2006.
Questions préliminaires sur le mètre de la chanson rifaine.
Études et Documents Berbères,
2006/1 N° 24,
p.161-191.
DOI : 10.3917/edb.024.0161.
URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-2006-1-page-161?lang=fr.
Elmedlaoui, Mohamed.
« Questions préliminaires sur le mètre de la chanson rifaine ».
Études et Documents Berbères,
2006/1 N° 24,
2006.
p.161-191.
CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-2006-1-page-161?lang=fr.
Elmedlaoui, M.
(2006).
Questions préliminaires sur le mètre de la chanson rifaine.
Études et Documents Berbères,
24(1),
161-191.
https://doi.org/10.3917/edb.024.0161.
(2006).
Questions préliminaires sur le mètre de la chanson rifaine.
Études et Documents Berbères,
24(1),
161-191.
https://doi.org/10.3917/edb.024.0161.
Elmedlaoui, Mohamed.
« Questions préliminaires sur le mètre de la chanson rifaine ».
Études et Documents Berbères,
2006/1 N° 24,
2006.
p.161-191.
CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-2006-1-page-161?lang=fr.
ELMEDLAOUI, Mohamed,
2006.
Questions préliminaires sur le mètre de la chanson rifaine.
Études et Documents Berbères,
2006/1 N° 24,
p.161-191.
DOI : 10.3917/edb.024.0161.
URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-2006-1-page-161?lang=fr.
À l’origine de ce texte, une communication au colloque L’Amazighe dans l’Oriental et le
Nord du Maroc : variations et convergences (En hommage à Naïma Louali), organisé par le
Centre d’Aménagement Linguistique de l’IRCAM en collaboration avec la Faculté des Lettres
d’Oujda (Faculté des Lettres – Oujda, 10-11 nov. 2005). Etant donné les conditions organisationnelles particulières dans lesquelles ladite communication a pu être faite et qu’il n’y a pas lieu
d’exposer ici, l’auteur a choisi EDB pour la publication du texte au lieu de le soumettre aux actes
dudit colloque. Il remercie, à l’occasion, ses collègues au sein du CAL, qui ont tenu à ce que la
communication soit faite, l’encourageant par là à s’investir davantage pour donner corps aux
idées exprimées dans le présent texte.
Les symboles de notation phonétique ont les valeur qu’ils ont en API, sauf pour ce qui suit :
le point d’exclamation « ! » qui précède un morphème indique que les apicales de ce morphème
sont emphatiques et que le mot tout entier est emphatisé ; /s̆/ et /z̆/ sont des post-alvéolaires
chuintantes, sourde et voisé respectivement ; /x/ et /γ/, des fricatives uvulaires, sourde et voisée
respectivement ; /ħ/ et /ε/, des fricatives pharyngales, sourde et voisée respectivement ; [e] schwa.
Le trait d’union « - » marque la jointure d’affixation, le signe « = », la jointure de prépositions ou
de clitiques.
Je remercie Mohamed El-Ouali et Abdelmounaim Azzouzi de m’avoir communiqué une
copie d’un enregistrement analogique de cette chanson, qui a fait l’objet d’une analyse littéraire
en arabe de leur part (v. 2004 ). Je remercie également mon collègue Hamid
Souifi de son aide au traitement numérique de l’enregistrement. L’aide à l’écoute de la part
M. Souifi ainsi que de notre collègue, Nora Elazrak, tous deux locuteurs natifs du Tarifit
(Hoceima), m’a permis de m’assurer de la syllabation effective de certaines chaînes sonores,
qui ne m’était pas chose évidente.
Avec tout de même une conception nouvelle de la façon dont une syllabe peut se manifester
dans les langues naturelles, notamment la possibilité, pour les consonnes dans certaines langues
dont le Tashelhiyt, de remplir la fonction de noyau de syllabe sous certaines conditions
(v. Elmedlaoui 1985, Dell & Elmedlaoui 1985, 1988, 1997, 2002).
Pour le détail des arguments qui étayent ces principes de syllabation pour le Tachelhiyt,
abstraction faite de la nature métrique ou non métrique de l’énoncé, v. Elmedlaoui 1985, Dell
& Elmedlaoui 1985, 1988, 2002. Pour l’application de ces principes à la scansion de la poésie
Tachelhiyt, v. D & E 1997, 2002, 2006, « à paraître » et « en préparation ».
Il peut y avoir parfois enjambement syllabique, et même morphémique, entre la fin d’un
vers et le début du vers suivant (v. D & E à paraître), mais il ne peut jamais y avoir de hiatus
(i.e. pas de noyaux syllabiques contigus) ni d’extrasyllabicité à l’intérieur d’un vers (i.e. pas de
segment qui ne soit ni noyau, ni attaque, ni coda, contrairement à ce qui semble se passer en
Tarifit sous certaines conditions ; v. D & T 1992 : 134 et cf. III.5.2 infra).
Selon les références citées dans la note 4, le découpage de cette échelle, pertinent pour
le Tachelhiyt est le suivant (« >> » veut dire : « plus sonore ») « a » >> « u/w », « i/y » >> les
liquides >> les nasales >> les fricatives >> les occlusives obstruantes.
Par « traditionnelle » (ou « amarg aqqdim ») on exclut la nouvelle « poésie » à genèse écrite
accouchée sur papier, de certains intellectuels chleuhs d’à partir des années quatre-vingts du
xxe siècle (i.e. la catégorie « d » dans El Moujahid 2004, p. 218 dont Ali Azaykou est le plus
notoire.) ainsi que les paroles d’une catégorie de la chanson chleuhe modernisée (par exemple
Mbarek Amori, Yuba, etc.).
Pour une approche comparative de ce type, quoique d’ordre plus général, v. Bounfour
1999 : 113-179, où les traditions métriques, chleuhe, kabyle, rifaine, tamazight, et touareg ont été
examinées.
En plus des conventions de notation donnée dans la note 1, nous rajoutons ce qui suit : / ř /
représente un « r » strident, d’un seul battement, historiquement issu, dans le Tarifit, du /*l/
historique ; il est phonétiquement analogue au ř tchèque (v. Elmedlaoui 1993, pp. 129, 145,
166), se gémine en [ddž] et donne lieu à[ttš] par assimilation croisée avec un /t/ qui le suit dans
le mot (ex. [iγiř] « bras » [tiγittš] « petit bras », [tiγaddžin] « petits bras ») ; /e/ représente une
voyelle réduite dite « schwa » ; les variantes spirantes (i.e. apico-dentales) de /d/, /!d/ ou /t/ ne
sont pas distinguée en notation.
D’après notre constat personnel, les pronoms objets indirects ainsi que le pronoms objet
directe 1er singulier ont deux variantes contextuelles à distribution complémentaire dans cette
variante du Tarifiyt : une commençant par la voyelle /a/ (/=aZ/ ; Z, une variable) dans le
contexte poste verbal, et l’autre commençant par la consonne /d/ (/=daZ/) dans le contexte
préverbal (contexte de montée des clitiques).
Voir Elmedlaoui (1988) b, (1993 : 45 et note 29) et (1991) à propos de la phonologie du segment /ř / (< */l/) du Tarifiyt de Nador. Pour la caractérisation phonétique de ce [ř],
v. Chami (1979) et surtout Hamdaoui (1985 : 186).
