâtres parisiens. Il bénéfice d’un « effet de mode », relayé très tôt par les préoccupations des pouvoirs publics, qui voient dans un meilleur éclairage des rues un moyen efficace de rendre la ville plus sûre.

3 Cette innovation du début du siècle va recevoir le soutien du roi qui accepte de participer à la création d’une société de gaz à Paris. On cherche alors, à partir d’expériences spectaculaires et prestigieuses (éclairage de monuments et bâtiments publics), à enclencher un effet d’entraînement susceptible d’attirer des investisseurs privés capables de réunir les fonds indispensables à l’extension de l’usage du gaz. S’ouvre alors une période d’intense activité : plusieurs compagnies parisiennes voient le jour, une concurrence pour capter les meilleurs clients des beaux quartiers se développe.

4 Les pouvoirs publics interviennent en 1835 pour « astreindre l’éclairage au gaz à un règlement qui ne laissât pas les consommateurs à la merci des compagnies » (p. 160). Paris est divisé en six périmètres d’exploitation, gérés chacun par une compagnie. En 1846, un traité d’exploitation est signé. Mais les conditions de fonctionnement des entreprises se dégradent rapidement, la consommation baisse. En 1855, il est décidé de fusionner les six compagnies et de former une seule grande firme couvrant tout Paris : la Compagnie Parisienne d’Éclairage et de Chauffage. Une concession de 50 ans lui est accordée. Cette fusion répond à des exigences essentiellement industrielles. L’extension du réseau coûte cher, l’activité est très capitalistique, les entrepreneurs acceptent de s’associer pour partager les coûts et bénéficier des économies d’échelle rendues possibles par la mise en commun des réseaux et des installations.

5 La compagnie parisienne de gaz, portée par la hausse continue de la consommation, va vivre 25 ans de succès. La firme adopte une politique de prix agressive pour doper les ventes, accepte à partir de 1870, d’équiper gratuitement en conduites de gaz les étages des immeubles : le réseau « horizontal » se complète d’un réseau « vertical ». Le gaz reste toutefois un luxe que peu de ménages peuvent s’offrir. En 1880, Paris ne compte que 148 514 abonnés et les commerces restent, et de loin, le marché principal de la compagnie. Les foyers modestes n’ont pas accès à cette nouvelle forme d’éclairage.

6 À partir de 1880, s’ouvre le « temps des incertitudes ». Les relations avec les pouvoirs publics se dégradent, le monopole privé commence à être remis en cause, la compagnie souffre d’une image dégradée, les prix sont jugés trop élevés, des accidents spectaculaires relancent les interrogations sur la dangerosité de l’utilisation du gaz (un incendie à l’Opéra Comique le 25 mai 1887 fait 115 morts). Et surtout, le gaz commence à être concurrencé par l’électricité qui se développe petit à petit à Paris à la fin du 19ème. Arrivée à son terme en 1905, la concession n’est pas renouvelée, les actifs de la compagnie sont repris par les autorités publiques et un nouveau contrat de régie intéressée est signé. Le gaz manufacturé comme moyen d’éclairage ne résistera pas à l’essor de l’électricité.

7 Ce livre, produit d’un travail considérable, fourmille de détails intéressants, comme par exemple le parcours des principaux dirigeants des compagnies gazières, les diverses étapes des débats et des prises de décisions des autorités municipales, le fonctionnement interne de la compagnie parisienne de gaz, son patrimoine industriel, etc. Il est particulièrement convaincant lorsqu’il analyse avec soin le parcours, souvent long, difficile et tortueux, qui commence avec le premier brevet et qui se poursuit avec les premiers développements industriels, puis la formation des compagnies et l’engagement des investisseurs privés. Il est intéressant de noter que dans cette aventure, les pouvoirs publics ont joué un rôle central, non seulement en réglementant l’activité de telle sorte que l’initiative privée puisse s’y épanouir, mais aussi en jouant un rôle initial majeur, en encourageant les premières démonstrations et en finançant la première compagnie dès 1818. On pourra simplement regretter que l’auteur ne s’attarde pas sur les mécanismes de régulation (instruments économiques, financiers et juridiques) utilisés par les autorités publiques pour encadrer l’activité de la compagnie du gaz, monopole privé couvrant tout Paris. Pourquoi les relations entre le concessionnaire et le concédant se sont-elles détériorées ? La régulation était-elle défaillante au point de permettre à la firme d’engranger des profits « excessifs », au détriment de l’extension du réseau et des investissements dans les quartiers populaires ? Pourquoi la compagnie a-t-elle échoué à obtenir une reconduction de son contrat ? Cela signe-t-il l’échec de l’économie de la concession, provoquée par une régulation défaillante, ou est-ce dû à des questions d’ordre technique et industriel (gaz trop cher à produire, réseau trop cher à étendre aux quartiers populaires, risques d’incendie trop importants, etc.) ? Un traitement plus complet de ce type de questionnements aurait été particulièrement intéressant et aurait pu apporter une contribution utile aux débats actuels relatifs à la régulation des services urbains.

8 Christophe Defeuilley


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Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/flux.048.0122b