Article de revue

Du nouveau a propos du nom de l’aiguille

Pages 97 à 105

Citer cet article


  • Kossmann, M.
(1996). Du nouveau a propos du nom de l’aiguille. Études et Documents Berbères, 14(1), 97-105. https://doi.org/10.3917/edb.014.0097.

  • Kossmann, Maarten.
« Du nouveau a propos du nom de l’aiguille ». Études et Documents Berbères, 1996/1 N° 14, 1996. p.97-105. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-1996-1-page-97?lang=fr.

  • KOSSMANN, Maarten,
1996. Du nouveau a propos du nom de l’aiguille. Études et Documents Berbères, 1996/1 N° 14, p.97-105. DOI : 10.3917/edb.014.0097. URL : https://shs.cairn.info/revue-etudes-et-documents-berberes-1996-1-page-97?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/edb.014.0097


Notes

  • [*]
    Cette étude a été faite dans le cadre du projet 200-36-218 de l’Organisation néerlandaise pour la recherche scientifique (NWO). Je remercie MM. H.J. Stroomer et N. van den Boogert, qui ont bien voulu commenter cet article.
  • [1]
    Dans cet article nous ne considérons pas la question de la tension du s préfixé. Dans les reconstructions, il sera écrit comme une consonne simple, sans que ceci implique un choix argumenté.
  • [2]
    Westermarck 1926 : ii/28-29 décrit l’emploi du mot « clé » au lieu d’« aiguille » dans certains contextes en arabe marocain et dans le berbère du Moyen Atlas.
  • [3]
    Dans Prasse 1969 : 25 il parle d’une « alternance panberbère ». Il est probable qu’il y voit un exemple d’une « alternance de radicale complétive avec radicale non-complétive », comme il le fait pour l’alternance taḍuṭṭ/taḍuft « laine », Prasse 1972 : I/113-114.
  • [4]
    André Basset 1923. Malheureusement, nous n’avons pas pu consulter Beguinot 1924.
  • [5]
    En zénète ce groupe correspond aux verbes avec a postradical. Cf. Kossmann 1994b.
  • [6]
    Il est possible de voir dans l’i final le développement de *H final comme dans les verbes. Cependant, tant que nos connaissances sur la vocalisation du proto-berbère sont trop limitées, il faut rester prudent.

1. Introduction

1 Dans l’étymologie berbère, le nom de l’aiguille pose certains problèmes. Le terme le plus répandu montre une variation irrégulière à travers les parlers. A côté de formes du type  [*]tis(s)əgnit (avec une radicale consonantique GN) on trouve des formes à f final  [*]tis(s)əgnəft (radicale consonantique GNF) [1]. Il s’agit d’un nom d’instrument dérivé du verbe gnu, gni, qui signifie « coudre ». L’aiguille est donc simplement « l’instrument à coudre ». Le mot n’est pas attesté partout. Dans plusieurs parlers on trouve des formes qui n’ont aucun lien avec tisəgnit/tisəgnəft, comme Touareg stənfus, Ghadamsi asenfəs, Sous tassmi, Senhaja du Sraïr ṯisismi. Dans certains dialectes du Moyen Atlas, le vocable pour « clé » est employé aussi pour « aiguille » (Laoust 1920 : 39-40). Il s’agit ici probablement d’une extension d’emploi d’un terme euphémique [2].

2 Afin d’expliquer la variation tisəgnit/tisəgnəft, on peut prendre deux chemins.

3 D’abord, on peut poser une forme de base sans f. Les formes avec f seraient dues à l’addition d’un augment. Emile Laoust a proposé cette solution (Laoust 1920 : 39), et il semble que Prasse suive le même chemin [3]. En principe, l’idée d’un augment expressif au nom de l’aiguille n’est pas improbable. Dans la culture maghrébine, l’aiguille a des valeurs magiques importantes. Elle peut écarter les žnun (Westermarck 1926 : i/306,193,408) et le mauvais œil (Westermarck 1926 : i/434,435). D’un autre côté, elle peut être porte-malheur (Westermarck 1926 : ii/26) et dans les contes elle est l’instrument préféré pour changer une fille en oiseau. Une aiguille est percée dans la tête de la pauvre fille et elle change en perdrix ou en pigeon. Du moment que l’aiguille est enlevée, la fille reprend sa forme humaine. Il existe dans beaucoup de régions des tabous sur la prononciation du mot « aiguille » dans certains contextes : quand on demande à quelqu’un de la remettre (Westermarck 1926 : ii/28-29), pendant le matin (Westermarck 1926 : ii/29 ; Destaing 1923 : 195-196, 219-221) ou pendant la nuit (Delheure 1984 : 186 ; Delheure 1987 : 100). Avec un objet qui est sujet à tant de précautions, il ne serait pas surprenant de trouver des formes à augment expressif.

