La saga des Aït Bou Slama
- Par Michael Peyron
Pages 75 à 95
Citer cet article
- PEYRON, Michael,
- Peyron, Michael.
- Peyron, M.
https://doi.org/10.3917/edb.014.0075
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- Peyron, Michael.
- PEYRON, Michael,
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Notes
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[1]
Les populations pratiquaient alors l’écobuage. Le mot lḥaṛayqt est à rapprocher du terme lḥaṛat = « espace inhabité », (Basset, 1963 : 11).
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[2]
Le Ticcuft Lebchem est marqué Jbel Aïn Hallouf sur les cartes d’état-major.
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[3]
Ceci concorde bien avec les récits de cette période où il était dit que les Berbères rameutaient inévitablement au bruit du combat.
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[4]
Litt. « celui qui devait mourir était mort, celui qui devait être blessé l’avait été ». Locution conventionnelle que nous trouverons souvent dans ce récit, signifiant que les jeux étaient faits. Pour A. Kerouach le terme aterts = « entrer en décomposition ».
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[5]
C’était la coutume de tourner ainsi autour des morts en se lamentant.
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[6]
axtuttel = « se dissimuler » ; on remarquera les efforts consentis pour ne pas laisser les combattants musulmans sans sépulture décente.
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[7]
Ichoucha est un douar situé à 15 km au NE de Meghraoua.
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[8]
Litt. « il sautait/ (le) bond ». Tournure idiomatique faisant allusion à l’adresse, à l’agilité du cheval.
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[9]
Le ton est très ironique ; tawuḥedict = « belle », « agréable », « fameuse ».
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[10]
La pratique du bœuf porteur, largement répandue dans le Moyen-Atlas à cette époque-là, encore observée dans le Haut-Atlas de Tounfit vers les années 1975.
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[11]
raḥent id-sen < raḥent akid-sen.
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[12]
Comme beaucoup d’autres Bni Ouaraïne, les Bni Bou Zert faisaient partie de la clientèle des chorfa Aït Lfrah de Tanchraramt, lieu traditionnellement perçu comme berceau de la confédération.
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[13]
Veiller sur le maïs était une activité fort utile afin de déjouer sangliers et voleurs de récoltes.
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[14]
lmanjura = « l’épluchée », « la rabotée », verbe njer = « éplucher », le terrain ayant été raboté par des machines.
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[15]
Formule rituelle adressée à des enfants qui écoutent, pour mieux accrocher leur attention.
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[16]
Autre formule rituelle ; celle-ci marque le passage du temps.
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[17]
taqedda fait allusion à leur taille.
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[18]
tiyya x-sen < tiyyant xaf-sent.
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[19]
jmeεn luxt innin ; phrase-repère marquant le début et la fin (9 lignes plus loin) d’une longue digression sur les bijoux.
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[20]
Litt. « des fines » ; azeddad (adj.) = « fin ».
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[21]
agerwaw = « doline », « déclivité calcaire » typique de la région des Bni Bou Zert.
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[22]
Tribus du voisinage qui fournirent des contingents de partisans pour combattre du côté français. Les Ghiata, notamment, étaient de vieux rivaux des Aït Biou Slama.
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[23]
On remarquera cette courtoisie toute berbère qui régit les rapports guerriers entre tribus, (cf. Guennoun, 1933 : 97).
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[24]
litt. « nous voici, nous vous avons entourés » ; interprétation de Kaddour Almou en re-écoutant la bande. Autre interprétation possible : ntawεycen = « on vous a mis sous nos ordres ».
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[25]
D’après Lhajj, les Bni Bou Zert n’alignaient que 60 combattants armés de fusils lors de la dernière bataille.
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[26]
La voix du conteur s’élève en se modulant, en proie à l’émotion. C’est un regard nostalgique jeté sur le dernier jour du vieux Maroc heureux.
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[27]
lqerṣt = « détente », « gachette ».
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[28]
tixwarjiyin = « trafiquants ».
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[29]
C’est du fameux L... qu’il s’agit et qu’il avait été question dans l’autre récit. Nous n’avons pas donné son nom par souci de discrétion.
1 Au N.E. du Moyen Atlas, une dernière fois avant de s’abaisser vers la trouée de Taza, la montagne se hérisse de pitons escarpés, touffus, coupés de ravins aux gouffres insondables. Le point culminant de la région, le pourtant modeste Jbel Tazekka (1 980 m), couronné de cèdres, bénéficie d’un des régimes de précipitations les plus généreux au Maroc. Parmi les fourrés denses formant sous-bois aux futaies de chênes-lièges, les sangliers trouvent d’innombrables bauges secrètes. Plus bas, à la lisière des clairières, en bordure des hautes plaines intérieures, l’homme s’est installé depuis des siècles.
2 Les groupements qui tiennent ce pays relèvent des Bni Ouaraïne de l’Est, le plus important étant celui des Aït Bou Slama. Les sous-groupements dont il sera principalement question sont les Aït Abdelhamid et, surtout, leurs voisins, les Bni Bou Zert du village d’Admam. Ce sont de paisibles ruraux pratiquant le fermage et le petit élevage, comptant parmi les plus civilisés, les mieux organisés des imazighen que j’ai eu le privilège d’approcher. Mais ce sont aussi de redoutables chasseurs de sangliers, organisés depuis longtemps en confrérie de rrma, qui s’avérèrent de non moins intrépides guerriers lors des combats qu’ils eurent à soutenir en 1921-23 pour défendre leur territoire et dont ils ont bien voulu me faire part.
3 A cette époque, les autorités françaises du Protectorat avaient à cœur d’assurer la sécurité de leurs lignes de communications entre le Maroc « utile » de Lyautey et l’Algérie via la trouée de Taza et l’Oriental. La présence immédiatement au sud de ce couloir de tribus de réputation guerrière, qu’on imaginait sans doute en permanence sur le qui-vive et prêtes à lancer des incursions loin en plaine, avait attiré l’attention du commandement militaire. Ainsi qu’on le constatera plus loin, cette appréciation de la situation ne reflétait pas la stricte vérité, car les tribus, loin de nourrir des projets de conquête et de rapine, s’occupaient pour l’essentiel de leurs affaires tout en restant cantonnées dans leur arrière-pays montagneux. Quoi qu’il en soit, il avait été décidé en haut-lieu que cette vaste partie du Moyen Atlas hostile et dissidente, communément appelée « Tache de Taza », devait être entamée au plus vite, en attendant d’être occupée tout entière.
4 En 1921, la présence des tribus au sud de la route stratégique fut perçue comme une menace directe. Aussi le général Aubert de la subdivision de Taza reçut-il l’ordre d’avancer 20 km au sud en établissant une ligne de postes. Ce bond en avant l’amena au contact des Bni Bou Zert encore à l’abri quelque temps dans leur « îlot du Chiker ». Le 25 février 1922, une première attaque en règle est menée, en faisant appel à des goumiers et des partisans. Mais elle échoue devant la résistance opiniâtre des Bni Bou Zert et en raison du caractère montueux du terrain. Ceci correspond à la première partie du récit d’El Hajj Fathmi, ainsi qu’au tout début de celui du cheikh Larbi. Comme on le sait, la résistance sera menée désormais depuis l’ultime réduit du Jbel Bou Adli/ plateau de Ouaoumchach.
5 L’ultime coup de boutoir leur sera porté au printemps de 1923, suivi de l’inévitable reddition ; la deuxième partie du récit d’El Hajj, ainsi que celui du chikh Larbi en feront état. A cet effet, le compte-rendu suivant est édifiant quant à la philosophie de l’époque sous-tendant ce genre d’expédition punitive visant à faire entendre raison à un groupement d’insoumis (Voinot ; 1939 : 193-194) :
6 « L’échec de nos tentatives contre les Bni Bou Zert enhardit les fauteurs de troubles ; cette tribu, qui s’abrite dans un repaire d’une difficulté d’accès inouïe, apparaît comme le drapeau de la dissidence. Le commandement décide d’en finir avec eux (...) de monter une opération de large envergure. Le Groupe Mobile de Taza, (...) retardé par des pluies torrentielles, n’arrive que le 4 mai 1923. Le colonel Freydenberg réalise l’enveloppement du pays Bni Bou Zert, une sorte de forteresse naturelle. La lutte revêt de suite un caractère acharné. Les Bni Bou Zert combattent avec l’énergie du désespoir ; ils disputent le terrain pied à pied (...) nos adversaires doivent s’avouer vaincus quand la moitié des leurs sont morts ou hors de combat ; combats à Bab-Brida du Talghemt, au djebels Tinsemt et Bou Adli. De notre côté (...) des pertes sévères, surtout chez les partisans (...) 31 tués et 68 blessés. Cette victoire rétablit la situation à l’intérieur du territoire des Bni Ouaraïne. »
7 Voilà pour la version officielle des combats, côté français. Elle en a d’autant plus de saveur que le lecteur pourra la comparer plus loin avec les témoignages inédits recueillis auprès de personnes ayant directement vécu ce drame. On verra que ces tribus, vivant nettement à l’écart, plutôt que de « fauter des troubles », ne demandaient rien à personne jusqu’au moment où l’on est venu les débusquer dans leurs montagnes boisées. Loin de constituer des groupes fanatisés, armés jusqu’aux dents, comme on a pu les présenter au moment de la conquête, l’impression qui se dégage de ces récits oraux est d’une poignée d’hommes, braves certes, mais disposant d’un armement hétéroclite de récupération, luttant du mieux de leur maigres moyens pour défendre leur territoire contre un ennemi largement supérieur en nombre et mieux armé.
