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Système, typologie et changement phonétique diachronique : les cas *g et *q dans les études chamito-sémitiques

Pages 133 à 153

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  • Elmedlaoui, M.
(2010). Système, typologie et changement phonétique diachronique : les cas *g et *q dans les études chamito-sémitiques. Études et Documents Berbères, 29-30(1), 133-153. https://doi.org/10.3917/edb.029.0133.

  • Elmedlaoui, Mohamed.
« Système, typologie et changement phonétique diachronique : les cas *g et *q dans les études chamito-sémitiques ». Études et Documents Berbères, 2010/1 N° 29-30, 2010. p.133-153. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-2010-1-page-133?lang=fr.

  • ELMEDLAOUI, Mohamed,
2010. Système, typologie et changement phonétique diachronique : les cas *g et *q dans les études chamito-sémitiques. Études et Documents Berbères, 2010/1 N° 29-30, p.133-153. DOI : 10.3917/edb.029.0133. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-2010-1-page-133?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/edb.029.0133


Notes

  • [1]
    Selon Ibn Jinni (1993 : 47), le giym de l’Arabe classique de son époque est une affriquée (murakkab) prépalatale articuléeDescription de l'image par IA : sigma exposant crochet gauche e sup-exposant i sup y barre verticale virgule Delta majuscule en normal sup-indice i sup x crochet droit barre verticale position de base union sigma exposant k i sup-indice i sup y position de base opérateur point opérateur point opérateur point union oméga exposant j l union Delta majuscule en normal indice j position de base union oméga exposant j position de base union oméga exposant j (trad. « au niveau du milieu du dos de la langue appliqué au palais dur »).
  • [2]
    Un premier examen de cette question a été fait sous forme d’une intervention (« Existe-il des contraintes de structure morphémique ? Que nous en enseigne à cet égard la diachronie de larabe marocain ? »), que j’ai faite le 25 06 1996, avec un document de 8 pages distribué, à l’UFR Linguistique de Jean Lowenstamm à l’Université Paris-7.
  • [3]
    Sous l’effet de facteurs sociolinguistiques divers (scolarisation à l’école moderne, exode rural des berbérophones vers des villes cosmopolites comme Casablanca et Rabat, etc.), beaucoup de caractéristiques du berbère, notamment Tashlhiyt (phonologie, morphologie, syntaxe, lexique), ont cependant énormément évolué chez les jeunes générations (Voir Dell & Elmedlaoui (2002 : 8-9) et (2010 : sec. 4.3 et note 41).
  • [4]
    Dans le parler chleuh d’Imdlawn, l’harmonie des sibilantes ne concerne pas uniquement les traits d’antériorité : [+/− antérieur] (i.e. sifflement vs. chuintement) ; elle porte également sur ceux du voisement : [+/− voisé] sauf dans des cas bien déterminés de blocage. Ceci revient à dire qu’à part ce dernier cas, un mot qui contient plus d’une sibilante, celles-ci ne peuvent consister qu’en des occurrences de l’un des quatre segments (/s/, /z/, /š ou /ž/).
  • [5]
    L’évolution de l’orthographe berbère en graphie arabe interfère dans les manuscrits avec l’évolution du *g sémitique en arabe (classique et dialectal) dans le Nord de l’Afrique et offre ainsi des indices qui jettent une lumière philologique sur la chronologie de cette dernière évolution. Ainsi, cette orthographe, qui remonte au 10e siècle au moins d’après Boogert (1996 : 122-125), notait le /g/ du berbère, selon le même auteur (Ibid. p : 103, 108, et Idem 2000 : 364-366), soit par la lettre giym (ﺞ) marquée parfois d’un petite lettre kaf (ﻜـ = /k/) en diacritique, soit par la lettre kaftout court ou encore par la lettre qaf /ﻕ/ (anciennement épiglottale voisée en Ar. cl. ; v. note 8 infra). Dans une phase ultérieure de cette orthographe, le /g/ berbère est représenté par un kafportant trois points souscrits en delta pour le distinguer du /k/ berbère. Boogert 2000 : 365, met explicitement cette variation dans la façon d’écrire le berbère en graphie arabe avec l’évolution phonétique du *g sémitique en Ar. maghrébin que les scribes berbères prenaient à chaque stade pour référence en ce qui concerne les valeurs phonétiques des lettres alphabétiques arabes. ‘‘The variation (…) is probably the result of phonological changes that took place in the spoken Arabic of the Maghrib. It is possible to distinguish two basic stages in the development of the Berber orthography, as set out in the table below :
    [Phonetic value in]Stage I[Phonetic value in]Stage II
    letterArabicBerberArabicBerber
    Description de l'image par IA : c en grasg or ḡgǧ or žž
    Description de l'image par IA : thêtašš and žšš
    Description de l'image par IA : barre oblique inversée B majusculekkkk and g’’.
    Description de l'image par IA : Table comparant valeurs phonétiques des lettres en arabe et en berbère, en deux étapes.
  • [6]
    Il a été montré dans Elmedlaoui (1993 : 124-129 ; 158-163), sur la base des changements de traits phonétiques associés à la gémination dans certaines langues (ex. β/bb, θ/tt, ð/dd, s/tts, z/ddz, š/ttš, ž/ddž, etc.), que (i) les affriquées ne se distinguent des occlusives simples correspondantes que par le trait [+ strident] que les premières ont en commun avec les sibilantes, et (ii) qu’elles ne se distinguent des sibilantes linguales que par le fait que celles-ci sont [+ continu] alors que les affriquées sont [ – continu]. Cela explique le fait, signalé dans Rose & Walker (2004 : 481-482), que dans les langues où l’harmonie des sibilantes est en vigueur, les affriquées éventuelles sont impliquées dans cette harmonie.
  • [7]
    Un cas particulier : Ar. cl. /masgid/ « mosquée » > Ar. mar. /msid/ (via /msyed/) « école coranique ». Le même vocable, passé en berbère, y prend la forme féminine de /ti-mzgid-a/.
  • [8]
    C’est l’hypothèse de l’articulation épiglottale du *Q sémitique qui est en accord avec plusieurs faits, dont (i) le fait que le qaf de l’arabe classique (ainsi que ses développements diachroniques dialectaux, γ et χ) soit associé, dans les descriptions phonétiques des grammairiens arabes, aux coronales dorsopharyngalisées (T, D, S et D), en tant qu’élément emphatisant qui, comme cette classe, déclenche le tafxiim du /aa/ long (postériorisation ; v. Elmedlaoui 1995/1992 : 183) et qui empêche par contre, comme elle, la imaalat (antériorisation du /aa/ long (Idem. 198) à cause de cette caractéristique, (ii) le fait que ce *Q sémitique soit réalisé comme un coup de glotte dans certains dialectes arabes dont ceux de Fès et du Caire, et (iii) le fait que q2 de l’araméen prébiblique, devenu ε2 en araméen biblique (v. Rosenthal 1983), soit confondu dans cette langue avec q1 (< *Q sémitique). Pour une géométrie des traits phonétiques qui rend intelligibles ces développements en Araméen par rapport au Sémitique, voir Idem : 188-193.
  • [9]
