Article de revue

Trente ans d’activité revuistique et positionnement dans le champ de la recherche scientifique

Pages 7 à 32

Citer cet article


  • Ould-Braham, O.
  • et Porchet, M.
(2017). Trente ans d’activité revuistique et positionnement dans le champ de la recherche scientifique. Études et Documents Berbères, 37(1), 7-32. https://doi.org/10.3917/edb.037.0007.

  • Ould-Braham, Ouahmi.
  • et al.
« Trente ans d’activité revuistique et positionnement dans le champ de la recherche scientifique ». Études et Documents Berbères, 2017/1 N° 37, 2017. p.7-32. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-2017-1-page-7?lang=fr.

  • OULD-BRAHAM, Ouahmi
  • et PORCHET, Michel,
2017. Trente ans d’activité revuistique et positionnement dans le champ de la recherche scientifique. Études et Documents Berbères, 2017/1 N° 37, p.7-32. DOI : 10.3917/edb.037.0007. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-2017-1-page-7?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/edb.037.0007


Notes

  • [1]
    Un bilan a pu être tiré à partir de différents colloques visant à la valorisation scientifique d’un périodique devenu en trente ans une référence en matière de linguistique berbère, par exemple. D’abord, il y a eu les journées organisées à la MSH Paris Nord (Saint-Denis La Plaine), les 12 et 13 novembre puis les 10 et 11 décembre 2015. Ensuite l’année suivante, les journées du 7 et 8 décembre 2016 à Alger-Bouzaréah, à l’université Alger 2. Un dernier colloque est prévu à la fin de cette année, les 7 et 8 décembre 2017, à Batna (Algérie). Les chiffres sont importants, plus de 50 communications scientifiques et 56 intervenants. Les dimensions interinstitutionnelle et internationale ont été assurées au travers d’intervenant appartenant à 20 institutions scientifiques (universités et centre de recherche) en provenance de 5 pays. L’objectif de faire de cette action un espace de rencontre et de réflexion entre chercheurs (du Nord et du Sud) a été lui aussi pleinement atteint avec une large participation des pays du Sud.
  • [2]
  • [3]
    Institut NAtional des Langues et Civilisations Orientales.
  • [4]
    Les principaux animateurs de cet organe sont Salem Chaker, El Hocine Sadi et Saïd Sadi.
  • [5]
    La Revue Africaine est la première publication périodique à accorder de l’attention aux études berbères au sens large, englobant des études de linguistique et de littérature jusqu’aux études historiques en passant par l’archéologie, les études des textes antiques et médiévaux et l’ethnographie. Ce qui était conforme à sa vocation d’organe de la Société historique algérienne, fondée en 1856. Elle était domiciliée des années 1880 jusqu’à 1962, l’année où elle fit paraître son dernier numéro, à l’université d’Alger, la ‘‘Fac centrale’’. La revue Hespéris, quant à elle, publié sous les auspices de l’Institut des hautes études marocaines depuis 1921, après avoir pris la succession organique d’un autre périodique, les Archives Berbères (1916-1920). Elle a occupé en bonne place durant la période coloniale le champ des études nord-africaines. Fusionnant avec une autre revue au début des années 1960 sous le nom Hesperis-Tamuda, elle perdit de son panache passé. Enfin, Libyca, La revue du CRAPE (Centre de recherche archéologique et ethnographique), organisme de recherche dirigé successivement par le préhistorien Lionel Balout (1952-1962), le protohistorien et historien de l’Antiquité nord-africaine Gabriel Camps (1962-1969) et l’écrivain Mouloud Mammeri (1969- 1979). Ce bulletin publie, à l’image de sa collection de mémoires forts intéressants, sur des questions touchant à la préhistoire, la protohistoire et l’ethnographie (comme science auxiliaire). Des études d’épigraphie libyco-berbère n’étaient pas absentes. Nous n’allons pas oublier aussi un organisme opérant dans un secteur spécialisé, les études canariennes. Il s’agit de l’Institutium Canarium, basé à Hallein (Autriche), qui lança en 1970 la revue Almogaren (Galand, 1979 : 74) et qui continue de paraître jusqu’à aujourd’hui.
  • [6]
    Il existe aussi des périodiques en ligne. Il convient de signaler de jeunes initiatives, des revues universitaires comme Faits de langue et société, un nouveau venu qui est à son troisième numéro, fondé par Nadia Kaaouas (université de Casablanca), ou la Revue des Études Amazighes, lancée en 2017 par Abdelâali Talmenssour (université d’Agadir).
  • [7]
    Remplacé aujourd’hui par le LIAS (Linguistique Anthropologique et Sociolinguistique) à l’Institut Marcel Mauss. Le LIAS est sous la direction de Michel de Fornel.
  • [8]
    Pour les thèmes de l’axe 1 (« Industries de la culture et arts ») faut signaler un changement effectué cette année 2017. Il s’agit de la suppression pure et simple du thème 2 (« Industries de la langue ») et l’introduction pour l’ordre des thèmes de la numérotation alphabétique. Ce qui fait que le thème 1 est devenu thème A, thème 3 thème B, thème 4 thème C, etc.
  • [9]
  • [10]
    L’Alliance Cartago, fondée en 2005 à Tunis dans le cadre du SMSI (Sommet Mondial pour la Société de l’Information), est une liaison C à l’ISO SC36 (Hudrisier, 2005).
  • [11]
    Media est étymologiquement le pluriel du mot latin medium (milieu, intermédiaire). Aujourd’hui, le terme « médias » est utilisé pour désigner différents supports d’information.
  • [12]
    La diversification des activités sociales et leur différenciation ont conduit Pierre Bourdieu (1976, 1980, 1997) à définir une constitution de sous-espaces sociaux qu’il nomme « champs ». Champ artistique, religieux, politique, ou économique, tous ces espaces sont dotés d’une autonomie relative à l’égard de la société au sein de laquelle ils s’organisent et ils sont spécialisés dans l’accomplissement d’une activité sociale donnée. Le grand sociologue du xxe siècle a développé aussi une théorie de l’action, autour du concept d’habitus. Dans l’habitus ce sont toutes nos manières d’agir, de penser et de sentir qui s’y inscrivent. On peut définir l’habitus comme la façon dont les structures sociales s’intériorisent en nous. Quant au « capital », qui est la notion de ce qui s’accumule, se transmet et permet d’engranger des profits, Bourdieu ne la réduit pas au seul concept de « capital économique », mais bien à une pluralité de « capitaux ». Si le capital économique est constitué des moyens de production et de biens économiques, le capital culturel désigne l’ensemble des ressources culturelles dont dispose un individu et qui sont produites en grande partie par le système scolaire et la famille. Il y a deux autres ressources sociales : le capital social qui est l’ensemble des relations sociales qu’un individu instaure et entretient (réseau durable d’interconnaissances) et le capital symbolique qui correspond à l’autorité que détient une personne et qui résulte de la possession des trois formes de capital (culturel, social, ou économique).
  • [13]
    Les industries culturelles peuvent donc être définies comme l’ensemble en constante évolution des activités de production et d’échanges culturels soumises aux règles de la marchandisation, où les techniques de production industrielle sont plus ou moins développées, mais où le travail s’organise de plus en plus sur le mode capitaliste d’une double séparation entre le producteur et son produit, entre les tâches de création et d’exécution. De ce double procès de séparation résulte une perte croissante de contrôle des travailleurs et des artistes sur le produit de leur activité. (Tremblay, 2008).
  • [14]
    Les développements de l’intelligence artificielle, ce que l’on nomme deep learning n’échappent pas à ce cadre. Dans ce cas, c’est une certaine connaissance du cerveau humain qui est l’objet de la simulation.
  • [15]
    Ce chapitre a été reproduit in extenso dans un article à paraître (Ould-Braham, 2017).
  • [16]
    Cependant, l’on constate qu’un tel choix n’est qu’illusion. Pour le cas des universités des pays du Maghreb, par exemple, la revue joue un rôle inespéré au bénéfice de nombre d’enseignants chercheurs.
  • [17]
    Le concept temps réel ne signifie pas vitesse, quasi instantanéité, celui de la dérive des continents se situe en millénaires, mais bien temporalité pertinente pour l’étude d’un phénomène.
  • [18]
    À la gloire de la jeune recherche, il a été publié dans l’« ourse » des premiers numéros de la revue une citation de Roland Barthes (extraite de « Jeunes chercheurs », Communications, 1972) que voici : « La recherche est faite pour être publiée, mais elle l’est rarement en ses débuts, qui ne sont pas forcément moins importants que sa fin... ».
  • [19]
    Notons que lors des démarches préliminaires en 2002-2003 avec l’AFNOR et l’ISO, dans l’hexagone, nombre de chercheurs ont apporté leur contribution à la codification des caractères de l’alphabet tifinaghe, selon les possibilités de chacun (Jacques André, Henri Hudrisier, Rachid Zghibi, Patrick Andries, Ouahmi Ould-Braham...) dont on trouvera trace dans des numéros de la revue.
  • [20]
    Le laboratoire Paragraphe, de Paris 8 (Département Hypermédia, UFR 6), a été vers 2009-2010 le coordonnateur du projet Apulée, dont la démarche vise à mettre en œuvre une plateforme pour organiser et diffuser des ressources numériques sur les civilisations berbères destinées à des usages multiples. Par la suite, il a été développé théoriquement parlant un projet pour les archives sonores de la recherche dans le domaine berbère (Ould-Braham, 2011a : 219-222).

1Eu égard à une activité intense de plus de trente années, les tâches autour de la revue ont consisté en l’animation éditoriale, la recherche proprement dite et l’organisation d’un réseau de chercheurs œuvrant à la construction de thèmes communs. À partir d’une réflexion générale sur cette activité revuistique dans le domaine berbère, la question qui émerge in fine serait de savoir si, du point de vue théorique, le concept d’appareil dans le sens défini par Jean-Louis Déotte (2007) est pertinent pour étudier la revue Études et Documents Berbères.