(i) constituer chaque voyelle pleine (a, u, i) en un noyau de syllabe, (ii) il ne peut pas y avoir
de hiatus (i.e pas de deux noyaux en adjacence, ce qui implique que chaque noyau est précédé
d’une attaque, obligatoire sauf au début du domaine de syllabation), (iii) de droite à gauche,
grouper en une syllabe toute suite de deux consonnes ou semi-consonnes non encore syllabées et
insérer un schwa entre les deux segments ainsi groupés, (iv) doter les syllabes à voyelle pleine
d’une coda simple en leur rattachant toute consonne ou semi-consonne éventuelle non encore
rattachée par le mécanisme de syllabation ; (v) certaines consonnes (toutes étant obstruantes
coronales appartenant à des classes déterminées de morphèmes) sont marquées dans le lexique
comme extraprosodiques en cela qu’elles ne sont pas rattachables à la structure syllabique dans
le cycle de syllabation primaire (mot et groupe clitique).
Pour les particularités de ces géminées en Tachelhiyt, v. Elmedlaoui 1985, 1988a, D & E
1997a, 1997b.
I. Introduction
1 Cet article se propose d’examiner un certain nombre de questions préliminaires relatives au mètre et à la versification en Tarifiyt, une des trois grandes
variantes du berbère au Maroc (de plus en plus dit amazighe au Maroc). Parmi
les descriptions phonologiques portant sur des parlers particuliers de cette
variante, on peut citer notamment Chami 1979, Chtatou 1982, Hamdaoui
1985, Tangi 1991. Dans une perspective contrastive, qui conçoit la notion de
« variation » linguistique et dialectale comme une notion qui renvoie à la
distribution des dispositions linguistiques particulières vis à vis d’un nombre
fini de paramètres linguistiques à l’intérieur d’une communauté sociolinguistique donnée, lesdites questions portant sur le Tarifiyt ont été inspirées par une
batterie de questions analogues, qui avaient déjà été examinées dans le cadre
des recherches menées ces dernières années et qui portent sur le modèle
métrique du Tachelhiyt, le modèle le mieux étudié jusqu’ici parmi les modèles
métriques berbères. Il s’agit notamment des questions suivantes :
Quelles sont les entités prosodiques terminales ultimes (syllabes ou mores)
dont le calcul établit les unités métriques majeures (hémistiche, vers,
strophe) de la versification en Tarifiyt ?
Quel est le statut du schwa – phonologiquement gouverné et phonétiquement bien perceptible en Tarifiyt – dans la constitution de ces entités
prosodiques ultimes ?
Quelle est la valeur des consonnes géminées dans la constitution de ces
mêmes entités prosodiques ultimes ?
Quel est le domaine de syllabation (mot, hémistiche, vers) à l’intérieur
duquel les contraintes et mécanismes qui construisent ces mêmes entités
prosodiques ultimes sont observées et appliqués ?
4 Ces questions seront traitées pour le Tarifiyt sur la base de l’analyse d’un
ensemble de matériel versifié dont le noyau dur est une chanson rifaine
traditionnelle de 38 vers, /mwami leεziz inu « Chéri, mon cher ! » [2], dont nous
disposons d’un enregistrement sonore [3].
5 En plus de l’apport descriptif en soi de ce travail, le caractère contrastif de
l’approche ici adoptée, propose en même temps ladite batterie de questions
comme un programme de départ pour les études détaillées à venir qui ont pour
objet la métrique des autres traditions poétiques et de chant berbères. Le
travail est structuré de la manière suivante : la section II, qui suit, fournit les
concepts généraux nécessaires à la formulation des questions de détail en se
basant notamment sur les progrès réalisés dans le domaine de la recherche sur
la versification chleuhe. Les sous sections III.1 à III.4 exposent et établissent les
données du Tarifiyt. Enfin, la sous section III.5 analyse les données du Tarifiyt
par rapport aux questions (1) ci-dessus, et ce dans une perspective contrastive
toujours par rapport aux faits du Tachelhiyt.
II. Généralités à propos de l’approche
6 Dire d’un genre de discours dans une langue donnée qu’il est métrique,
revient, en somme, à supposer que, de par les structures des éléments prosodiques des textes de ce genre, notamment ses accents, s’il y en a, ses mores et ses
syllabes, ainsi que leurs groupements en unités prosodiques supérieures, le genre
en question présente certaines régularités formelles de telle façon, par exemple,
que :
7 (2) lesdits éléments prosodiques y donnent lieu à des régularités de construction et/ou à des périodicités directement ou indirectement observables. C’est
le cas, par exemple, du nombre de syllabes, qui reste 12, d’une ligne à l’autre
dans chacun des exemples de (7) a-d ci-dessous, tirés du Tachlhiyt. C’est le cas
aussi de la périodicité des tranches A et C des suites L/H dans (7) d et (7) e
respectivement, ou de l’alternance des tranches A et B des suites L/H dans (7) e
(cf. D & E 2006 à propos du critère de la périodicité). Ou de telle façon encore
que :
8 (3) le groupement des éléments prosodiques minimaux terminaux (mores
et syllabes) en unités supérieurs (pieds, dipodes, vers) obéit dans le genre en
question à des conditions contraignantes et limitées, de bonne formation,
découvrables par analyse et énonçables de façon formelle. Ou de telles sorte
enfin que :
9 (4) les deux propriétés précédentes (2) et (3) ci-dessus soient toutes les deux
valables, la première, là où il y en a, n’étant qu’une manifestation particulière
et épi-phénoménale de la seconde.
10 D’autres régularités, d’un autre type, sont envisageables comme procédés
et propriétés métriques, telles que l’assonance, la rime et d’autres éléments
de démarcation, qui permettent de saisir des cyclicités plus larges de type
« hémistiche », « vers », et « strophe ».
11 Depuis le travail de Jouad (1983), il a été observé par exemple, en ce qui
concerne le type de propriétés (2)- (4) ci-dessus, que, dans un morceau métrique
du Tachelhiyt (cf. Idem 1995, Bounfour 1984, 1999 ; D & E 1997, 2002 et à
paraître) et de certains parlers du Tamazight (Moyen Atlas), les régularités
directement observables consistent, entre autres choses, en ce que résument les
généralisations de (5), deux généralisation que nous désignerons dans la suite
de la discussion par le syntagme « patron métrique » (PM), ce que Jouad 1995
appelle « formule matricielle » ou « formule étalon ».
Isométrie : tous les vers ont le même nombre de syllabes [4],
Équipartition morique : la distribution des syllabes légères (L, d’après
l’anglais « Light ») à une seule more, et des syllabes lourdes (H, d’après
l’anglais « Heavy ») à deux mores, reste la même à travers les vers du
poème considéré (Jouad 1995 : 44-45).
14 Avant de donner des exemples concrets (v. (7) infra) pour illustrer les deux
généralisations de (5), relatives aux PMs en Tachelhiyt, ainsi que les phénomènes évoqués en (2), un bref rappel s’impose des principes qui régissent la
syllabation dans cette variété de langue, d’où les exemples qui suivent dans ce
préliminaire sont tirés, et ce afin d’expliquer au lecteur qu’est ce qui fait qu’une
suite donnée (ex. t-lkm-tnt « elle les a rejointes ») des segments des mots d’un
vers dans cette langue soit déoupée en syllabes, d’une façon (.tl.km.tnt.) et pas
autrement (*.t.lk.mt.nt. par exemple) [5].
15 (6) Syllabation et poids métrique en Tachelhiyt
Le domaine de syllabation par défaut est l’étendue du vers au moins[6] ; ce qui
veut dire, entre autres choses, que le groupement des segments en syllabes
ne tient pas compte des limites de mots à l’intérieur de ce domaine.
Une syllabe contient nécessairement un noyau, vocalique ou consonantique, selon une hiérarchie d’aptitude et de priorité des segments du
tachelhiyt à former un noyau de syllabe, basées sur un découpage maximalement détaillé de l’échelle naturelle de sonorité des segments des
langues naturelles [7].