    A l’extrême Sud du Maroc, le correspondant, en dialecte Hassania du ghiyn /Description de l'image par IA : suscrire epsilon avec point en chef/ de l’arabe classique (qui est une nouveauté de ce dernier par rapport aux autres langues sémitiques – v. Moscati 1964 – et en variation sous-dialectale interne avec le qaf/Description de l'image par IA : suscrire j sans point avec point en chef/ précisément), est prononcé de nos jours comme une occlusive épiglottale voisée que nous notons ici comme ‘G’ (par ex. l-maGrib, pour l-mγrib en Ar. mar. « Maroc ») ; et si, comme dans le reste des parlers bédouins, ce même parler répond par un ‘g’ au /q/ de l’ancien fond lexical commun avec l’Ar. cl., il répond par contre également par ‘G’ au qaf des nouveaux termes directement empruntés, via l’école et les média, à l’Arabe Standard Moderne (par ex. d-dimoGraTiya pour ad-dimuqtaaTiya « démocratie ») . D’une façon générale, en ce qui concerne le volet philologique de cette diachronie comparée, tout comme la chronologie de l’évolution de l’orthographe berbère utilisant la graphie arabe est de nature à nous renseigner sur les valeurs phonétiques, à l’époque d’un manuscrit, des lettres arabes (qaf, kaf, ou giym) choisies pour rendre les sons que le berbère ne partage pas avec la façon dont l’Ar. cl. est prononcé à l’époque (v. note 5), l’examen de l’évolution de la façon dont l’orthographe aljamiada des Musulmans d’Espagne notait le /g/ et les affriquées du castillan, notamment l’usage régulier de la lettre qaf (Description de l'image par IA : Une femme lit un livre dans un parc, assise sur un banc près d'un arbre.) pour en noter /g/ du castillan et l’usage, par contre, du giym (Description de l'image par IA : exposant z) pour en noter l’affriquée /tš/ (v. Buzineb 1986 : 30-33 ; 1994 : 111-112) est de nature à servir de même type d’indice diachronique et même chronologique. Enfin, tout ce qui précède montre la grande valeur empirique, pour les études sémitiques, des faits de l’arabe marocain et maghrébin en général dans son rapport avec le berbère. Comme l’écrit Durand (1993 : 18), « l’examen des ‘bizarreries’ de l’arabe maghrébin dépasse les limites de la dialectologie arabe ; c’est vers le reste du sémitique qu’il faut se retourner ».
  • [10]
    Comme c’est le cas pour le berbère en général, l’évolution phonétique récente de l’arabe marocain sous l’effet de l’école moderne où l’acquisition de la prononciation du français (par ex. ‘chaussettes et chaussures’) se fait par des (auto) corrections, ainsi qu’à cause des valeurs sociolinguistiques associant par conséquent les modes natifs de prononciation de ces langues à de l’illettrisme inculte, les nouvelles générations dans les deux langues tendent depuis les années soixante du xxe siècle (suite à la généralisation de cette école dans les zones rurales) vers un abandon progressif de cette classe de contraintes phonologiques. On assiste même ainsi à des hypercorrections : pour éviter, par exemple, de dire šobaž ou šərži en tant qu’emprunts pour « sauvage » et « charger » respectivement, certains finissent même par dire sofaž et Sərži respectivement. L’hypercorrection s’applique même parfois à certains mots arabes de tous les jours, comme šəžr-a (Ar.cl. šagar-a ‘‘arbre’’) que certains Aroubis (bédouins arabophones) illettrés ou d’instruction moyenne prononcent comme səžr-a.
  • [11]
    Personnellement, je ne savais pas l’existence de la variante εduza pour « belle mère » en Ar. mar. Ce n’est que lorsque j’ai présenté, en 1996, un aperçu en arabe de cette analyse à l’Institut d’Etudes et de Recherche pour l’Arabisation à Rabat, en citant notamment les cas (dəSS et dəħš des ex.19 et 20), que mon collègue, Mohamed Miftah me l’a signalée comme étant sa variante régionale.
  • [12]
    Pour l’harmonie des sibilantes dans certains dialectes berbères, voir Prasse 1972 : 56-57 (Touareg), Penchoen 1973 : 44-45 (Moyen Atlas), Azougarh 1992 : 66-67 (Moyen Atlas), Elmedlaoui 1995/ 1992 : 11-26). Pour l’arabe marocain, v. Heath 1987. Pour les confusions de cette classe de segments dans les parlers arabes et judéo-arabe et cananéens, voir D. Cohen 1981, 1985 (parlers arabes du Nord de l’Afrique), Taine-Cheikh 1984 (dialectes arabes), Durant 2001 : 85-86 (hébreu en contact avec l’araméen, l’arabe et le castillan). Enfin, pour beacoup d’autres langues non chamito-sémitiques, chose qui montre qu’il s’agit vraiment d’une contrainte paramétrique, voir réf. in Rose & Walker 2004 : 481.
  • [13]
    Pour la géométrie des traits et les règles de redondance qui assurent en synchronie l’harmonie des sibilantes dans les cas de dévoisement de la semi-voyelle en présence d’une sibilante dans le mot, voir Elmedlaoui 1995 : 196-198.
  • [14]
    Il s’agit d’un mot récemment emprunté, tel qu’il est prononcé par les illettrés au Moyen Atlas (Fatima Boukhris, 2004 ; c.p).
  • [15]
    Le paramètre d’adjacence vs. distance des consonnes concernées par la contrainte sur le CCS est également pertinent sur ce point, aussi bien en berbère qu’en sémitique, où les sonantes en général (w, y, r, l, m, n, ) ont d’ailleurs un statut diachronique particulier, comparées aux voyelles et aux obstruentes : faisant partie – comme l’amphatisation – du matériel phonétique expressif d’improvisation, elles ont fini par constituer le matériel historique d’extension de la racine dans ces langues (cf. Elmedlaoui 1990, 1994).
  • [16]
    Avec des cas de répétition finale à droite comme dans l’output jikrur, et d’après les analyses des anciens grammairiens arabes, reprises d’une façon formelle et raisonnée par McCarthy (1981 et suite) dans le cadre d’une représentation multilinéaire des éléments des schèmes, il ne s’agit que d’un seul /r/ dans la suite /… rur/ au niveau de la racine consonantique (comme en berbère tashlhiyt : ukrr « trainer : Accompli » vs. tt-akrur « idem. Inaccompli »).
  • [17]
    Ce ne sont pas des propriétés sémantiques ou de valence verbale (i.e. transitif vs. intransitif) qui empêchent par exemple de dériver *n-rasam de rasam ; la preuve est que le synonyme Tabaε « empreindre » donne lieu à n-Tabac « s’empreindre ». La même chose pour *n-ramaa de ramaa vs. dafaε « pousser » => n-dafaε « se pousser ».
  • [18]
    L’écartement de suites telles que [nl] (i.e. même articulateur et un CCS avec une distance de sonorité insuffisante) est même étendu hors du radical en berbère et en arabe, mais avec moins de force par rapport à d’autres contraintes. Là où cette suite résulte d’une affixation (/n-l… /), et comme dans beaucoup de langues, le /n/ s’assimile à la sonante /l/ pour former une géminée de surface. Là où ladite sonante (/l/, ou même /r/) est déjà une géminée, l’assimilation est bloquée (v. Elmedlaoui 1988) à cause d’une autre contrainte, la contrainte 3-PRIM formulée dans Dell & Elmedlaoui (1996 : 380- 383) et reformulée comme NO-TREBLE dans idem (2002 : 45).
  • [19]
    Qu’il s’agisse d’un environnement dérivé ou non, la suite /*l//t/ donne toujours [ttš] : a-γyur / ta-γyutt « âne/ânesse » (tashlhiyt : a-γyul / ta-γyul-t) ; Ar.mar /xal-ti/ → berb. Nador : xatt i. Le r en rifain (v. Elmedlaoui 1993 : 145, 166/note 29).
  • [20]
    Les éléments de cette deuxième partie ont été compilés à partir du préambule et de l’introduction de Elmedlaoui (1998) in Elmedlaoui, Gafaiti et Saa (1998).
  • [21]
    Par exemple, dans Elmedlaoui 1993, il a été avancé que là où la gémination d’un segment s’associe à un changement de traits phonétiques (voisé/non voisé, fricatif/occlusif, sonnante/obstruante, etc.) du même segment dans son cas non géminé, il est exclu, entre autres, d’envisager des cas de figure où un segment simple non voisé se gémine sous forme d’une voisée, ni un segment simple occlusif qui se gémine sous une forme fricative, ni une obstruente simple qui se gémine sous forme d’une sonnante, etc.
  • [22]
    Voir notamment Bekkum 1981 : 321 ; Blau 1990 : 187 ; Elmedlaoui 1997 : 316-317, 1998-a, b ; Dotan 1999 : 27 ; Elmedlaoui 2008.

