Personne et deixis en berbère (parler des iεemṛanen, Toudja, Béjaïa)
- Par Fatsiha Aoumer
Pages 93 à 104
Citer cet article
- AOUMER, Fatsiha,
- Aoumer, Fatsiha.
- Aoumer, F.
https://doi.org/10.3917/edb.032.0093
Citer cet article
- Aoumer, F.
- Aoumer, Fatsiha.
- AOUMER, Fatsiha,
https://doi.org/10.3917/edb.032.0093
Notes
-
[1]
Le -t-de la 3e personne du pluriel serait comme l’avait déjà signalé L. Galand (1994, p. 84) « une simple marque de genre ».
1Dans un article précédent (Aoumer, 2011), j’ai abordé la question de la deixis verbale en berbère (kabyle). Il s’agissait de montrer la nature du rapport entre la particule déictique d et la matière notionnelle du verbe. Sans revenir sur ce sujet précis et tout en restant dans le même cadre théorique, celui de la systématique énonciative, je tenterai dans ce travail de présenter le système de la deixis du kabyle et plus particulièrement du parler des Iεemranen situé au nord ouest de Bejaïa.
2Le rôle de la personne dans la deixis étant fondamental, il sera donc nécessaire de commencer par la présentation de celle-ci. A propos du rapport de la personne à la deixis, A. Joly (1987 : 135) écrit que :
Les déictiques (emportent) avec eux l’image d’une position par rapport au point de perspective qui est la personne du locuteur. La personne se retrouve en effet partout dans l’ouvrage construit qu’est la langue. Elle est le fondement de la deixis...
I. La personne
4Mis à part l’organisation du système de la personne en deux champs – champ du Moi et champ du Hors Moi – celui-ci se répartit également en deux niveaux – un niveau spatial et un niveau temporel. Le schéma suivant (A. Joly, 1987 : 63, fig. 2) nous permet de constater cette double organisation :
Personne d’espace / personne de temps
5La répartition du système en deux niveaux (espace et temps) correspond respectivement à une séparation entre un plan nominal et un plan verbal.
| Plan Nominal (espace) | Plan Verbal (temps) | ||||
| Pronoms intra-nominaux | Pronoms intra-verbaux | ||||
| (a) | (b) | (a) (sujet) | (b) (objet direct) | (c) (objet indirect) | |
| Nek (ki) | - i | .............. γ | - yi | - yi | |
| Keč (či) | - a(k) | t............. ṭ | - k | - ak | |
| Kem (mi) | - am | t............. ṭ | - kem | - am | |
| Netta | - as | i | - t | - as | |
| Nettat | - as | t............ m | - ţţ | - as | |
| Nekni | - aγ, neγ | t........... mt | - aγ | - aγ | |
| Kunwi | - kum | ............. n | - kum | - kum | |
| Kunmti | - kumt | ............ nt | - kumt | - kumt | |
| Nuhni | - sen | - ten | - sen | ||
| Nuhentit | - sent | - tent | - sent | ||
A) Les pronoms intra-nominaux
6La série (a) des pronoms intra-nominaux sont de véritables pronoms prédicatifs. Ils fonctionnent exactement de la même manière qu’un substantif. Ils sont par exemple utilisés avec des prépositions :
7γur wemγar-nni
8Chez vieux-là
9γur-es
10Chez-lui
B) Les pronoms intra-verbaux
11La première série de ces pronoms est celle de la personne avec la fonction ‘sujet’. Il s’agit de la personne ordinale qui opère dans le plan temporel. En berbère (kabyle), elle est intégrée au verbe, ce qui résulte comme l’écrit A. Joly (1990 : 99) en un ‘prédicat-sujet’, ce qui forme un ‘prédicat-phrase’ qui se suffit à lui-même. L’absence de la personne représentant le sujet dans le verbe empêche celui-ci d’exister comme prédicat. C’est justement ce qui arrive dans le cas de ce que les berbérisants désignent comme des participes. Ce sont des formes verbales qui se conjuguent à tous les temps ou aspects selon les terminologies, mais l’absence de la personne ordinale à laquelle le verbe est incident, même à la troisième personne, empêche ces derniers d’être prédicats.
12[1]- Win yebγan
Celui vouloir (Pfp)
Celui qui veut
13[2]- Win i ybeqqun
Celui qui vouloir (AIfp)
Celui qui veut habituellement
14[3]- Win ara yebγun
Celui ara vouloir (Afp)
Celui qui voudra
15La deuxième série de ces pronoms intra-verbaux concerne les pronoms personnels régime direct. Ces derniers ne sont pas intégrés aux verbes du moment où ils peuvent être placés selon le cas avant ou après le verbe. Ils sont liés à la morphologie du verbe par un trait d’union.