2Créée en 1985, la revue Études et Documents Berbères s’est imposée, par son sérieux et la qualité de son contenu. Née dans un cadre associatif, à l’initiative de l’un de nous deux (Ouahmi Ould-Braham), la revue, dès 1990, s’est inscrite dans le monde universitaire, garantissant ainsi sa légitimité scientifique et son rayonnement. En quelques années, elle est devenue la référence internationale indiscutable en matière de linguistique berbère. Depuis 2002, elle est hébergée à la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord. Le but du présent article est de faire émerger et confronter différents points de vue sur les revues du champ scientifique et, en particulier, Études et Documents Berbères et susciter ainsi les conditions de débats contradictoires et fructueux.

3D’emblée, la question qui se pose est comment envisager une revue scientifique ou une revue tout court ? Si l’on se réfère à la conception de Lénine (Balle, 2016), pour, qui dans un article de 1901, Par où commencer, le journal a pour objectif de ne pas limiter « son rôle à la diffusion des idées, à l’éducation politique et au recrutement d’alliés politiques. Il n’est pas seulement propagandiste collectif et un agitateur collectif ; il est aussi un organisateur collectif ». (Italiques ajoutées). Dans notre cas, le support dont il est question ici doit, bien entendu, être le vecteur d’un discours et d’informations scientifiques. Il se donne aussi pour tâche d’organiser la recherche propre à un domaine et de cristalliser un réseau de chercheurs à travers la revue qui trouve sa juste place à la MSH Paris Nord.

4Autre fonction de la revue, elle peut être envisagée comme un média mais aussi comme le lieu d’organisation de débats de connaissances et de perspectives scientifiques. Les revues académiques s’inscrivent dans une logique d’appareillage de l’activité intellectuelle des chercheurs. Le monde des revues scientifiques forme un micro appareil car il conditionne le travail des chercheurs de façon invisible en orientant l’évolution de la discipline mais aussi en favorisant certaines orientations au détriment d’autres. Même si elle est aujourd’hui bien ancrée dans le monde universitaire, la revue Études et Documents Berbères refuse de s’inscrire dans une logique d’appareil. Cependant la réalité peut bien nous rattraper parfois. C’est ce qui sera montré dans ce qui va suivre.

I. La revue, sa localisation, ses choix stratégiques

5Pour une revue de sciences humaines, atteindre les trente ans d’existence n’est pas un moment banal, mais bien au contraire c’est l’occasion de faire un bilan d’une activité revuistique [1]. La revue est mue par la volonté de proposer une vitrine de la recherche menée par des spécialistes en langue berbère dans une perspective interdisciplinaire (linguistique, littérature, didactique, traductologie, histoire, civilisation, médias) et interculturelle.

6Ce que d’aucuns savent déjà est que la revue Études et Documents Berbères est une revue à dominante linguistique qui s’attache à publier des études originales d’un réel apport pour la recherche linguistique berbère actuelle. Parallèlement, elle accorde une place importante à la publication de documents inédits anciens, émanant notamment des grands précurseurs et fondateurs des études berbères. Elle associe donc une recherche de pointe et un enracinement dans la tradition berbérisante.

7Rappelons que la revue Études et Documents Berbères a été créée en 1985 et que le premier volume a paru en mai 1986. Elle s’est imposée très vite, par son sérieux et la qualité de son contenu, comme le principal périodique berbérisant dans le champ scientifique. La revue est partie avec peu de moyens, dans un cadre associatif et grâce à des animateurs bénévoles. En 1987, un chercheur berbérisant chargé de la recension des deux premiers numéros écrit ces lignes :

8

Ce périodique, de très belle tenue, a un objet spécifique assez bien défini : la publication de documents, sources d’informations et études, anciens, inédits ou difficiles d’accès. C’est du reste l’orientation générale de l’association éditrice puisqu’elle est à l’origine de plusieurs rééditions intéressantes [...]. L’objectif est judicieux, certainement utile et les réalisations menées à termes à ce jour sont dignes d’éloges. On peut cependant avoir quelques doutes sur la viabilité d’un tel projet sur une base purement associative. Une collection (et une revue) de rééditions et d’inédits ne paraît guère pouvoir être tenue sur le long terme hors d’un cadre institutionnel universitaire... [2]

9Quelle lucidité ! Après le 7e volume, en 1990, la mise en place d’un partenariat avec l’équipe émergente Centre de Recherche Berbère de l’Inalco [3] (du no 8 au no 15, années 1990-1998) permet l’intégration de la revue dans le cadre universitaire, une condition nécessaire pour rayonner dans son domaine.

10Depuis septembre 2002, la revue s’insère dans l’axe 1 « Industries des cultures et arts » de la MSH Paris Nord. Elle est, avec l’Ethnographie et Intellectica, l’une des premières revues papier – sinon la première – à être accueillie à la MSH. Dès son entrée dans l’établissement basé à Saint-Denis La Plaine la revue ambitionne d’être un support de référence au service de la recherche menée par des spécialistes berbérisants dans une perspective interdisciplinaire et interculturelle. Une bonne part des contributions accueillies par la revue est indissociable des axes de recherche dans lesquels se sont investis des contributeurs qui mènent leurs travaux à la MSH et qui ont un lien quelconque avec les ‘‘études berbères’’. L’activité berbérisante de la revue Études et Documents Berbères a été confortée par plusieurs types de recherche développés dans deux thèmes de l’axe 1 de la MSH Paris Nord. Cette mise en relation s’est établie à partir de travaux sur l’explicitation de la sémantique des textes codés dans des machines au travers de métadonnées (Dublin Core, TEI...) et de l’entrée de la langue berbère dans les travaux du Consortium Unicode qui a développé un standard informatique permettant des échanges de textes dans différentes langues, à un niveau mondial en donnant à tout caractère de n’importe quel système d’écriture un nom et un identifiant numérique, et ce de manière unifiée, quelle que soit la plate-forme informatique ou le logiciel. Ceci a ouvert à une réflexion sur les bibliothèques numériques. D’autre part, la revue a ouvert à des problématiques concernant la relation entre la culture orale et la culture écrite, entre le texte et son commentaire, entre une proposition heuristique et la discussion de cette proposition. Il s’agira, à travers cette valorisation du berbère, d’examiner la nature de la politique documentaire et éditoriale, dont la publication des revues, dans la structure d’accueil, la MSH Paris Nord.

11La revue n’est pas tombée du ciel, arrivant d’une façon inopinée et par pur hasard. Pas plus que son directeur-fondateur et ses ami-e-s ayant initié ce projet revuistique, dès l’année 1985, ne sont une génération spontanée. Bien au contraire, comme toute activité humaine inscrite dans la société, la revue Études et Documents Berbères pour exister doit participer des conditions sociales de réalisation. La revue émerge au sein du champ linguistique berbère dans un contexte particulier : l’émergence du fait berbère au Maghreb et dans la diaspora, grâce aux luttes de revendication pacifiques tant sur le terrain politique que sur le terrain intellectuel. Née cinq années après le Printemps berbère de 1980, elle fut en coexistence avec d’autres revues qui, peu ou prou, l’ont précédée et qui accordaient une place de choix aux études berbères. Nous pensons en particulier à l’organe d’une ERA du CNRS, Littérature orale arabo-berbère, fondée en 1966 par l’ethnologue Germaine Tillion, Camille Lacoste-Dujardin lui succédant, et à Tisuraf. Études et Débats[4], revue d’opinion et de bonne tenue en termes d’argumentation scientifique et qui se voulait la porte-parole d’un MCB (Mouvement culturel berbère) avant l’heure ; son 1er volume a paru en 1983 et le 4e (et dernier) en 1987. Awal. Cahiers d’études berbères est une autre revue qui fut fondée par Mouloud Mammeri et dirigée par lui jusqu’à la date de sa disparition tragique en 1989 ; l’universitaire Tassadit Yacine reprit le flambeau.

12Avant ces quatre revues, sans remonter aux précurseurs [5] (Revue Africaine, Hespéris, Libyca, etc.), il y eut plusieurs projets de publications périodiques berbérisantes dont certains ont pu voir le jour. Vers 1954-55, le célèbre linguiste berbérisant André Basset, avec d’autres enseignants chercheurs, qui au Maroc, qui en métropole et en Algérie (Charles Pellat, Arsène Roux, André Picard, et bien d’autres) songeaient sérieusement à créer une revue centrée exclusivement sur les études berbères, à l’image d’Arabica pour les études arabes et d’autres revues académiques de prestige. Le projet tourna court, compte tenu de l’insurrection algérienne et du début des indépendances des États du Maghreb.

13Aujourd’hui, le marché éditorial relativement riche nous révèle un certain nombre de titres académiques consacrés pleinement à nos études. Qu’il s’agisse de Berber Studies, collection créée à l’initiative d’Harry Stroomer, de l’université de Leyde, aux Pays-Bas (Oud-Braham, 2011b), d’Asinag, la revue de l’Institut royal de la Culture Amazighe (IRCAM), ou bien d’Iles d imesli, organe d’un labo rattaché au département de langue et culture amazighes de l’université de Tizi-Ouzou, ou encore de Timsal n tamaziγt, revue du Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight (CNPLET, Alger). Sans oublier aussi la Revue des Études Berbères, à l’Inalco, sous la responsabilité scientifique de Kamal Naït Zerrad, ou la série paraissant régulièrement Studi Africanisti. Quaderni di Sudi Berberi e Libico-berberi, localisée à l’université “L’Orientale” de Naples et dirigée par Anna-Maria Di Tolla et ses collègues. La liste des périodiques actuels n’est pas close [6]. C’est bien dans ce contexte que se déploie la revue Études et Documents Berbères qui défend bec et ongles sa ligne éditoriale.

