Compte rendu

Philippe Borgeaud, Francesca Prescendi, éd., Religions antiques. Une introduction comparée : Égypte, Grèce, Proche-Orient, Rome, Genève, Labor et Fides, 2008. 22,5 cm. 188 p. ISBN 978-2-8309-1250-0. € 19/CHF 32

Pages 561n à 578n

Citer cet article


  • Nocquet, D.
(2010). Philippe Borgeaud, Francesca Prescendi, éd., Religions antiques. Une introduction comparée : Égypte, Grèce, Proche-Orient, Rome, Genève, Labor et Fides, 2008. 22,5 cm. 188 p. ISBN 978-2-8309-1250-0. € 19/CHF 32. Études théologiques et religieuses, Tome 85(4), 561n-578n. https://doi.org/10.3917/etr.0854.0561n.

  • Nocquet, Dany.
« Philippe Borgeaud, Francesca Prescendi, éd., Religions antiques. Une introduction comparée : Égypte, Grèce, Proche-Orient, Rome, Genève, Labor et Fides, 2008. 22,5 cm. 188 p. ISBN 978-2-8309-1250-0. € 19/CHF 32 ». Études théologiques et religieuses, 2010/4 Tome 85, 2010. p.561n-578n. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-theologiques-et-religieuses-2010-4-page-561n?lang=fr.

  • NOCQUET, Dany,
2010. Philippe Borgeaud, Francesca Prescendi, éd., Religions antiques. Une introduction comparée : Égypte, Grèce, Proche-Orient, Rome, Genève, Labor et Fides, 2008. 22,5 cm. 188 p. ISBN 978-2-8309-1250-0. € 19/CHF 32. Études théologiques et religieuses, 2010/4 Tome 85, p.561n-578n. DOI : 10.3917/etr.0854.0561n. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-theologiques-et-religieuses-2010-4-page-561n?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/etr.0854.0561n


1 Sans viser à l’exhaustivité, ce livre offre un regard d’ensemble sur les principaux systèmes religieux de l’Antiquité en s’efforçant de les présenter « de l’intérieur », de penser « à leur façon » en usant de leurs concepts. Si la Grèce et Rome sont au centre du volume, l’Égypte et le Proche-Orient ne sont pas oubliés.

2 En 7 chap., le livre tente de répondre à diverses questions. Qu’est-ce qu’un sacrifice ? Quelle différence y a-t-il entre religion et magie ? Pourquoi les hommes communiquent-ils avec les dieux par la divination ? Comment les mythes ont-ils pu transmettre un savoir ?