16[4]- Yečča-t
Il-manger (P)-le
Il l’a mangé
17[5]- Ad t-yečč
Ad le-il-manger (A)
Il le mangera
18La troisième série des pronoms intra-verbaux sont les pronoms personnels régime indirect. Ils ne sont également pas intégrés au verbe car, à l’instar de la série précédente, ils peuvent être placés avant ou après le verbe selon le cas et ils sont liés à la morphologie du verbe par un trait d’union. Les pronoms de cette série sont sémiologiquement identiques à ceux de la deuxième série des pronoms intra-nominaux.
19[6]- Yenna-yas
Il-dire (P)-à lui
Il lui dit
20[7]- Ad as-yini
Ad lui-il-dire (A)
Il lui dira
Personne : sémiologie et statut
21Du point de vue de la sémiologie de la personne, un fait important qui attire notre attention est la structure en miroir de la personne ordinale – fonction sujet :
22La deuxième personne du singulier « t..... ṭ » et du pluriel « t.... m/mt » est à la fois préfixée et suffixée au verbe. Au singulier, la première personne « Ø....γ » est suffixée et la troisième « i/t.... Ø » est préfixée. C’est exactement le contraire qui arrive au pluriel [1].
23Mis à part ce fait, en comparant entre les pronoms personnels intra-verbaux, nous pouvons constater des ressemblances d’ordre sémiologique entre :
- la troisième personne du singulier (sujet) : i et la première personne du singulier (objet) : (y) i,
- la première personne du singulier (sujet) : γ et la première personne du pluriel (objet) : aγ.
- la troisième personne du singulier régime direct et indirect et la troisième personne du pluriel régime direct et indirect.
25Ces ressemblances ne sont pas étrangères à la nature et la composition des différentes personnes. Concernant la première ressemblance, il n’est pas du tout surprenant de constater un tel lien sémiologique entre la première personne et la troisième du moment où celle-ci est présente dans toutes les personnes. À ce propos, A. Joly (1987 : 90) écrit :
La troisième personne, dans laquelle Benveniste voit une « non-personne », fait non seulement partie du système interpersonnel mais elle est présente partout dans la mesure précisément où elle est le signe du délocuté. À ce titre, on a vu qu’elle était impliquée dans la 1re et dans la 2e personne : sous « je » et sous « tu », objets de parole, il y a un « il ».
27D’une manière plus détaillée, il définit les trois personnes fondamentales comme suit :
(a) La première personne est celle qui parle et dont il est parlé par elle-même ; elle est signifiée par les pronoms fr. je, ang. I.
[11] I’m reading.
« je » parle (je suis locuteur) et, ce faisant, je parle de « moi » (délocuté).
(b) la deuxième personne est celle à qui « je » parle et dont il est parlé par « moi », soient les pronoms fr. tu (vous), ang. You. Dans :
[12] What are you doing ?
« je » m’adresse à mon allocutaire que je désigne par you (« tu ») et, ce faisant, je parle de « toi » (délocuté).
(c) la troisième personne n’est ni celle qui parle, ni celle à qui l’on parle, mais celle dont il est parlé, sans plus (délocuté) : fr. il/elle, le/la, lui ; ang. he/ she/it, him/her, it..
29À partir de ces données, il est possible de conclure que i est le signe du délocuté qui se présente sous « je » dans le cas de la première personne objet. Cette dernière se comporte comme une troisième personne.
30Soit l’énoncé suivant :
[8]- I- hewwel-iyi.
Il-perturber (P)- me.
Il m’a perturbé.
32C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la troisième personne régime indirect as est également liée à la première personne. Les énoncés suivants ne peuvent qu’illustrer cela :
[9]- T : Meɛna cubaγ-as tura ur ssinen ara a t-id bnun akka.
T : Mais sembler (P)-je- à lui maintenant ne savoir (P)- ils pas ad le-id-construire (A)- ils comme ça.
34T : Mais il me semble que maintenant ils ne savent pas le construire comme ça.
35Le pronom personnel régime indirect à la troisième personne singulier se traduit bien dans cet énoncé par : « à moi (me) » et non pas par « à lui (lui) » car c’est au locuteur lui-même qu’« il semble ».