4 La solution de l’augment expressif comporte deux problèmes. Le premier est de caractère principiel. Les formes expressives sont par leur nature irrégulières et difficiles à saisir. Il est par définition ad hoc d’expliquer une forme comme variante expressive. Du moment qu’il est possible de trouver une autre explication, celle-ci doit être préférée. Le deuxième problème est de caractère formel. Dans les formes expressives en berbère, l’élément f suffixé n’est pas courant. A ma connaissance le nom de l’aiguille en serait le seul exemple. De cette façon, le caractère ad hoc de la solution expressive, déjà inhérente à cette notion, est encore plus marqué.

5 Le deuxième chemin à suivre implique qu’il faut prendre le f des formes du type tisəgnəft comme une partie de la base historique du mot. En 1923, André Basset a publié un article dans lequel il suit ce chemin [4]. Selon lui, la racine originelle serait GNF et non GN. Dans les formes du type tisəgnit et dans le verbe gnu, gni la dernière radicale serait perdue. Il attire l’attention sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une alternance Φ ∼ f, mais d’une alternance if. Enfin, il voit un certain lien entre le sort de f et celui de la première radicale g : « Et l’on est tenté de conclure que les formes diverses prises par le mot (...) tiennent au traitement de g, celui de f n’en étant que la conséquence » (p. 78). La spirantisation et la vocalisation de g auraient un effet préservatif au f final.

6 Maintenant, plus de 70 ans après, il est intéressant de reprendre le chemin d’André Basset, tout en employant les données nouvelles, qui sont plus abondantes et souvent beaucoup plus fiables que celles sur lesquelles Basset s’est basé.

2. Le nom de l’aiguille

7 a) type tisəgnit

Moyen Atlas :tisəgnit
Chleuh :tissgnit
Kabyle :ṯissəḡniṯ
Sioua :tizignət
Ouargla :tisəgnit
Nefousa :tissəgnit
Zenaga :tṣugnăḏ̣h
təsugnāt
Description de l'image par IA : Une femme tenant un livre avec un chat à ses côtés.

8 b) type tisəgnəft

Mzab :tisə̣ǧənft
Figuig :tissinəft
Iznassen :ṯissinəfṯ(notes pers.)
Guelaia :ṯisiynəfṯ
Temsamane :ṯisəynəfṯ(notes pers.)
Ouariaghel :ṯissignəfṯ
Ibeqquyen :ṯisignəfṯ
Description de l'image par IA : Une femme en robe bleue tenant un livre, debout devant une bibliothèque.

9 Il existe une forme augmentative de ce mot. Cette forme se termine toujours en i. Il n’existe point de forme augmentative avec f, p. ex.

Moyen Atlas :isəgni
Sous :issgni
kabyle :issḡni
Zenaga :əssə̣̣̣gnīh
Senhaja :isəgni
Guelaia :isiyni
Temsamane :isiyni(notes pers.)
Ouariaghel :isəgni
Ibeqquyen :isigni
Description de l'image par IA : Une femme en robe bleue tenant un livre, debout devant une bibliothèque.

10 Le père Ibáñez note pour le rifain trois formes (Ibáñez 1944 : 24-25) :

11 1. « instrumento con que se cose ordinariamente »

Ibeqquyen :ṯisignəfṯ
Guelaia :tisiynəft
Description de l'image par IA :

12 2. « (aguja) mediana y con la punta derecha para coser telas fuertes »

Ibeqquyen :ṯisəgniṯ
Guelaia :tisiynit
Description de l'image par IA :

13 3. « (aguja) grande y con la punta torcida para enjalmar »

Ibeqquyen :isigni
Guelaia :isiyni
Description de l'image par IA :

14 Il semble bien que le deuxième terme rifain, ṯisgniṯ, ṯisiyniṯ, soit une forme diminutive dérivée du terme isigni, isiyni.

