Article de revue

Changement et continuité dans l’aḥwash des Juifs-Berbères

Remarques sur le travail d’ethnomusicologie de Sigal Azaryahu

Pages 207 à 211

Citer cet article


  • Elmedlaoui, M.
(2014). Changement et continuité dans l’aḥwash des Juifs-Berbères Remarques sur le travail d’ethnomusicologie de Sigal Azaryahu. Études et Documents Berbères, 33(1), 207-211. https://doi.org/10.3917/edb.033.0207.

  • Elmedlaoui, Mohamed.
« Changement et continuité dans l’aḥwash des Juifs-Berbères : Remarques sur le travail d’ethnomusicologie de Sigal Azaryahu ». Études et Documents Berbères, 2014/1 N° 33, 2014. p.207-211. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-2014-1-page-207?lang=fr.

  • ELMEDLAOUI, Mohamed,
2014. Changement et continuité dans l’aḥwash des Juifs-Berbères Remarques sur le travail d’ethnomusicologie de Sigal Azaryahu. Études et Documents Berbères, 2014/1 N° 33, p.207-211. DOI : 10.3917/edb.033.0207. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-2014-1-page-207?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/edb.033.0207


Notes

  • [*]
    Une version journalistique (sans détail bibliographique) de ce texte fut publié ainsi : Elmedlaoui M. (2005) : « Changement et continuité dans l’aḥwash des Juifs-Berbères ». Le Matin du Sahara, éd. du 04/07/2005.

Introduction

1Le terme aḥwash couvre plusieurs variétés locales d’un genre musical collectif villageois berbère du Haut et de l’Anti-Atlas et environs (Maroc) où les participants associent danse et chant (Chottin 1933 et 1938 : 23-27 ; Lortat-Jacob 1980 : 65-69 ; Aydoun 1992 : 63-70 ; Rovsing Olsen 1997 : 78-108).

2En dépit du manque d’une idée claire de l’histoire sociolinguistique de la façon dont différentes formes de Judéo-Berbère auraient interféré dans la vie quotidienne des communautés juives (cf. Zafrani 1973 ; cf. Lakhsassi 2006) qui ont vécu depuis des siècles dans ces régions (cf. Schroeter 1997), la participation juive dans l’aḥwash en tant que danseurs, chanteurs et même en tant qu’improvisateurs des joutes, a bien été attesté dans des localités telles que Tifnut, Tidili, Ayt-Bouwulli, Ighil-n-Ughu, etc. (cf. Azaryahu ; Lakhsassi).

3En fait, et de façon générale, alors que les orchestres et les artistes des communautés juives ont joué un rôle important dans l’évolution et le développement historiques des musiques marocaines populaires et/ou savantes, notamment la chanson Shaabi et la musique Ala (dite « musique andalouse » par certains), et à part la tradition du chant liturgique ou piyyutim (par exemple : David Bouzaglo, Jo Amar ; David Hassine ; cf. Hassine-Mamane 2000), la communauté juive marocaine n’a pas développé de tradition musicale purement ethnique comme cela a été le cas avec les Hassidim ou les communautés juives yéménites (cf. Shiloah : 269-275). Et alors qu’on savait depuis longtemps que plusieurs aspects de la dite musique urbaine marocaine avait immigré avec la communauté juive marocaine, notamment en Israël (par exemple Avi-Eilam Amzallag, Sami El-Maghribi, Emil Zrihan, Shlomo Bar, etc.), ce n’est que très récemment qu’on apprend formellement et concrètement que le genre aḥwash avait également immigré.

4On a appris cela grâce à la monographie de Sigal Azaryahu de 1999, intitulée Processus de préservation et de changements dans la musique des Juifs de l’Atlas en Israël (trad. de l’hébreu) ainsi qu’aux échantillons vidéos de cérémonies vives de cet aḥwash d’outre-mer que cet auteur a pu enregistrer auprès de certaines communautés de Juifs marocains établis en Israël depuis les années cinquante du xxe siècle. Je me propose donc dans cet exposé, de faire une lecture de cette image en miroir que les vicissitudes de l’histoire nous renvoient à travers les éléments des travaux de Sigal Azaryahu.