[10]- Z : Wellah ar nniγ-as ad ṭreγ γer lkeṛmus-nni n baba, ahat kmaṣin ţţekkesen-t.
Z : Par Dieu que dire (P)-je-à lui ad descendre (A) à figuiers de barbarie-là de papa, peut être commencer (p)-ils cueillir (AI)-ils-elle.
Z : Par Dieu que je me disais que je descendrai aux figuiers de papa ; ils ont dû commencer à cueillir les figues.
37Dans cet énoncé, l’énonciatrice, en disant nniγ-as (dire (P)-je-à lui), ne signifie pas qu’elle s’est adressé à quelqu’un d’autre. Il s’agit d’une sorte de monologue où elle se dit à elle-même. C’est la première personne-sujet – (locuteur) qui s’adresse à la troisième personne-objet – (délocuté) se trouvant sous je.
Z : Ou tu-penser (p)-à lui comme cela c’est (fruits de caroube)
Z : Ou est-ce-que tu pensais que les fruits de caroube sont utilisés (tels quels).
[11]- Z : Hein, ziγ tura ur tesɛam ara ! Nekki nwiγ-as yess i d-tusam γer da.
Z : Ah bon ! Alors maintenant ne vous-avoir (p) pas ! Moi penser (p)-je-à lui avec elle que d-vous-venir (p) à ici.
Z : Ah bon ! Donc maintenant vous n’en avez plus ! Moi je pensais que vous étiez venus ici avec.
39Dans cet énoncé également, l’énonciatrice, en disant nwiγ-as « penser (P)-je-à lui », ne veut nullement dire qu’elle pensait à quelqu’un où quelque chose. Il n’y a aucune transitivité ici.
40Le même pronom personnel régime indirect as est aussi présent avec les autres personnes :
[12]- Z : Neγ tenwiṭ-as akken kan d iqezman ;
42Ici également, par tenwiṭ-as « tu-penser (P)-à lui », l’énonciateur Z ne veut pas dire « tu penses à lui ». L’événement ‘penser’ se passe uniquement entre la personne de l’allocutaire « tu » et la personne du délocuté qui se trouve sous le signe « tu » : as « lui ».
[13]- T : Qqaṛen-as d seţţi-tneγ i yesnen ad tessew.
T : Dire (p)-ils-à lui c’est grand-mère-notre savoir (fp) ad elle-cuisiner.
Ils disent que c’est notre grand-mère qui sait cuisiner
44Dans cet énoncé également, l’énonciateur, en disant qqaôen-as « dire (AI)- ils-à lui », ne signifie pas qu’ils (les enfants dans le contexte) disent ‘à lui’.
[14]- Z : Ih ! Nuhni imir a s-nwun...
Z : Oui ! Eux alors ad lui-penser (A)-ils...
Z : Oui ! Eux, alors, ils vont penser...
46De la même manière, as dans ad as-nwun ne renvoie qu’à la troisième personne, au délocuté qui se trouve sous ‘ils’.
47Quant à la deuxième ressemblance, entre la première personne singulier (sujet) : γ et la première personne pluriel (objet) : aγ, elle s’explique par la nature et la composition de la première personne du pluriel à propos de laquelle A. Joly (1987 : 82) écrit que « nous a son assiette obligée à la première personne. » Ainsi :
48‘nous = moi + (toi) + (lui)’
49La première personne est obligatoirement présente dans la première personne du pluriel et γ dans aγ n’est que le signe de cette présence.
50La troisième ressemblance entre la troisième personne du singulier et la troisième personne du pluriel est, elle, due à la nature de cette dernière qui n’est que ‘la pluralisation du singulier’
51Cette ressemblance existe plus particulièrement entre les pronoms personnels régime direct singulier t et pluriel tn et les pronoms personnels régime indirect singulier as et pluriel asn.
52Dans les deux cas, n qui existe par ailleurs comme une marque du pluriel est justement le signe de cette pluralisation du singulier.
II. La deixis : description sémiologique
53Sémiologiquement, il est possible de répartir les déictiques en déictiques variables et déictiques invariables.
Les déictiques invariables :
54Ils se répartissent en adverbes désignant des lieux dans l’espace et des adverbes désignant des lieux dans le temps.