8 Le récit d’El Hajj a été recueilli par son fils Kaddour Almou, que j’ai eu le plaisir de fréquenter longuement à Rabat en 1980-82. Un premier voyage en février 1982 m’avait permis de visiter Admam, Lebhayer, et le Tazekka même. Lors d’une seconde visite en mars 1985, j’ai pu assister à une battue au sanglier organisée dans la forêt avoisinante par la confrérie de rrma locale encore très active, et ce grâce à l’intervention d’El Hajj lui-même, en sa qualité d’ancien rrami. Du reste, il avait même été leur cheikh à une certaine époque. C’est en escaladant le piton rocheux Pt-1702 au N.E. d’Admam que j’ai relevé une inscription au sommet portant la mention : « R.T.M. 15 mars 1923 » ; ce qui coïncide avec ce que l’on sait de la la participation de Tirailleurs Marocains aux derniers combats contre les Aït Bou Slama. L’occasion m’a également été donnée d’interviewer directement le cheikh Larbi, âgé de 80 ans environ, encore très « vert » et plein d’humour, que j’ai trouvé occupé à réparer un mur de sa demeure.
9 On sera frappé par le côté dépouillé, informel, mais chaque fois très personnel, qui caractérise le style narratif des deux locuteurs. Parfois, le premier prend une tournure poignante, surtout lorsqu’on comprend que ce sont les réminiscences tragiques d’un garçonnet qui pleure la mort de son grand-père un soir de bataille ; qui assiste à la scène (que l’on qualifierait aujourd’hui de « traumatisante ») où sa mère se fait dépouiller de tous ses objets de valeur ; à l’humiliation, enfin, des rescapés de la tribu forcés à se rendre, à se soumettre aux brimades des vainqueurs. Le récit du vieux cheikh passe rapidement sur les derniers combats ; toutefois, son évocation de la perplexité des autorités devant l’opiniâtreté de la résistance de 86 combattants face à un groupe mobile au grand complet amène sur son visage un sourire où se mêlent fierté et amusement. L’exagération numérique, trait connu de la littérature orale, donne une tournure épique au récit.
10 Contrairement à ce que l’on a pu relever dans d’autres récits de cette période, ceux-ci n’ont pas été « retravaillés » de façon à s’aligner sur des repères idéologiques appartenant à l’époque contemporaine. Par exemple, les combattants n’ont pas été promus à la dignité de mujahidin, pas plus que le côté patriotique, voire religieux, de leur lutte n’est ébauché.
11 En dehors des indications fournies par Kaddour Almou, c’est grâce à mon ami de toujours, Ayyad Kerouach, lui-même Warayni, que j’ai pu décoder les bandes magnétiques lors de séances de travail à Rabat. Quant aux éventuelles erreurs de compréhension, j’en assume l’entière responsabilité. On constatera que le sous-parler des Bni Bou Zert, à mi-chemin entre le dialecte tamazight du Moyen Atlas central et le Rifain, relève plutôt de la znatiya avec une proportion assez élevée de termes dérivés de l’arabe. On y trouve également des néologismes d’origine francaise lgrud, lbast, lberṭiza, lqebṭan, lkurri, sserbis, lkunuṛ, lṭa, ainsi que le verbe trici = « tricher » !). En tout état de cause, je me suis efforcé de restituer les textes le plus fidèlement possible. Quant à la traduction, je reconnais m’être souvent rendu coupable de compressions là où il me semblait que les répétitions et autres chevilles narratives du conteur n’apportaient rien de supplémentaire à la compréhension du récit. J’espère, aussi n’avoir rien enlevé de leur fraîcheur et de leur spontanéité qui en font des documents d’un intérêt socio-historique indéniable.
Lbarud njer fṛanṣa D netcni
12 1. idjuwass tekker lgirra isiwl lbarud. ġer jiḥt-enneġ netcni cluḥ, ur ġer niufi lḥal ġir lbaεṭ iferdiyn. bdeεn temḥeṛṛabn aked d iṛumin waxxa nitni wjern-anneġ di kulci, walaynni ġer-nneġ irgazn !
13 2. lmuḥimm ad ac-enniġ mamc tṣaṛ. x luwwel qqaε yufa-nneġ lḥal di luqt enn nzedġ dg εin lḥelluf, idj umcan tennan-as imuzzaz, kulciy uḍewwaṛ ayt ḥeddu qqaε.
14 3. llan lbaεṭ lwacun tennan-as tfennict, teqqim d x-sen imma-tsen tadjalt, ttuġ ġer-sen ġir idj uqṭiεa tiġetten, isxellef t ed x-sen rebbi ! amcan a ttuġ t kulci d lḥaṛayqt [1], ttuġ ten kulci d lḥaṛayqt haddic ḥal yasi d idj zag-sen issufġ d tiġetten at iḍeḥḥa ġer ticcuft ad lebcem, u yaq ? iqqel ġer tiffuct-ad nanneġ d ayjaren tad di ṭerf-ens, nettat iqqel t ed ġer-diha, netta yckuc d siha, netta yinniy lεeskri bnan lḥet diha, lḥet d ḥafiyen. asen d x-yiṭ sirsen-ten diha x-yiṭ, bac ad asn-ucen iṛumin ca n lblast, bac ad ilin d lmudafin.
15 4. lfayda, a sidi, idweln isġuyu ġr uḍewwaṛ enn n ayt ḥeddu. illa din kulci tixamin mad εecra mad ujjal. aynn-asn isġuyun inn-asn : « awrat, iṛumin arcin t id di ticcuft lebcem [2] ! »
16 5. iwa sidi, tsint midden, llan ḥedd iġab, ḥedd iḥaḍer, azzlen d aynn din iḥeḍren, awiyin d wenn ġr illa ca n snaḥ : iwiy itt id wenn ġer tella rebεaya, wenn ġer tella tsaεya, wenn ġer illa sassbu, wenn ġr illa kada. asen d luqt innin enneṭnasen d diha [3]. bekri di lfjer, bekri di lfjer ya sidi ukwan, llix netc d aḥarrud tselliġ lbarud... ta ! ta ! ta ! ta ! ta !
17 6. iwa, asen d lqsen siha, netcni ayt ḥeddu zi trieεt a, ayt uggern ula nitni slin d lbarud, lsqen siha zi trieεt luṭa, zi trieεt luṭa izliten. asen d, ya sidi, ḥedd itccat ssiya, ḥedd ssiya. lḥaṣul, ur-iyya tiwit duhur alenzgi ylla wenn ġa ymmutn immut, wenn ġa ytertetsen iterts [4], safi ! iwa iuṭa diha, sidi baba-s l lmuqqaden d mḥand u mimun. nnan-as mimun u ḥamid, iuṭa diha g umcan. uṭen diha sin lwacun nn ac-ttiniġ d ara n tfennict : bab n tġetten d idj yadnin, uṭen diha y-ssin. iṛz baba-s εli εumar x-lxut.
18 7. iwa sidi, lfayda, nsserwel t netcni tixamin zg umuzzaz nsihuwwa-ten id dg idj uhawit, nnan-as uhawit umajji, hat-a, illa d awarn i tizzi wlmu. iwa, ithedden lbarud aked lhawaten tsεud d leεcra. hakk-ak, ithedden lbarud, luxt enn utsen csin d lmuta d imersesn. seġlayn d g huwit enn, llix netc luxt innin d aḥarrud, utseġ luxt enn tennetġ aked lεabad. aynn immuten ġer trieεt a, aynn as-csin t ġer trieεt enn. nitni jmeεn lmuta-nsen teina wla d nenneġ uftin nġin dag-sen lεaskri bezzaf. seġlayn d dg idj waḥfur awarn i lqecla yinn wawur d, hat-ad ! atsen ġemsen-asen diha s iḥarawn, kulci. tura ad ac-ġawdġ nqleεy-ten tiggara s lflus d ixeddamn.
19 8. iwa, sidi ben ḥnini, ayd lmuġreb cellen dihi. illa baba (ḷḷah irḥemmu !) indeh ict n tserdunt ttuġ ġer-nneġ tazuggwaġt. iraḥ ġer carra, ad yawi tissent. nitni jmeεn-ten din, trunt tsednan, munent ed xaf-sen. luxt innin hat anis-ed ikka, indeh lḥmel n tissent x tserdunt, isersi (suleġ wεayiġ) amma yuts itenneṭ, ittru, itenna : « ha ya baba ! » atseġ netcintin tenneṭġ [5] akid-s, mεeneġ dgwafer uheddun amma, lfayda u lḥaṣul, a sidi, waxxa, mamen habas ! ay tmeddit lugt enn lmuġreb tcuwweṛ d, ntcintin luxt innin, imettin enn ġerzen-asen d da (xetuttlen [6] d ġer-dihi x wass ; ggwedn aten-innyin), ġerzen-asen d dihi dg imṭlan a.
20 9. iwa lmuḥimm, ay tmeddit luxt innin, csin-ten it, usiġ d akid-sen ntcintin llix d aḥarrud. illa da wxam-enneġ wenn lmeġrawi ay d aydda yttekken ġas dg udmam a, idj wenn nwal n tluggwit diha ġr ayt lmoxtar, idj wenn nwal diha t aynna dijwa n ayt εemmer u belqassem. aynn aydda yttekken.