15 Avant de continuer l’examen de la variation if, il faut regarder d’un peu plus près le développement de *g qui a tellement intéressé André Basset.

16 Les formes avec (kabyle), ǧ (Mzab) et y (rifain) sont les reflexes normaux de *g proto-berbère. Les formes avec i (Figuig, Beni Iznassen) font partie d’un petit groupe de mots où, apparemment sans conditionnement phonétique, g médial ne s’est pas développé en y comme d’habitude, mais en i, tel Figuig (Maïz) aziza < *azəgza « bleu », aridal < *arəgdal « boiteux », asinəw < *asəgnəw « nuage ».

17 Quant à la voyelle qui précède g ou son réflexe, il est probable qu’il s’agit toujours de ə. Les notations avec i sont probablement des notations phonétiques de la voyelle brève, qui prend facilement le timbre [ĭ] avant g ou y. Il n’est pas improbable qu’il y ait dans certains parlers neutralisation de l’opposition əy ←→ iy en position médiane.

18 Est-il possible de rattacher la préservation de f à la spirantisation et la vocalisation de g ? Du point de vue phonétique, un tel conditionnement n’est pas très probable. En plus, dans plusieurs parlers du rifain occidental, le g s’est maintenu. Le fait que dans la forme augmentative f ne s’est jamais maintenu rend l’hypothèse d’André Basset très improbable.

19 A partir des exemples donnés ci-dessus, il est possible de reconstruire un pair variant :

20 *isəgni

21 *tisəgnəft

22 Les formes du type tisəgnit peuvent être considérées comme des formations analogues à partir de la forme augmentative et du verbe « coudre » (v. ci-dessous). Il n’est pas nécessaire de reconstruire la variation *isəgni ←→ *tisəgnəft pour tout le berbère. Les parlers où l’on trouve les formes avec f sont tous des parlers zénètes, et il est bien possible que la variation ne doive être reconstruite que pour le proto-zénète.

3. Le verbe « coudre »

23 Dans un grand nombre de parlers berbères il existe un verbe avec le consonantisme GN qui signifie « coudre ». Le verbe en question peut faire partie de deux classes selon les parlers. En chleuh, au Moyen Atlas et en kabyle, le verbe fait partie de la grande classe verbale qui a u final à l’aoriste et i/a alternant au prétérit, p.ex.

chleuh :a : gnu,p : gnigna
Moyen Atlas :a : gnu,p : gnigna
kabyle :a : ḡnu,p : ḡniḡna
Description de l'image par IA :
Description de l'image par IA :

24 Le mot kabyle qui désigne « être enfilé » est rare, semble-t-il (Dallet 1982 : 263). Le mot plus courant ni avec la même signifiance est d’une racine différente (NY) et n’a pas de lien avec le nom de l’aiguille.

25 Dans les parlers zénètes et au Djebel Nefousa, le verbe fait partie de la classe verbale qui se termine en i à l’aoriste et au prétérit :

Nefousa :p : gni
Ouargla :a : gnip : gni
Mzab :a : ǧnip : ǧni
Seghrouchen :a : žnip : žni
Figuig :a : ynip : yni
Description de l'image par IA :

26 A Ouargla et au Mzab, et peut-être en Nefousi, il y a confusion de la classe verbale des verbes en i avec celle des verbes en y, due à la neutralisation de i et əy en position finale (Kossmann 1995). Cette confusion n’existe pas à Figuig, où i et əy final sont toujours bien distingués. Vu la forme figuiguienne il faut donc rattacher le verbe « coudre » à la classe verbale de la structure | CCi | et non à celle de la structure | CCy | .