5C’est une histoire bimillénaire, celle de la communauté juive marocaine (Laredo 1954, Zafrani 1983, Schroeter 1997). Cette communauté compte deux sous-ensembles ethnico-culturels : les toshavim (Description de l'image par IA : carré moyen blanc petit triangle blanc pointant vers la gauche négation carré moyen blanc

) « autochtones » et les megorashim (Description de l'image par IA : carré moyen blanc upsilon upsilon upsilon upsilon upsilon upsilon) « expulsés (d’Andalousie) ». Même si les manuels d’histoire, qui déterminent le quotient moyen d’instruction collective, restent encore muets sur ce point, cette communauté a marqué l’histoire du Maroc depuis l’Antiquité à différents plans et dans plusieurs secteurs (religion, langue, culture populaire, linguistique, annales/hagiographie, musique, arts et métiers, etc. v. 1994 Description de l'image par IA : phi g x plus ou moins oméga, Elmedlaoui 2006 et à paraître).

6Pour ce qui est du secteur qui nous intéresse ici, la contribution de la communauté juive marocaine à l’évolution et à l’histoire de la musique marocaine et maroco-andalouse est grande, qu’il s’agisse des chants liturgiques, des adhkar ou piyotim (voir le CD de Zafrani, v. aussi Hassin-Maman), des “naoubat” andalou-gharnati (v. Description de l'image par IA : phi g exposant 1 Delta majuscule en normal moins 1 1

Chetrit 1998, Morag, Amzalag, Zrihan ; voir aussi les sites de hattazmuret ha-andalusit haisraelit d’Asher Knafo et Anda-El Andalusian-Israel Orchestra d’Avi-Eilam Amzalag) ou qu’il s’agisse de la chanson populaire (Sami Almaghribi, Pinhas Cohen et autres), ou qu’il s’agisse enfin de l’aḥwash et des rways.

La thèse “MA” de Sigal Azeryahu (1999) :

7Il s’agit d’une description comparative ethnomusicologique en hébreu (définition des rôles, des étapes, des fonctions et des significations) de certaines variétés de l’aḥwash du Haut Atlas central, et de l’aḥidus du Sud Moyen Atlas. La comparaison est˙faite entre les formes d’origine dites Description de l'image par IA : n en chasse fixe u en chasse fixe p en chasse fixe r en chasse fixe t en chasse fixe a en chasse fixe t en chasse fixe i en chasse fixe o en chasse fixe n en chasse fixe

(“aḥwash standard”) par l’auteur et qui sont audiovisuellement documentées grâce aux données d’un travail de terrain dans les localités d’origine à Igloua, Tidili (Haut Atlas central au Sud de Marrakech) et Ait Bougmmaz (Sud-est d’Azilal), et les aspects que prennent ces formes d’origine dans le contexte de l’immigration judéo-berbère marocaine en Israël, notamment dans les mochavim d’Aderet et de Shokeda (Description de l'image par IA : gamma négation alef en normal sur ensemble de négation négation barre oblique inversée eq négation négation négation négation barre oblique inversée eq).

La thèse « PhD » de Sigql Azeryahu (en cours à l’UC. de Louvain)

8Il s’agit d’un approfondissement de l’enquête et de l’analyse dans la même direction que celle de la thèse MA, en explorant notamment d’autres manifestations de la musique judéo berbère sur le terrain, et en observant les mutations que cette musique subit à travers le temps et les générations par rapport aux formes d’origine sur les deux plans, musicologique et ethnologique.

Remarques sur des spécimens vidéo de la musique judéo berbère

a. L’aḥwash du mochav d’Aderet

9Les participants à cet aḥwash – fort probablement des toshavim – proviennent des Igloua et de Tidili dans le Haut Atlas central. Leur aḥwash se caractérise par une assez grande adhérence aux canons de l’aḥwash des lieux d’origine. Cela se voit, entre autres, d’après les traits suivants : commencement par un chauffage fonctionnel, mais aussi rituel, de tambourins authentiques (tagnza) sur un brasier (Description de l'image par IA : pi flèche droite 1 7 0

) afin d’en ajuster les trois tonalités de percussion (lhmz « grave », agllaya « moyenne » et nqqr « aiguë ») ; un cendrier improvisé en nnaqus « son de cloche » ; une bonne maîtrise du rythme quinaire 5/8, typique de l’aḥwash, avec ces trois tonalités de percussion de tambourins (lhmz, agllay et nnqqr) ; des youyous justes et une danse sobre aux épaules et à mouvement vertical du corps ; une maîtrise des modes pentatoniques du répertoire des airs ; une mémorisation d’un riche répertoire de chants et de mélodies anciennes ; une diction chleuhe juste et une prononciation chleuhe standard (pas de perturbation des sibilantes comme chez les megorashim). Par contre, il se trouve que les hommes ont parfois des difficultés à tenir le registre haut, qui caractérise la vocalise du chant chleuh ; ils dégradent ainsi parfois la voix d’une octave pour certains airs par rapport aux femmes.