21 10. iwa, llan lεabad xezzenen da ġer dada ymendi. llan da waġrassen aya nn ac-da-ttiniġ itṣaṛ di tefsa, illa yqta ymendi, llan xuwan waġrassen. kken d ssiya luqt enn csin aġrassen d imuẓẓurn mṭlen-ten diha amen da tiggen tura d uzru. ur ufin azru, ur ufin...
22 11. iwa, ict εemmt-i tezdeġ di ycuca [7] nzgiy immut dada nġin t iṛumin di ticcuft ufalcu. dada ttuġt d argaz d εerrim, ur itteggwid ur ittiḥal. ttuġt itwḥasseb ziy imzwura imeqqranen, ġers idj uyyis inṭew taneṭṭwa [8]. zgiy immut uwin t ed ġer txamt, sirden-as t yyin t ula netta di waġrass, waxxa netta ziy imeqqranen n djmeεt, εlaḥeqqqac di tsaεt enn ur yufi wi g iraḥṇ ad yawi lekfen tisednan trunt x-s. nzgi d tiwet εemmt-i, tufit id meṭlan t. tzrit maynn tiyya ? tqelleε x-s cal alenzgi ti tsuffeġ, tinnyi, ttru, terri.
23 12. iwa, lfayda lḥaṣul, a sidi, ayd lmġerb enn tawuḥedict [9], ġemsen-asen d dihi. llix akid-sen ttuġ d aḥarrud itteqla dag-sen, amen asen-teggen. iwa dweln luxt innin, ay xemcawarn imeqqranen luxt enn, nnan-asn : « yaḷḷah-hu ! amzwar aneggar ġer wawmcac anerwel ! » iwa, x yiṭ luxt innin nergeb ed ssiya netcni tura ayt ḥeddu. wenn ġer tella taymart icsi x-s, wenn ġer tella tserdunt icsi x-s, wenn ġer tella tfunast [10] icsi x-s, ca lqecc ffren t, ca csin t.
24 13. iwa, a sidi, naley neffu ġer-diha, di wawmcac ljamiε. lqcali εemmerent da. iwa, neqqim din, a sidi, ur ac-ttiniġ, d aseggwas ula d εamayn uns. atsen luxt innin ggurn ssin djiyacn, meṛṛa raḥen εer terqat, meṛṛa raḥen ġer-da, meṛṛa raḥen ġer-da... xeṭṭefn d lmal, xeṭṭefn d kulci. llan ixerbarjiyn ggurn d dweln d ttawin-asen d ġer-da ymendi, ṣṛefn-asen d ġer-da lqeṛṭas, ṣṛefn-asen d ġer kada, debbarn d x-sen.
25 14. wah, ttuġ luqt enn i tyirza ggurn d ġer-da, ggurn d ġer luṭa izliten. ddunit, cerrezn x-yiṭ. ġassa ad iluwwen imendi, tenya ukwan hemzen xedmen t x-yiṭ. iwa, ggurn d maniy asen-imeḍḥar wenn d ġa yiwin, awin t id, ttuġ-ten ggurn d ssiya lbudriss. ad raḥen x-yiṭ s lklayṭ raḥent id-sen [11] tsednan. iniġ iṛumin lharidj wani yllan lgrud tura. temmen imendi zilc, iwa, ttawint csin d imendi x-yiṭ, csin d nitni t tsednan-ensen di tḥuyak, i csin d tsednan.
26 15. iwa sidi, ennḥar tali, mayn asen-ifellesn lqaḍiya ? wahwa raḥen ġer ayt lfarḥ ccerfa [12], tkennen d ccerfa. kkern d jdud-enneġ xedmen-ten. zaydn ukcen-asen timessi, nitni bnan s wudles ayt lfraḥ. lbaεṭ di nanneġ ssiya raḥen djiyicn ukcen-asen timessi x-yiṭ, endhen d lmal. ay yin lbarud jar-asen, txelleq lmut aggin ad, txelleq lmut aggin-enneġ, dweln. ha-ten nitni d ccerfa tura fellesn-asen lqaḍiya.
27 16. iwa sidi, dweln d ġer-da, kken d maynn da kken. nitni nnan-as : « ixeṣṣ (a) anraḥ ġer lebhayer a-neneġ l..., netta ay nneġ-isers iṛumin ! » netta d idj yat ayt εbdelḥamid ur zriġ mamc as-tennan. iwa, netta d memmi-s g uxam, aynna d memmi-s d argaz netc ur t ssineġ, memmi-s ktern ennec. iwa, sidi, kkern ssiya idj yiṭ x-yiṭ, di lfjer, luxt enn uften d din, uften d din, luxt innin. enneṭn-as i wxam. iwa sidi, ur zriġ mamc as-tuqqε, beḥra iffeġ d inn-as uḍeṛṛab : « ax-ac ! » ur zriε man wenn it yuftin, iεawd i memmi-s. luxt enn nitni ur zriġ d cwic ula d ḥalla. uften, ṛzen dag-sen. idj nnan-as ḥemmu ccix, ay i-nann, ma netc ur ḥaḍireġ, εawden-iyi aha. iwa sidi, lmuḥimm, yin din lbarud, immut wenn ġa ymmuten, iterts wenn ġa yterttsen. endhen d lmal, endhen d dwab, kulciy ifunassen, ssiya ayt ḥeddu, ssiya ayt meqqran, ssiya ayt lebhayer kulciy u safi !
28 17. illa baba-s i yemma-c d merzuqa, (baba-s ben εli, ay c-tennan-as ben εli, baba-s xal-c ben εli) illa yufi lḥal insen diha di wuzḥar x-ddra [13]. bekri ytsella d lbarud, yali d. nezgi d iuli, yafi-ten d ya beεda ndhen d kulci. ifteṛ-iten d, ifteṛ-iten s lfjuj nitni ġer-da, awar d i bab lklaṭi. ġer umcan n mi dihi tennan lkfezza, netta yxerzri wi t ixerzren. ius d i ccirb, tella lmanjura [14] din, ur dihi telli, ccirb iwbrid aqdim, ittazzal lunnes iffeġ i yidj neġ mad sin, abrid interk x iyin illa indeh kulci. alenzgi-ten d ikka nnan-as uḍeṛṛab : » meεn ! », heddemn t dihi di lkfezza.
29 18. ndhen d, ya sidi, ġer-da xelletn d ġer-dihi, ġer luṭa wawmcac, tura ngullu εeqqleġ, ḥaḍreġ, negzi d ferqen-iten d ifunassen d dwab. zuġuren yyis l l... iserrej d azuggwaġ. iwa, luxt innin yaliy it nefs-ensen, inna lbarud ad iuqeε jar ayt ḥeddu d ayt ḥamed. ckintin tεeqqelt fel matal, ifunasen, lahl-enc, tinit-asen : « a ten-εzelġ, ur ten-ntegg di taṭṭut ! » llan aynn d ġa yiwin beṭṭunt, meḥsub aynn s raḥn. ayt ḥamed neqqezn d ssiya, ḥedd ineqqez d ssiya, ḥedd ssiya. neqqezn ayt meqqran meεnen yyis L..., nnan-asn : « ur ittili di taṭṭut ur kada ! » lfayda, ġir ibedd rebbi uxellas mayn tinit ituqeε lbarud. iwa sidi, d aynn agg ellan, ithedden lqaḍiya, kul waḥedd iεzel aynn iεeqqel lahl-ens, ithedden lqadiya, tura, at t tsellemt, ad awnεawdeġ [15].
30 19. iwa, ithedden lqaḍiya, sir ya ḥal, adji ya ḥal [16] ! iwa, netcni dg idj yifri awarn i luṭa wawmcac, g idj wumcan tennan lgεatu w sεid, tfuctuwass enn ixelleqn lbarud di bu εdli. iεdawn aynn ac-enniġ xelten-nneġ luxt enn. menbeεḍ s lbaεṭ taqedda [17]-nsen d bni bu iḥend lbaεṭ leεjayb d izgrarn bekkesn tijellabin, bekkesn d lqeṛṭas, xellefn s lklayṭ. lmuḥimm nziy ibdeε lbarud luxt innin lwacun jmeεn-ten tsednan kul ḥedd d mani g idj yifri. csin d lḥwayj azerf tenn ġr illa ca wzerf yint xaf-sent imzellegn dg lbibur, bekri ckintin ur d tiwit lizur enn. lizur enn ḥettant-ten tsednan, had ic ḥal ur ten-tiwit ckintin, ttuġ-tent ḥettant dag-sen. iwa, tenn ġr illa ca wzerf, iniġ tiyya amma di tiwa nsent, iniġ tiyya x-sen [18] imzellegn. iwa, yyint ḥettant qqaε ṭerf-ensent.
31 20. iwa, xelten luxt innin, tacren i tsednan, tiwa n tsednan. jmeεn luxt innin [19], jmeεn... yiggen di lbaεt εdeln maynn ġa tεeqqelt xu yyis, εdel xu yyis. lfayda luxt innin εemmern-ten s uzerf ġer tsednan. illa wzerf, llan idemlaj, tella tseġlay, llan tiqdimin kulci taqdim, ur teddad tiwit tura, ur da ylli klil wenn ġr isul tura. llan lmerfed, llant tixerzin, llan idemlaj iqdimin, llant tseġlay tiqdimin, llan lbaεṭ meẓẓyanin tennan-asent lεaziz. iwa, sidi ben ḥnini, llan lḥwayj bezzaf iqdimin. jmeεn luxt innin, εemmern idj ensen εdlen di ssmaṭat.