14Ce périodique, qui a à son actif la publication de 36 numéros, a pour rôle de diffuser des connaissances en direction d’une communauté de chercheurs dans un domaine spécialisé. En trente années, il est devenu une référence internationale et une mine d’informations en matière de linguistique berbère dans ses différentes déclinaisons. En effet, en tant que revue académique son objet est l’étude de la linguistique et de la philologie ainsi que toutes les branches des sciences humaines qui accordent un intérêt certain à la langue (sociolinguistique, anthropologie, ethnolinguistique, sciences cognitives, etc.) ainsi qu’aux contenus que celle-ci véhicule (études littéraires, esthétiques et pragmatiques, entre autres) matérialisés sous forme de corpus et de bibliothèques.

15Délibérément, la revue fait le choix de ne pas être le support exclusif d’une équipe de recherche ou d’un groupe constitué. Bien au contraire, elle s’ouvre à toutes propositions, avec un travail original à la clé, de collègues au niveau international. La revue Études et Documents Berbères est ô combien structurante en donnant assise à un réseau de scientifiques spécialisés dans le domaine berbère : elle est, par la grâce des chercheurs impliqués, cet « organisateur collectif » qui honore les études. De plus, le directeur de publication est là pour maintenir le cap en garantissant la ligne éditoriale et, en coordination avec le comité de lecture, veiller à la qualité rédactionnelle et scientifique des différentes contributions pour chaque livraison.

16Le berbère est à la fois une langue du Nord-Ouest africain méditerranéen et saharien et des diasporas (dont la présence dans l’hexagone par le vecteur humain est sensible). À la fois minoritaire sociologiquement parlant et significative numériquement (quelques 25 millions de locuteurs), cette langue compte au plan géopolitique. Outre que traditionnellement elle entre dans les études de l’orientalisme savant (et ce, depuis le xviiie siècle), la langue berbère est aujourd’hui étudiée, entre autres, par les sciences du langage mais aussi par les sciences sociales dans le cadre des recherches sur les identités et le patrimoine immatériel et notamment dans les cultural studies.

II. La liaison aux recherches à la MSH Paris Nord

17Commençons par dire combien l’insertion de la revue Études et Documents Berbères au sein de la MSH Paris Nord, depuis une quinzaine d’années, a été bénéfique aux études berbères telles qu’elles sont portées par ce périodique. Aussi, ce dernier rayonne-t-il au-delà de l’établissement d’accueil puisqu’un partenariat, dès le début, a pu prendre forme avec d’autres entités : Paris 8 (UFR 3, Institut Maghreb-Europe, avec l’équipe d’accueil ‘‘Érasme’’), l’EHESS (CELITH, Centre de Linguistique Théorique [7]) et Grenoble 3 (Laboratoire de Linguistique et de Didactique des Langues étrangères et maternelles, LIDILEM), sans compter des universités du Maghreb (Alger, Tizi-Ouzou, Rabat, Agadir, Tétouan) et des pays européens (Leyde, Milan, Naples...). Il est certain que depuis des nombreuses années Études et Documents Berbères s’assure collaboration régulière de la plupart des spécialistes internationaux dans le domaine (France, Algérie, Maroc, Italie, Pays-Bas, Danemark...).

18À la MSH Paris Nord, le travail de la revue a bénéficié de l’expérience de deux thèmes de l’axe 1 : le thème 2 (« Industries de la langue ») et le thème 4 (« Appareils, esthétiques, arts et industries ») [8]. Le premier oriente ses activités autour de quatre pôles : la langue générale, les langues de spécialités, la description du français dans le web, la mise à disposition de corpus à destination des enseignants de français dans différents pays. Le second a comme objectif de penser et analyser les rapports entre la culture et les techniques au sens large et des enjeux qu’elles ont sur la création et la réception des œuvres à l’ère du développement et de la mutation des industries culturelles (internationalisation, numérisation, convergence audiovisuel / informatique / télécommunications).

19Le thème 2 a abrité le programme de la Bibliothèque Numérique Berbère, un projet transversal ayant une dimension à la fois française, européenne, francophone et internationale, qui est en lien avec différents projets soutenus par la MSH. Ce projet était porté par l’association – loi 1901 dite La Boîte à Documents. Dans sa phase de préfiguration, la BNB a fait l’objet, dès l’an 2000, d’un concours financier et d’une labellisation du ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche (direction de la Technologie), dans le cadre du vaste programme ministériel dit Educnet. L’année suivante, ce sont le ministère de la Culture (Délégation générale à la langue française et aux langues de France) et le ministère des Affaires étrangères (mission pour la Coopération non gouvernementale) qui ont apporté leur contribution. Peu après le projet s’est doté d’un site internet [9].

20La relation au thème 2 a touché en particulier aux problèmes de normalisation et de standardisation des textes, de méta-textes ainsi que des documents en tous genres (TEI, Dublin Core, OAI), mais aussi les problèmes d’organisation et de diffusion des portails internet et de leur ergonomie pour donner à l’utilisateur final les moyens de trouver l’information nécessaire avec un degré de précision satisfaisant tout en lui offrant des outils conviviaux, comme ceux que préconise le projet Metatag, conduit sous la direction de Michel Arnaud (université Paris 10, CRIS), lequel projet a pour objectif de formuler des recommandations pour améliorer aussi bien les politiques que les fonctionnalités des interfaces de moteurs de recherche capables d’effectuer une recherche plein texte, par champs, classification documentaire et nuages de tags.

21À cheval sur les thèmes 2 et 4, le problème de la normalisation du e-learning a été une des principales thématiques abordées en relation avec les études berbères. Ce travail a été conduit avec l’Alliance Cartago[10], une association ayant pour but d’œuvrer à la réalisation de terminologies et d’ontologies multilingues et multiculturelles, pour en permettre la promotion en tant que référentiels partagés ou collectifs dans le domaine de l’enseignement et de la formation et plus spécifiquement l’e-enseignement. Cette démarche implique les contributeurs dans des travaux de normalisation internationaux des technologies de l’information et la communication, dans l’enseignement et la formation, afin de préserver dans toutes les nations, cultures, langues et écritures une égalité d’action et de compréhension des concepts techniques et humains concernés par la normalisation de ces technologies.

22Terminons ce chapitre par dire que différents grands thèmes ont été traités dans des numéros spéciaux de la revue. Quatre de ces thèmes furent à l’origine des projets de recherche soutenus par le conseil scientifique de la MSH Paris Nord.

23

  1. Un numéro (EDB no 25-26, 2007, 338 p. ; 22 contributions) a été consacré au grand poète de langue berbère Si Mohand ou Mhand. La célébration du centenaire de sa disparition a été faite sous le signe d’un colloque international organisé à la MSHParis Nord (les 4 et 5 janvier 2006) pour permettre de faire le point sur plus d’un siècle de production poétique d’expression kabyle (berbère) à travers ce grand poète et un certain nombre de créateurs qui l’ont suivi jusqu’à nos jours. Des communications s’appuyant sur une réelle connaissance des littératures du Maghreb, qu’elles soient écrites ou d’essence orale, et des études comparatives (populaire/savant, scriptural/oral, berbère/arabe dialectal) ont pu faire avancer notre connaissance sur ce thème (Ould-Braham, 2007).
  2. La Bibliothèque Numérique Berbère (Réf. projet MSH : 07/1-4-5 – Axe 1 thème 4 : Esthétiques, arts et industries), a fait l’objet du no 28 (2009) d’EDB. Les corpus en général ont renouvelé, au cours des vingt dernières années, plusieurs disciplines scientifiques, et ceux de la bibliothèque numérique berbère, une fois mise en place de façon sûre, serviront de support de recherche à des études littéraires et philosophiques, et aussi à des études en sciences du langage et en histoire, ainsi que dans d’autres disciplines. La mise en ligne d’ouvrages et de corpus oraux sur les secteurs clés des SHS relatifs au domaine berbère va s’appuyer sur des normes et standards et aussi sur les bonnes pratiques au plan juridique. Ceci pour assurer l’interopérabilité et préserver la diversité culturelle (Ould-Braham, 2006, 2009a, 2009b ; Ould-Braham & Hudrisier, 2006). L’action projetée fera recours à des technologies dites intelligentes de traitement du texte, qui ne sont pas une simple prothèse mais s’inscrivent dans une logique d’appareillage du travail des chercheurs. Les NTIC ont été abordées en termes d’appareil, au sens défini par Jean-Louis Déotte (Déotte, 2007, 2008 ; Porchet, 2005). À ses aspects scientifiques, le projet ajoute un caractère novateur, la volonté d’exploiter les corpus créés par des recherches savantes pour en donner un accès grand public via la médiation culturelle.
  3. La recherche sur la chanson kabyle en France et la mémoire de l’immigration 1930-1974 (Réf. Projet MSH : 08/1-5-1 et 09/1-5-1 – Axe 1 thème 5 : Création, pratiques, public ; prolongation projet 2010) a été synthétisée dans EDB no 27 (2007). Ce projet a permis de mettre en place un colloque qui s’est tenu en février 2010 dans le cadre de l’exposition Un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France. Le colloque a eu pour objet l’étude de la chanson kabyle en immigration, non pas en tant que simple divertissement mais comme un moyen d’expression et de construction identitaire, et permet, plus largement, de faire connaître l’histoire culturelle de l’immigration algérienne très peu étudiée (Ould-Braham, 2008, 2012a, 2012b).
  4. Les Manuscrits berbères anciens en graphie arabe (Réf. Projet MSH 11/1- 2-2 Axe 1/ thème 2 : Industries de la langue) (EDB no 35-36, 2016, 416 p. ; 22 contributions) « n’ont intéressé à proprement parler la recherche que depuis seulement 50 ans environ. Quelques manuscrits furent conservés dans des fonds publics puis, avec le temps, des collections s’enrichirent et de nouveaux documents sont signalés çà et là chez des particuliers. C’est grâce à des travaux préparatoires de berbérisants que ce thème commence à retenir l’attention. Cependant, le retard par rapport aux manuscrits arabes est patent. La mise à niveau ne pourra se faire qu’à la faveur de la mobilisation des chercheurs et des différents acteurs impliqués dans la sauvegarde et la valorisation du patrimoine écrit. Grâce à d’heureuses initiatives, notre connaissance de cette ressource inestimable s’enrichira davantage, notamment par des travaux sur l’aspect matériel des manuscrits, suivis d’études approfondies sur le contenu. » (Argumentaire du projet).