b. L’aḥwash / aḥidus du mochav de Shokeda

10Les participants à cet aḥwash – fort probablement des megorashim – proviennent des Aït Bougmmaz (une zone tampon entre l’aire chleuhe et l’aire tamazighte). Leur aḥwash se caractérise par une interférence des genres (aḥwash/aḥidus/bughanim) et par beaucoup d’éléments épars qui connotent des aspects d’acculturation aux niveaux, notamment, (i) de la langue (accent andalou : un /l/ emphatisé et une perturbation des sibilantes), (ii) des répertoires (paroles, mélodies et danses), (iii) du costume masculin, et (iv) des instruments de percussion (tambourins légers).

11Il s’agit donc fort probablement d’une communauté de megorashim d’origine andalouse, déjà perturbée il y quelques siècles par un changement d’environnement linguistique et socioculturel suite à l’expulsion consécutive à la Reconquista (Andalousie => Maroc) et établie de surcroît, au terme de cette expulsion, dans une zone du Maroc qui est à cheval entre l’aire Tachelhiyt et l’aire Tamazight où interfèrent par conséquent l’aḥwash et l’aḥidus avant d’être enfin supplantée au milieu du xxe siècle du Maroc pour s’implanter en Israël. Il y a là, en somme, l’illustration d’un scénario concret, parmi d’autres possibles en de semblables circonstances, de l’agonie d’un genre culturel d’une communauté bimillénaire.

c. Deux rays instrumentistes

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  1. le rays instrumentiste, Barukh Ben David, de la ville de Petah Tikva, qui joue à la vielle monocorde, le fameux ribab du Sous. On le voit sur le CD assis dans un fauteuil au terme d’une fête d’aḥwash, vêtu à l’occidental et jouant à un ribab du Sous de qualité plutôt médiocre, apparemment improvisé.
  2. le rays instrumentiste, Shalom Swissa, de Beer Sheva, qui jouait au tétracorde pincé (lutar) et qui avait une voix juste et une maîtrise des modes pentatoniques de la musique chleuhe. Il est décédé il y a quatre ans emportant avec lui un énorme matériel du répertoire de la chanson des rays de la première moitié du xxe siècle qu’il apprenait par cœur. On le voit sur le CD assis également sur un fauteuil, vêtu, lui, d’un costume marocain en face au “rébabiste” Barukh Ben David avec lequel il échange une longue série de strophes de l’ancien répertoire des rays, tout en jouant son tétracorde de même qualité que le ribab.

Intérêt scientifique du travail d’Azaryahu

13En décrivant et en documentant ces cérémonies et ces genres musicaux dans une perspective historico-comparatiste, le travail d’Azaryahu offre à l’observateur une opportunité singulière d’observer, en temps réel, l’histoire de l’évolution des structures socioculturelles d’une communauté : il permet, entre autres, à l’investigateur observateur, de visualiser une simulation et une projection sur le plan de l’avenir, de l’un des scénarii possibles pour l’évolution d’une structure socioculturelle donnée ; il s’agit des structures générales des musiques berbères de l’aḥwash/aḥidus et rways, une fois certains facteurs extérieurs entrés en jeu (immigration, urbanisation, globalisation, etc.).

Références choisies

  • Description de l'image par IA : Texte arabe avec des chiffres et des dates, probablement un extrait de livre ou un document historique.
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    ˭ϕΎϓ΁ϭ ϊϗ΍ϭ ˭Δϴϗήθϟ΍ ΕΎγ΍έΪϟ΍ : ϲϋΎϤΠϟ΍ ΏΎΘϜϟ΍ ϲϓ ϢΛ ˬ (64 ΩΪϋ ˬω΍ήη ΔϠδϠγ ˭ΔϳϮϬϟ΍ϭ Γήϛ΍άϟ΍ Ϧϋ) 1999 ϱϭϻΪϤϟ΍
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  • <Trad. Processus de préservation et de changements dans la musique des Juifs de l’Atlas en Israël"> Description de l'image par IA : 7 1 2 1 7 1 7 7 7 2 1 2 1 7 3 1 7 2 1 7 2 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 1 1 7 1 7 2 2 8 7 7 7 7 2 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 2 7 2 7 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2
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  • Ben Simhon, Gabriel (2002) : Description de l'image par IA :
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Date de mise en ligne : 02/02/2020

https://doi.org/10.3917/edb.033.0207