32 21. iwa, ukwan nitni ttuġ hemzen, csin. nitni csin luxt innin, yiwiyn kulci, ad ġlin x idjuwumcan, idj ttuġ da tennan-as mḥand u εezuz d mḥand u εli, ḷḷah irḥemmu, baba-s n ccix si εli tura. llant ġersen tizeddadin [20], ad ac-enniġ rebεayat ula tsεayat ay ġersen. nitni reggebn, nitni inniyn-tent, luxt innin hemzen zi gerwawn [21], zi friyin. hemzen ġlin y idj lεari, fhemen kecceṭn tisednan. luxt innin nitni berqen dag-sen ġer-di, heddemm-ten. ttuġ heddemn-ten, ttuġ ad ġlin x lεari. ukwan nezgiy uṭan, uṭan amma ġer deffer, hannunin t.
33 22. luxt innin raḥen zag-sen ssmaṭat tehnunnin s uzerf. iwa, luxt innin ias ed idj dag-sen ittazzel, iraḥ ed lklayṭ-ensen. jillabin enn kkesn-asen ibekkasn enn tsellan bekkesn tijellabin. iniġ luxt innin kkesn ibekkasn, csin d tijellabin, djjant di tigdwarin. ukwan ġren i tsednan asent ed luxt innin marnanent ed ġer ssmaṭat, nnan-asent : « awrat, kul tent csi ay t tεeql ! » iwa, asent ed luxt innin ttazzelent ġer lḥwayj enn. luxt enn ggurn d s lḥwayj-ensent. iwa, hemzen, ur csin-ten ġir illa lbarud. luxt enn dix g lmuda, ġir ti, ti, ti, ti, illa lbarud isew ! hemzen, ur ssineġ mani s iakkin di luxt innin enna nniġ dweln d tisednan d lwacun dg ifriyn.
34 23. iwa, idjuwass, tekker teqbilt, kkern d iġiaten, kkern d bni bu iḥend, imġillen, ayt seġruccen, lḥyaina [22], kulci kkern d enneṭn-nneġ diha. εelmen d εelmen ġer-dihi luxt enn. εelmen d y ayt luxt, nnan-asen : « netcni, ass way flan, amen da tṣaṛ tura, aniyy lbarud ! » [23]
35 24. iwa, enneṭn-nneġ diha g wawmcac. iwa, meεnen-nneġ, icell diha lbarud nḥaṛ nḥaṛ ; immut wenn immutn, iterts wenn itertsen ! atfen-en, safi, luṭa wawmcac, meεnen-nneġ ! luxt innin huggwan d, ucen ixfawn-ensen y iṛumin. nziy seġlay-ten midden dg idj wumcan awarn i wawmcac nnan-as tabḥirt ; aynn iqqimen lεabad εicen. kkern iṛumin jmeεn aynn ma ġersen yufa lḥal zi lklayṭ d iwin-asen qqaε kkesn di lbarud. nnan-asen : « ixeṣṣ iεdawn enn ad awiyn snaḥ nes anneġ-tccatn ! » iwa, hemzen luxt innin atsen serusen, εawden-i. inn-ac, atsen luxt innin imuqqran-ensen fṛanṣa, ggurn d x-sen duggweln, meḥsub : « ha yanneġ nennet-awn ! » [24]
36 .
37 25. iwa, inn-ac alenzgi iweṭn idj tennan-as εssu w ccix, baba-s εbdaḷḷah yenn wassa tura, ttuġ d zεim bezzaf. iwa illa ġers ict n lklaṭ, ur ssineġ wi t id iwin ġer-da, zi zicen d djiyicen, may ur icsi d ca εaskri ġer-da, irwel d i ca εaskri ttuġ-ten netta. iwa, ikkes-as d ttuġ, d awuḥedi di niccan d zεim εssu w ccix, itccat-is ! iwa, ass enn lbarud [25] luxt innin, qqimen nitni sġimen waḥedd, sġimen xemsa y umcan, setta y umcan, tad sġimen tuḥedd zg idjuwumcan, ma tfhemt ? εlaḥeqqac snaḥ enn d lmliḥ nemsi ixla t.
38 26. iwa, inn-ac zgi tuweṭn nnan-as : « ara lklaṭ a ! » inn-ac inn-as : « haq xud ha amen id isġuna ! » εssu w ccix, ur iggwid ur ijjel inn-ac luxt innin atsen-sen lfṛanṣawiya d jer-asen ḍḥaken, meḥsub nnan-as « wa d zεim ! » iwa, meεnen t xaf-s lklaṭ luxt enn.
39 27. iwa, illa yidj yaḍnin nnan-as mḥand u ḥemmu. ukwan zεim u safi ! netta d εbdelḥamidi, netta yqqim akid-nneġ. immut g udrar g idj yifri, netta t tmeṭṭut-ens. utfen dis udrar g idj jbel, g idj yifri atsen ; tccaten ssyin. qqimen tamida yict n ticcuft, zdu ticcuft enn illa yidj uḥfur d ameqqran. kkin d ssiyn iṛumin, wenn d ġa yġellin ihedmi di lġar enn alenzgi ten-inġa kulci. nzgiz ias ed uwiynn lexbaṛ, bdeεn tccaten dag-sen. walu ! sḍern dag-sen. ur illi lquwwam am wass-a tura, sḍern dag-sen. walaynni ius ed idj aġeddar zig-sen beεda d ayt εbdelḥamid. inna-asn y iṛumin : « maynn-iyi-ġa-tucem ad awn-t-neġ ?! » ttuġ din aked-s g ifriy enn idwel, irwel. iwa, idjuwumcan yifri ur as-iyyi leḥsab, iuft it id ssyin. waxxa addak ci teqqim tmeṭṭut tetccat. tag ad asen-teffeġ zi teḥfurt. traḥ ġer-din tiyyara, berqen dag-s d yfri alzi temmut.
40 28. iwa, luxt innin siḍer-nanneġ d, siḍer-nanneε d i luṭa ya. tura aseggwas enn suleġ εqleġ, tella d amzwar unebdu, illa da lḥetc, lḥetc iqteε abrid. iwa, netcni nhuwwa d ssiya, tura wεayiġ, tmeεn-i yemma zg fus, ḷḷah irḥem, ha wi yrḥem ljamiε [26].
41 29. luxt enn naf d diha iysan d iserdan ttuwuln diha di lmeruja yad. ur dji ḍḥaren zi nfel d rbiε. nezwa ġer diha, ġer wani diha tennan ader n εlla, ġer ulmu yad. nuf d diha, taxamt. uften lεabad tixamin, netcni ayt ḥeddu kul ha mani yttwala. iwa, waxxa qqaε aynn ma din sikkin iεdawn x lahl-enneġ, ur asn-iqedd. ur qeḍṛen ad ttun lefdiḥt enn asen-yyin. bdeεn tεeddaben dag-sen. iwa, kkin d telt iyyam ayd encel, ġer lmuġreb innin-ac : « a-teṛḥelm ġer wawmcac ! » ad diha nens. bekri innin-ac : « a-teṛḥelm ġer udmam ! » telt iyyam nitni ttewfan dag-nneġ ! kul taxamt s waεessas, ceqq di txamt-enc, aεessas ibedd (zn) gec s lklaṭ ! aynn ma da yjran i lahl-enneε di lḥqiqa ġir tuḍlemen. nitni yuf-iten lḥal εicn di lhenna d lman alenzgi d x-sen iṣeḷḷet ṛebbi iṛumin.
42 30. iwa, hiyya hadiq, nṣaleḥ d luxt innin. neqqim ya beεda nezzgi qqimmen telt iyyam ttewfan dag-nneġ, qallen-anneġ. luxt innin neqqim da nzdeε. ġir tixamin, ur ellin ixamn ; ixamn amma nniġ-ac ur da yufi lḥal, ġir wenn nenneġ d wenn ayt lmeġrawi. scemten-ten irumin nzgi d xelten tfuctuwass enn ġer-diha, ukcin-asen timessi, scemṭen-ten.
43 31. iwa, qqimen lεabad ġer tixamin, ur ya ytuqeε lebniya al tiggara di listiεamar. ad atsen lεabad bnan s ucal teggin inimat ssiya d ssiya. uma sima ya wr ya ytuqeε al istiqlal. menbeεḍ sima wi g bdeεn da qqeε d amzwar ; ibdeε da ccix lεrbi. itfeṛi εayyad uεezuz, ḷḷah irḥemmu, meskin, itfeṛi ḥeddu w mḥand d sġrir.
44 (lḥajj fatmi, admam, 15/09/81)
Amṣalaḥ n Ayt Bu Slama
45 32. nitceni ntemswfta, nitni sersen lqacli, ha-ten tin ha ! ucsin d x yiṭ, iwiy-iten d idj u bu slama zag-nneġ, tennan-as l... iwiy-iten d x yiṭ, ittraεa ad x nneġiḥakem. sersen ġer-da lqacli x yiṭ. naley ncel di lbarud nhaṛ nahṛ.
46 33. iwa, txelq lmut dag-nneġ ass x uma-s d dag-sen. iwa, nzga nerwel ssiya naley bu εdli. iwa, berqen d suggern d xaf-nneġ, ttawin d lberṭiza, ttawin d lberṭiza bezzaf. iwa, nekk dihin telt stin netcnin ttemenġa. iwa, merra reẓn-anneġ, merra nerẓ-iten.