24Il convient de signaler que les Mélanges en l’honneur Pierre Encrevé (EDB no 29-30, 2011, 383 p. ; 18 contributions), même s’ils ont été organisés dans un autre dispositif. Ces mélanges ont été préparés en l’honneur de ce linguiste, historien d’art et anciennement responsable ministériel français qui a apporté pour les études berbères au plan académique et sans parler de son action, quand il était conseiller ministériel, en faveur de la promotion et de la valorisation de ce domaine. Le volume de la revue, dédié au scientifique, constitue un hommage de reconnaissance pour ses travaux innovants en sociolinguistique, en pragmatique et en phonologie ainsi que pour son apport à une meilleure réévaluation de tout ce qu’on appelle dialectes, patois, langues minoritaires, bref à la reconnaissance tant scientifique que citoyenne de la diversité linguistique.

III. Tirer un bilan théorique et situer la revue

25Pour situer l’organe Études et Documents Berbères, il y a deux notions qu’on ne pourrait passer sous silence. La première est que la revue, en tant que publication périodique ciblant un public, est une production à la fois matérielle et immatérielle, qui entre pleinement dans la sphère des industries culturelles (voir infra). La seconde notion est que la revue Études et Documents Berbères est un média [11] à part entière. Elle est un média dans la mesure où elle est utilisée pour communiquer l’information vers un grand nombre d’individus.

26En diffusant de l’information, quelle qu’en soit la nature, on va dire que les revues, au même titre les organes de presse et indépendamment de la force de diffusion, sont des médias impersonnels et que la revue berbérisante est un support. Un support désigne en soi un vecteur de communication particulier à l’intérieur d’un média.

27Il y a lieu de signaler le rôle qu’a joué l’imprimerie de Gutenburg dans la diffusion du livre mais surtout dans la stabilisation des informations, la mécanisation entraînant l’élimination des erreurs de copie. Replaçons les médias dans le cadre de l’évolution historique. Pour cela, référons-nous aux travaux du sociologue et futurologue américain Alvin Toffler (1991 [1990]). L’histoire du développement des médias met au jour un récit fascinant de découvertes techniques ayant entraîné un développement de moyens de plus en plus puissants : livres, journaux, revues, affiches publicitaires, cinéma, radio, réseaux câblés, Internet, etc. Alvin Toffler (ibid.) distingue au cours de l’histoire de l’humanité, depuis le néolithique à aujourd’hui, trois modes de communication différents :

28

  • La première vague : Elle concerne des sociétés agraires dont le mode de communication se faisait de bouche à oreille, ou bien en tête à tête ou encore de porte à porte. Pour qu’un message soit diffusé et touche une audience de masse il est bien nécessaire de rassembler une foule. La foule a joué un rôle très important dans l’histoire, un moyen de communication qui peut être efficace, mais éphémère. La foule a été un des médias pré technologiques. Les institutions religieuses, notamment (Église et mosquée) constituaient déjà un système de communication de masse durable car elles sont les seules à pouvoir transmettre le même message à de nombreuses populations : par exemple, la prêche unifiée à travers le Royaume ou le rôle joué dans la circulation de l’information par des lieux de rassemblement et de ralliement, comme le marché, le souk, foire...
  • La deuxième vague : Elle concerne la société industrielle fondée sur la production de masse qui exige de plus en plus de communication à distance. Cela donna naissance à la poste, au télégraphe et au téléphone mais aussi à des produits comme les journaux, les magazines, les films, et les productions audiovisuelles à la radio et à la télévision. Tout ceci, dans le cadre de la massification dans les sociétés industrielles, dans le but que tous ces vecteurs soient chacun en mesure de faire passer simultanément le même message à des millions d’humains.
  • La troisième vague : Elle concerne le nouveau système qui reflète les besoins d’une économie dont le cœur n’est plus la production de masse. Toffler (1971 [1970], 1982 [1980]) a prédit la société de l’éphémère, du prêt à jeter qu’il s’agisse des produits, du travail ou des relations humaines, où les individus ont l’impression que « trop de changements se passent en peu de temps ». Aussi sommes-nous dans un système de richesse complètement inédit fondé sur le savoir et la communication. Nous sommes en effet propulsés à tout va dans l’ère de la politique de l’information. Le monde assiste d’ailleurs à l’apparition d’une « économie du savoir », où cette matière justement reste l’enjeu des conflits sociaux et internationaux. Aussi, s’agissant des médias, le local rejoint-il le planétaire et la médiatisation de l’information pourrait jouer par là un rôle subversif. Quant à la production des biens, elle se fait dans la flexibilité, faisant du sur mesure, en diversifiant l’image des produits et en s’adressant à des segments de population, des tranches d’âges, des professions, etc. Ce qui reflète la tendance vers la démassification. Il faut remarquer que depuis l’arrivée des technologies de l’information et notamment d’Internet, la situation des médias classiques se trouve totalement bouleversée, que ce soit en termes de modes de production, des formats d’accès à l’information que de modes de diffusion. Cependant les nouveaux médias ne déclassent pas pour autant les anciens. Plutôt ils incitent la presse écrite, la radio et la télévision à se repositionner et à évoluer.

29Et la revue Études et Documents Berbères dans tout cela ? Cette dernière se situe, bien entendu, dans cette troisième catégorie, même si la vague médiane prend place dans la société de communication de l’ère Gutenberg. Notre support est voué à être numérisé, se dématérialiser et diffusé sur la Toile, rejoignant ainsi la plupart des revues académiques du Nord, de langue française, qui trouvent leur place dans des portails institutionnels (Cairn, Open Book...).

30Études et Documents Berbères se situe dans une perspective très largement interdisciplinaire. La revue ne se rattache ni à un courant ni à une sous-discipline de la linguistique. Un article peut appartenir à la linguistique descriptive ou à la linguistique formelle synchronique ou diachronique, à la sociolinguistique, ou à l’épilinguistique, il peut aborder des questions de phonologie, de morphologie, de syntaxe, de grammaire. Une étude de sens peut se situer au plan lexical, sémantique, pragmatique ou porter sur le contenu discursif. La revue traite de littérature, d’esthétique, de traductologie et de didactique. Elle aborde aussi les questions de civilisation au travers d’approches historiques, anthropologiques, ethnologiques (en particulier ethnolinguistiques et ethnomusicologiques). Enfin, apparaissent des contributions liées à des disciplines plus récentes telles que les sciences cognitives et le génie logiciel.

31Corollaire à cette très large ouverture la revue ne synthétise que peu voire pas du tout. Même les synthèses partielles sont peu fréquentes. De plus, et c’est un parti pris, il n’y a pas vraiment de keynote papers dans la revue. Ce choix, très labile du point des disciplines universitaires est justifié par différentes spécificités du domaine culturel berbère :

32

  • bien que langue maternelle d’une communauté linguistique d’au moins 25 millions de locuteurs, la langue est considérée comme minoritaire ; il faudrait plutôt parler des langues berbères qui sont plurielles, on distingue quatre grands pôles dialectaux, le kabyle (de la Kabylie, principale région berbérophone de l’Algérie), le chleuh (Sud-ouest marocain), le tamazight (Maroc central) et le rifain (du Rif, au Nord du Maroc) auxquels il faudrait ajouter le chaoui et le touareg ;
  • le monde berbère couvre un territoire s’étendant sur tout le Nord-Ouest de l’Afrique (Maroc, Algérie, Tunisie...) et concerne de nombreuses diasporas en Europe, la communauté berbère n’est nulle part hégémonique sur le plan politique et cohabite du point de vue culturel et linguistique sur des territoires le plus souvent dominés par l’arabe et le français. La contextualisation du berbère est indispensable, franco-arabo-berbère pour des corpus maghrébins et en lien avec des langues sahéliennes pour les corpus touaregs ;
  • le domaine berbère a la particularité de relever majoritairement d’une culture de tradition linguistique orale tout en étant gardienne d’une des plus anciennes écritures du monde. Cependant il existe de nombreuses transcriptions discursives en volume important et des créations littéraires depuis quelques décennies.

33La pluralité des langues berbères (qui constituent, comme les langues latines, une famille de langues pour certaines d’entre elles difficilement inter compréhensibles) est un aspect primordial. Elle s’ajoute aux barrières mise en place par les États pour expliquer la faible dynamique de syndication des ressources berbères pourtant perçues par tous comme appartenant à une même et unique thématique. Ceci fonde un besoin de valoriser des recherches dans un spectre très large et l’objectif que s’est donné la revue : assurer des échanges et la confrontation des approches et des résultats, et consolider un réseau de chercheurs européens et maghrébins travaillant sur des objets communs.

34Une revue peut être envisagée comme un média, à la fois vecteur et diffuseur de connaissances dans un domaine scientifique général ou particulier. Un média désigné ici comme ‘‘naturel’’ utilisant le langage, l’écriture et un support (papier) par opposition au média ‘‘technique’’ (comme la radio, la télévision, le cinéma, Internet). Outre cet aspect important, les revues peuvent être aussi considérées comme des lieux d’organisation de débats de connaissances et de perspectives scientifiques.

35Nous aurions pu nous livrer à une analyse appliquant des méthodes, issues des théories de Pierre Bourdieu [12] sur le champ, l’habitus et le capital, qui permettent de montrer les dynamiques sociales et les rapports de force à l’œuvre à partir des faits réunis sur le thème des revues scientifiques. Cependant une telle approche aurait l’inconvénient de nous focaliser sur les questions sociopolitiques non seulement du Maghreb mais aussi de la France, en particulier la Seine Saint-Denis. Un champ très vaste, mais en fait partiel du point de vue des préoccupations actuelles de la revue.