Les conditions d-h qui suivent étant prises en compte, tout segment
phonétiquement réalisé du matériel morphosyntaxique ou d’insertion est
susceptible en principe de constituer un noyau de syllabe.
Sauf au début du vert, une syllabe est forcément dotée d’une attaque, de
sorte que deux noyaux de syllabe ne se trouvent jamais en contiguïté
(i.e. interdiction d’hiatus) à l’intérieur du domaine de syllabation.
Une fois les noyaux repérés selon la hiérarchie et dotés chacun d’une
attaque, qui ne dépasse jamais un segment (i.e. pas d’attaque complexe),
les segments non encore intégrées par le mécanisme de syllabation, ni
comme noyaux ni comme attaques, sont rattachés, chacun en coda à la
syllabe qui le précède.
Sauf dans le cas où elle consiste en une géminée, la coda ne peut jamais
non plus dépasser un seul segment (i.e. pas de coda complexe).
Selon le principe d’exhaustivité de syllabation (i.e. pas d’extrasyllabicité),
tout segment phonétiquement réalisé du matériel morphosyntaxique ou
d’insertion phonologique doit appartenir à une position dans une syllabe
(noyau, attaque ou coda).
De quel degré de substantialité qu’il soit phonétiquement, dans la diction
de parole ordinaire ou dans celle des paroles versifiées et chantées, un
vocoïde [α] (α de qualité et de timbre variables) qui ne correspond à aucun
des trois phonèmes /a/, /u/ /i/ du lexique ou d’insertion, et qui est toujours
déterminé, pour ce qui est de sa distribution et/ou de sa qualité plus ou
moins perceptible ainsi que de son timbre, par la transition articulatoire
entre consonnes contiguës (v. D & E 1996a, 1996b) et/ou par la nature et le
tempo de la diction, est un élément très tardif qui ne compte jamais comme
composant structural de la syllabe.
i) Une syllabe est dite lourde (désignée ci-après par la lettre H) lorsque cette
syllabe est fermée par une coda ; elle est dite légère (et désignée ci-après par
L) autrement, i.e. lorsqu’elle est ouverte, sans coda.
Lorsque la coda d’une syllabe, Sn, consiste en la seule première moitié
d’une géminée, alors que l’autre moitié de cette géminée sert d’attaque à
la syllabe suivante, Sn+1, le poids de Sn est ambivalent : elle peut compter
aussi bien pour H que pour L, selon ce que requiert sa position à
l’intérieur du PM (patron métrique) abstrait du poème (v. D & E 1997 : 17).
17 Voici maintenant des exemples d’illustration, tirés du Tachelhiyt et donnés,
chacun suivi de sa scansion métrique. Dans toutes les tables de scansions de ce
travail, une géminée dont la première partie vient après un noyaux de syllabe
consistant soit en une voyelle pleine (i. e. qui ne soit pas un schwa, pour le cas
du Tarifiyt) soit en une consonne syllabique, et dont la deuxième partie sert
d’attaque à la syllabe suivante, n’est représentée pour sa première partie que
par le tiret « - » comme signe de liaison. Ainsi les suites tachlehiyt /t-nna/ « elle
a dit » et /ta-nna/ « celle qui » seront syllabées comme (.tn.na.) et (.ta-.na.)
respectivement, alors que le tarifityt /t-nna/ « elle a dit » où le noyau de syllabe
est un schwa, se verra syllabé comme (ten.na) et pas comme (te-.na).
42 Les PMs des exemples (7) a-d se distinguent du PM de (7) e, entres autres
choses, par le nombre de syllabes. Les premiers sont des PMs dodéca-syllabiques (i.e. à 12 syllabes), alors que le dernier est un décasyllabique (i.e. à 10
syllabes). D’autres part, les quatre dodéca-syllabiques de (7) a-d ont, chacun,
une distribution particulière de la quantité syllabique en termes de « L » et
de « H ». Ainsi, si l’on ne retient comme repère et critère de définition d’un
PM que les numéros des syllabes qui sont de type H, cette distribution est de
1,8,10 pour (7) a, de 3,10,12 pour (7) b, de 3,7 pour (7) c et de 3,6,9,12 pour
(7) d. Parmi plus d’une centaine de PM recensés par D & E (en préparation),
11 sont des dodécasyllabiques, qui ne se distinguent que par la distribution
des syllabes ‘H’ ; la liste en a été donnée dans l’exemplier distribué par D & E
2006.
43 Ne s’agissant que des deux critères de (5) a-b (i.e. le nombre de syllabes et la
distribution des H) comme base de catégorisation des PMs, plus d’une centaine
de PMs ont déjà été recensés dans D & E (en préparation) en Tachelhiyt pour la
seule poésie traditionnelle des « rways » et des « ahwash » [8]. Étant donné un tel
nombre de PMs, nombre non exhaustif en plus, la grande question qui se pose
actuellement à la recherche (v. D & E en préparation) est la suivante :
44 (8) Comment le mètre du Tachelhiyt est-il encodé dans la compétence ?
S’agit-il d’un répertoire fermé de PMs abstraits que les usagers intériorisent par mémorisation comme ils mémorisent les listes des items lexicaux de la langue ?
ou bien s’agit-il d’une syntaxe métrique et/ou d’un système de contraintes d’association paroles-rythmes, qui font partie de la compétence
cognitive des usagers, et qui permettent à ceux-ci de distinguer, en
production et en perception, ce qui est métriquement bien formé de ce
qui ne l’est pas ?
46 La prédiction capitale du cas de figure hypothétique (8)-ii ci-dessus, est
qu’en théorie, la liste potentielle des suites conformes au mètre est ouverte
comme l’est celle des phrases concrètes conformes à la morphosyntaxe dans
une langue naturelle donnée, et que le fait qu’on ne trouve qu’une partie de ces
suites dans l’usage effectif, sous forme de PMs, recensés formellement ou pas
encore, et/ou le fait que quelques uns de ces PMs en usage effectif soient plus
fréquents et « populaires » que d’autres, ne seraient, du point de vue métrique
formel, que des faits épiphénoménaux relevant du conjoncturel, dus aux aléas
de la collecte empirique et à la sociologie des « succès » de certaines pièces
(i.e. l’impacte de certaines pièces « réussies » à cause de facteurs « métamétriques » et/ou « métapoétiques »), plutôt qu’une chose déterminée par les
potentialités génératrices de la grammaire métrique qui fait partie de la
compétence cognitive des usagers.
47 Comme indice, « de surface » au moins, de ce que seraient les éléments d’une
telle syntaxe du mètre ou d’un tel système de contraintes du cas de figure
hypothétique de (8)-ii ci-dessus, Jouad (1995 : 333) a, par exemple, fait une
remarque de type observationnel important. C’est la suivante :
48 (9) Parmi la quarantaine de PMs exploitées par Jouad, il n’y en a pas un PM
où l’on trouve une suite de deux syllabes lourdes en adjacence (c’est-à-dire :
*HH).
49 En fait, si l’on prend les PMs pour de simples combinaisons linéaires des
éléments L et H, portés, pour chaque PM particulier à un nombre donné, et
dans un ordre ouvert d’alternance, l’arithmétique de la combinatoire génératrice de ce modèle serait d’une énorme richesse quant au nombre de PMs
qu’elle peut générer. Au lieu donc que l’absence observée de toute suite HH
reste un simple constat fortuit et se trouve par conséquent tout simplement
stipulée comme telle dans l’analyse, cette absence doit être prise comme un
indice négatif révélateur de l’existence de quelque chose comme (10) qui le
détermine :
50 (10) Hypothèses sur la nature de ce qui définit les PMs possibles en tachelhiyt :
Ou bien, une syntaxe du mètre, qui génère les suites bien formées d’éléments L et H ainsi que des éventuels multiples structuraux de ces éléments
(pieds, dipodes, etc.),
Ou bien, un système de contraintes d’association entre rythme musical et
paroles, en supposant qu’à un certain niveau de leur genèse et de leur
perception, les paroles dites métriques sont toujours associées à un
rythme musical défini en termes de cyclicité des différents degrés de
temps forts,
Ou bien que les possibilités théoriques, a et b ci-dessus sont toutes les deux
à l’œuvre comme types de mécanisme, qui déterminent les PMs en
particulier et la métrique en général en Tachelhiyt.