47 34. nhaṛ tali wr ya zayden cay iṭ enn ndi nenna anṣlaḥ. smunen d taqbilt, ha lḥyaina, ha yġezran, hat ayt seġruccen, ha ḥuwwara, ha tsul, ha brans, ha... jmeεn d kulci taqbilt enneṭn-anneġ dihi, icel lbarud alliy tsṭer cemmetn txamin, mmuten bnadem bezzaf, netcni la wr neggit bezzaf, ci setta u tmenia ay is nella. iwa, tfehmet ?
48 35. iwa, nṣlaḥ azetcca yinn, nṣlaḥ. nnan-as y idj u bu slama zag-nneġ, nnan-as : « mani tcelit ? » inn-as : « a-wddi, di jbel n bu εdli » inn-asen netta yidj lḥakem zi ġerun tennan-as lbordi, illa dihi di lqecla usuwal, inn-as : « fiq lforsa ? » inn-as t id lbordi. inn-as : « yih i lbareḥ, mnin kant lklaṭ fidi qunt rajel. daba mnin gellaεt lklaṭa, ma bqitc i rajel. illa qul fiq lforsa bḥalli aṛedd lli lklaṭa, uced lklaṭ ek ! » dar ġir bida hak-da, ccuf beεda.
49 36. tfehmet ? illa iyy-as amma, inn-as : « err-iyi lklaṭ-inw, tecsit lklaṭ-ennec. aniyy qerṣa [27] bqerṣa ! » iyy amma ġir s ifassen xel lqebṭan enn netta ylla yqqim xel korsi, iasen diha x usruf, iggwed ! llan din idj miya d ḥakem neġ ma ketter, berqen ḍḥaken xaf-s.
50 37. iwa, nṣlaḥ fiεlen. nnan ad anneġ-ṭuṛqen. nitni ġrin anneġ ġer yidj ustar ad anneġ-ṭuṛqen, tiyyara tas ed zi baris. ters ed tiyyara, tasi lkurri terẓem d i lkurri, raḥen ġer lkurri. amen it erẓemn ay anneġ-ġrin. iwa, nṣlaḥ, nġers i wfunas.
51 38. nzi nεers i wfunas atsen sikkan x nneġ ict en tmara kul tassaεt, ttinin : « ul id ġas tsuya ay is tellam ! » inn-ac nnan-anneġ : « dag-wun setta laf u telt miya. niyy id zi tarxa n fṛanṣa alf i yidj nukta lkunt i setta laf u telt miya. niyy d alf yidj nenna ad ineġ xems miya, a teqqim at tmeεn xems miya. may imken ci setta u tmanin lklaṭa imeεn qqaε lbarud a ! »
52 39. ndi ḥessebn uftin lkunt, ufin sbaεtac alf jar lberṭiza d lεaskri sbaεtac alf. nnan-as : « kif-ac had ci ? may imkenc, aya d azwar aya, nda tyim d azwar ! bezzaf aya sulen midden ferren ! »
53 40. iwa, lbaεṭ rwellen (ġer) adrar. wenn immutn immut, wenn rwellen irwel. nuts neḥesseb-asen, ur iyya illi cay ! demmen-anneġ wajarn, nnan-asn : « ay d ay dag-sen ! » iwa, yin-anneġ lextiyt ; nsers lextiyt tnin u tlatin i txamt.
54 41. iwa, inna-nneġ d lḥakem enn : « iwa, εṛeftu lukan ma lqelb d lmexzen ḥnin, ma iqedd kum la blad kum la ṛwaḥ ġir fi tsemmaṛ d lbġel lli semmeṛ nna εla msebbet kum ! » inn-ac inna-nneġ lḥakem enn : « ur awn-tqeddi la agel-enwun ula tamurtenwun ula nfus-enwun, ġir ay is ed nsemmeṛ dwab, ġir ay is ed nsemmeṛ dwab ! »
55 42. iwa, inn-as idj zag-nneġ : « ur cun itaġ lḥal zag-nneġ. ur jin neffiġ tamurt-enneġ ! d cenwi ay d x nneġ-tḥejmem. netceni nsella y lahl-enneġ tennan-as : ‘‘ljahed al blad u lulad !’’ neqqim netccat x tmurt-enneġ d warraw-nneġ. tura tmeεnem-anneġ bessif ! ur anneġ-tḥassab tamurt-enneġ, ur anneġ-tḥassabn warraw-nneġ, ur anneġ-itḥassab cay, tmeεnem-anneġ bessif ! »
56 43. iwa, inn-asn : « maynmi x nneġ-ġra-tḥejmem ? d cenwi ay x nneġ-tetraεam di tmurt-enneġ ! ur cun itaġ lḥal. ur jin nelliġ tura tamurt-enneġ, la ! neqqim di tmurt-enneġ, netccat x tmurt-enneġ d warraw-nneġ, tḥejmem xaf-nneġ ! cenwi ay x nneġ-tḥejmem ! »
57 44. iwa, niyy lciyax, niyy lmuqqadmin. iwa, neqqim ya beεda. ukcin-anneġ aseggwas, nnan-ac : « ur txedemt sserbis, ur tḥerrekm, ġerun lṭa, dεεem bezzaf ! » iwa safi, immut wawal ! nitni wr ji tricin, xdemġ id-sen waḥedd u εarbayn εam, nitni kelma waḥda. walaynni ur t ebġin bnadem aṭmaε, ur t ebεin bnadem nn ittegen tixwarjiyn [28]. la, ur dji telġi fṛanṣa ! tebġa lmenṣuṛ. netcni la ! netcni marroqiyn, wenna d iusan nukcan udem-ens. cenwi la, idjuwudem agg ellan !
58 45. nnan-ac iṛumin : « ur ġer-nneġ ili lkunt lmoġrib, ġir ayt bu slama ! » inn-ac, meεnen t id ġir s tadrusi ; ġas ayt bu slama aggin irgazn. qqimem tccaten alziy twameεn bessif. inn-ac i ma taqbilt yaṭ rwellen ġer-diha, zzenuzn lahl-ensent. ccuf beεda wenn da yssilin iṛumin, wenn da yssilin lkunuṛ x yiṭ, enġin t ayt bu slam, enġin t netta s memmi-s, nnan-as : « may nneġ ġra tacert iṛumin x yiṭ as anneġtserst di tmurt-enneġ ! »
59 (ccix lεrbi, admam, 11/03/1985)
La guerre entre la France et nous
60 1. Un jour ce fut le déclenchement des hostilités et la poudre parla. En ces temps-là, chez nous les chleuhs, les armes perfectionnées faisaient défaut. Les nôtres, non sans courage, s’opposèrent alors aux Européens dans des combats qui s’annonçaient inégaux.
61 2. Pour l’essentiel, je vais te dire comment ça s’est passé au début. Au moment où ça a commencé nous campions tous dans l’Aïn Hallouf (« La source aux sangliers »), dans un endroit appelé Immouzaz. Il y avait là tous les douars Aït Haddou.
62 3. Il y avait des enfants du nom de Tafennicht, dont la mère était restée veuve, qui gardaient ensemble un petit troupeau de chèvres (Dieu leur a remplacé !). Autrefois, tout cet endroit était en friche, dans le temps tout était en friche. L’un d’entre eux avait sorti les chèvres et, de bonne heure, les avait menées paître vers Tichouft Lebchem (« La colline du chêne-liège »), n’est-ce pas ? Son regard s’était posé sur cette colline qui nous avoisine sur le côté. Arrivé là-bas il guettait le terrain lorsqu’il aperçut des soldats qui s’affairaient à élever une murette, une murette toute simple. C’était deux hommes qui avaient conduit les soldats – des mouchards, comme on dit aujourd’hui – qui les avaient guidés en pleine nuit pour qu’ils s’installent là-bas, espérant que les Européens les récompenseraient en leur fournissant du travail.
63 4. En conclusion, le berger est revenu en hurlant donner l’alerte aux gens d’Aït Haddou. Il y avait là toutes les tentes, une dizaine au bas mot. Il criait à tue-tête : « Venez tous ! Les Européens s’installent sur la colline du chêne-liège ! »
64 5. Eh bien, mon fils, les gens, tu sais comment ils sont ; les uns étaient absents, les autres présents. Ceux qui étaient là accoururent en empoignant ce qui leur tombait sous la main : qui un mousqueton, qui un Lebel, qui un Chassepot, ou autre chose. Ils sont venus alors entourer les Européens là-bas. Au tout petit matin, eh oui, de très bonne heure – moi j’étais enfant – j’ai entendu la fusillade, ta ! ta ! ta ! ta ! ta !
65 6. Les nôtres, les Aït Haddou, sont venus de par là en collant au terrain, ainsi que les Aït Ouggern, qui, ayant entendu tirer, grimpaient depuis la plaine, la plaine d’Izlitene. Ils sont venus de part et d’autre, tout en tiraillant. Bref, bien avant le début de l’après-midi, il y avait eu un grand nombre de morts et de blessés. Par exemple, le père du moqqadem Mohand ou Mimoun, qu’on appelait Mimoun ou Hamid, est tombé là-bas à cet endroit. Quant aux deux jeunes dont je t’ai parlé, les fils de la veuve Tafennicht, le chevrier ainsi qu’un autre, ils sont morts là-bas tous les deux. Une balle a brisé la hanche du père d’Ali Aomar.