A) Adverbes désignant des lieux dans l’espace
| Ici | là-bas1 | là-bas2 |
| da | din - dihin | |
b) Adverbes désignant des lieux dans le temps
| maintenant | alors |
| Tura | Imir |
Les déictiques variables
55Ils se répartissent en pronoms déictiques complétifs et en pronoms déictiques supplétifs
A) Les pronoms déictiques complétifs :
| Mas. sing | Axxam-a Maison-ci | Axxam-nni Maison-là1 | Axxam-ihin Maison-là2 |
| Mas. pl | Ixxamen-a Maisons-ci | Ixxamen-nni Maisons-là1 | Ixxamen-ihin Maisons-là2 |
| Fem. sing | Taxxamt-a Chambre-ci | Taxxamt-nni Chambre-là1 | Taxxamt-ihin Chambre-là2 |
| Fem. pl | Tixxamin-a Chambres-ci | Tixxamin-nni Chambres-là1 | Tixxamin-ihin Chambres-là2 |
56Nous pouvons bien constater qu’en berbère, ils ne sont pas variables selon le nombre et le genre.
B) Les pronoms déictiques supplétifs
| m. s | Wa celui-ci | Win celui-là | Wihin celui-là |
| m. pl | Wiyi ceux-ci | Widak ceux-là | Widakihin ceux-là |
| f. s | Ta celle-ci | Tin celle-là | Ttihin celle-là |
| f.pl | Tiyi celles-ci | Tidak celles-là | Tidakihin celles-là |
57Ce tableau permet de constater qu’il existe une nette ressemblance d’ordre sémiologique entre les pronoms déictiques supplétifs au singulier et les adverbes désignant des lieux dans l’espace :
| wa | win | wihin |
| ta | tin | tihin |
| da | din | dihin |
58À partir des déictiques complétifs sont formés respectivement les déictiques supplétifs suivants : wa, ta ; win, tin et wihin, tihin. Il n’y a donc pas synapse entre les deux comme dans le cas de l’Anglais. Lorsqu’il s’agit des déictiques complétifs, c’est le substantif qu’ils complètent qui exprime la différence de genre. Dans le cas des déictiques supplétifs, c’est l’introduction de w et de t qui exprime respectivement le masculin et le féminin.
59Le cas de da « ici » qui permet de désigner un lieu dans l’espace est différent du moment où ce dernier ne connaît pas de variation ni en genre ni en nombre, d’où l’absence des signes w et t. À leur place se trouve le morphème de prédication nominale qui serait lui-même d’origine déictique :
60da = morphème de prédication nominale (d) + deictique complétif (a)
61d + a = da
62c’est + ceci = ici
63C’est de cette manière originale qu’un locuteur berbèrophone (kabylophone) désigne le lieu qu’il occupe dans l’espace. Pour désigner le champ du Hors Moi, il fait recours aux déictiques -in ou ihin :
| d + in = din | ou | d + ihin = dihin |
| C’est + cela = là-bas | c’est + cela = là-bas |
64Pour une analyse plus profonde, nous comparerons entre les séries :
| da | din | dihin |
| et | ||
| ssa | ssin | ssihin |
65Les deux premiers éléments de la deuxième série ont respectivement pour variantes : ssya et ssyen. Dans toute cette série, il s’agit de l’association de la préposition seg « de, par » aux déictiques complétifs : a ou sa variante ayi, in et ihin, d’où :
| seg | + | a (ayi) | = | ssa (ayi) ou ssya (ayi) |
| de, par | + | ci | = | d’ici, par ici |
| seg | + | in | = | ssin, ssyen |
| de, par | + | là | = | de là, par-là |
| seg | + | ihin | = | ssihin |
| de, par | + | là | = | de là, par-là |
66Il est donc possible de constater que sous le signe -a, il y a ci, et ici. Ce qui veut dire qu’en berbère, il est possible de désigner un lieu dans l’espace de la même manière qu’un objet ou une personne est désigné.
III. Du renforcement sémiologique des déictiques
67Les berbèrisants présentent généralement les déictiques winna, dinna, etc. comme des variantes de win, din... En réalité, il s’agit d’un renforcement de déictiques à l’aide d’autres déictiques à l’instar de ce qui se passe dans d’autres langues. A. Joly (1990 : 433) signale quelques exemples en anglais. En berbère, ce sont essentiellement des déictiques complétifs qui renforcent des déictiques supplétifs :
| Deictique supplétif | Deictique complétif | Deictique complétif | |
| Wayinni | wayi | - nni | |
| Win (n)-a | win | - a | |
| Widak-a (yi) | widak | - ayi | |
| Widak-nni | widak | - nni | |
| Widak-ihin | widak | - ihin | |
| Widak-ihin (n)-a | widak | - ihin | - a |
| Tayi-nni | Tayi | - nni | |
| Tin (n)-a | Tin | - a | |
| Tidak-a (yi) | Tidak | - a (yi) | |
| Tidak-nni | Tidak | - nni | |
| Tidak-ihin | Tidak | - ihin |
68Les déictiques invariables désignant des lieux dans l’espace sont également renforcés de la même manière :
| Dayi-nni | dayi | nni |
| Din (n)-a | din | a |
| Dihin (n)-a | dihin | a |
69Les déictiques temporels sont aussi renforcés de la même manière :
| Imir-nni | imir | nni |
70Dans certains parlers kabyles, imir-a « maintenant » s’oppose à imir-nni « alors ». La distinction se fait alors grâce aux déictiques renforçant imir : a « ci » et nni « là ». Des lieux sont désignés dans le temps spatialisé.