III. Analyse métrique d’un poème rifain chanté
52 C’est dans une perspective contrastive, conçue à la lumière des questions des
deux sections préliminaires précédentes, que nous comptons formuler et
aborder un ensemble de questions que la métrique du Tarifiyt nous semble
devoir poser [9]. Il s’agit des questions suivantes (cf. (1) et (5)) :
Y a t-il, ou non, une isométrie (au sens de (5)-a supra) en versification
rifaine ? Et si c’est Oui,
Y a t-il une équipartition morique (au sens de (5)-b supra) ?
Quel est le statut syllabique et métrique du schwa (cf. (6)-h supra) ?
Quel est le domaine de syllabation en versification ?
55 Nous allons aborder les questions de (11) en examinant un ensemble de
matériel métrique du Tarifiyt, à commencer par la chanson mwami leεziz inu
(v. note 2 supra). Présentée par Azzouzi et El Ouali (A&E dorénavant) dans un
colloque tenu à Rabat les 23-25 octobre 2003 (v. (2004) ), cette
chanson a fait l’objet de deux transcriptions, distribuées lors de ce colloque par
les deux auteurs sous forme d’exemplier, et faites l’une et l’autre, à partir d’un
enregistrement d’une qualité imparfaite dont nous disposons. Il s’agit d’une
notation en graphie latine et d’une autre en graphie arabe. Seule la dernière
figure dans les actes du colloque puisque le texte de l’intervention fut rédigé et
présenté en arabe (v. Ibid.).
56 Nous donnons en (III.1) la notation en graphie latine des auteurs, doublée
de la notre. Pour chacun des numéros 1 à 35 de III.1, nous donnons, en
première ligne, la transcription latine des auteurs telle qu’elle figure sur
l’exemplier distribué ; dans la deuxième ligne, nous donnons notre propre
transcription basée sur notre propre écoute du document sonore (v. note 2
supra). Sauf dans des cas où une transcription phonétique étroite est donné
entre crochets sous la tranche correspondante de la ligne, notre propre
transcription ne note pas le schwa quels que soit le degré et le timbre de sa
manifestation. Dans certains cas, où cela s’avère pertinent pour la comparaison, le mot correspondant dans la notation arabe distribuée, est donné dans la
même ligne où son correspondant est souligné. La raison à cette transcription
multiple est en rapport avec une question méthodologique, jamais sérieusement soulevée ; celle de la notation métrique (opposée à la notation purement
morpho-syntaxique et/ou orthographique) qui établit la variante métrique du
texte en tenant compte des assimilations et contractions phonologiquement
optionnelles ainsi que des éléments purement phatiques mais effectivement
réalisés (ex. les éléments noté en majuscule dans le texte III.1 ci-dessous).
L’établissement de cette variante du texte est une condition sine qua non de
toute discussion métrique à propos d’un corpus versifié. C’est l’objet de la
section III.2.
Tout matériel mis entre parenthèses dans la première ligne d’un numéro
de III.1 (par ex. « (wa) » dans la première ligne du numéro « 1 ») est un
matériel qui, d’après notre écoute, existe sur le document sonore, mais
dont la notation latine de l’exemplier ne fait pas état. Toujours dans la
première ligne, un élément de notation entre deux blancs, qui est marqué
d’un astérisque, est un matériel qui ne correspond pas exactement à ce
que présente le document sonore (par ex. *zeg dans la première ligne du
numéro « 6 ») ;
par contre, tout matériel noté dans la première ligne, mais qui n’a pas de
base dans le document sonore selon notre écoute, est mis entre chevrons
(par ex. « <i> » dans le deuxième mot graphique de la première ligne du
numéro « 3 »).
Pour ce qui est de la deuxième ligne de chaque numéro (i.e. celle de notre
propre notation), tout matériel mis entre crochet sous un mot ou un
groupe de mots qui lui correspondent, représente la prononciation
chantée effective du matériel en question, pour ce qui est de la syllabation
et du timbre vocalique (par exemple, [yemřaš] sous le mot y-mřš dans le
numéro 1).
III.2 L’établissement du texte à partir d’un document sonore
59 Les deux transcriptions données par A & E à partir du même document
sonore divergent parfois de façon fort cruciale pour l’analyse métrique. En
fait, comme cela arrive souvent lorsque c’est quelqu’un qui maîtrise la langue,
qui fait la transcription des paroles à partir d’un document sonore, l’écoutant
transcrivant s’approprie d’emblée le contenu global de ce qu’il entend coup par
coup à partir du document sonore ; et du moment où il écoute une tranche
(parfois un syntagme, parfois une phrase parfois un vers, selon les cas) et arrête
le déroulement du document sonore, jusqu’au moment où il finit de transcrire
ladite tranche écoutée, il se passe parfois des opération de « retouches » morphosyntaxiques inconscientes, dues aux particularités dialectales et/ou aux
dispositions mentales et de performance du sujet qui écoute et transcrit. Dans
la mesure où le sujet qui fait la transcription d’un texte versifié a un sens
métrique du vers, et qu’il ne concentre pas son attention uniquement sur le
contenu sémantique à cause de certaines attitudes conceptuelles de l’approche
littéraire qu’il adopte, ces retouches n’affectent pas le mètre, même si le
transcripteur trahit la substance sonore soit par synonymie ou variation dialectale ou libre, soit par paraphrase inconsciente. Nous allons d’abord donner
un spécimen de ce type d’écart dans la transcription du poème à l’étude, celui
qui n’affecte pas les éléments du mètre, et ce afin de pouvoir par la suite en tirer
argument d’interprétation en ce qui concerne les questions posées dans (11).
60 Parmi les manifestations de ces « retouches » inconscientes en transcription, dues aux particularités dialectales, on peut citer, à titre d’exemple,
pour ce qui est de la notation de A & E, l’inconsistance à travers leurs deux
transcriptions, de la notation du suffixe verbal, indice personnel, 1e sg. Sur
les treize occurrences de ce morphème dans le poème, la notation arabe note
six sous forme de l’uvulaire sourde /-x/ et le reste sous forme de la variante
voisée /-γ/, qui est la variante des Iqelεiyen notamment (région de Nador),
alors que la notation latine note systématiquement ce morphème sous forme
/-γ/, variante caractéristique notamment des Bni Touzine. Il y a également le
traitement phonétique du segment */l/ des emprunts à l’arabe notamment.
En principe, plus l’emprunt est ancien, ce segment s’intègre au berbère dans
beaucoup de parlers rifains, celui du Nador notamment, sous forme de /ř/ [13].