Notation :

1API, sauf pour /š/, /ž/ (chuintantes post alvéolaires, sourde et voisée), /ε/ (fricative pharyngale voisée) et /γ/ (uvulaire fricative voisée). La mise en majuscule représente l’emphase. Une expression (*X > Z) veut dire que le segment ancien, X a évolué diachroniquement et a donné Z.

I. L’évolution du *g sémitique en arabe marocain

2L’occlusive vélaire voisée *g du sémitique est représentée dans la graphie de l’arabe classique par le graphème Description de l'image par IA : exposant barre oblique inversée z

dit giym. Déjà du temps du grand philologue et phonéticien Ibn Jinni (xe siècle, v. Description de l'image par IA : sinus début tableau accolade gauche élargie fin tableau 1998) et d’après lui, ce graphème correspondait dans cette langue à ce que ce phonéticien décrit dans son livre Description de l'image par IA : oméga exposant i position de base y égale y exposant i position de base a e l i oméga y indice icomme une affriquée (Description de l'image par IA : plus petit ou égal à phi flèche avec crochet droite infini en normal) pré palatale  [1]. Le phonème sémitique */g/ a par la suite beaucoup évolué dans les dialectes arabes contemporains et même dans les différentes façons dont l’arabe classique livresque lui-même et l’arabe standard moderne sont prononcés en fonction des aires géolinguistiques (v. Cantineau 1960). Jusqu’au début de la deuxième moitié du xxe siècle, et encore aujourd’hui, dans les régions bédouines, l’arabe marocain, dont tous les locuteurs qui ont acquis une certaine maîtrise de l’arabe classique comme deuxième langue, prononcent systématiquement le giym de cette dernière langue comme une chuintante post alvéolaire voisée /ž/, est un dialecte qui ne répond au *g sémitique de son propre lexique par /ž/ qu’en l’absence dans l’item lexical concerné de toute sibilante (s, S, š, z ou ž) ; autrement, il répond par /g/, /z/ ou /d/ (Elmedlaoui 1998c, 2000) selon les aires sous-dialectales.

1.1. Les faits concernant le *g sémitique en Ar.mar.

3Dans les exemples suivants, qui comparent l’Ar. mar. à l’Arabe classique (Ar. cl.) en illustration à ce qui vient d’être dit, le giym des items de l’arabe classique est noté sous la forme de son origine sémitique, à savoir /g/. Là où le sens en Ar. mar. est identique à celui du mot correspondant en Ar. cl., la mention ‘idem’ remplace la glose.

Arabe classique et arabe marocain.

Aṛ cl.SensAr. maṛSens
1gamalchameaužməlidem
2riglpiedržəlpied
3ṯalgneigetəlžidem
3nagarsciernžəridem
4gazzaarboucher (n.)gzzaridem
5εagzincapacitéεgəzidem
7gawz-anoixguz-anoix de muscade
8galass’assoirgləsidem
9ginsracegənsidem
10gasadcorpsksd-acorps (décapité)
11ganaaz-adépouillegnaz-adépouille mortelle
žnaž-acorps décapité
12εaguuzvieille femmeεguz-abelle mère
εžuž-a, , , ,
εzuz-a, , , ,
εduz-a, , , ,
13zawgpaire, couplezuz-aidem
žuždeux
13’zalliygcarrelagežlližidem
14sargsellešəržidem
sərzidem
14’zawwagmarieržwwəžidem
zwwəzidem
15gaazpasserdazidem
15’nasagtissernsəzidem
nšəžidem
nsədidem
16gaziyr-aîlegzir-aidem
dzir-a
Description de l'image par IA : Tableau comparatif de mots en arabe classique et arabe marocain avec traductions en français.
Description de l'image par IA : Tableau comparatif de mots en arabe classique et arabe marocain avec traductions et descriptions.
17gasarê. téméraireDSəridem
18gazztondredəzzidem
19giSSgipsegəSSparterre en chaux battue
DəSS, , , , , ,
20gaħšânonžəħšidem
dəħšidem
21gaššgranulerdəššidem
22zugaagverrežažidem
23mizaagtempéramentmžažidem
24isfangépongešfənžbeignet
24’safargulcoingšfržəlidem
– – – – – – – – – – –
25šamssoleilšemšidem
səmsidem
26šaxSpersonnešəxšpersonne forte
FrançaisAṛ mar.
27châssissasiidem
28sacochešakušidem
29chassepotsasbuidem
30sergentšaržanidem

Arabe classique et arabe marocain.

1.2. Explication de l’évolution du *g sémitique en Ar.mar. [2]

4Il a été montré dans les deux travaux susmentionnés (Elmedlaoui 1998c, 2000) que l’évolution phonétique du *g sémitique en arabe marocain dans sa globalité (i.e. les différentes variantes régionales) est le produit d’une contrainte en vigueur dans la variété du berbère qui en aurait constitué le substrat historique de formation à partir d’un lexique sémitique (cf. Durand 1993 : 108 à propos de ce substrat en général). Cette contrainte est toujours en vigueur dans les formes conservatrices du berbère Tashlhiyt (le parler chleuh d’Imdlawn notamment, v. Elmedlaoui 1995/1992 : 11-23) telle qu’on la trouve chez l’ancienne génération de locuteurs et dans les textes littéraires en poésie ou en prose [3]. Schématiquement formulée, cette contrainte impose aux sibilantes d’un mot une harmonie des traits phonétiques [+/− antérieur] comme dans certaines autres langues comme le Chumash (v. réf. in Elmedlaoui 1995/ 1992 : 11). Cela veut dire qu’à l’intérieur d’un mot, les sibilantes sont, soit toutes [+ antérieur] (/s/, /z/), soit toutes [− antérieur] (/š/, /ž/).  [4] Indépendamment de l’évolution du *g sémitique, le sous-ensemble d’exemples 25-30 ci-dessus illustre l’effet de cette contrainte d’harmonie des sibilantes sur les emprunts récents en Ar. mar. (v. Elmedlaoui 1996 : 14 ; 2000 : 175).