  1. P. Borgeaud et F. Prescendi proposent une réflexion sur ce que signifie le fait de vénérer plusieurs dieux à la fois (polythéisme). Les Grecs et les Romains n’avaient pas conscience d’être polythéistes. Le concept naît dans la confrontation au monothéisme judéo-chrétien. Les Anciens s’adressaient à différents dieux qui avaient des domaines d’action complémentaires les uns par rapport aux autres. L’anthropomorphisme des dieux qui caractérise le polythéisme ne va pas de soi et fut l’objet de critiques (Hérodote) qui présentaient la religion ancienne comme aniconique. Entre Rome et la Grèce une différence importante est à noter : aux mythes cosmogoniques grecs, les Romains ont préféré des mythes de fondation de la civilisation romaine pour se penser citoyens de la ville de Rome. Un point commun entre la Grèce et Rome : la pratique de la religion ne s’appuyait sur aucun dogme, mais consistait à suivre les règles établies par les ancêtres. D’où l’importance des spéculations sur le rite et ses origines, sur le calendrier : une réflexion pour bien accomplir le culte à rendre aux dieux.
  2. F. Prescendi analyse l’acte essentiel du sacrifice à travers une comparaison entre la Grèce et Rome. Les sacrifices, vécus comme un repas, indiquent comment chaque civilisation, grecque ou romaine, a construit sa propre « langue » pour communiquer avec ses dieux. Le sacrifice est le résultat d’une sédimentation de gestes qui constituent ensemble un discours porteur de sens pour la communauté qui le pratique. Sur la question de l’occultation de la violence sacrificielle, l’auteur montre que le sacrifice d’animaux ne cache pas un sentiment de culpabilité diffus à l’encontre de la victime sacrifiée et ne dévoile pas la conscience d’une violence accomplie.
  3. Y. Volokhine prolonge cette comparaison en direction des rites effectués en Égypte. V. décrit avec minutie le fonctionnement du temple comme espace isolé du monde au cœur duquel habite la divinité. Toute une grammaire de l’offrande codifie les gestes pour susciter une réponse divine avec une attention particulière donnée à la Maât, comme principe normatif de l’ordre du monde. Le sacrifice animal n’a aucune dimension de commensalité en Égypte. L’animal sacrifié est l’animal honni, représentation de Seth l’ennemi de l’Égypte. Il est détruit et éliminé virtuellement. Ce sacrifice plus symbolique que réel ne concerne pas seulement les espèces dangereuses (crocodiles par ex.), mais aussi le bœuf. Le bœuf est alors découpé pour la consommation et est consommé en dehors de tout banquet cultuel. La rencontre avec le divin, strictement codifiée, s’opère principalement à travers des manifestations oniriques et des oracles. Divination et pratiques oraculaires sont contrôlées par les prêtres. Le temple, lieu de convergence au rôle économique et culturel, attire les foules qui cherchaient à se concilier telle ou telle divinité par des ex-voto et des prières.
  4. D. Jaillard et F. Prescendi s’intéressent aux manières grecques et romaines d’interroger les dieux et à leurs contrastes. La divination semble une pratique ancienne selon la légende romaine. Les techniques divinatoires : l’extipicium est la consultation lors de sacrifices pour savoir si les dieux sont favorables, la prise des auspices est l’observation des signes divins véhiculés par les oiseaux, les prodiges sont les signes qui se manifestent spontanément. La divination a une connotation politique à Rome puisque les signes doivent être reconnus par le Sénat. En Grèce, la pratique divinatoire plus diverse se vit autour de lieux d’oracles locaux qui ont parfois une dimension panhellénistique, telle la pythie de Delphes, sanctuaire d’Apollon. La divination en Grèce et à Rome sert à régler dans un futur proche quelque chose qui existe dans le présent : une décision prise, une crise en cours … Avec la divination, on cherche l’aval divin d’un héros, d’un défunt, pour répondre à des situations concrètes et pratiques, individuelles et collectives avant toute prise de décision importante.
  5. N. Durisch Gauthier et F. Prescendi s’interrogent sur la différence entre magie et religion et présentent un aperçu sur quelques grandes théories modernes. Avec Mauss on parle de tendances, « la religion tend à l’abstrait, […] à l’adoration, la magie au concret, […] à l’efficacité ; le rite religieux est collectif dans le cadre d’un culte institutionnalisé […], le rite magique est privé, secret ». En Égypte, la magie a une fonction protectrice et curative au niveau de la destinée individuelle sur terre ou dans l’au-delà. Sur un plan collectif, la magie a un rôle destructeur pour protéger les temples et l’État contre les menaces d’Apophis ou de Seth. Dans le monde gréco-romain, la magie, provenant d’un terme qui désigne les prêtres persans, englobe toutes les pratiques qui ne concernent pas la cité : divination privée, rites initiatiques des cultes à mystères, « magie noire ». Le but est de défaire et de rendre impuissant un adversaire, une femme … La magie représente une voie supplémentaire à la religion. La distinction religion/magie reste une question. La magie a en Égypte un caractère officiel. Intégrée à la religion, elle a aussi une fonction médicinale apaisante. En Grèce, elle a un caractère plus privé et secret. Surtout, elle fait l’objet d’un discours critique et méprisant de la part des philosophes, ce qui contribue à la distinguer de la religion. La pratique de la magie connaît un essor important qui traverse les civilisations.
  6. P. Borgeaud et T. Römer présentent des regards croisés sur l’origine de l’humanité à travers la mythologie de la Méditerranée et du Proche-Orient, il y a une synchronie dans la constitution de la littérature biblique, Torah et prophètes, et le canon homérique en Grèce. L’idée que l’univers est le résultat d’une victoire contre des forces gigantesques du chaos est partagée en Mésopotamie, en Égypte et au Levant. En Grèce, elle est reprise sous la forme des luttes de génération pour la succession des souverainetés célestes. La théogonie d’Hésiode est proche de la mythologie hourrito-hittite. Le récit biblique de la Genèse s’inscrit dans cette lignée, même s’il présente la création d’un point de vue monothéiste. De même que dans la relation du féminin et du masculin, de nombreux croisements sont perceptibles entre les mythologies mésopotamiennes, Enkidu et la prostituée, le récit biblique, Adam et Ève, les mythes grecs, Prométhée et Pandore. Il en est de même pour le Déluge ou la relation entre l’humain et l’animal. Les héritages biblique et classique sont donc loin d’être incompatibles.
  7. Enfin A. A. Nagy et F. Prescendi travaillent la manière dont l’Empire romain a su intégrer de nouvelles idées religieuses, introduites par des cultes d’origine « orientale », parmi lesquels le christianisme. À l’idée d’une religion romaine « pure » à l’origine qui aurait intégré des éléments étrangers, la recherche récente montre que, dès les commencements, la religion romaine fut ouverte sur l’extérieur. Elle montre une capacité à intégrer des cultes d’origine orientale dès le iie siècle av. J.-C. Le chap. décrit l’arrivée de la Mère des dieux et de Mithra à Rome. Cependant la tolérance romaine en matière religieuse a des limites ; elle vaut tant que les religions importées ne remettent pas en cause la paix des dieux sur laquelle repose l’Empire. L’histoire romaine est jalonnée de récits d’expulsion d’adeptes de différents cultes qui mettent en cause l’État, ainsi les Bacchanales. Le danger du christianisme réside dans un exclusivisme militant et en ce qu’il joue un rôle unificateur bien plus grand que celui de la religion civique romaine. Mais le christianisme prédisposait les sujets à l’obéissance à un seul empereur, ce que Constantin et ses successeurs ont bien compris. Le christianisme est devenu en moins d’un siècle la religion officielle, persécutant les autres religions.
Complété par un index des noms propres et de plusieurs illustrations, cet ouvrage intéressant propose d’utiles mises au point sur les croisements thématiques importants entre Égypte, Mésopotamie, Grèce et Rome.

3 Dany Nocquet


Date de mise en ligne : 22/10/2013

https://doi.org/10.3917/etr.0854.0561n