Ainsi, dans la ligne 28 du poème par exemple, la notation arabe commence
le premier mot ( [raħruf] « les lettres de l’alphabet ») par le graphème
arabe pour /r/, là où la notation latine note /l/ (/lħuruf/). Le dernier mot de
la ligne 31 est noté sous forme de / ([llsas]) dans la notation arabe,
alors que la notation latine donne la variante [ddsas] (« fondations »). Signalons enfin que d’après la distribution que la notation en graphie arabe fait
du diacritique dit « šidda » qui marque la gémination du graphème la portant, cette notation reflète, par cette distribution, une dégémination (réduction d’une géminée en une simple) systématique de fin de mot, qui
caractérise la variante Tarifit des Iqelεiyen notamment (v. Elmedlaoui
1993 : 158-159), un phénomène que la notation en graphie latine ne reflète
pas puisqu’elle note la gémination même en fin de mot (par ex. /uness/ « et
demi » à la fin de la 1re ligne du numéro 7 et /lħubb/ dans le numéro 13 du
texte III.1.
61 Parmi les manifestation des « retouches » inconscientes en transcription
qui sont dues non pas aux filtres des particularités dialectales mais plutôt
aux dispositions mentales de celui qui écoute et note ainsi qu’à l’état de sa
performance, nous soulignons surtout un exemple saillant parmi tant d’autres sur lesquels nous reviendrons en partie par la suite par ce que révélateurs de la nature des entités métriques du Tarifit. Il s’agit du premier
syntagme nominal du numéro 28 de la chanson (III.1). Dans la transcription
latine de l’exemplier d’A & E, ce syntagme est rendu par /l-ħuruf n=t-bra-t/
[el. ħu.ru.fen.teb.rat.] (« les lettres d’un message ») alors que la transcription
en graphie arabe donne /r-ħruf n=t-bra-t-in/ [reħ.ru.fen.teb.ra.tin.] (« les
lettres des messages »). Les manipulations morphologiques et de variation
libre par rapport au document sonore, qu’a opérées la notation arabe pour
ce syntagme nominal ne changent en rien la structure syllabique : dans les
deux cas, il s’agit de 6 syllabes, LL LL LH, et ce type de faits est très
significatif pour les questions de l’existence ou non de l’isométrie et de
l’équipartition morique dans le mètre rifain.
62 Il y a également tout les vocatifs sémantiquement nuls, ou bouche-trous
métriques (/a/, /wa/, /ya/), qui sont fréquents surtout aux débuts de vers ou
d’hémistiches et que notre propre notation a tenu à distinguer en caractères
majuscules pour attirer l’attention (i) sur leur caractère crucial pour le mètre
en tant que matière sonore (le plus souvent une syllabe) qui contribue à la
structure du PM et (ii) sur le fait que, n’ayant pas de contenu sémantique,
ils sont souvent omis des transcriptions des textes, ce qui pose, par la suite,
d’énormes problèmes à quiconque se sert de ces textes ainsi transcrits, pour
l’analyse métrique. Ainsi ces éléments purement phatiques, ne sont notés
dans les deux transcriptions d’A & E que très rarement, comme l’indique
notre rajout de ces éléments entre parenthèses (pour le rôle des ces éléments
bouche-trous dans la versification du Tamazight du Moyen Atlas, v. Peyron
2006 : 19-21).
III.3 Scansion et rythme de la chanson
63 Contrairement à la notation d’A & E, donnée à la première ligne de chaque
numéro de III.1., notre propre transcription, donnée à la deuxième ligne, est
une représentation phonologique sous-jacente. Elle ne note donc pas l’entité
phonétique, schwa, que nous représentons dans cet article par « e » et dont la
place est prédictible en rifain par un mécanisme formel de syllabation d’après
l’étude consacrée au parler des At Sidar dans Dell & Tangi (D & T dorénavant)
1992 : 129-130. En plus du fait qu’elle correspond aux données phonétiques du
document sonore, la distribution des schwas dans la scansion III.4 ci-après, qui
scande les lignes de notre propre notation (i.e. les deuxièmes lignes des numéros 1-36 III.1.), est aussi en accord avec le mécanisme de syllabation proposé
par D & T (Ibid.). Cette distribution de schwas ne diffère d’ailleurs de celle de la
notation d’A & E que dans des endroits bien précis : la notation d’A & E distribue les schwas en syllabant les mots, chacun considéré dans son état
d’isolation (par ex. le mot « yeqqimen » dans la ligne numéro 2 du texte de la
chanson), c’est à dire en ignorant la resyllabation qu’entraîne l’affixation et la
cliticization (v. D & T Ibid. p. 135), alors que ce qui compte pour le calcul
métrique de la versification est la syllabation définitive du domaine de syllabation le plus large (cf. (1)-iv supra).
64 Dans la scansion qui suit en III.4, nous disposons les syllabes de chaque
deuxième ligne des numéros 1-36 du texte donné en III.1 en deux parties de
nombre égale de syllabes, mises sur deux lignes : une ligne pour les syllabes S1-
S6, suivie d’une autre ligne pour les syllabes S7-S12. Dans cette scansion,
chaque paire de numéros (1-2, 3-4, etc.) constitue les paroles du cycle musical
(CM) de l’air, qui se répète le long de la chanson. D’après les deux fonctions
musicales usuelles des airs populaires, « Appel » (Ap), et « Réponse » (Rép), les
quatre lignes de chaque paire de numéro dans III.4 sont associées à la structure
multiplanique suivante :
(13) Le cycle musical encadrant les syllabes (4-fois 2-mesures de 4/8)
{[APPEL* Réponse]Ap**[Appel*REPONSE**]Rép }CM... Air 6S 6S 6S 6S........... Syllabes
65 Du point de vue du rythme de l’air de la chanson, chaque ligne de 6 syllabes
est portée par deux mesures de quatre croche (4/8), la première commençant
par un contre temps de la valeur d’une noire pointée (N.) mise à la charge de la
dernière syllabe de la ligne précédente (v. la grille rythmique à la tête de la
table III.4 infra). Les grands « X » de la grille rythmique en tête de la table de
scansion III.4 indiquent les temps super forts du rythme, alors que les petits
« x » du rang inférieur indiquent les petit temps forts fractionnaires des deux
temps « X ». Dans la troisième ligne de cette grille, les valeurs rythmiques de
l’air de la chanson sont indiquées par les notes, [C] pour une croche, et [N.]
pour une noire pointée. Pour chaque paire des numéros 1-36 de III.4, la
syllabe S6 de la première ligne est systématiquement allongée dans le chant
pour couvrir la totalité de la valeur temporelle de la noire pointée « N. » qui la
domine, alors que la syllabe S12 correspondante est alternativement suivie
d’un silence d’une noire, pour les numéros impairs, et allongée pour les
numéros pairs, et ce pour la valeur d’une noire pointée.
66 Voici maintenant la scansion de notre propre notation du texte du document
sonore, donnée dans les deuxièmes lignes des numéros 1-36 de III.1
III.4 Scansion de lignes 1-36 de (III.1)
67 Mesure : 4/8 (2 par ligne commençant par un contre temps de N.)
X
X
.
x
x
x
x
.
C
C
C
C
C
N.
.
S1
S2
S3
S4
S5
S6
.
S7
S8
S9
S10
S11
S12
1
ma
mi
leε
zi
zi
nu
.
wa-
na
na
yi
yem
řeš raš
2
wat
say
nu-
da
ti
nu
.
γa
yeq
qim
na
teh
řeš raš
3
yen
nay
mu
tem
ři
šed šid
.
a-
lu
ke
sa
wa :
γ-i γǽy
4
at
εa
yan
xa
ri
da
.
ma
ni
day
γa
ya
wi
5
ab
rid
net
tu
mu
bi<n
.
a
řeε
win
da
sem
mad
6
aw
ša
yi
da
des
wex wax
.
su
fu
sen
ša
zeř
mad
7
wa
new
wi
εa
ma
yen yin
.
wa
new
wi
εa
mu
ness
8
mu
nex
ki
si
žn
ha<r
.
ay
sum
yew
da
xi
γess
9
ma
mi
leε
zi
zi
nu
.
ma
mi
bu
řem
ħa
yen
10
yen
na
yiř
ba
ři
nu
.