36Plus proche de nos préoccupations est l’approche d’Habermas (1987 [1981]), pour laquelle l’un des aspects de la recherche sur les revues scientifiques pourrait être celui du profil et de la place du périodique, à côté des autres médias, dans le paysage éditorial. La finalité étant de mettre en évidence leur rôle dans la formation des idées et dans la circulation de l’information, tout en soulignant le rôle tenu par ses concepteurs, producteurs et médiateurs. Ceci nous amène aux industries culturelles, un concept élaboré dans les années 1940 par Théodor Adorno et Max Horkheimer (1974 [1944]) en critique de la standardisation du contenu et de la prédominance de la recherche de l’effet immédiat qui résultent de l’application des techniques de reproduction industrielle à la création culturelle. Dans leurs analyses, il n’est guère question du processus de production. Pour ces auteurs de l’École de Francfort, il s’agit d’une expression regroupant l’ensemble des activités et techniques associées à la rationalisation de la distribution massive des œuvres culturelles, selon les principes de standardisation de la production industrielle avec pour conséquence l’appauvrissement du contenu et la recherche de l’effet maximal. Après-guerre, Adorno constate que le cinéma constitue l’un des rares secteurs de la production culturelle où l’investissement capitalistique et la division du travail ont atteint une forme avancée. Au-delà même de l’importance de la musique dans l’œuvre d’Adorno (1962 [1958]), c’est bien autour de la musique que s’articulent les industries culturelles qui, après le cinéma, prennent leur essor à cette époque, celle de la massification de la radio et du disque qui, depuis l’invention du gramophone par Berliner, se prête à la production en masse. Le concept d’industrie culturelle a pris forme dans un contexte d’émergence des médias de diffusion massive. Plusieurs autres secteurs se caractérisaient encore par la production de type artisanal, où l’individualisation de l’œuvre conservait toute son importance. Ainsi, suivant ces auteurs, la technique et son rôle dans le système capitaliste conduiraient à une dépravation de la culture et l’application des méthodes industrielles à ce champ aboutirait à la mort de l’art. Si ce courant de pensée compte encore des adeptes, l’expression industries culturelles, dont l’usage s’est généralisé au cours des années 70 et 80, n’évoque plus nécessairement une telle perspective catastrophiste [13].

37Au débat qui s’est instauré depuis sur les industries culturelles se superpose un débat sur une notion qui lui est directement liée celle de « culture de masse ». Roland Barthes (1963, 2002) au début des années 60 rejoint la pensée de l’École de Francfort en opposant culture de masse et culture cultivée. D’un côté on aurait une culture de la classe des ‘‘élites’’ et de l’autre une culture tirée ‘‘vers le bas’’, phénomène propagandiste d’homogénéisation dont les moyens de diffusion réduiraient la qualité de l’œuvre.

38Edgar Morin (1962), quant à lui, soutient que la culture de masse n’est pas une forme de culture inférieure ou dégradée sur une échelle qui serait dominée par l’art et la littérature savante ; qu’elle n’est pas non plus, au sens ethnologique, une culture spécifique à un groupe particulier (elle n’est pas la forme contemporaine d’une culture populaire) ; mais qu’elle est une culture au sens anthropologique, c’est-à-dire un ensemble singulier de représentations du monde issu d’un mode spécifique de production et prétendant articuler les dimensions individuelles et collectives, réelles et imaginaires, de l’existence. Autrement dit, tout comme il existe une culture nationale produite par l’école, une culture religieuse produite par l’Église, une culture humaniste produite par l’art et la philosophie, il existe une culture de masse produite par les industries culturelles, qui se surajoute aux premières : si elle n’est pas la seule culture du xxe siècle, elle est le courant véritablement massif et nouveau du xxe siècle. Pour le même auteur la culture de masse naît de la rencontre des techniques de communication, du marché de la consommation et de la démocratie de masse.

IV. La réflexion sur les appareils et la recherche appareillée par les revues

39L’objectif de l’Axe 1 « Industries de la culture et arts » est de s’interroger sur la confrontation et les interactions entre deux réalités : d’une part, celle de l’industrialisation culturelle qui a besoin des arts et fait commerce de leur production ; d’autre part, celle des arts qui, tout en trouvant des débouchés dans les circuits industrialisés de la production et de la diffusion culturelle, n’en restent pas moins régis par des pratiques étrangères à celles des industries et marchés de la culture. Le thème 4 s’est créé autour de la question des écritures, artistiques en particulier, et de leurs « stigmates industriels ». Le développement du travail a permis de préciser le thème dont la dénomination est « Appareils, esthétiques, arts et industries ». Le philosophe Jean-Louis Déotte, le coordonnateur du thème 4 à la MSH, définit ainsi le concept d’appareil :

40

Entre le corps et l’événement il y a autre chose que le langage et ses genres de discours : des techniques. Or certaines sont plus essentielles que d’autres : ce que Mauss appelait écriture. Des techniques grâce auxquelles le corps servait de support à l’écriture de la loi « sauvage » (tatouage, peintures, scarification, circoncision, excision, etc.). Cet appareillage est légal avant d’être technique : c’est toujours un corps pour la loi qui perçoit. C’est cette légalité qui fait la différence entre l’appareil et l’instrument technique quelconque (outil, machine, etc.). Cependant il arrive que cette modalité se réalise dans un dispositif qui accepte aussi de fonctionner comme un outillage. Dans ce cas l’appareil s’adapte à l’ensemble des dispositions qui permettent à un outillage de servir et ses propriétés spécifiques d’appareil sont alors difficiles à repérer.
Une technique est employée à titre d’outil parce qu’elle prolonge, affine ou augmente une qualité corporelle. Certains dispositifs sont limités à cela, le marteau par exemple. D’autres ne s’y réduisent pas, faisant paraître quelque chose dont la production ne peut être techniquement définie comme un effet prolongé de la puissance du corps. En effet, les appareils arrachent le corps au sol natal, le déportant vers ce qui n’était pas programmé génétiquement.
Un appareil constitue une sensibilité, il implique des formes de sensibilité. Avec la notion d’appareil vient l’idée que les formes de la sensibilité sont ouvertes à l’histoire. Du coup, la possibilité de parler au singulier de l’espace et du temps perd son évidence. Dès lors les notions de fonction et de synthèse telles que l’on a pu les penser à partir de Kant doivent à leur tour être réexaminées. Ce réexamen, qui remet en jeu la pensée philosophique de l’espace-temps, ouvre sur des collaborations interdisciplinaires touchant par exemple à des problématiques d’aménagement, d’urbanisme, d’architecture, de constitution des paysages, mais aussi, d’un autre point de vue, elle peut concerner toutes les pratiques qui ont affaire à la découpe et au montage d’unités spatio-temporelles (peinture, photographie, cinéma, vidéo). La capacité de l’appareil à former de la sensibilité lui confère une puissance à donner du monde, à faire monde.
L’être humain est un être tel que les formes à partir desquelles son expérience se structure en un monde partageable – un monde commun – ne sont pas seulement internes mais aussi bien externes, historiques et techniques. C’est ainsi que nous sommes sensibles à des spatio-temporalités diverses, celle de la perspective picturale, de la photographie, ou encore du cinéma. Ce qui compte, c’est de comprendre que, pour une large part, nous voyons moins ce que nous voulons que ce qui se trouve dans les possibilités de ces appareils.

41Les textes de l’esthétique allemande des années 20-30 sont fondateurs pour une approche de l’industrie dans ses rapports avec l’art, en particulier L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique de Walter Benjamin (2000, 2003 [1936]). Cette approche n’aurait pas été possible sans la photographie et sa capacité singulière d’ouvrir le temps. Là où Benjamin n’envisage les appareils que sous l’angle de la reproduction des œuvres – ce qui serait arrivé à l’art à une certaine époque (l’industrialisation de la technique) – les recherches du thème 4 affirment que l’art a toujours eu affaire aux appareils, parce qu’il en est la vérité.

42Le concept d’appareil permet d’aborder la question des industries culturelles en évitant l’écueil de la diabolisation trop souvent tirée des positions de Theodor Adorno (Adorno, 1986 [1949] ; Mœglin, 2012). À l’époque de la seconde technique, l’enjeu n’est plus une domination de la nature par la technique mais l’émancipation des hommes d’une technique devenant comme une seconde nature. Les appareils artistiques modernes (perspective, musée, photographie, cinéma, vidéo, etc.) nécessairement techniques et poétiques, sont des moments de l’émancipation universelle. L’industrie culturelle n’est pas que le dernier avatar du capital. L’enjeu est celui d’une émancipation poétique et donc politique. L’art ne devient visible que par le non-art (l’industrie culturelle). La grande découverte de Benjamin, c’est qu’il n’y pas de production poétique sans reproduction, sans copie. Pas de poïen sans tecknè, et pas de technique sans archives. La reproduction industrielle n’est pas une chose récente, préparée seulement par la gravure et la lithographie, les textes de jeunesse de Benjamin, permettent d’affirmer que pour lui, l’art (par exemple, la peinture) est toujours déjà imagination et copie. La surface de reproduction, en général, introduit une réversibilité, une inversion algébrique des signes : ce que ne pourrait la pure œuvre d’art.

