Parler de la mort : que dire ? Lorsque la littérature parle de la mort
- Par Rozenn Le Berre
Pages 135 à 150
Citer cet article
- LE BERRE, Rozenn,
- Le Berre, Rozenn.
- Le Berre, R.
https://doi.org/10.3917/eslm.161.0135
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https://doi.org/10.3917/eslm.161.0135
Notes
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[1]
Les romans pacifistes d’Erich Maria Remarque (1973 ; 2013) ou de Blaise Cendrars (2023) dénoncent l’inhumanité de nos sociétés lorsque la guerre – ici la Première Guerre mondiale – conduit à des morts données en masse.
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[2]
On peut citer le roman irakien de Sinan Antoon (2017), Seul le grenadier, qui continue à développer les mêmes enjeux.
Parler de la mort. Cette expression ouvre une double interrogation : qu’est-ce que parler ? Et de quelle mort parle-t-on ? Si la philosophie se donne pour finalité d’interroger le monde qui nous entoure, il ne peut être envisagé d’aborder un tel sujet sans en questionner les termes qui le compose. Davantage que de déployer un savoir issu de textes philosophiques, il s’agit de faire de la philosophie en tant que celle-ci nous invite, selon Héraclite, à interroger les « dits et actes » (Bollack & Wismann, 1972, fragment 1) afin d’en pouvoir saisir le logos, terme qu’on peut traduire par « raison », mais aussi « discours » et « mesure ». Ouvrir des espaces de questionnement sur ce qui nous semble évident est déjà un geste philosophique, c’en est même son fondement. La philosophie questionne les évidences et discute les limites : limites de ce qui peut être dit et pensé, limites de ce qui peut être vécu, éprouvé.
La mort serait peut-être l’objet inatteignable par excellence, cette limite ultime du vivre, du penser et du dire. Que peut-on dire ou faire de cet objet qu’est la mort ? Que peut-on en penser et en dire lorsque nous constatons que la mort échappe à nos tentatives d’élaboration ? Le savoir sur la mort, en soi, nous confronte à une immense, voire abyssale, interrogation. Comme le développe Vladimir Jankélévitch (1977), la mort est insaisissable par nature, tout en s’inscrivant de façon paradoxale dans nos vies. En effet, en tant qu’êtres vivants, nous sommes soumis à la finitude, à la condition d’être mortels et pourtant, celle-ci n’a de cesse de nous étonner, de nous choquer et de nous déchirer en soumettant nos relations à la nécessité du deuil…
Mots-clés éditeurs : fiction, indicible, littérature, mort, négatif
Date de mise en ligne : 19/02/2025
https://doi.org/10.3917/eslm.161.0135