šek
ki
day
γa
yen
γen
11
a-
we
tan
za
ra-
wet
.
ħu
mad
yeš
ša
rež
žub
12
ya
teř
qa
ħa
ri
da
.
ħu
mad
yen
ža
ħel
ħub
13
wal
εa
daw
ma
řež
wa<d
.
l
ħubb
may
ni
xed
dem
14
way
ħek
kem
řa
net
ta ∼
.
∼a
meš
na
wel
mex
zen
15
wa
ya
la-
la
yem
ma
.
wa-
šix
ta
geř
šem
mun
16
nešš
yeš
šin
bu
na :
žu<f
.
a
deg
gux
ři
ži
mun
17
maε
lik
da
yi
ten
nid
.
beε baε
εe
day
ri
beεε baεε
dex dax
18
may
mi
da
yi
tež
ži<d
.
aw
mi
kid
en
nu
mex
19
yaw
ju
reš
wa
yeš
way<t
.
am
wa
man
di
ta
řa
20
wa-
qa
yam
ša
ni
nu
.
ma
ni
gi
xa
ri
da
21
yen
nay
may
mi
teq
did<...
.
d>dew
re
da
mu
fi
řu
22
waε
la
si-
ba
ten
neš
.
ma
mi
leε
zi
zi
nu
23
mu
šew
wa
fa
zi
ra :
.
wa :
xa
fit
ba
si
la :
24
qa
šem
tet
ta
reb
ted tad
.
zi-
li
fin
ma
mez
wa :
25
wal
ki
ya
xel
ki
ya
.
wal
ki
yay
nu
teγ
za :
26
wal
ki
ya-
gu
řa
wen
.
ža
ray
du
da
ni
nu
27
ya-
zu-
džex
wa
rew
wi<x
.
a
ten
ni
wa :
yeγ
rin
28
al
ħu
ru
fen
teb
rat
.
wa :
tes
sin
ma
yen
din
29
γa :
kay
des
sa
wa
re<x
.
ay
wen
da
yi
feh
men
30
way
wen
day
γa
yew
yen
.
řeε
ma :
deg
gu
ma
yen
31
ab
rid
net
tu
mu
bi<n
.
a-
di
neγ
ze
xedd
sas
32
di
neb
ni
xeř
fu
qi
.
bu
na :
žuf
da
εes
sas
32’
a
ti
ni
nen
na-
du :
.
ha
ges
bu
li
si
ya
32’’
ma
mi
leε
zi
zi
nuš
.
ħa
yek
sin
ta
ma
ra
33
wa
deqq
nex
ti-
ta
wi<n
.
a
dew
dix
deg
ga
nu
34
yaw
mi
qaħ
ta
ri
yad
.
di
bu
na :
žu
fi
nu
34’
ma
mi
leε
zi
zi
nu
.
ma
mi mey
bu
řem
ħa
yen
34’’
yen
na
yiř
ba
ři
nu
.
šek
ki
day
γa
yen
γen
35
ya :
wa
ħa-
nem
εa
had
.
wa :
kim
tem
εi
hi
dex
36
ma
mi
Šem<t
>ta
mez
Yan<t>
.
wa
zay
mes
ti
mi
nex
III.5 Commentaire sur la scansion du texte
III.5.1 L’entité « vers » dans la chanson à l’étude
68 Comme il a été signalé plus haut, chaque paire de numéros (1-2, 3-4, etc.) de
la table de scansion (III.4) ainsi que de ce qui lui correspond dans le texte
(III.1), constitue les paroles qu’encadre le cycle musical (CM) de l’air qui se
répète le long de la chanson et dont la structure est schématisée sous forme de
(13). Comme le montre (13), ce cycle est organisé en une alternance de phrases
« Appel » et phrases « Réponse’, de six syllabes la phrase. Au niveau des
syllabes, ces phrases sont ponctuées de césures bien marquées, que (13)
représente par des astérisques simples /*/ ou doubles /**/. Les simples, qui
suivent la syllabe S6 de chaque numéro de III.4, sont réalisées systématiquement sous forme d’un allongement de cette syllabe et correspondent systématiquement à la fin de composants syntaxiques majeurs (Phrase, SN ou SV).
L’enjambement morphosyntaxique apparent auquel cette césure par allongement donne parfois lieu ne concerne que la dernière consonne de S6 (toujours
consonne finale d’un mot), qui peut servir d’attaque à S7 lorsque celle-ci s’en
trouve dépourvue. Dans ce cas la consonne en question est marquée d’un
chevron ouvrant (<C) en fin de ligne. Les doubles astérisques de (13) ainsi que
de (14) ci-dessous, qui correspondent à l’après S12 de chaque numéro de III.4,
représentent alternativement, un silence, pour les numéros impairs, et un
allongement de S12, pour les numéros pairs. Sur le plan syntaxiques des
paroles, ils correspondent systématiquement à la fin d’une proposition.
69 Sur la base de ces seuls faits, à savoir (i) l’existence régulière des /*/ et des
pauses /**/ et (ii) le fait que ces dernières correspondent systématiquement à
des fins de propositions alors que les pauses /*/ peuvent correspondre à des
composants syntaxiques de degré inférieur (13 fois S-N et 1 fois un S-Prép.
sur les 36 cas offerts par le texte), autorise déjà, en attendant d’autres arguments formels, à dire que le texte poétique est organisé en une suite de
distriques (izřan ; pl. dr izři) de vers dodécasyllabiques (i.e. 12 syllabes) à
deux hémistiches (Hém) sous la forme suivante en (14), qu’on appelle řmizan
! anεaši « le mètre à douze » ou řmizan n-buya « le mètre de ‘‘buya’’ » selon la
préface de Bouziani pour Almoussaoui (2002 ).
70 (14) L’unité métrique (izři) de la chanson à l’étude :
- ---------- A---------- *
- - - - - - - - - - - B - - - - - - - - - **
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Hém-1 *
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - Hém-2 **
S1 - - - - - - - - - - - - - - - - - - -S6 *
S7 - - - - - - - - - - - - - - - - - S12 **
71 La structure métrique (14) peut avoir une variante acéphale, c’est-à-dire
dépourvue de S1 de Hém-1 (v. ‘Ø » dans les scansions des exemples des
notes 15 et 17). Il reste à explorer d’autres données pour voir si Hém-2 peut
également avoir une variante acéphale, et dans quelles conditions. Ce n’est, en
fait, qu’en explorant ce type de faits, ainsi qu’en examinant la distribution de la
rime le long des strophes, que l’on parviendra à établir définitivement l’entité
« vers » (dodéca, ou hexa ?) dans ce pan de la versification rifaine. En fait, même
les locuteurs natifs, qui examinent ou tout simplement notent les poèmes de ce
type, hésitent, d’après la disposition des paroles en lignes à l’écrit, à considérer les
éléments A et B de (14) comme des hémistiches, en mettant les paroles correspondant à toute la suite A-B sur une même ligne de transcription des paroles, ou
à considérer chaque élément, A et B, comme un vers indépendant, en mettant les
paroles qui correspondent à chacun sur une ligne, comme vers indépendant.
C’est le cas, par exemple, de Khalafi (2002) dans sa notation de la matière
poétique objet de son étude, toute versifiée selon le canon général de (14).