5En résumé, la diachronie globale du *g sémitique en arabe marocain est la suivante : palatalisation affriquée > affriquée antérieur > post alvéolaire chuintante. La contrainte d’harmonie des sibilantes, qui est un substrat berbère qui opère toujours en processus dynamique à travers l’intégration de l’emprunt (Exemples 25-30), détermine les différents aboutissements finaux de cette évolution. L’aboutissement est un /ž/ par défaut, en l’absence de toute sibilante d’origine dans le mot. En présence d’une telle sibilante, le *g sémitique donne soit /g/ (i.e. blocage de l’évolution), soit une sibilante harmonisée avec la sibilante d’origine (i.e. évolution accompagnée d’harmonie de sibilance), soit un /d/ (i.e. dissimilation de sibilance dans le stade de l’articulation affriquée). La différence d’aboutissement, dans le cas où le mot contient une sibilante, reflète les différentes stratégies appliquées par les différents sous-dialectes locaux qui ont constitué le lexique de l’arabe marocain actuel pour éviter la disharmonie des sibilantes. Ainsi, là où l’aboutissement finale /ž/ de l’évolution (*g > ž, via une palatalisation puis une coronalisation)  [5], risque d’enfreindre la contrainte sur la sibilance à cause de l’existence déjà d’une sibilante dans le mot, ledit processus est :

6

  1. soit bloqué complètement, et le *g sémitique reste inchangé (ex. 4-12 ci-dessus),
  2. soit appliqué pour le stade intermédiaire d’affriction (g* > /dž/) mais accompagné dans ce cas d’une dissimilation (même à distance) qui élimine le trait de la stridence chuintante qui caractérise le relâchement de l’affriquée / dž/,  [6] pour donner un /d/ simple (certaines variantes des ex. 12, 15-21),
  3. soit appliqué jusqu’au bout mais accompagné d’une harmonie de sibilance par assimilation (même à distance), qui donne soit [ž] soit [z] (certaines variantes des ex. 11-15, 22-24). [7]

7Les détails de la géométrie des traits phonétiques distinctifs impliqués dans ces stratégies, ainsi que des règles de redondance de traits qui prévoient le type d’assimilations ou dissimilations qui sont à l’œuvre dans les stratégies ‘b’ et ‘c’ ci-dessus, sont donnés dans Elmedlaoui 1995/1992. Le fait que les stratégies qui assurent l’harmonie des sibilantes dans le processus (*g > /ž/) diffèrent parfois en Ar. mar. relève de la variation sous-dialectale (une variation dialectale impliquant l’existence de modules phonologiques propres qui interagissent avec les processus et les contraintes communes). Par exemple, les quatre termes de l’exemple 12 ci-dessus sont des variantes régionales pour « belle mère » en Ar. mar. Elles correspondent toutes à l’Ar. cl. /εaguuz/ Description de l'image par IA : j indice point d'interrogation point d'interrogation point d'interrogation

, via des stratégies différentes de contournement de la disharmonie des sibilantes.

8Il y a donc deux provenances diachroniques à l’effectif du phonème /g/ actuel en arabe marocain :

9

  1. un g1, issu des cas où le contournement de la disharmonie des sibilantes dans le processus (*g > /ž/) est assuré par un blocage de ce processus, et
  2. un g2 qui est le correspondant bédouin du *Q sémitique (par exemple : Ar. cl. /qidr/ « marmite » ou /qaal/ « il a dit », vs. Ar. mar. /gdr-a/ et la variante bédouine de ce dialecte /gal/, respectivement).

10En fait, comme il a été souligné dans Elmedlaoui (1998c : 155-158), l’avancement de la vélaire sémitique *g au Nord de l’Afrique, qui donne régulièrement la coronale /ž / en l’absence d’une sibilante, et qui est autrement soit bloqué (*g > g), soit réalisé sous forme de /ž/, /z/ ou /d/ par harmonie des sibilantes, a été suivi ultérieurement, dans les parlers arabes bédouins, d’un autre avancement de point d’articulation : celui de l’épiglottale sémitique *Q (à laquelle correspondent les lettres qaf Description de l'image par IA : barre oblique suscrire S majuscule de ronde avec macron

en Ar. cl. et qof Description de l'image par IA : barre oblique P majuscule en gothique/ en Héb.).  [8] Le *Q sémitique devient ainsi une vélaire dans ces parlers : soit un /k/, comme dans le dialecte arabe de Tafilalet où le *k sémitique lui-même devient une coronale /t/ (v. Heath & Bar Asher 1982 : 34, Lévy 1996 : 133), soit un /g2/ dans la plupart du reste des parlers arabes bédouins (v. Elmedlaoui 1998c : 155-158). La raison que nous avons d’avancer que le processus *q>g2 est postérieur dans tous ces parlers au processus *g>j/z/d est le fait qu’aucun g2 (i.e le /g/ qui correspond dans ces dialectes au qaf de l’Ar. cl.) n’a donné de /ž/ dans ces dialectes. En fait, il n’y a rien de surprenant à ce que le *Q sémitique, avancé vers une articulation vélaire, donne g2, qui est un segment voisé non distinct de g1. Le grand grammairien Ibn Jinni (1993 : 277) a en fait rangé le qaf de l’Ar. cl. tel qu’il est prononcé à son époque, parmi les segments voisés (Description de l'image par IA : 2 5 0 divisé par trois points médians).  [9] Le phénomène articulatoire à « effet de domino », qui décale d’un cran, dans ces parlers, tout l’ordre des points d’articulation où le co-articulateur lingual est impliqué (i.e. *épiglottal > uvulaire ; *uvulaire > vélaire ; *vélaire > coronale) rappelle le grand glissement en avant (« the great vowel shift ») de la diachronie du vocalisme anglais (*a > ae, *ae > e ; *e > i ; voir Bynon 1979 : 82 et réf.).

11Ainsi, la contrainte d’harmonie des sibilantes est l’un des modules concrets qui constituent le System phonologique d’un certain stade de l’évolution de l’arabe marocain. [10] Une approche qui examine la diachronie du *g sémitique dans cette langue à la lumière d’un module phonologique de ce type a un pouvoir descriptif plus adéquat (i.e. elle rend compte, d’un même coup, de plusieurs faits diachroniques) en plus de son pouvoir explicatif (i.e. elle explique les différences d’aboutissement final de ce segment historique dans cette langue) et son pouvoir de prédiction.  [11] Or, la qualité d’explication et de prédiction est ce qui donne un sens scientifique à tout amas de constats empiriques, et confère par conséquent un caractère scientifique à l’approche préconisée dans l’examen des données. A défaut de cela, l’approche demeure soit un exercice spéculatif, soit un simple cumul d’observations empiriques dépourvues de tout sens (se contenter par exemple de relever toutes les attestations de types de correspondance phonétique dont les exemples ci-dessous ne sont qu’un spécimen). Et ce sont justement les paramètres de mise en vigueur ou non, de tel et/ou tel module dans une langue, une ‘classe de langues’ ou une ‘famille de langues’, qui font concrètement et établissent formellement la typologie des langues abstraction faite des questions des rapports phylogénétiques ou de simple contact (cf. Edzard 1998), et non la comparaison des seuls inventaires phonologiques, auxquels on restreint souvent le concept de System dans les études linguistiques chamito-sémitiques (cf. sec. 1.5 ci-après).