43La compréhension et la désignation de l’appareil qui émerge actuellement est une question qui reste ouverte. Nous formulerons l’hypothèse suivante : le triplet, tendanciellement dominant aujourd’hui : {dispositif technique complexe / modèle mathématique plaqué sur une réalité / ensemble de données informationnelles} permet de désigner un appareil de simulation [14]. La polysémie du terme simulation rend difficile son adoption pure et simple. La simulation renvoie à des ressorts psychologiques profonds, au faire-semblant des enfants ou à la production / consommation de fictions chez les adultes. L’étude des capacités humaines de mentalisation (c’est-à-dire d’attribution à soi et à autrui d’états mentaux) montre que le développement progressif de la capacité d’anticipation peut transformer des représentations de croyances et de désirs d’autrui, non pas en décisions d’agir, mais en prédictions sur les décisions d’agir d’autrui. C’est bien à cela que s’appliquent les géants de l’Internet et des réseaux sociaux, les fameux Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). La simulation est en rapport étroit à la représentation, donc à la question de la mimèsis, que les artistes modernes ont contribué à déconstruire en se donnant pour objet leur propre langage. La vision platonicienne établissait une hiérarchie entre les imitations de la nature par les arts : au plus bas peinture et musique élaborant des simulacres, au plus haut, les arts sérieux, recourant au nombre et à la mesure, lieu de rencontre entre l’imitation et l’ordre mathématique. Ces derniers participaient à la métaphore du démiurge. Si certains prennent encore au sérieux une telle hiérarchie, il faut constater aujourd’hui que mathématiques et mesures ne font en rien échapper au simulacre. Les scientifiques et les ingénieurs ne sont plus les seuls à recourir de plus en plus à la simulation devenue outil de découverte utilisé pour élaborer des résultats scientifiques, mais aussi pour anticiper et réguler des comportements sociaux. Elle devient forme d’expérimentation et source d’une nouvelle représentation du réel. L’interprétation sensible d’images, d’indices ou de documents triés, issus de la compilation par des programmes plus ou moins intelligents de masses de données dépassant l’entendement de tout groupe humain, deviennent les seuls moyens de faire face aux avalanches de résultats. L’image permet de visualiser le concret comme l’abstrait, le directement perceptible comme l’imperceptible (le mouvement d’un fluide coloré aussi bien que les échanges sur l’Internet), mais inscrite dans un dispositif d’imagerie, elle perd tout intérêt esthétique.

44C’est au carrefour des différents sens de ce terme et dans la mesure où tous ses aspects sont devenus objets de techniques convergentes, que l’on peut envisager la simulation généralisée comme un appareil. Tendanciellement, le couple données / algorithmes (même si ce dernier terme est utilisé de façon tout à fait abusive pour désigner des procédures qui combinent des traitements génériques et des heuristiques) affectent un nombre croissant d’activité humaines et entraînent l’émergence de nouvelles formes de sensibilité. Neutre par lui-même, l’appareil est là, et une fois installé ses effets sont irréversibles. Le jugement de valeur n’y peut rien changer, c’est dans son articulation au politique, au sens large, que se réalisent ses aspects pervers. Si l’appareil est global, concerne tout un chacun et fait époque, un micro-appareil, qui partage avec celui-ci de nombreux aspects n’affecte, lui, que des activités particulières d’un groupe plus ou moins étendu.

45Les chercheurs sont évalués et de plus en plus par des indices quantifiables. Au cœur de ces indices il y a la publication d’articles dans des revues à comité de lecture, en particulier les plus prestigieuses pour la plupart anglophones. Deux indices sont généralement retenus, le facteur d’impact des revues et le nombre de citations. Le facteur d’impact est une mesure de la répercussion des revues élaborée dans les années 60 par Eugène Garfield (1979), un des pères de la bibliométrie. Il s’agit en gros de la moyenne du nombre de fois que les articles d’une revue sont cités sur une période de deux ans. Conçu pour aider les bibliothèques à choisir les revues auxquelles elles voulaient s’abonner, cet indice est devenu un instrument pour évaluer les chercheurs et déterminer la valeur de leurs publications. L’importance du facteur d’impact est, de nos jours, tellement inscrite dans les croyances collectives universitaires que les chercheurs eux-mêmes s’en servent pour décider à quelle revue ils vont soumettre leurs articles.

46L’émergence de l’Internet, au sein de la communauté scientifique, au début des années 1990 a modifié la façon dont les chercheurs prennent connaissance des textes scientifiques. Avant le web, les chercheurs de certaines disciplines se retrouvaient, entre eux, dans des ‘‘news groups’’ de l’Internet. Avec l’essor du web, initialement destiné aux échanges entre les chercheurs en physique des particules associés au CERN (Centre Européen de Recherche Nucléaire), qui, bien au-delà des anticipations de Tim Berner Lee son inventeur, l’a ouvert au grand public, la situation s’est compliquée. Avec l’émergence de moteurs de recherche de plus en plus performants, le processus de recherche d’information a complètement changé. Ils permettent d’accéder à tous les articles, qu’ils soient publiés ou non dans une revue de prestige.

47L’utilisation du facteur d’impact n’est pas appropriée à l’évaluation de la recherche. La fenêtre de temps pendant laquelle on compte les citations lors de son calcul est trop courte et favorise beaucoup les recherches dont l’application est immédiate (il en va de même des citations des articles d’ailleurs). Quelles équipes peuvent-t-elles se targuer de plusieurs découvertes importantes en deux ans ?

48Il faut ajouter que la politique des grands éditeurs de revues vis-à-vis des auteurs est scandaleuse. L’auteur n’est pas payé mais il doit fournir un article (si possible en anglais s’il veut un large impact) sous forme d’un ready to print qu’il devra revoir pour prendre en compte les remarques du comité de lecture. En plus, il perd, sans compensation financière, le droit d’utiliser librement son propre texte. Les pairs en charge de l’évaluation (les referees) ne sont pas non plus payés.

49Le jugement par les pairs est la seule méthode sérieuse d’évaluation pour un grand nombre de domaines de la recherche. Mais pour qu’elle soit saine, il faut que le débat soit ouvert, personnalisé et public (ce qui est en principe la règle pour les thèses). De plus, il est difficile pour les non initiés de saisir le débat, alors si des politiques pressés s’en emparent, le désastre est assuré. Face à cela le passage par les publications des revues est une voie pernicieuse ? L’anonymisation est une procédure le plus souvent hypocrite qui ne va pas jusqu’au bout. Nous avons toujours repéré l’origine des quelques dizaines d’articles que nous avons eu à évaluer au cours de nos carrières d’enseignant chercheur. Nous pensons qu’en dehors des articles signés par plusieurs dizaines de chercheurs (oui, il y en a de plus en plus), c’est toujours le cas pour des experts de la recherche dans des domaines de plus en plus spécialisés et étroits.

50L’influence des revues sur l’activité, la démarche et la carrière des enseignants chercheurs est telle qu’elles appareillent bel et bien leurs recherches. Il est donc pertinent de conduire une réflexion sur les revues perçues comme un micro appareil, tel que ce concept a été développé dans le cadre du programme ‘‘Arts, Appareils, Diffusion’’ (axe 1/ thème 4) de la MSH Paris Nord.

V. Les revues comme micro appareil[15]Études et documents berbères dans ce contexte

51Dans certaines disciplines une petite poignée de revues scientifiques donnent le ton et forment un micro appareil, une prothèse qui amplifie les capacités des chercheurs, mais aussi quelque chose qui modifie leur perception du monde (ou plutôt de la petite partie du monde objet de leurs travaux). Ceci conditionne leur travail de façon invisible en orientant peu ou prou l’évolution de la discipline mais aussi la situation de la discipline dans le champ universitaire ainsi qu’en favorisant certaines orientations au détriment d’autres. Le micro appareil permet aussi aux chercheurs de valoriser leur travail. Neutre par lui-même, il est là et le jugement de valeur que l’on peut porter sur l’influence de certaines revues n’y peut rien, c’est dans l’articulation du micro appareil au politique que se réalisent ses aspects pervers. Les chercheurs sont évalués au travers de leurs publications – d’où l’impératif de publier à un rythme au moins trimestriel – ils doivent de plus en plus répondre annuellement à des appels à projet. Ces instruments sont devenus les méthodes de pilotage de la recherche. Les trois conséquences qui en résultent sont le court-termisme, l’utilitarisme, et le temps considérable consacré à la valorisation de la recherche achevée au détriment de l’élaboration d’idées réellement nouvelles.

52Même si elle est aujourd’hui bien ancrée dans le monde universitaire, la revue Études et Documents Berbères refuse de s’inscrire dans une logique d’appareil [16]. Elle pourrait en payer d’ailleurs le prix. Son économie est limitée, voire dérisoire, si la pérennité de la revue a été assurée, c’est grâce à l’opiniâtreté et au dévouement de son directeur. Des financements ont été trouvés pour des projets de faible envergure. Les projets plus ambitieux, comme la Bibliothèque Numérique Berbère, se développent à un rythme très lent. Depuis plus de 10 ans les idées avancent, mais leur concrétisation stagne faute des moyens importants nécessaires au développement technique. Cela étant, la ténacité finira par payer un jour.

53Dans une réflexion en termes d’appareil, la temporalité joue un rôle déterminant. Études et Documents Berbères se situe en fait dans la temporalité de l’archive. Elle permet de retrouver sur trente ans, avec un temps réel [17] à l’échelle du semestre. Cette échelle du semestre n’est pas arbitraire mais est en relation avec le rythme réel de l’évolution lissée de la pensée sous la conduite d’un chercheur (ou de chercheurs) en sciences humaines engagé dans un travail scientifique soumis aux changements et coupures épistémologiques (une pensée n’évolue pas de jour en jour, même s’il peut y avoir des changements dramatiques de paradigmes, des événements). Ce rythme est tout à fait conforme à la parution d’une revue papier qui a la forme matérielle d’un livre. Nous considérons que ce rythme correspond bien à une distance temporelle juste pour la publication d’articles qui tous correspondent à la synthèse, au moins partielle, d’un travail de longue haleine. Le vite publié se périme particulièrement vite. Le passage aux médias électroniques dissocie fortement le temps relativement long de la réflexion et de l’écriture de celui de la publication et de la diffusion qui peuvent se faire à la vitesse de la lumière. Du point de vue de la temporalité le livre est un dispositif juste. C’est un objet performant, naturellement pervasif, il permet, par exemple en manipulant la collection de la revue de trouver même ce que l’on ne cherchait pas consciemment, ce que l’on ne savait pas encore devoir chercher. Malgré leurs progrès les moteurs de recherche sont loin de ce niveau de performance car, pour être toujours plus efficaces, ils ont tendance à vous confiner dans ce que vous savez devoir chercher. Il s’agira de vérifier si le rythme de la revue peut résister, quelque soit sa forme future (papier ou électronique), à l’emballement des nouveaux médias.