72 En tout cas, les structures de versification de type (14), souvent organisées en
strophes, et où les éléments A et B sont chacun un hexasyllabique pour le cas
prépondérant (on trouve des pentasyllabique ou des heptasyllabique), constituent en fait, de loin, le type de structure métrique le plus usité dans la
versification rifaine de canon ancien, génétiquement associée au chant. En
plus de toute la production du chant populaire traditionnel de type dit « ralla
buya[14] », qu’elle soit de nature profane ou d’édification religieuse [15], le spécimen le plus connu de ce patron de versification est le fameux long poème
épique, dit ’ ! ddhar ! ubarran’ (v. Chami ????, Khalafi 2002, Serhoual 2006), qui
relate les épisodes de l’une des batailles d’Abdelkerim Khattabi contre l’occupation espagnole au début des années vingt du xxe siècle [16] (voir aussi l’anthologie ms. de Bouziani ).
73 La nouvelle poésie, celle dont la genèse est l’écriture d’abord, puis vient la
déclamation solennelle éventuellement, comme chez Ahmed Ziani (1993,
1997, 2002), n’adhère pas toujours, de rigueur, à l’isométrie dans la versification. La primauté des contenus idéologiques et/ou la recherche de nouvel
« expressionnisme » imagé, de nouveaux rapports de métaphore et de métonymie, ainsi que de nouvelles dimensions intellectuelles et même cérébrales,
l’y emportent souvent sur la rigueur de la mesure métrique. Ahmed Ziani,
pour le cas du Tarifit, est sur ce point, l’équivalent de Ali Azayku pour le cas
du Tachelhiyt (v. note 7) tel que l’art de versification de celui-ci a été décrit
par exemple par Assid (1990 : 65-68). Mais, dans la mesure où l’attraction du
patron (14) ci-dessus reste toujours un modèle dans la production de Ziani,
même s’il ne s’y plie pas toujours de rigueur, on relève chez lui également la
même hésitation, dans sa disposition des paroles en lignes à l’écrit, entre la
conception dodéca-syllabique (A + B = une ligne, donc 1 vers) et une
conception hexa-syllabique (A + B = 2L, donc 2V). Ainsi, par exemple,
le poème « timddukkar » (« les amies » ; Ziani 2002 : 65) est noté selon la
conception ‘hexa’, [17] alors que c’était la conception « dodéca » qui fut systématiquement appliquée dans Ziani 1993 et 1997, comme par exemple le
poème « ža y ad řuγ » (« laisse-moi pleurer » ; Ziani 1993, p. 14-16) ou le
poème « illis n umsterdam » (Idem 1997 : 36) [18]. Par contre, Fadma El Ouariachi 1998 adopte systématiquement la conception hexa, le long de son recueil ;
par exemple, le poème « yeħdaž iš uř inu » (« mon cœur a envi de toi » ; Ibid.
p. 19) [19], où la façon dont la syllabation est faite entre S6 et S7 reflète,
d’ailleurs en fait, l’indépendance pour elle de chacun des éléments, A et B de
(14), chacun en tant que domaine fermé de syllabation (ce que représentent
les dièses « # » dans la scansion de la note 18) sachant qu’en Tarifit (cf. D & T
p. 132) comme en Tachelhiyt (cf. (6) d), il y a interdiction d’hiatus à l’intérieur
du domaine de syllabation. À ce titre, la versification d’Almoussaoui (2002
) est plus régulière et sa notation adhère à la conception dodécasyllabique du vers.
III.5.2 De la syllabation dans la chanson à l’étude
74 L’opération qui syllabe les paroles de la chanson à l’étude, et qui, pour ce qui
concerne les représentation et l’analyse, régit la distribution des segments de
ces paroles, telles qu’elles sont transcrites dans III.1, entre les cases de
la scansion de III.4, est pour le fond compatible avec le mécanisme défini
dans Dell & Tangi (1992) (v. aussi Tangi 1991) pour le parler rifain des At
Sidar [20]. On a pas besoin d’être un locuteur natif, ni même pas d’avoir une
connaissance passive de la langue, pour procéder à cette opération en appliquant ce mécanisme à une transcription adéquate des données. Les faits et
principes qui sous-tendent ce mécanisme (v. note 19), et qu’il n’y pas lieu
d’exposer ici en détail à cause du mangue d’espace, sont différents de ceux qui
sous-tendent la syllabation dans le Tachlhiyt tels que ceux-ci ont été résumés
dans (6) ci-dessus (comparer (6) à note 19). Deux de ces particularités qui
distinguent la syllabation du Tarifit méritent quand même d’être signalées : (i)
le rôle du schwa [ə] (transcrit ici sous forme de « e ») dans la syllabation et les
conditions de son apparition (v. D & T p : 130) et de sa réalisation, et (ii) ce qui
semble être un aspect d’extraprosodicité (v. Ibid. p. 134).
De la voyelle schwa
75 Comme il a été montré dans D & T, pour le parler At Sidar, tout noyau de
syllabe en rifain doit contenir un vocoïde, /a/, /u/, /i/ ou [ə], ce dernier étant
phonétiquement inséré par le mécanisme de syllabation à l’intérieur de toute
syllabe (YZ) ou Y et/ou Z sont des consonnes ou des semi-consonnes
(v. note 19). Les données de scansion de la chanson à l’étude, basées aussi
bien sur l’écoute du document sonore que sur l’hypothèse de l’existence d’une
condition d’isométrie, présentent une particularité par rapport aux généralisations de la description de D & T portant sur les conditions auxquelles schwa
est soumis dans le parler At Sidar.
76 Selon les généralisations de cette description, un schwa en une syllabe
ouverte, [.Cə.] (C, consonne ou semi-consonne), ne se présente qu’en tant
que produit de resyllabation dans un domaine plus large que le mot, immédiatement avant un clitique à initiale vocalique rattaché au mot, comme le datif
/=as/ par exemple (D & T, p. 135). Or, les données de la syllabation
métrique III.4, qui scandent la chanson III.1, présentent des schwas en syllabe
ouverte dans des conditions moins restrictives (voir les cas des numéro 3, 11,
17, 21, 31 de la scansion III.4 et vérifier le contexte morphosyntaxique dans les
numéros correspondants du texte III.1). Avec les données du texte à l’étude, le
phénomène évoque plutôt ce que D & E 2002 (p : 242-247) appellent « syllabes à
schwa final » en Arabe Marocain où, la ressyllabation des domaines plus larges
que le mot, dont le domaine du vers, ne fait pas de différence entre syllabes à
noyaux vocalique plein et syllabe à noyau en schwa dans la réaffectation d’une
coda du stade antérieur de la syllabation, celui du mot, pour qu’elle serve
d’attaque à une syllabe suivante qui en est dépourvue dans le domaine plus
large en question. Ainsi par exemple l’AM /la te- ! qteε/ « ne romps pas ! » est
syllabé sous forme de (la.teq.teε.), mais sa resyllabation dans un domaine plus
large, comme /la te- ! qteε ! rža=na/ « ne romps pas notre espoir », ressyllabe la
même suite en plaçant le vocoïde schwa dans une syllabe ouverte donnant :
(la.teq.te.εer.ža.na).
77 Pour ce qui est de la diction du chant, le timbre du schwa peut donner par
fois lieu, à de véritable [a] ou [i], en fonction de l’environnement, surtout sous
les super temps forts du rythme (ceux dominés par les grands « X » dans la
scansion III.4) où la syllabe est allongée dans le chant. Il arrive également, dans
le même contexte rythmique, qu’une syllabe /Ci/ (‘C’, consonne) se diphtongue
sous forme de [Cey], et parfois même [Cǽy]. Des exemples non exhaustifs de
cette phonétique de surface sont donnés en italique dans les cases correspondantes de la scansion III.4.