1.3. Effet diachronique similaire de l’harmonie des sibilantes en berbère

12La même contrainte d’harmonie des sibilantes, qui doit avoir été en vigueur dans beaucoup de dialectes berbères  [12], a eu sur le processus (*k > ç > š) qui caractérisent les dialectes dits groupe ‘šem’ dans Brugnatelli 1987 : 57 (v. aussi Kossmann 1999), tels que le dialecte rifain ou le parler des Ayt Ndir (v. Penchoen 1973), un effet similaire au précédent processus sémitique (*g > ž). Comme il a été remarqué dans Elmedlaoui (2000 : 176-177), le processus du passage d’un *k non géminé à /š/ dans ces dialectes (ex. 32-34 ci-dessous) est bloqué dans les mots qui contiennent déjà une sibilante ; il n’y dépasse pas le stade diachronique de palatalisation, à savoir le stade de la palatale /ç/ (ex. 35-37), qui est une fricative [− arrière] distincte des sibilantes du fait qu’elle est [ strident]. Dans les cas où il n’y a pas eu de blocage, une assimilation assure l’harmonie des sibilantes (ex. 38 ci-dessous) comme en arabe marocain. Ainsi par exemple :

Berbère TashlhiytBerbère Ayt NdirSens
31a-skkura-skkurperdrix
32ktištise souvenir
33kDušDusentir (olfactif)
34akwrašərvoler (dérober)
35a-mksaa-meçsaberger
36krzçrəzlabourer
37uSkayuSçalévrier
38iskiššcorne
Description de l'image par IA : Table comparant des caractères turcs et français avec des exemples de mots.

13Il y a des traces de la même chose en rifain : en plus du passage diachronique total du /*k/ non géminé en /š/ dans cette langue (ex. 39-40 ci-dessous), comme dans le parler des Ayt Ndir au Moyen Atlas, le dévoisement en rifain de la semi-voyelle /y/ par assimilation régressive a également donné [š] en diachronie (ex. l’emprunt à l’arabe dans 45) comme en synchronie actuelle (ex. 43). Dans les deux cas, là où le radical contient déjà une sibilante, la disharmonie des sibilantes est évitée, soit par un blocage du processus (*k>ç>š) au stade de la palatalisation [ç] (ex. 41, 44), soit par une assimilation qui assure cette harmonie (ex. 42).  [13]

Berb. tashlhiytBerb. rifain (Nador)Sens
39ukrušar (‘r’ vocalisé)voler (dérober)
40a-kalšař (‘r’ chuintant)terre, sol
41sksusəçsucouscous
42uSkayuššay (šš emphatique)lévrier
43uday / t-uday-tuday / t-udaš-tJuif / juive
44ayyis / i-ys-anyis / i-çs-ancheval / chevaux
45zziytzzešthuile (emprunt à l’ar. /zayt/)
Description de l'image par IA : Table comparant des sons en turc, en nadir et en français, avec des exemples de mots pour chaque son.

1.4. D’autres spécimens des contraintes qui déterminent les changements

14D’autres types de modules phonologiques de cette catégorie de contraintes existent bien sûr dans la famille de langues données ici comme exemples. En plus des contraintes prosodiques (nombre maximum de syllabes et/ou de voyelles pleines dans un radical par exemple), d’autres contraintes semblables à la contrainte sur les sibilantes interagissent également avec les processus d’évolution phonétique diachronique, notamment en déterminant les procédés d’intégration d’emprunts. Il s’agit, entre autres, des restrictions de cooccurrence de (classes de) segments en général, à l’intérieur du morphème ou du mot (Restriction de Cooccurrence de Phonèmes dans le Mot/Morphème : RCPM ; voir Greenberg 1957). Dans Elmedlaoui (1995b), une géométrie des traits distinctifs qui rend compte de l’état des restrictions RCPM en vigueur en sémitique et en berbère, a été proposée. Dans Elmedlaoui (1995/1992 : 45-68), la même géométrie est mise à contribution pour rendre compte plus précisément de la contrainte sur la cooccurrence des traits articulatoires de labialité (b/f/m ; kw/U, etc.) dans la même famille de langues. En plus du fait que la formulation de ces RCMM rend compte de la combinatoire possible des segments dans les mots natifs de ces langues, elle y explique également certains procédés d’intégration d’emprunts. A cause du type de CCPM à l’œuvre dans ces langues, les consonnes labiales, par exemple, ne peuvent pas coexister dans un morphème, comme en témoignent les exemples suivants d’emprunt :

Spécimens de procédés d’intégration d’emprunts

Langues sourcesLangues cibles
46 Fr. : fibule→ Tashlhiyt :filul
→ Ar.mar. :filil
Description de l'image par IA : Tableau avec deux colonnes : "Langues sources" et "Langues cibles". Exemple : 46 Fr. : fibule → Tashlhiyt : filul, Ar. mar. : filil.
Description de l'image par IA : Tableau de correspondances entre mots latins et termes dans diverses langues, incluant l'arménien et le turc.
47 Fr. : échappement (pot d’ – )Ar.mar. :šakwma
Ar.mar (Oujda) :šaTma
48 Lat. : febrariusTashlhiyt :brayr « fevrier »
Ber. (Ntifa) :χəbrayr
49 Fr. : portable (tél.)Berb. (Moyen Atlas) :kortab  [14]

15Une autre sous-catégorie de CCPM se manifeste dans ces langues sous forme d’une contrainte sur le Contour Croissant de Sonorité (CCS) pour les segments de même articulateur (v. Elmedlaoui 1995b). Dans Elmedlaoui (1996 : 16-17), des exemples sont donnés, qui illustrent comment cette contrainte, dans son interaction avec celle qui est imposée à la cooccurrence d’articulateurs (guttural, dorsal, coronal, labial) et qui lui est supérieure en force (ex. : 61-70 ci-dessous), détermine les formes sous lesquelles des emprunts contenant plus d’une sonante de même articulateur sont intégrées : une distance minimale de sonorité (DMS) est imposée à l’output de l’emprunt lorsque lesdites sonantes forment, les unes par rapport aux autres, un plateau ou un contour croissant de sonorité où aucune desdites sonnante n’est géminée (la sonorité relative des sonantes coronales : r >> l >> n),  [15] :

FrançaisAṛ maṛSens en Ar.mar.
50 casserolekasronaidem
51 caporalkabranidem
52 blé durblidunfarine de blé dur
53 chou-fleuršifronidem
54 gicleuržikrur,  [16]idem
55 accélérerksira / ksiriidem
56 accélérateurksiratunidem
57 généralžninnaridem
58 sandalesandar-aidem
Description de l'image par IA : Tableau comparatif de termes militaires en français et en arabe marocain avec sens en arabe marocain.
Description de l'image par IA : Liste de mots en français avec leurs traductions en arabe et indications de genre grammatical.
59 Sénégalsaliganidem
60 Espagnolsbbalyonidem (ar. mar. du Sous)
– – – – – – –
61 raccordrakulidem
62 rapportrabol (Oujda)idem
63 ressortrosolidem
64 Rêve d’Orrifdolmarque de parfum
65 rasoirrizwanidem (ar. mar. du Sous)
zizwaridem (ar. mar. du Sous)
66 colonelkwniniridem
66’ l’hôtelnnutiridem (Oujda)
67 carrrekaryanidem
68 graisseurgrisunidem
69 tribunaltnibonaridem
70 commandantkomandaridem