66 7. Eh bien, mon fils, pour tout te dire, nous avons fait évacuer les tentes d’Immouzaz, nous les avons repliées vers une clairière, que l’on appelle Amajji, juste là derrière le Tizi Oulmou (« Le col du pâturage »). Eh bien, la fusillade s’est calmée entre neuf et dix heures. En effet, à la faveur de cette accalmie, les nôtres ont commencé à emporter leurs morts et leurs blessés, à les faire descendre dans la clairière en question. C’est à ce moment-là que je me suis mêlé aux gens ; il faut préciser que j’étais tout petit à l’époque. Ceux qui étaient tombés d’un côté on les déménageait ailleurs. Les Européens, pour leur part, ont également rassemblé morts et blessés, car les nôtres avaient fait un carnage chez les soldats. Ils ensevelissaient leurs morts dans une fosse derrière le poste qui est de notre côté, le voilà ! En premier lieu, ils les ont enterrés tout habillés ; mais il est vrai que par la suite ils les ont fait enlever par des ouvriers salariés. 8. Eh bien, mon fils, au coucher du soleil ça faisait une journée entière que les soldats étaient retranchés là-dedans. Mon père (que Dieu le prenne en Sa miséricorde !) conduisait une mule rouge que nous possédions autrefois. Il était parti vers Charra chercher du sel. Entre-temps, les nôtres avaient réuni leurs morts là et avaient commencé à veiller sur eux, les femmes se lamentaient. Mon père est arrivé sur ces entrefaites, tout en conduisant sa mule avec son chargement de sel. Il le déposa à terre (je m’en souviens encore) et, comme ça, se mit à tourner en pleurant, s’écriant « Ô mon père ! ». Lui saisissant le pan du burnous, comme ça, j’ai commencé moi aussi à tourner avec lui. En conclusion, ça s’est passé comme ça, et on n’y peut rien ! Le jour déclinait doucement. A ce moment-là les nôtres ont enterré leurs morts là (ils étaient parvenus en cachette ici, de jour, en ayant peur d’être repérés), ils les ont inhumés ici, dans ce cimetière-là.
67 9. Bref, le soir venu, ils avaient achevé de les enterrer. Moi, j’étais venu avec eux, tout petit que j’étais. A l’époque il y avait là notre maison et celle de Lmeghraoui. C’est tout ce que comptait notre village d’Admam comme maisons, à part la hutte de la passerelle du côté d’Aït Lmokhtar, plus une hutte en herbe là-bas à Dijwa des Aït Ameur ou Belkacem. C’est tout ce qu’il y avait là à l’époque.
68 10. Eh bien, des gens avaient ensilé du grain ici chez mon grand-père. Nous disposions de silos en écorce – ce dont je te parle se passait au printemps – le grain était consommé, les silos étaient par conséquent vides. Les hommes passèrent par là à ce moment et emportèrent les plus grandes parmi les écorces pour y ensevelir leurs camarades tombés au combat, là-bas (dans ce cimetière), comme ils le font actuellement dans de la pierre. Mais de la pierre ils n’en avaient point trouvé...
69 11. Eh bien, une de mes tantes habitait le village d’Ichoucha au moment où mon grand-père fut tué par les Européens à Tichouft Oufalchou (« La colline du vautour »). Ce patriarche était un homme d’un courage à toute épreuve. Autrefois, on le comptait parmi les plus forts de la tribu ; il avait un cheval d’une agilité prodigieuse. Lorsqu’il fut mort on le porta à sa tente, on le lava, puis on le plaça, lui aussi, dans un cercueil de liège, malgré sa qualité de notable de l’assemblée, car, à ce moment-là, il n’y eut personne pour lui chercher un suaire. Les femmes se lamentèrent autour de son corps. Quand arriva ma tante il avait déjà été porté en terre. Sais-tu ce qu’elle fit alors ? Elle écarta la terre de façon à exposer le corps ; elle le contempla en larmes un court instant, puis le remit dans son cercueil.
70 12. Bref, mon fils, au crépuscule de cette fameuse soirée, ils ont fini d’ensevelir tout le monde. J’étais parmi eux un petit garçon qui les regardait faire. Alors on est revenu et, les chefs s’étant mis d’accord, la consigne a circulé : « Partons ! Tous ensemble, décampons vers Ouaoumchach ! » C’est donc de nuit que nous avons passé la crête, nous autres les Aït Haddou. Chacun qui possédait un animal s’en est servi pour transporter ses affaires : qui une jument, qui une mule, qui une vache. Certains ustensiles ont été cachés, d’autres emportés.
71 13. Eh bien, mon fils, nous avons grimpé, nous nous sommes trouvés par là de bon matin, tous ensemble à Ouaoumchach. De ce côté les Européens tenaient tous les postes. Donc, nous sommes restés là, environ un an, peut-être deux. C’est l’époque à laquelle on a commencé à former des groupes armés. Ils essaimaient tantôt vers Terkat, tantôt par ici, tantôt par là, razziant les troupeaux, enlevant tout. Il y avait aussi des agents doubles qui faisaient la navette en leur apportant du grain, les approvisionnant en cartouches ou toute autre chose, faisant le maximum pour eux.
72 14. Oui, en ces temps-là ils partaient par là, vers la plaine d’Izlitene ; ils labouraient en bas, en pleine nuit. Dès que le grain était mûr ils y retournaient, toujours de nuit, pour moissonner. Ce qu’ils trouvaient en chemin d’une quelconque utilité, ils s’en emparaient. Ils partaient vers Lboudriss. Ils s’en allaient nuitamment, armés de fusils et en compagnie des femmes. A cette époque les Européens tenaient l’emplacement de l’actuel poste forestier. Les nôtres se dépêchaient de moissonner, puis de ramener le grain, aidés en cela par les femmes qui l’enroulaient dans leurs haïks.
73 15. Alors, mon fils, tu peux te poser la question : en définitive à quoi attribuer leur échec ? C’est que certains étaient partis razzier chez les chorfa Aït Lfrah ; du moins ils se disent chorfa ! En fait, nos anciens leur avaient été soumis. Les djicheurs avaient attaqué, mettant le feu à leurs demeures, car il faut préciser que les Aït Lfrah construisaient des huttes en herbe. Des gens de chez nous étaient partis chez eux incendier leurs huttes et razzier leurs troupeaux en pleine nuit. Le combat s’étant engagé entre eux, il y avait eu des morts dans chaque camp, puis les nôtres étaient rentrés. Par conséquent, les chorfa se sont acharnés à leur perte.
74 16. Eh bien, mon fils, les nôtres sont revenus ici ; ils y ont passé le temps qu’ils y ont passé, ensuite ils ont décidé en conseil de se rendre à Lebhayer afin d’y tuer L..., car c’était lui qui leur avait amené les Européens dans le pays, lui et un autre Aït Abdelhamid dont j’ai oublié le nom. Lui et son fils habitaient cette maison avec le fils de l’homme que j’ai oublié – son fils était plus grand que toi. Bon, nos gens sont partis là-bas en pleine nuit, un peu avant l’aube. C’est à ce moment-là qu’ils ont attaqué. Ils ont entouré la maison. Voilà, j’ignore comment ça s’est passé. Dès que L... est sorti un tireur l’a ajusté. Je n’ai jamais su qui c’était. Il a réservé un sort identique au fils. C’est qu’à cette époque je ne les connaissais pas tous. Bref, ils les ont mis hors de combat. C’était un certain Hammou ou Cheikh qui a tiré, à ce qu’on m’a dit ; moi je n’étais pas présent, on m’a seulement répété cela après coup. En tout cas il a y eu un combat avec des morts et des blessés. Les nôtres ont razzié les troupeaux, le gros bétail, toutes les vaches, d’un côté les Aït Haddou, d’un côté les Aït Mokrane, d’un autre les Ayt Lebhayer, tout quoi !
75 17. Le père de ta mère Merzouqa (le père de Ben Ali, on l’appelait Ben Ali, le père de ton oncle maternel, Ben Ali) se trouvait alors à Azhar où il avait passé la nuit à veiller sur le maïs. De bon matin, il monta en direction de la fusillade. Une fois monté il constata en premier lieu que les attaquants emmenaient tout le bétail. Il les suivit sans se faire remarquer jusqu’aux abords de Bab Elklati. Vers cet endroit qu’on appelle Lkfezza il fut repéré. Il arrivait par Chirb (là où se trouve la route goudronnée, qui n’existait pas alors), par Chirb en suivant la vieille piste ; peut-être courait-il. Un, ou bien deux des attaquants quittèrent la piste et, s’étant laissé distancer par le gros de la troupe, se postèrent en embuscade. Lorsque Ben Ali arriva à leur hauteur, ils l’ont abattu, là à Lkfezza.
76 18. Ils ont conduit leur butin jusqu’ici, à la plaine de Ouaoumchach ; maintenant ça me revient, j’étais présent quand ils ont dispersé les vaches et le bétail. Ils menaient par la bride le cheval rouge de L... avec sa selle. A ce moment-là, piqués dans leur amour-propre, les Aït Haddou et les Aït Hamed ont failli en venir aux mains. Toi, par exemple, à propos du bétail, tu dis aux autres : « Je vais le mettre de côté ; il n’est pas inclus dans le partage du butin ! » Or, la coutume veut que l’on partage tout ce qui a été razzié entre participants. Les Aït Hamed intervinrent d’un côté, un par ici, un autre par là. Les Aït Mokrane s’interposèrent, saisirent le cheval de L... et déclarèrent qu’il n’était pas question de l’inclure dans le partage. Bref, c’est Dieu seul qui a ramené le calme, sinon il y aurait eu des affrontements. Eh oui, mon fils, c’est ainsi que se passèrent les choses, le calme est revenu, chacun a mis de côté ce qu’il a reconnu comme lui revenant. Le calme est revenu. A présent, vous allez entendre, je vais vous raconter la suite.