De l’extraprosodicité
78 En ce qui concerne la deuxième particularité, celle de l’extraprosodicité, les
données de syllabation métrique de la chanson à l’étude, à supposer toujours
qu’il y ait isométrie du mètre en versification rifaine, n’offrent que trois cas
apparents, dont on n’est pas sûr s’il s’agit en fait (a) d’une extraprosodicité
prévue dans la langue, (b) de simple bancalités de versification ou (c) d’un
épiphénomène émanant d’autre chose, ce que nous soupçonnons être le cas.
Signalons que nous venons de faire, au passage, une autre hypothèse qui reste à
consolider par d’autres arguments pour qu’il n’y ait pas de circularité vicieuse
dans d’argumentation par rapport à l’isométrie ; il s’agit de l’hypothèse,
implicitement ici admise, que le domaine de la syllabation métrique est le
vers en Tarifiyt, état qui prévaut également en Tachelhiyt sauf dans des cas
particulier d’enjambement syllabique à travers les vers (v. D & E à paraître).
79 Les trois cas des éléments « C » soupçonnés d’extraprosodicité à l’intérieur
du domaine de syllabation qui est supposé être le vers à deux hémistiches, sont
indiqués dans les numéros 21 et 36 de la scansion III.4 par la mise de l’élément
soupçonné d’extraprosodicité entre chevrons, sous la forme <C>. Dans le cas
(.yan.<t>.wa.) de la ligne 36, ce matériel (le suffixe nominal fs /-t/) correspond à l’une des classes de morphèmes à laquelle l’analyse de D & T (p : 136) du
parler At Sidar, dit que les morphèmes à segment extrprosodique appartiennent, à savoir la classe des morphèmes grammaticaux (suffixes et clitiques)
consistant en un seul segment non géminé. Le cas (did.<d>.dew.) de la
ligne 21 est marqué dans le chant par une pause sous forme d’un silence (#)
après la syllabe (.did.) qui termine le premier hémistiche, au lieu qu’il y ait un
allongement de celle-ci comme c’est de règle ailleurs (voir plus haut). Cet état
de chose suggère qu’il s’agirait en fait, à travers ce procédé, d’un passage, au
niveau du mètre, d’un dodécasyllabique où le domaine de syllabation est de
12 syllabes à un hexasyllabique où ce domaine est de 6 syllabes. La même chose
vaut pour le cas (.yan.<t>.wa.) de la ligne 36, qui se trouve dans le même
contexte métrique. Si cette alternance de PM s’avère autorisée de tradition
dans la versification rifaine, il n’y aura plus de question d’extramétricalité,
surtout que les deux cas d’hiatus apparents que nous avons relevé jusqu’ici se
situent dans le même contexte (i.e. après S6), et que dans le troisième cas
apparent d’extraprosodicité (šem<t>ta) du numéro 36, l’élément <t> est la
première partie d’une géminée [tt] issue de l’assimilation /dt/. Le seul cas
d’hiatus apparent que la chanson présente (il y en a deux autres apparents
dans la scansion de la note 18), le cas de la suite (net.ta.∼.a.meš.) dans la
jointure entre les deux lignes du numéro 14 de III.4, renforce lui aussi l’hypothèse de la possibilité de ladite alternance métrique de PM. Le premier des deux
/a/ qui semblent constituer un hiatus, correspond à la 6e syllabe du numéro 14,
et est donc interprétable comme la fin d’un vers hexasyllabique.
III.5.3 Patron métrique (isométrie et équipartition morique)
80 A observer la table de scansion III.4, mais aussi toutes celles qui sont
données comme exemples ponctuels à travers les notes 14-18, on est autorisé
de faire l’hypothèse que la versification rifaine de canon ancien, obéit à la
condition d’isométrie dans le sens donné à ce vocable dans (5) a, tout au début
du présent travail, à savoir que tous les vers d’une pièce versifiée consistent,
entre autres choses, sur le plan prosodique, en la périodicité de suites d’unités
d’un même nombre de syllabes. C’est sur cette hypothèse de travail que se base
la sous hypothèse d’analyse qui suppose que le matériel mis entre chevrons
dans les numéros 21 et 36 de III.4 est soit du matériel extraprosodique, soit des
aspects de bancalités métriques, soit des indices d’alternance de PM.
81 Reste la question de l’équipartition morique dans le sens que (5) b donne à ce
syntagme, à savoir la propriété, pour la distribution des syllabes légères (L) et
lourdes (H) sur le PM, de rester la même à travers les vers du poème. Comme
c’est le cas pour la syllabation, ce qui est sûr au sujet de l’équipartition morique,
c’est que les choses ne se présentent pas du tout comme dans le Tachelhiyt. Les
exemples de (7) montrent que les positions des syllabes H sur le patron
métrique, PM, sont fixes le long du poème en Tachelhiyt. A ne s’en tenir
qu’aux seuls faits directement observables à travers la scansion du poème à
l’étude donné en III.1, mais aussi à travers les scansions des exemples des
notes 14-18, à savoir la distribution des cases ombrées qui signalent les syllabes
dotées coda { (c) vc}, considérées comme de poids H, on peut faire l’assertion
préliminaire q’il n’y a pas d’équipartition morique en versification rifaine, au
moins de la même façon dont cette propriété se manifeste en Tachlhiyt et y est
observable en surface. Mais ce qui est ainsi signalé, et qui devient directement
observable sur les tables de scansion, à savoir le marquage ombré des syllabes
considérées comme des « H », on opposition au reste, considéré comme des
légères, des ‘L’, n’est en fait lui-même, en partie, que le reflet d’une interprétation qui reste à asseoir sur des arguments indépendants. Il y a par exemple
l’hypothèse encore à vérifier qu’une syllabe à schwa de type (. CeC.) compte
pour L (cf. à ce sujet Bensoukas 2003). Le seul argument, s’il en est vraiment
un, que nous avons pour le moment pour appuyer cette hypothèse est le fait que
dans le numéro 34’, la syllabe /mi/ du mot le plus répété dans la chanson /
mwami/ « chéri », tombe à deux fois sous deux formes phonétiques différentes
dans un même contexte métrique (à savoir la 2e position syllabique de l’hémistiche) et rythmique (à savoir sous le temps super fort X). Comme il vient
d’être signalé plus haut qu’il arrive, au niveau de la diction du chant, de
diphtonguer un /i/ en une semi-consonne précédée d’un schwa sous forme de
[ey], la chanteuse à choisi de faire cette diphtongaison pour la syllabe /mi/ de /
mwami/ dans le deuxième hémistiche mais pas dans le premier, ce qui implique,
puisque les contextes, métrique et rythmique, sont les mêmes, que les deux
syllabes Ci et Cey ont un même poids, celui de Ci, qui est une syllabe légère L.
82 Il semble fort bien néanmoins que la distribution du poids syllabique sur les
positions du PM n’est pas fortuite, même en Tarifit. Il est important de
remarquer ce qui suit à propos des données ici exposées de la versification
de cette langue : (i) à part les cas des syllabes de type CeCC, où CC est une
géminée et dont il reste aussi à établir le poids étant donné les particularités des
géminiées [21], toutes les syllabes de poids H se trouvent limitées aux trois
premières positions de l’hémistiche hexasyllabique ; (ii) si, contrairement au
cas du Tachlhiyt (cf. (9)), on trouve des suites de deux « H » en adjacence (il y
en a 5 dans III.4), on en trouve jamais des suites de trois.
83 Tout cela, ce sera le point de départ, avec un appui sur davantage de
données, pour (a) émettre des hypothèses sur le type d’entités prosodique
supra syllabique (pieds et dipodes) à l’oeuvre dans la versification rifaine, et (b)
voir quelle est la syntaxe qui régit la combinaison de ces entités en unités
métriques majeures, i.e. en hémistiches et en vers.
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