16C’est l’effet de la contrainte sur le Contour Croissant de Sonorité, qui explique certains autres phénomènes morphologiques et/ou phonologiques en vigueur, aussi bien en berbère que dans d’autres langues chamito-sémitiques comme l’arabe classique. Dans ce dernier, la dérivation de la forme du médio-passif, /n-katab/ (Description de l'image par IA : oméga indice i position de base égale i

) par préfixation de /n-/ est bloquée pour des verbes comme, laħam « souder », laqiy « rencontrer », rasam « dessiner » ou ramaa « jeter », qui commencent par une sonante coronale : on ne dérive ni *n-laħam, ni *n-laqaa, ni *n-rasam ni *n-ramaa. C’est la forme ktatab (Description de l'image par IA : j en normal c en normal prime oméga prime oméga prime), infixée de /-t-/ et qui est de même valence verbale, qui fait l’affaire dans de pareils cas ; ainsi ltaħam « se souder », ltaqaa « se renconter », rtasam « s’empreindre » et rtamaa « se jeter ».  [17] En berbère tashlhiyt, la forme verbale de réciproque est m-Ca (C) CaC (ex. m-sawal « parler l’un à l’autre » ; n-sadmar « répondre l’un à l’autre à l’appel »). Sous l’effet de la contrainte sur l’articulateur labial (v. les exemples 46-49 ci-dessus), qui y est dépasse le domaine du radical, la labiale / m-/ préfixée à cette forme se dissimile en une coronale /n-/ en présence d’une labiale dans la base de dérivation (ex. n-sallam « se saluer, l’un l’autre »). Lorsque, dans ce dernier cas, la première consonne de la base de dérivation est une sonnante coronale, ou bien la dissimilation (/-m/ à [n]) est bloquée (ex. m-laqqaf « s’attraper, l’un l’autre »), ou bien un /y/ tampon est inséré entre les deux sonantes coronales /nl/ ou /nr/ qui résultent (ex. n-yalkam (*nlakam) « atteindre l’un l’autre, communiquer », de lkm « atteindre »).  [18] Pour les détails, voir Elmedlaoui 1995b.

17Enfin, c’est l’interaction de la contrainte sur CCS, conjuguée aux valeurs sociolinguistiques négatives associées ces dernières décennies aux anciens modes de prononciation du berbère et de l’arabe sous l’effet des exigences de l’école, qui poussent à l’hypercorrection (v. note 10), donc à l’affaiblissement et à l’abandon progressif de la contrainte sur le CCS, comme en témoignent les hésitations que traduit une classe de formes de métathèse, actuellement en variation libre ou régionale en berbère :

Berbère tashlhiyt (variations libre ou régionales)

71 nnra= rna‘vaincre’
72 a-fannru= a-farnu‘four’
73 t-i-nilti-t= t-i-lint-i-t‘lentille’
74 Lħr= rħL‘déménager’
75 lwr= rwl‘s’en fuir’
76 lgr= rgl‘verrouiller’
77 lDr= rDl‘emprunter, prêter’
78 aLžar = addjar= aržaL‘voisin’
79 agnar= agran‘grenier’
80 l-fNar= l-fraN‘lanterne’
Rifain (Nador)Rifain (Kebdana)
81 a-nilti [anittši]  [19]= a-linti
Description de l'image par IA : Tableau de correspondances phonétiques et lexicographiques en berbère tashlhiyt avec des variations libres ou régionales.

Berbère tashlhiyt (variations libre ou régionales)

1.5. Conclusion de la première section

18Les exemples d’évolution diachronique internes et d’intégration d’emprunt, exposés dans cette partie, montrent que les ‘contraintes universelles’ ainsi que les contraintes paramétriques qui s’installent dans une langue, changent de rang dans le temps les unes par rapport aux autres, ou cessent complètement, pour certaines de la catégorie paramétrique, d’être en vigueur. Ce sont ces changements de contraintes et de leurs rangs qui déclenchent certains changements diachroniques particuliers que l’on observe, et/ou interagissent avec d’autres. Cela revient à dire, sur le plan théorique, que réduire le concept de ‘SYSTEM phonologique’ à un simple inventaire où s’opposent des phonèmes de façon statique et négative les uns par rapport aux autres, revient à vider ce concept de toute substance et de tout effet opérationnel actif. Ce serait comme si l’on réduit le système de jeux d’échec, cher à Saussure comme figure imagée du système de langue, à l’échiquier lui-même où s’opposent des cases de par leurs couleurs et positions, au lieu d’inclure les règles de mouvement de chaque classe de pions, dans leurs interactions dynamiques sur cet échiquier.

II. A propos des concepts de ‘système’, ‘lois’, et ‘contrainte de système’[20]

19En guise d’arrière plan théorique général de ce travail, je compile ci-après quelques idées, exprimées par des linguistes d’écoles différentes et que je juge utiles de rappeler au sujet des études comparatives et diachroniques en général et des études linguistiques chamito-sémitiques en particulier. Elles portent, au fond, sur les contenus et le statut théorique des notions typologiques de « lois » et de « contrainte de système » dans leur rapport avec le « pouvoir de prédiction », et collatéralement, sur l’histoire générale admise des études de linguistique comparée.

20Dans une communication présentée en 1974 au Deuxième Congrès international de linguistique chamito-sémitique, Petraček (1978) souligne la nature conséquente et raisonnée des faits de la diachronie en général, ainsi que l’utilité des paramètres de la typologie (i.e. type de contraintes communes à une classe de langues) pour la linguistique chamito-sémitique en particulier. Il dit notamment ceci (la mise en gras est mienne) :

21

« A cause des attaques de M. J. H. Greenberg et dautres contre lextrapolation des faits appartenant à la typologie linguistique dans le domaine de lanthropologie (...), la méthodologie citée a perdu beaucoup de son prestige dans les études chamito sémitiques. Cest dommage parce que son utilisation prudente pourrait approfondir certains aspects de la famille chamito-sémitique, en général bien établie aujourdhui » (Ibid. p. 55). « Les faits typologiques servant à indiquer le dynamisme interne du système linguistique en question, touchent, par là, la reconstruction interne (...). Le caractère structurel de cette reconstruction (appel à un système) reste dans le cadre de la linguistique moderne qui souligne la conception du système non seulement dans la synchronie (depuis F. de Saussure et lEcole de Prague) mais aussi dans la diachronie (Jakobson 1931,...) » .
Ibid. p. 58

22À moins, tout de même, de donner aux notions tant soulignées de « système » et/ou de « contrainte de système » le sens d’une batterie de lois concrètes, théoriquement cohérentes et concrètement formulées en termes de ce qui est impératif, ce qui est envisageable et ce qui est exclu, en tant que structures et processus dans les langues naturelles,  [21] ces notions s’en trouveraient réduites à ce que Zaborski (1991 : 1676) résume à propos de certains emplois vagues que l’on fait souvent des termes de « système » dans la littérature des études chamito-sémitiques : « The idea ofSystemzwang”, though not quite senseless, is simply too vague and rather mystical to be used seriously... », souligne-t-il.