77 19. Eh bien, le calme est revenu ; il s’est écoulé un certain temps. Nous étions installés dans une grotte au-delà de la plaine de Ouaoumchach en un lieu-dit Lgâato ou Saïd. Ce jour-là se déroulait le combat du Bou Adli. C’est à ce moment précis que les ennemis dont je t’ai parlé sont venus nous dévaliser. D’après leur aspect c’étaient des Bni Bou Ihand, étranges et de grande taille, portant chacun une jellaba en laine tissée ceinturée d’une cartouchière, avec le fusil en bandoulière. Lorsque la poudre avait commencé à parler les femmes avaient réuni leurs enfants, chacune dans la grotte où elle se trouvait. Elles avaient pris parmi leurs effets personnels des bijoux en argent – celles qui en avaient – qu’elles portaient sur le dos en rabattant les plis de leur toge. Toi tu n’as pas connu ce type de vêtement. Autrefois, les femmes portaient à dos avec les toges en question, mais tu n’as pas connu cela. Celle qui possédait quelques bijoux les avait ainsi placés sur son dos, puis elle avait noué sur elle le pan du vêtement. Voilà, elles emportaient ainsi tout avec elles.
78 20. Sur ces entrefaites ils sont rentrés dans les grottes et ont dévalisé les femmes. Ils ont ensuite tout réuni... avant de fourrer dans quelques sacs le butin que tu sais afin de le charger sur des chevaux. Ils ont rempli les sacoches de cheval de bijoux volés aux femmes. Il y avait là des bijoux, des bracelets, des pendentifs, tous d’un style ancien que tu ne retrouves plus de nos jours. Il y avait des coiffes en argent, des boucles d’oreille, des bracelets anciens, dont certains de petite taille qu’on nomme « les bien-aimés ». Bref, mon fils, il y avait plein d’objets de l’ancien temps. Les deux hommes ont rempli de butin leurs sacoches et les ont attachées avec des lanières.
79 21. Alors, ils sont partis sans autre forme de procès en emportant tout. Ils ont emporté donc cela et, au moment où ils passaient en un certain endroit, des nôtres s’y trouvaient ; c’était Mohand ou Azouz et Mohand ou Ali (que Dieu les prenne en sa miséricorde !), le père de l’actuel cheikh Si Ali. Ils étaient équipés d’armes perfectionnées, je ne peux pas te dire si c’étaient des mousquetons ou des Lebels dont ils disposaient. Les maraudeurs allaient passer la crête, les nôtres les ont repérés depuis les grottes, au moment précis où ils disparaissaient dans une déclivité. Ils partaient donc, ils allaient passer derrière la montagne, les nôtres ont compris qu’ils avaient pillé les femmes. Alors, depuis là-bas ils les ont ajustés et ont fait mouche. Ils les ont atteints au moment où ils allaient être masqués par la montagne. Quand ils ont été atteints, ils sont tombés comme ça, à la renverse.
80 22. Alors les sacoches qu’ils avaient emportées se sont séparées d’eux et ont roulé dans la pente avec les bijoux. A ce moment-là un des nôtres est arrivé sur place en courant, je m’en souviens, pour prendre leurs fusils. Ils leur ont enlevé leurs jellabas ainsi que leurs cartouchières avec lesquelles les jellabas étaient ceinturées. Ils les ont dépouillés de leurs cartouchières et de leurs jellabas en ne laissant que leurs sous-vêtements. Ils ont appelé les femmes qui accouraient en luttant entre elles de vitesse. Les hommes leur ont dit : « Approchez ! Que chacune prenne ce qu’elle reconnaît comme lui appartenant ! » Ainsi se sont-elles précipitées vers ce butin. Toutes sont reparties avec leurs effets. Alors les nôtres sont partis sans rien prendre car on se battait encore. On n’entendait que ti, ti, ti, ti... le combat mobilisait tous les esprits. Les nôtres sont partis je ne sais où ; quant aux femmes et aux enfants, ils sont revenus vers les grottes.
81 23. Alors, un beau jour, la tribu s’est mobilisée, de même que se sont mobilisées toutes les tribus : les Ghiata, les Bni Bou Ihand, les Imghillen, les Aït Seghrouchen, les Hïaina, toutes sont venues nous encercler ici. Elles nous avaient prévenus, elles avaient informé nos chefs de l’époque en leur disant (comme ça se passe de nos jours) : « Tel jour nous faisons la guerre ! »
82 24. Eh oui, ils nous ont encerclés là-bas à Ouaoumchach, ils nous sont tombés dessus à bras raccourcis, le combat a fait rage la journée entière, il y a eu un grand carnage. En fin de compte ils ont pris pied sur la plaine de Ouaoumchach et nous ont faits prisonniers. A ce moment-là les nôtres descendirent faire leur soumission aux Européens. Au moment de la reddition on a fait descendre les gens en un lieu derrière Ouaoumchach qu’on appelle « Le verger » ; les gens y ont campé et y ont vécu. Le chef français a dit à ses gens : « Il faut que ces dissidents restituent les armes avec lesquelles ils nous ont combattus ! » Eh bien, les nôtres y sont allés, et ils ont commencé à déposer leurs armes, d’après ce qu’on m’a dit. Alors les grands chefs français ont commencé à aller et venir en examinant les fusils, comme pour dire aux nôtres qu’ils étaient vaincus.
83 25. Eh bien, on raconte qu’ils sont arrivés devant le dénommé Assou ou Cheikh, c’est le père de notre Abdallah d’aujourdhui, qui était un vrai héros. Il avait en main une arme dont j’ignore la provenance, peut-être était-ce celle d’un militaire ou d’un déserteur, d’un soldat. En tout cas, il la lui a prise – c’était un fin tireur, un héros, ce Assou ou Cheikh – et il en a fait bon usage. Alors, ce jour-là, au moment du dernier combat les nôtres avaient pris position ; ils l’avaient posté seul, alors qu’ils en avaient mis cinq ou six par endroit, lui, ils l’avaient posté seul dans un lieu, tu comprends ? Parce que cette arme était performante et il avait fait des dégâts considérables.
84 26. Bon, alors quand les Français sont arrivés devant lui, ils lui ont dit de rendre son fusil et il leur a répondu : « Tiens ! Prends-le de ma main, il est encore chaud ! » Assou ou Cheikh, c’est lui qui a dit cela ; il ne craignait absolument rien. On raconte qu’à ce moment-là les Français ont commencé à parler entre eux et à rire, comme pour dire : « C’est un brave ! » Alors ils lui ont pris l’arme.
85 27. Il y en avait un autre du nom de Mohand ou Hammou. Un héros, tout simplement ! C’était un Aït Abdelhamid qui était resté avec nous. Il est mort dans une grotte de la montagne, lui et sa femme. Il était entré dans une grotte de la montagne d’où il avait commencé à tirer. Ils étaient retranchés à côté d’un monticule en-dessous duquel se trouvait un grand trou. Les Européens vinrent à passer. Chaque fois que l’un se découvrait, il l’atteignait d’une balle et le faisait basculer dans le gouffre. Il les tua tous. Lorsque les autres Européens en furent informés, ils entourèrent sa position et le prirent sous leur feu. Pas moyen de le déloger ! Il n’y avait pas alors de moyens comme aujourd’hui. Mohand et sa femme les ont tenus en échec. Mais un traître s’est présenté, un autre Aït Abdelhamid. « Que me proposez-vous si je vous le tue ? » avait-il demandé aux Européens. Il avait été auparavant aux côtés de Mohand ou Hammou dans la grotte, mais, ayant tourné sa veste, il s’était enfui. Mohand n’avait pas pris en considération un certain coin de la grotte ; c’est de là que le traître l’a frappé. Malgré cela, sa femme a continué à faire le coup de feu. Ils lui disaient de sortir mais elle refusait. Finalement, un avion a survolé la grotte en la bombardant jusqu’à ce que la femme soit morte.
86 28. Alors ils nous ont fait descendre dans cette plaine, ils nous ont fait descendre. Cette année-là, je m’en souviens encore, nous étions au début de l’été, l’herbe poussait en travers du chemin. Nous sommes descendus par là (maintenant ça me revient), maman m’a pris par la main ; qu’elle soit bénie, qu’ils soient tous bénis !
87 29. Nous avons trouvé là-bas des chevaux et des mulets piquetés dans la prairie humide. Les herbes et les joncs étaient si hauts que les bêtes apparaissaient à peine. Nous avons traversé jusque vers le lieu appelé Ader n’Aâlla du côté de ce pâturage. Nous y avons dressé notre tente. Les gens dressaient leurs tentes là-bas aux abords d’Ader n’Aâlla, ainsi que nous les Aït Haddou, chacun à son emplacement réservé. Malgré tout ce que les ennemis avaient fait aux nôtres, cela ne leur suffisait point. Ils n’ont pas pu oublier la honte qui leur a été infligée et ils ont commencé à nous punir. Alors que trois jours s’étaient ainsi passés, vers le coucher du soleil, on nous a donné l’ordre de décamper vers Ouaoumchach. Nous y avons passé la nuit ; puis de bonne heure ils nous ont dit de continuer vers Admam. Trois jours ils nous ont fait aller et venir. Chaque tente était gardée ; les gens dans la tente avec un garde armé qui veillait sur eux ! En vérité, les nôtres étaient innocents. Ils avaient vécu dans le calme et la paix jusqu’au jour où Dieu leur envoya les Européens.