27 Dans un autre article, nous avons essayé de montrer que les verbes du type | CCi | en zénète sont issus de formes proto-berbères qui ont un élément *H (touareg h, ghadamsi ḇ) comme dernière radicale (Kossmann 1995). De cette façon, Figuig ddi correspond à ghadamsi eddəḇ « piler », ari correspond à órəḇ « écrire », Iznassen azi correspond à ózəḇ« écorcher », etc.

28 Dans les autres parlers berbères du Nord, les correspondances sont différentes. Au Moyen Atlas, les verbes en question ont u, tant à l’aoriste qu’au prétérit. En kabyle et dans le Sous, la plupart de ces verbes sont entrés dans la classe beaucoup plus grande qui a la vocalisation u à l’aoriste et i/a au prétérit.

29 Quelles sont les conséquences de ces correspondances pour le verbe « coudre » ? Les données zénètes impliquent une origine *gnH. De l’autre côté, les données du Moyen Atlas ne correspondent pas à cette reconstruction. Dans ce parler, *gnH avait dû se développer en *gnu sans alternance postradicale au prétérit. Cependant, le verbe actuel montre cette alternance. Vu ces faits, il est donc nécessaire que l’un des deux correspondants soit le résultat d’une réformation analogique. Soit la situation au Moyen Atlas est originelle, soit celle en zénète est originelle. Le groupe de verbes avec i final en zénète et avec u final non alternant au Moyen Atlas est très petit, tandis que le groupe avec alternance vocalique au Moyen Atlas est assez grand [5]. Il est donc probable que la forme zénète soit originale, tandis que celle du Moyen Atlas soit le résultat d’une reformation analogique.

30 A partir de ces données nous pouvons reconstruire avec une certaine confiance le verbe « coudre » comme *gnH.

4. La reconstruction du nom de l’aiguille

31 A partir de la reconstruction *gnH pour la racine verbale, nous pouvons construire un nom d’instrument *isəgnVH, f. tisəgnVHt, dans laquelle la nature de la dernière voyelle n’est pas connue. Si nous comparons ces formes avec les formes zénètes actuelles, nous trouvons :

32 *isəgnVHisəgni

33 *tisəgnVHttisəgnəft

34 Tandis que *H est perdu en position finale [6], il s’est développé en f avant la désinence t. Si l’on reconstruit (au moins dans cette position) une prononciation *[ḇ] pour l’élément *H, tel qu’on le trouve à Ghadamès, il s’agit d’une assimilation de voix assez naturelle :

35 *ḇtft

36 Quant aux formes qui n’ont pas f avant t, il y a deux solutions possibles :

37 1. Les formes en question sont des reformations analogiques à partir du nom augmentatif et du verbe. Cette solution est nécessaire pour le ouargli, qui est un parler zénète.

38 2. Le développement *ḇtft ne s’est produit qu’en (proto)-zénète, et tisəgnit est le reflexe régulier de *tisəgnVHt dans les autres parlers.

5. Le nom de la « laine »

39 A ce point-ci, il est intéressant de considérer un autre mot, où il se trouve une variation panberbère entre des formes avec f et des formes sans f : taḍuṭṭtaḍuft « laine ».

40 Les formes sans f se retrouvent dans les parlers suivants :

Moyen Atlas :taduṭṭ
Senhaja :taḍuṭ
Sous :taḍuṭṭ
kabyle :ṯāduṭ
Zenaga :tọ’ḏọḏ, tọ’ḏọd, ta’̣ḏə̣ḏ
Description de l'image par IA : Une femme lit un livre dans un parc, assise sur un banc près d'un arbre.
Description de l'image par IA :

41 Les formes avec f se retrouvent dans les parlers suivants :

Touareg :təḍuft
Sioua :əddəft
Nefousa :tudəft
Mzab :əḍḍuft
Ouargla :təḍḍuft
Seghrouchen :taḍuft
Figuig :taḍuft
Iznassen :ṯaḏ̣ufṯ
rifain :ṯaḏ̣ufṯ
Description de l'image par IA : Un assistant d'éditeur de livres décrivant des images pour les personnes aveugles et handicapées.

42 La forme mozabite əḍḍuft est issue de tḍuft, avec la chute irrégulière de la voyelle a avant des bases qui commencent par |CV|, typique des parlers zénètes. La forme ouarglie est probablement le résultat d’une réinterprétation d’une forme non assimilée *tḍuft.