23Même si les cadres théoriques généraux ne se valent pas, puisque ce sont eux qui déterminent le type de questions à poser, peu importe au fond, mutatis mutandis, que ces Lois concrètes portent dans l’école fonctionnelle les noms de « systemzwang » ou « lois structurales », ou bien « principes et paramètres » (Chomsky & Lasnik 1993) ou "contraintes universelles" (v. Prince & Smolensky 1993, Paradis & Prunet 1993) dans la littérature générativiste ; et ce du moment où l’on conçoit la typologie des langues comme une mise en facteur commun des différentes dispositions synchroniques observables dans ces langues vis-à-vis de telles lois ou principes (v. Prince and Smolensky 1993 : 5), et que l’on est convaincu, après Jakobson (cité d’après Petraek Ibid. p 58 ; je (M.E) souligne) que :

24

« The typology of languages adds to our predicative power, since, from a given synchronic system, certain developments will be highly likely, others have less probability and still others may be practically excluded ».

25Petraček (op. cit.) explique à cet égard, en citant toujours Jakobson, que « notre force de prédiction trouve soutien dans les études typologiques », puisque selon Jakobson (op cit.) “the structural laws of the system restrict the inventory of possible transitions from one state to another”, et que, daprès Jakobson toujours, “these transitions are, we repeat, a part of the total linguistic code, a dynamic component of the over-all language system” (Jakobson 1957, p. 10) ».

26Partageant les mêmes idées formulées dans le même langage, mais placées dans le cadre d’un système conceptuel un peu différent, Paul Kiparsky (1995 : 654) précise, en se référant de son côté à R. Jakobson (1929), que :

27

« Emphasizing that phonological structure cannot simply be an organization imposed ex post facto on the results of blind sound change, he (Jakobson) categorically rejected the neogrammarian doctrine in favor of a structure-governed conception (...). His basic thesis is that sound changes have an inherent direction (‘‘elles vont selon des directions déternminées’’) ».

28Après avoir exposé les arguments de Jakobson, Kiparsky conclut ses propos en commentant Jakobson en ces termes :

29

« Since it is human to read patterns into random events, it would be prudent to look at such arguments with a measure of suspicion. But the number and diversity of phonological processes collaborating to one end, do make Jakobsons’ case persuasive » (Kiparsky op. cit.). « Our conclusion so far is that the neogrammarians were right in regarding sound change as a process endogenous to language, (...). They were wrong, however, in believing that sound change per se, as a mechanism of change, is structure-blind and random ».
Idem. p : 659

30Petraček (1978 : 58) fait la conclusion suivante dans son article mentionné plus haut en ce qui concerne les études linguistiques chamito-sémitiques particulièrement :

31

« Il me semble, après tout ce qui a été dit en haut, que la linguistique chamito-sémitique ne doit pas redouter la typologie bien conçue et appliquée ».

32Que dire alors des cas où l’on a l’impression que ce que l’on redoute n’est autre chose que certaines appellations, heureuses ou malheureuses, que la sociologie des circuits et cercles d’échanges dans le domaine de la recherche linguistique a fini par ériger en de véritables « mots de passe » propres aux différentes chapelles académiques ? C’est cet état de choses, entre autres, me semble-t-il, qui aurait fait dire à Lionel Galand (1997 : 8) par exemple ce qui suit :

33

« Chacun peut constater avec regret que la recherche linguistique, en berbère comme ailleurs, progresse sur deux voies qui ne se rejoignent pas (...). Il suffit de parcourir les bibliographies qui accompagnent chaque publication, pour vérifier que les générativistes ignorent le plus souvent les autres auteurs, au risque de découvrir des choses connues depuis longtemps, et que les autres auteurs ne lisent pas davantage les générativistes, se privant ainsi de descriptions intéressantes ».

34Il paraît donc, qu’au lieu d’épiloguer sur les mérites ou les insuffisances des différentes appellations propres aux différentes chapelles académiques, il serait beaucoup plus intéressant pour les études linguistiques chamito-sémitiques, et quel que soit leur système d’idées, d’œuvrer pour formuler, affiner et raffiner ces « lois », ces « systemzwang », ces « contraintes » et ces « principes ». Ceci tout le monde l’évoque volontiers, et lui donne, dans chaque système d’idées et/ou de simple terminologie, des contenus concrets à tous les niveaux d’analyse (syntaxique, morphologique et phonologique), sur la base d’hypothèses sérieuses testées sur le terrain de la description et de la comparaison et évaluées relativement à leur réfutabilité et au degré de véracité des prédictions qu’elles font.

35D’autre part, dans le même esprit de la remarque précédente de Galand, relative à la sociologie de la recherche en linguistique, Zaborski (1991 : 1675) dépeint le même état d’esprit, à propos d’un sujet particulier de la recherche linguistique chamito-sémitique : celui des études portant sur la racine en chamito-sémitique, avec tout ce que cet état d’esprit reflète comme idée qu’on se fait de l’histoire générale des études linguistiques :

36

« When we look at the history of the research devoted to this subject [la racine en chamito-sémitique], it is both astonishing and upsetting to see how much work has been unnecessarily repeated, how many positive results have been neglected and, at the same time, how many sound hypotheses have been reduced ad absurdum (...). On the other hand, classical studies by medieval grammarians, both Arab and Jewish, have been, in most cases, either neglected or barely mentioned (usually only either Arab or Jewish) and never studied together in a systematic way ».

37On ne peut, en fait, que s’étonner, par exemple, de la pale image qu’on a brossée des idées linguistiques de ces grammairiens de l’aire du Monde Musulman (surtout au Maghreb et en Andalousie) dans un ouvrage qui se veut pourtant « de synthèse » dans le domaine de l’histoire des idées linguistiques du Moye Age, à savoir Giulio (1994), ainsi que de l’ignorance totale des travaux comparatifs de ces mêmes grammairiens, tels Ben Quraysh ou Ibn Barun (v. Elmedlaoui 1997, 2008) de la part d’un autre ouvrage qui se veut également « de synthèse » dans le domaine des idées linguistiques comparatives, à savoir De Mauro et al. (1990).

38En fait, on a jusqu’ici établi que la linguistique comparée systématique est née avec les Néogrammairiens. Or, un travail comme la risâla de Ben Quraysh (Tahert-Fes : 9e – 10e s. ; voir van Bekkum 1981) est le premier ouvrage connu qui établit des rapports phonétiques systématiques entre les membres d’une famille de langues, « le premier travail qui établit une comparaison systématique de lhébreu biblique avec ses langues cousines, laraméen et larabe, et avec son autre aspect, lhébreu mishnique » (trad. de l’Ang. ; voir Becker, 1984, p. V). Grâce à cela, l’auteur de la risâla « occupe une place honorable dans lhistoire de la linguistique hébraïque du Moyen Age » (Ibid.). Bien plus, et comme il a déjà été souligné par un certain nombre de sémitisants  [22], l’œuvre de Sa’adiah Gaon, et surtout les œuvres de Ben Quraysh et d’Ibn Barun, doivent être considérées comme un véritable acte de naissance de la linguistique comparée systématique. Ben Quraysh a, en fait, dépassé le stade de la philologie des emprunts (ar. ﻞﻴﺧﺪﻟﺍ ), traités cas par cas d’après leurs origines, une approche assez familière aux anciens philologues de l’Arabe Classique. Il a également dépassé le stade des attitudes puristes pour qui, toute particularité dialectale ne serait qu’une déviance dépérissante par rapport aux normes d’une lingua franca idéalisée et transcendantaliste. Il établit de véritables correspondances phonétiques régissant les rapports lexicaux réguliers qui relient les trois langues sémitiques abordées (l’hébreu (biblique et mishinique), l’arabe et l’araméen), tout comme il justifia ces correspondances en avançant l’hypothèse d’une parenté structurale historique. C’est là une approche neuf siècles en avance sur celle, plus sophistiquée, mais dont l’esprit reste le même, que les néogrammairiens appliquèrent à la moitié du 19e siècle aux langues germaniques (v. Bynon 1979 : 17-75) et qui est considérée jusqu’à maintenant par les ouvrages d’histoire de la linguistique comme le point de départ fatidique universel de la linguistique comparée et historique systématique.