Tura-ha : tout de suite, tout juste (maintenant)
Maintenant-voici
Imir imir : sur le champ
Alors alors
Din din : sur le champ
Là-bas là-bas
Tinna tura : Celle-là par exemple
Celle-là maintenant
Nekki tura : Moi par exemple, moi personnellement
Moi maintenant
15-T : Xaṭi ! g qelqal-nni am temɛayt-nni- inem.
T : Non ! Dans canicule-là comme histoire-là à toi.
Z : Non ! C’est dans la canicule, c’est comme pour ton histoire.
72Ce sont les pronoms personnels affixes du nom – les possessifs – qui renforcent les pronoms déictiques complétifs et les pronoms déictiques supplétifs.
73L’exploration de la deixis et sa description sémiologique en kabyle, et dans ce parler du nord ouest de Bejaïa en particulier, a permis de distinguer entre des déictiques variables et des déictiques invariables. Les déictiques invariables comportent des adverbes désignant des lieux dans l’espace : da « ici », din « là-bas » et dihin « la-bas2 » et des adverbes désignant des lieux dans le temps : tura « maintenant » et imir « alors ». Les déictiques variables se répartissent, quant à eux, en pronoms déictiques complétifs : -a, -nni et – ihin (qui ne sont pas variables en genre et en nombre, exprimés par les noms qu’ils complètent) et les déictiques supplétifs : wa, win et wihin ; ta, tin et tihin ; wiyi, widak et widakihin et tiyi, tidak et tidakihin. Ils sont variables selon le genre et le nombre et ceux du singulier (les deux premières séries) ressemblent sémiologiquement aux adverbes désignant des lieux dans l’espace. Ces derniers seraient justement constitués du morphème de prédication d « c’est » + les déictiques complétifs - a « ce, ci », -in « là », ihin « là2 » : da, din et dihin. Da et din représente respectivement le champ du Moi et le champ de l’allocutaire, de l’ailleurs. Dihin désigne, lui, un endroit accessible aux interlocuteurs, plus ou moins proche d’eux. Il ne s’utilise qu’en praesentia. S’agissant de la deixis temporelle, c’est tura qui relève du champ du Moi et imir, de celui du Hors-Moi.
Références bibliographiques
- Aoumer, Fatsiha, 2008, Sémantique verbale, deixis et ‘orientation’ en berbère (parler kabyle des Iɛemranen), thèse de doctorat. Inalco.
- Aoumer, Fatsiha, 2011, « Une opposition perdue : la particule dite ‘d’approche’ ou la deixis verbale dans un parler kabyle de Bejaia ». In A. Mettouchi (ed), « Parcours berbères », Mélanges offerts à Paulette Galand-Pernet et Lionel Galand pour leur 90e anniversaire, Kӧln, Rudiger Kӧppe, pp. 453-468. (Berber Studies ; 33).
- Basset, André, 1933, « Note sur l’élément démonstratif en berbère », Bulletin de la Société linguistique de Paris, t. 34, pp. 213-215.
- Galand, Lionel, 1994, « La personne grammaticale en berbère », Faits de langues, no 3, pp. 79-86.
- Joly, André, 1987, Essais de systématique énonciative, Lille, PUL.
- Joly, André & O’Kelly, Dairine, 1990, Grammaire systématique de l’anglais, Paris, F. Nathan.
- Joly, André, & Fraser, Thomas, 1979, « Le système de la deixis », Modèles linguistiques, vol. 1/2, Presses Universitaires de Lille, pp. 97-157.
- Joly, André, & Fraser, Thomas, 1980, « Le système de la deixis », Modèles linguistiques, vol. 2/2, Presses Universitaires de Lille, pp. 22-51.