43 Dans les parlers qui n’ont pas la radicale f dans ce mot, il semble que la forme sous-jacente est taḍuḍt. La deuxième radicale dentale est réalisée quand on fait un pluriel ou un augmentatif de ce mot, p.ex. kabyle ṯāduḏ̣in (pl.), āduḏ̣ (augm.). Tout de même, les formations comme celles-ci sont assez rares, et probablement peu naturelles à l’intuition linguistique.

44 Si l’on considère la répartition géographique, on remarque une certaine ressemblance avec celle des formes du type tisəgnəft. Les formes avec f du vocable « laine » se trouvent dans les parlers zénètes, dans les parlers orientaux (Nefousa, Sioua) et en touareg. Les formes avec f du vocable « aiguille » se retrouvent dans les parlers zénètes (sauf le ouargli). Elles n’existent pas dans les parlers orientaux, tandis que le vocable en question n’est pas attesté en touareg.

45 Il est possible que les formes avec f du vocable « laine » soient le résultat du même processus assimilatoire que dans le vocable « aiguille ». Dans ce cas il faut reconstruire le mot « laine » comme suit :

46 *taḍuHt

47 Le vocable « laine » est important : comme ce mot n’a pas de formes plurielles ou augmentatives d’usage général, et comme il est impossible de le rattacher à une forme verbale, il n’y a aucune base pour des reformations analogiques. Autrement dit, les correspondances que l’on trouve avec ce mot sont certainement des correspondances phonétiques régulières.

48 Si l’on accepte la reconstruction *taḍuHt, il faut donc postuler les règles phonétiques suivantes selon les parlers :

*Ht*ft :parlers zénètes touareg
*Ht ←→ *t ( : ) :Nefousi
Sioua
chleuh
Moyen Atlas
kabyle
Zenaga
Description de l'image par IA :
Description de l'image par IA : Une femme lit un livre dans un parc, assise sur un banc sous un arbre.

49 Pour le deuxième groupe, il est possible que la tension de la dernière radicale soit causée par assimilation de H. D’un autre côté, il est possible aussi qu’elle soit le résultat de développements phonétiques ultérieurs. Il est à remarquer que la dernière consonne de tisəgnit n’est pas tendue. Tout de même, il faut prendre en considération que le contexte phonétique n’est pas exactement identique avec celui de taḍuṭṭ : la voyelle est différente, et il y a la différence entre une base longue et une base courte.

6. Conclusions

50 Si notre reconstruction du nom de la laine est juste, nous pouvons tirer les conclusions suivantes quant au nom de l’aiguille :

  1. Le nom de l’aiguille est originellement tisəgnVHt
  2. Par une assimilation phonétique régulière, Ht est devenu ft en (proto)- zénète, en touareg et dans les parlers orientaux (Sioua, Nefousa).
  3. Dans les autres parlers, Ht est devenu t par un développement phonétique régulier (chleuh, Moyen Atlas, kabyle).
  4. Par reformation analogique, les formes avec f ont été remplacées par des formes sans f dans les parlers orientaux et en ouargli. Il n’est pas sûr que le vocable tisəgnVHt ait jamais existé en touareg.

7. Un petit nota bene

52 Dans l’étude des variations de f avec h/Φ, le verbe « donner » (əfkəkf avec des aoristes intensifs avec h ou Φ au lieu de f) joue un certain rôle (Prasse 1969 : 23). Il est nécessaire de traiter ce problème indépendamment de celui des noms de l’aiguille et de la laine. Les parlers zénètes ont au lieu d’une alternance fh/Φ une alternance wi, cf. Figuig : wəš « donner (aor.) », ttitš « donner (aor. int.) ». La problématique est donc différente de celle de cet article-ci.

Références

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  • Kossmann M.G., « La conjugaison des verbes CC à voyelle alternante en berbère », Études et Documents berbères, 12, 1994, pp. 17-34 (Kossmann, 1994b).
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Date de mise en ligne : 24/10/2022

https://doi.org/10.3917/edb.014.0097