Références bibliographiques

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    ﺑﻮﺯﻳﻨﺐ، ﻦﻴﺴﺤﻟﺍ  « )4991( ﺍﺫﺎﻤﻟ ُ ﺖﺒﺘـﻛ ﺔﻴﻤﺠﻋ ﻦـﻴﻴﻜﺳﺭﻮﻤﻟﺍ ﻑﻭﺮﺤﺑ ﺔﻴﺑﺮﻋ .»  ﺺﺻ  211-99 :  ﻦﻣ ﺍﻟﻤﺨﻄﻮﻁ
    ﺍﻟﻌﺮﺑﻲ ﻢﻠﻋﻭ ﺕﺎﻃﻮﻄﺨﻤﻟﺍ . ﺕﺍﺭﻮﺸﻨﻣ ﺔﻴﻠﻛ ﺏﺍﺩﻵﺍ ﻡﻮﻠﻌﻟﺍﻭ ﺔﻴﻧﺎﺴﻧﻹﺍ . ﻁﺎﺑﺮﻟﺍ .
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    ﺍﻟﻤﺪﻻﻭﻱ، ﺪﻤﺤﻣ  « )0991( ﺉﺩﺎﺒﻣ ﺔﻧﺭﺎﻘﻤﻟﺍ ﺔﻴﻣﺎﺤﻟﺍ ﺔﻴﻣﺎﺴﻟﺍ ﻰﻠﻋ ﺀﻮﺿ ﻡﻮﻬﻔﻣ ﻞﺋﺎﺼﻔﻟﺍ ﺔﻴﺗﻮﺼﻟﺍ ﺔﻴﻌﻴﺒﻄﻟﺍ .» ﻣﺠﻠﺔ ﺔﻴﻠﻛ
    ﺍﻵﺩﺍﺏ ﻡﻮﻠﻌﻟﺍﻭ ﺔﻴﻧﺎﺴﻧﻹﺍ ﺓﺪﺟﻮﺑ ﻉ )0991( 1 :  ﺹ ( .59-35 :  ﺽﺮﻌ ﻲﻓ ﺍﻟﻨﺪﻭﺓ ﺔﻴﻟﻭﺪﻟﺍ ﻰﻟﻭﻷﺍ ﺔﻴﻌﻤﺠﻟ ﺕﺎﻴﻧﺎﺴﻠﻟﺍ
    ﺑﺎﻟﻤﻐﺮﺏ ؛ ﻁﺎﺑﺮﻟﺍ  12  ﻞﻳﺮﺑﺃ  7891، ﻡﺪﻗ ﻪﺼﻧ ﻼﻣﺎﻛ ﺕﺭﺪﺼﻓ ﻪﻨﻋ ﺔﻐﻴﺻ ﺓﺰﺟﻮﻣ ﻲﻓ ﻝﺎﻤﻋﺃ ﺓﻭﺪﻨﻟﺍ )
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    ﺍﻟﻤﺪﻻﻭﻱ، ﺪﻤﺤﻣ  « )7991( ﻦﻋ ﺙﺍﺮﺜﻟﺍ ﻞﺧﺍﺪﺘﻤﻟﺍ ﺕﺎﻐﻠﻟﺍ ﻲﻓ ﺏﺮﻐﻟﺍ ﻲﻣﻼﺳﻹﺍ  :  ﺝﺫﺎﻤﻧ ﻞﺧﺍﺪﺘﻠﻟ ﻦﻴﺑ ﺔﻴﺑﺮﻌﻟﺍ ﺔﻴﻧﺍﺮﺒﻌﻟﺍﻭ
    ﺔﻴﻐﻳﺯﺎﻣﻷﺍﻭ  »  ؛ ﻝﺎﻤﻋﺃ ﺓﻭﺪﻧ ﺗﺤﻘﻴﻖ ﺙﺍﺮﺘﻟﺍ ﻲﺑﺮﻐﻤﻟﺍ ﻲﺴﻟﺪﻧﻷﺍ  :  ﺔﻠﻴﺼﺣ ﻭ ﻕﺎﻓﺁ . ﺕﺍﺭﻮﺸﻨﻣ ﺔﻴﻠﻛ ﺏﺍﺩﻵﺍ  –  ﺓﺪﺟﻭ ﻢﻗﺭ  61 ؛
    ﺔﻠﺴﻠﺳ ﺕﺍﻭﺪﻧ ﻭ ﺕﺍﺮﻇﺎﻨﻣ ، ﻢﻗﺭ  4 ؛ ﺹ .822-312 :
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    ﺍﻟﻤﺪﻻﻭﻱ، ﺪﻤﺤﻣ  « )8991( ﺢﻠﻄﺼﻤﻟﺍ ﻲﺗﻮﺼﻟﺍ ﺪﻨﻋ ﻦﺑﺍ ﻲﻨﺟ ﺎﻣ ﻦﻴﺑ ﺔﻴﻋﺎﺒﻄﻧﻻﺍ ﻭ ﺔﻣﺍﺮﺼﻟﺍ ﺔﻳﺭﻮﺼﻟﺍ .» ﻗﻀﻴﺔ ﻒﻳﺮﻌﺘﻟﺍ
    ﻓﻲ ﺕﺎﺳﺍﺭﺪﻟﺍ ﺔﻴﺤﻠﻄﺼﻤﻟﺍ ﺔﺜﻳﺪﺤﻟﺍ . ﺕﺍﺭﻮﺸﻨﻣ ﺔﻴﻠﻛ ﺏﺍﺩﻵﺍ  –  ﺓﺪﺟﻭ ﻢﻗﺭ ( 42 ﺩﺍﺪﻋﺈ ﺪﺒﻋ ﻆﻴﻔﺤﻟﺍ ﻲﻤﺷﺎﻬﻟﺍ ) ؛ ﺔﻠﺴﻠﺳ ﺕﺍﻭﺪﻧ
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    ﺍﺑﻦ ِ ﻨـﺟ ّ ﻲ ، ﻮﺑﺃ ﺢﺘﻔﻟﺍ ( ﻲﻓﻮﺘ ﻲﻓ  2001 ﻢ )ﺳﺮ ﺔﻋﺎﻨﺻ ﺏﺍﺮﻋﻹﺍ . ﺀﺰﺠﻟﺍ ﻝﻭﻷﺍ . ﺭﺍﺩ ﻢﻠﻘﻟﺍ . ﻖﺸﻣﺩ 3991 .
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Date de mise en ligne : 02/02/2020

https://doi.org/10.3917/edb.029.0133