54La revue n’impose rien ou presque aux auteurs. Même une fois publiés, ils restent propriétaires de leurs contributions. Aucun cadre disciplinaire strict n’est imposé, la seule exigence est de concerner l’un ou l’autre aspect du monde berbère, notamment en linguistique et/ou en littérature. La forme même des articles est très libre, certains auraient leur place dans une revue pure et dure de linguistique, d’autres dans une revue d’informatique, d’autres encore dans une revue d’études littéraires. Toutefois, cette liberté a un prix, la revue n’est pas un véhicule institutionnel au sens strict du terme. Si contrairement à ses débuts la revue n’est plus hors d’un cadre institutionnel universitaire, elle s’inscrit dans ce monde au travers d’une institution très particulière, la MSH dont la vocation même est la collaboration entre équipes de recherche, pas forcément intégrées au monde des seules universités. C’est dans une démarche de partenariat et non de subordination que se fait l’intégration. Cette grande liberté n’est pas toujours sans conséquence : par exemple pour les auteurs et auteurs potentiels de la revue, quand il s’agit de grands noms de la linguistique berbère et de la littérature, est que la publication de leurs contributions ne révolutionnera pas leur discipline et ne favorisera pas forcément leur carrière. Ce qui ne les empêche pas de publier dans les colonnes du support quand même. L’un des facteurs reste probablement le prestige de la revue, qui s’adresse aux sommités des études berbères mais aussi aux jeunes chercheurs [18]. À ce propos, rares sont les thèses soutenues à l’université sur le thème de langue ou de la littérature berbère qui ne réfèrent pas, au moins au plan bibliographique, à tel ou tel article publié dans la revue.

VI. Études et documents berbères et TIC

55Si elle est attachée à la pertinence du support imprimé, la revue est consciente de ce que peuvent apporter les technologies de l’information et de la communication non seulement aux études berbères. C’est pourquoi le projet de bibliothèque numérique a été mis en place comme outil de valorisation des dites études.

56La Bibliothèque numérique berbère se veut un lieu d’organisation des connaissances, de confrontation de sources multiples, de défense de la diversité culturelle. Elle concerne un projet des sciences humaines pour le domaine berbère. L’un des objectifs est de mutualiser différentes compétences en ce qui concerne les corpus et de forger des outils documentaires durables tout en garantissant une maîtrise des droits de diffusion et d’accès aux données. En outre, la production, la validation et la diffusion de ressources respecteront les normes reconnues sur le plan international et utiliseront des logiciels libres. Il va de soi que les ressources générées par la Bibliothèque numérique berbère seront conçues pour être interopérables et réutilisables dans tout contexte d’enseignement à distance et qu’elles répondront aux différentes normes éditées par l’ISO.

57Une des ambitions réalisables sur le long terme est de faire que ces ressources s’adressent à la fois à des communautés académiques (revues savantes ou spécialisées, colloques, fonds ethnolinguistiques, ethnomusicologiques, etc.), mais aussi à des communautés d’apprenants (formation initiale ou d’adultes, formation universitaire qualifiante ou non...), et au grand public (ressources afférentes à la littérature, à la musique, aux radios et aux TV berbères).

58Les langues berbères relèvent majoritairement de la culture orale, ce qui rend difficile leur transmission intergénérationnelle avec des outils traditionnels alors que des solutions numériques multimédias innovantes seraient parfaitement pertinentes (capacité de numériser des corpus oraux, de les structurer, de les traiter, de les « feuilleter » à l’instar d’un texte). Le projet est d’éditer numériquement des ressources en direction d’un lectorat et d’auditeurs disparates, et souvent pauvres. Ces ressources doivent pouvoir être déclinées sous forme orale ou écrite, sous plusieurs alphabets au choix : la coexistence de trois écritures (latine, arabe et tifinagh) correspondant à trois traditions justifie aussi ce choix, le passage de l’une à l’autre s’opérant potentiellement d’un clic de souris.

59Le choix du tout numérique est dicté par la dispersion des locuteurs (tant sur leurs territoires d’origine qu’en diaspora), par la pluralité des langues berbères se référant à un patrimoine commun : kabyle, rifain, chleuh, chaouia, touareg... mais aussi par l’émergence d’un marché en forte expansion (ordinateurs portables, mais surtout ordiphones en anglais smartphone et livres électroniques).

60Les langues berbères sont de surcroît très vivantes tant dans l’édition discographique que dans les radios et TV spécialisées. Notons enfin que ce sont les chercheurs de l’IRCAM qui ont pu normaliser les caractères typographiques numériques dans le système mondial Unicode [19]. Cela donne au berbère une capacité de présence sur le Web non négligeable à ce jour (Web communautaire initié notamment par des membres actifs de la diaspora berbère).

61Développer aussi le réseau tant TIC qu’humain à même de fédérer et de gérer ces ressources berbères dans le respect de leur diversité, mais aussi dans leur dynamique d’aménagement linguistique (on dit souvent de façon synonyme : standardisation ou normalisation linguistique). Mais dans aménagement linguistique cohabitent deux notions :

62

  1. celle d’aménager une langue à un niveau humain : lui permettre de ne pas perdre des domaines linguistiques, normaliser son vocabulaire, sa syntaxe et son orthographe, répondre aux défis modernes de la circulation des personnes et prendre en compte le fait que les diversités dialectales locales, ne sont plus viables à l’âge des brassages de population notamment en diaspora ;
  2. mais aussi aujourd’hui développer une ingénierie linguistique, pour rendre possible l’accumulation de ressources patrimoniales et éditoriales, favoriser dans les communautés berbères la diffusion et l’appropriation d’outils à même de répondre aux spécificités économiques, aux spécificités d’oralité, de dispersion des habitats sédentaires et a fortiori des berbérophones nomades.

63Cependant, ces deux notions demandent à être nuancées tant que la dynamique sociolinguistique à l’œuvre est bien complexe. En tous cas, il serait plus raisonnable d’user de pragmatisme à chaque occasion, en ne perdant pas de vue le marché de la langue, suivant sa structuration et son fonctionnement.

64Avant tout, il y aura lieu de faire converger, comme cela est possible aujourd’hui, oralité et transcription pérenne du patrimoine berbère. L’objectif central du projet Bibliothèque numérique berbère, et c’est l’une de ses spécificités, consiste à créer pour la communauté berbère un fonds numérique patrimonial, pédagogique et scientifique dans le cadre de la francophonie. Il faut aussi accélérer chez les jeunes (mais aussi les adultes notamment les femmes) berbères (tant au Sud qu’en diaspora au Nord) une alphabétisation qui ne crée pas de hiatus, de fracture, entre une langue maternelle que l’on ne sait pas écrire donc difficilement transmissible, et une deuxième langue (l’arabe ou le français) plus ou moins bien maîtrisée à l’écrit comme à l’oral.

65Au-delà des aspects savants des contenus en ligne (avec la rigueur académique requise), le but de cette plate-forme est de vulgariser la culture scientifique vers le grand public, et plus particulièrement vers les catégories des citoyens qui en sont exclus. Si l’accès du grand public à la Bibliothèque numérique berbère actuelle est difficile car l’indexation et les critères de recherche sont établis en vue d’objectifs « savants » la plate-forme Apulee[20], visera à développer une version grand public de la bibliothèque numérique.

66Le site sera un espace coopératif pour des chercheurs institutionnels et des contributeurs indépendants pour partager les ressources et échanger des informations. L’usager aura accès à des ressources culturelles (contes, chants, chansons, jeux musicaux, solfège, outils informatiques pour traiter, créer ou modifier ces ressources) construites de manière participative. De telles ressources seront en partage, car l’usager pourra devenir aussi un contributeur et un producteur de ressources. Dans cette logique, chaque participant devra s’engager à ne publier des textes, des fichiers sonores, des vidéos que sous une licence creative commons. Vaste programme, comme dirait quelqu’un, sauf si nous mettions toutes les chances de notre côté aux fins de l’accomplissement des différentes tâches qu’exige cet ambitieux projet.

VII. Conclusion

67Il n’est pas banal, pour une revue de sciences humaines, d’atteindre trente ans d’existence. Les différents colloques organisés en 2015 et 2016 et prévu en 2017 pour assurer la valorisation scientifique d’Études et Documents Berbères ont répondu à cette attente. Les 36 numéros du périodique parus jusqu’ici en font une référence internationale et une mine d’informations en matière de la linguistique berbère ainsi que toutes les branches des sciences humaines qui accordent de l’attention à la langue. En plus des contributions concernant l’activité berbérisante en général, ces rencontres du trentenaire ont a également été l’occasion d’une réflexion sur les revues du champ scientifique et, d’une manière particulière, sur Études et Documents Berbères. Passant par les réflexions d’Habermas, d’Alvin Toffler et de Pierre Bourdieu sur l’habitus et le capital culturel, notre propre réflexion a rejoint le cœur de l’axe 1 « Industries de la culture et arts » de la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord : le concept d’industries culturelles défini dans les années 1940 par Théodor Adorno et Max Horkheimer. Le concept d’appareil nous a permis d’aborder la question des industries culturelles en évitant l’écueil de la diabolisation trop souvent tirée des positions de l’École de Francfort. La grande découverte de Walter Benjamin, c’est qu’il n’y pas de production poétique sans reproduction, sans copie. Pas de poïen sans tecknè, et pas de technique sans archives. Neutre par lui-même, l’appareil est là, et une fois installé ses effets sont irréversibles et c’est dans son articulation au politique, au sens large, que se réalisent ses aspects pervers.

68Si l’appareil est global, concerne tout un chacun et fait époque, le monde des revues scientifiques forme un micro appareil : une prothèse qui amplifie les capacités des chercheurs de toute discipline et mais aussi quelque chose qui modifie leur perception de la petite partie du monde, objet de leurs travaux. Dans certaines disciplines, une petite poignée de revues conditionnent le travail des chercheurs de façon invisible en orientant peu ou prou l’évolution de la discipline mais aussi la situation de la discipline dans le champ universitaire. Même si elle est aujourd’hui bien ancrée dans le monde universitaire, la revue Études et Documents Berbères – par sa très large ouverture, en ne synthétisant que peu voire pas du tout, en ne faisant pas de certains articles des keynote papers – tente de ne pas appareiller le travail de ses contributeurs. Il faut rappeler ici que le concept d’appareil, tel que développé par Jean-Louis Déotte, est né dans le champ de l’esthétique et avec une temporalité qui est celle des époques. Nous l’avons appliqué à l’activité des chercheurs, donc dans une temporalité beaucoup plus immédiate. Les situations politique, culturelle et sociale des sociétés berbères imposent une réflexion incluant les champs politiques et institutionnels, dans lesquels les appareils prennent un socio-politique, tel que théorisé, par exemple, par Nicos Poulantzas (1978). Qu’elle le veuille ou non, la revue Études et Documents Berbères s’inscrit dans la logique des appareils ne serait-ce que par sa volonté de s’en écarter dans la mesure du possible.

69Si elle est attachée à la pertinence du support imprimé, la revue est consciente de ce que peuvent apporter les technologies de l’information et de la communication non seulement aux études berbères mais aussi à la culture berbère elle-même. Le choix du tout numérique s’impose, dicté par la dispersion des locuteurs (tant sur leurs territoires d’origine qu’en diaspora), par la pluralité des langues berbères se référant à un patrimoine commun mais aussi par l’émergence d’un marché en forte expansion (ordinateurs portables, mais surtout ordiphones en anglais smartphone et livres électroniques). Le projet de Bibliothèque numérique berbère est une première réponse. Le passage d’Études et Documents Berbères au support électronique fera partie du projet, le maintien du support papier est souhaité par la revue sans que la faisabilité à moyen et long terme soit garantie. Par contre, que ce soit sur papier ou sous forme numérique, la revue compte bien résister à l’emballement des nouveaux médias et maintenir un rythme compatible avec une véritable activité de recherche.

Références bibliographiques

  • Adorno, Theodor W., 1962 [1958], Philosophie de la nouvelle musique, trad. H. Hildenbrand et A. Lindenberg, Paris, Gallimard, Bibliothèque des idées, 224 p.
  • Adorno, Theodor W., 1986 [1949], « Critique de la culture et société », in Prismes, Paris, Payot, pp. 7-23.
  • Adorno, Theodor W., et Horkheimer, Max, 1974 [1944], La Dialectique de la Raison, trad. E. Kaufholz, Paris, Gallimard, Bibliothèque des idées, 281 p.
  • Barthes, Roland, 1963, « Œuvre de masse et explication de texte », Communications, No 2, pp. 170-172.
  • Balle, Francis, 2016, Médias et sociétés : édition, presse, cinéma, radio, télévision, internet, Paris, LGDJ, 17e éd., 894 p.
  • Barthes, Roland, 2002, Œuvres complètes, tome 2 : Livres, textes, entretiens (1962-1967), Paris, Éditions du Seuil, 1360 p.
  • Benjamin, Walter, 2000, Œuvres, I à III, trad. de l’allemand par M. de Gandillac, R. Rochlitz et P. Rusch, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 1344 p.
  • Benjamin, Walter, 2003, L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, édition comparée, comportant une nouvelle traduction par L. Duvoy de la 4e version de l’essai (1936) et une traduction inédite des passages non conservés par Benjamin figurant dans la 2e version de l’essai (fin 1935-février 1936), Paris, Allia, 96 p.
  • Bourdieu, Pierre, 1976, « Le champ scientifique », Actes de la recherche en sciences sociales, no 2-3, juin 1976, pp. 88-104.
  • Bourdieu, Pierre, 1980, Questions de sociologie, Paris, Éditions de Minuit, 271 p.
  • Bourdieu, Pierre, 1997, Les usages sociaux de la science. Pour une sociologie clinique du champ scientifique, Paris, Inra Éditions, collection « Sciences en question », 79 p.
  • Deotte, Jean-Louis, 2007, Qu’est-ce qu’un appareil ? Walter Benjamin, Jean-François Lyotard, Rancière, Paris, L’Harmattan, coll. Esthétiques, 127 p.
  • Deotte, Jean-Louis (dir.), 2008, Le Milieu des appareils. Actes du colloque de la MSH Paris Nord 2006, avec des articles de J. Rancière, S. Krämer, E. Méchoulan, J. H. Barthélémy, etc., Paris, L’Harmattan, coll. Esthétiques, 222 p.
  • Galand, Lionel, 1979, Langue et littérature berbères. Vingt cinq ans d’études, Paris, Éditions du CNRS, 207 p. (CRESM, Chroniques de l’Annuaire de l’Afrique du Nord).
  • Garfield, Eugene, 1979, Citation Indexing – Its Theory and Application in Science, Technology, and Humanities, Philadelphia (USA), Isi Press, 274 p.
  • Habermas, Jürgen, 1987 [1981], Théorie de l’agir communicationnel, tome I, Rationalité de l’agir et rationalisation de la société, trad. par J.-M. Ferry, Paris Fayard, 448 p.
  • Hudrisier, Henri, 2005, « Cartago : Un outil et un réseau pour la terminologie notamment berbère ; une alliance multidisciplinaire et internationale des chercheurs », Études et Documents Berbères, no 23, pp. 187-191.
  • Morin, Edgar, 1961, « L’industrie culturelle », Communications, vol. 1/1, pp. 38-59.
  • Morin, Edgar, 1962, L’Esprit du temps, Essai sur la culture de masse, Paris, Grasset, 280 p.
  • Mœglin, Pierre, 2012, « Une théorie pour penser les industries culturelles et informationnelles ? », Revue française des sciences de l’information et de la communication [En ligne], 1 | 2012, mis en ligne le 05 septembre 2012, consulté le 18 août 2017. URL : http://rfsic.revues.org/130 ; DOI : 10.4000/rfsic.130
  • Ould-Braham, Ouahmi, 2006, « La Bibliothèque numérique berbère. Radioscopie d’un projet en cours », in Le nom, le pronom et autres articles – Actes du « 3. Bayreuth-Frankfurter Kolloquium zur Berberologie » (1-3 juillet 2004), éd. par Dymitr Ibriszimow, Rainer Voßen, Harry Stroomer, Köln, Rüdiger Köppe Verlag, pp. 193-201 (Berber Studies, volume 14).
  • Ould-Braham, Ouahmi, 2007, « Retour à Si Mohand Ou Mhand. Présentation des actes du colloque », Études et Documents Berbères, no 25-26, pp. 5-12.
  • Ould-Braham, Ouahmi, 2008, « Pour une réflexion collective sur la chanson kabyle en France et la mémoire de l’immigration (1930-1974) », Études et Documents Berbères, no 27, pp. 211-222.
  • Ould-Braham, Ouahmi, 2009a, « La Bibliothèque numérique berbère. Aspects savant et citoyen d’un projet pour l’élaboration de ressources dans le domaine berbère », Études et Documents Berbères, no 28, pp. 141-154.
  • Ould-Braham, Ouahmi, 2009b, « La Bibliothèque numérique berbère ou la structuration des ressources scientifiques », Actes du « 4. Bayreuth-Frankfurter Kolloquium zur Berberologie », 21-23 septembre 2006, Études berbères IV. Essais lexicographiques et autres articles, Köln, Rüdiger Köppe Verlage, pp. 163-183.
  • Ould-Braham, Ouahmi, 2011a, « Pour des corpus oraux de langue(s) berbère(s) », Studi Magrebini, vol. 9, n. s., pp. 201-223.
  • Ould-Braham, Ouahmi, 2011b, « La collection Berber Studies (éditeur scientifique Harry Stroomer). Des ouvrages, édités en Allemagne, relatifs à la langue et la littérature berbères », Études et Documents Berbères, no 29-30, pp. 399-404. (Mélanges en l’honneur de Pierre Encrevé).
  • Ould-Braham, Ouahmi, 2012a, « Pour une histoire sociale de la chanson kabyle d’immigration en France », Études et Documents Berbères, no 31, pp. 9-27.
  • Ould-Braham, Ouahmi, 2012b, (dir.), Chanson kabyle en France et mémoire de l’immigration, 1930-1974, Numéro spécial : Migrance, no 40, 132 p.
  • Ould-Braham, Ouahmi, 2017, « Comment la revue Études et Documents Berbères se positionne-t-elle dans le champ scientifique ? », Hommage à Ahmed Boukous, Rabat, à paraître.
  • Ould-Braham, Ouahmi, & Hudrisier, Henri, 2006, « La Bibliothèque numérique berbère : contexte et choix technologiques », LexiPraxi 2005-2006, La langue française dans l’aventure informatique, Paris, AILF (Association des informaticiens de langue française), pp. 197-245.
  • Porchet, Michel, 2005, « L’appareil numérique et la perspective ou le retour des espaces projectifs en art » in : Cl. Amey, et J.-L. Déotte, (dir.), Qu’est-ce qu’un appareil ?, Paris, La Dispute, pp. 217-238.
  • Poulantzas, Nicos, 1978, L’État, le Pouvoir et le Socialisme, Paris, PUF/Politiques, 300 p.
  • Toffler, Alvin, 1971 [1970], Le Choc du Futur, trad. S. Laroche et S. Metzger, Paris, Denoël, 539 p.
  • Toffler, Alvin, 1982 [1980], La Troisième Vague, trad. M. Deutsch, Paris, Denoël, 640 p.
  • Toffler, Alvin, 1991 [1990], Les Nouveaux Pouvoirs, trad. A. Charpentier, Paris, Fayard, 658 p.
  • Tremblay, Gaëtan, 2008, « Industries culturelles, économie créative et société de l’information », Global Media Journal, vol. 1 (1), pp. 65-88.

Date de mise en ligne : 02/02/2020

https://doi.org/10.3917/edb.037.0007