88 30. Eh oui, ça s’est passé ainsi, nous nous sommes alors soumis. Tout d’abord nous sommes restés sur place, puis le troisième jour ils nous ont fait déménager en nous surveillant de près. A cette époque nous étions sous la tente, il n’y avait pas de maisons... des maisons comme ça, on n’en trouvait pas en ces temps-là, sauf la nôtre et celle d’Aït Lmeghraoui. Les Européens les ont incendiées le jour même de leur arrivée, ils y ont mis le feu.
89 31. Alors, les gens ont continué à vivre sous la tente. Il n’y a pas eu de véritable construction en dur avant la fin de la colonisation. Les gens ont commencé à construire avec de la terre, puis ils posaient des poutres transversales, mais pas de ciment jusqu’à l’indépendance. Mais le tout premier à employer le ciment a été le cheikh Larbi. Ayyad ou Aziz (Que Dieu le prenne en sa miséricorde !) l’a suivi, Haddou ou Mohand, dit « le petit », en a fait autant.
Soumission des Aït Bou Slama
90 32. Alors que nous nous battions, ils installaient des postes ; tiens, en voilà un là-bas ! Ils étaient venus de nuit guidés par un des nôtres, un certain Ou-Bou-Slama du nom de L... qui cherchait à nous dominer. Ils installaient les postes de nuit ; le jour nous montions les attaquer, et ce plusieurs jours de suite.
91 33. Eh bien, la mort a frappé chez nous, chez eux, après quoi nous nous sommes réfugiés par-là, en haut du Jbel Bou Adli. Donc, ils nous ont serrés de près, ils ont fait intervenir des partisans, beaucoup de partisans. Bref, nous avons passé trois ans là dedans à nous battre ; tantôt ils nous infligeaient des pertes, tantôt nous leur en infligions.
92 34. Lors du dernier jour, celui où nous voulions faire notre reddition, l’ennemi n’a pas progressé. Il s’est contenté de convoquer toutes les tribus : les Hïaina, les Ighezrane, les Aït Seghrouchen, les Houwwara, les Tsoul, les Branès, et ainsi de suite. Il a réuni toutes ces tribus et ils nous ont encerclés ici. Le baroud a duré toute la journée jusqu’au coucher du soleil. Lorsque la nuit tomba ils incendièrent les maisons, il y eut beaucoup de tués. Par contre, nous étions peu nombreux, quatre-vingt-six exactement. Tu comprends ?
93 35. Le lendemain, donc, nous nous sommes rendus. Les Français se sont adressés à l’un des nôtres et lui ont demandé : « Où as-tu passé la journée ? » – « Voyez-vous, j’étais dans le Jbel Bou Adli, » répondit l’Ou-Bou-Slama. L’un des chefs de chez vous, du nom de Leportier, qui se trouvait par ici au poste d’Assoual, lui dit : « Prétends-tu avoir de la force ? » – « En effet », répondit l’Ou-Bou-Slama, « hier, mon fusil à la main, j’étais un homme. Maintenant qu’on me l’a enlevé je suis une femme. Si tu prétends être aussi fort que moi, rends-moi mon fusil et prends le tien. » Ce disant il fit semblant de mettre l’autre en joue, regarde comment !
94 36. Tu comprends ? Il lui faisait comme ça. Il lui a dit : « Rends-moi mon fusil, prends le tien et nous appuyons chacun sur la détente ! » En disant cela il le mit en joue, simplement avec ses mains ; le capitaine, qui était assis sur une chaise, de peur en tomba à la renverse ! Il y avait là une centaine de chefs ou plus et tous se sont mis à rire de cet incident.
95 37. Alors, nous nous sommes rendus. En fait, ils avaient l’intention de nous passer par les armes. Au moment où ils nous ont appelés vers une barricade pour nous fusiller, un avion est arrivé de Paris. Cet avion portait du courrier qu’il a largué. Les Français sont allés en prendre connaissance, puis ils nous ont appelés auprès d’eux. Alors nous nous sommes rendus, nous avons égorgé un taureau.
96 38. Une fois le taureau égorgé ils ont commencé à nous questionner de près. A tout moment ils nous disaient : « Vous étiez plus nombreux que vous ne voulez l’admettre ! » Et d’ajouter : « Vous étiez 6 300, nous avions prévu 1 000 soldats français pour chacun des 6 300 que vous étiez. Nous avions fait nos comptes. Pour vos 6 300 nous avions prévu 1 000 pour chacun d’eux. Nous nous sommes dit que même si chacun des vôtres allait nous en tuer 500, il en restera encore 500 pour le faire prisonnier ! Il est inconcevable que vos 86 fusils aient pu supporté un tel assaut ! »
97 39. Lorsque les Français eurent fait leurs comptes ils constatèrent qu’entre partisans et soldats il y avait eu 17 000 morts. « Comment est-ce possible ?! » se sont-ils écriés, « c’est un véritable carnage que vous avez fait là ! Vous devez avoir encore beaucoup de gens cachés. »
98 40. Effectivement, certains s’étaient enfuis en montagne ; les morts étaient morts, les fugitifs s’étaient éclipsés. Nous avons commencé à nous recenser et, vraiment, des nôtres il n’en restait plus. Finalement, les gens des tribus voisines nous ont cautionnés en confirmant l’exactitude de nos renseignements. Les Français nous ont alors imposé une amende que nous avons versée, à raison de trente-deux réaux par foyer.
99 41. Puis, le chef nous a tenu le discours suivant : « Eh bien, vous savez, si le Makhzen ne voulait pas faire preuve de mansuétude à votre égard, ni votre pays, ni vos âmes ne vous serviraient à autre chose que de ferrer les mulets, les mêmes bêtes que nous avons ferrées pour vous faire entendre raison ! Ni vos biens ni vos terres ne suffiraient à couvrir les dépenses engagées pour monter cette campagne contre vous ! »
100 42. Là-dessus, un des nôtres lui a répondu : « Ne nous en veuillez pas ! Nous ne sommes jamais sortis de notre territoire. C’est vous qui êtes venus nous attaquer ! La devise de nos aïeux a toujours été : ‘‘Le combat pour la patrie et la famille’’. Nous sommes restés donc, pour défendre notre terre et nos enfants. A présent, vous nous prenez de force ! Ni notre terre, ni nos enfants n’auront de reproche à nous faire, personne n’aura de reproche à nous faire, et vous nous faites prisonniers de force ! »
101 43. Et de répéter : « Pourquoi êtes-vous venus nous attaquer ? C’est vous qui êtes venus nous chercher dans notre pays. Il ne faut pas nous en vouloir. Nous ne sommes jamais sortis de notre pays ; non, jamais ! Nous sommes restés dans notre pays, nous l’avons défendu, ainsi que nos enfants, contre vos attaques. C’est vous qui êtes venus nous attaquer ! »
102 44. Alors, nous avons nommé des chioukhs, des moqqadems. Nous sommes restés sur place, mais d’abord ils nous ont accordé une année pour nous refaire, en disant : « Vous n’aurez pas à fournir de corvée, vous n’irez pas en harka ; vous avez le temps, vous avez été soumis à rude épreuve ! » Et voilà, c’est tout ! Les Français ne trichaient pas. Je les connais pour avoir travaillé 41 ans avec eux : 20 ans en tant que moqqadem, 21 ans en tant que cheikh. Ils n’avaient qu’une seule parole. Ils n’aimaient pas ceux qui attendent des cadeaux, ceux qui trafiquent, ils aimaient la droiture. Ce n’est pas le cas chez nous, les Marocains ; nous ne jugeons qu’à la tête du client ! Chez vous, non, il n’y avait qu’un règlement.
103 45. Les Français nous ont également dit : « Au Maroc nous estimons surtout les Aït Bou Slama ! » En effet, ils avaient occupé le reste du Maroc avec de faibles moyens, alors qu’avec nous ils avaient dû « mettre le paquet ». Pour eux, seuls les Aït Bou Slama étaient des hommes. Ils n’ont pas cédé, ils ont tenu tête, ils ont été réduits de force. Quant aux gens des autres tribus, ils se sont enfuis par là, ils ont trahi leurs proches. Comme, par exemple, ce traître [29] qui a fait monter les Européens chez nous, qui a fait monter la colonne en pleine nuit ; eh bien, les Aït Bou Slama l’ont tué. Ils l’ont tué, lui et son fils. Ils lui ont dit : « Pourquoi avoir reçu une prime des Européens pour les amener de nuit dans notre pays ?! »
Références
- Basset A., Textes Berbères du Maroc (parler des Aït Sadden), P. Geuthner, Paris, 1963.
- Destaing E., Dictionnaire Français-Berbère (dialecte des Benis-Snous), Paris, E. Leroux, 1914.
- Guennoun S., La Montagne Berbère : les Aït Oumalou et le pays Zaïan, Éd. Omnia, Rabat, 1993.
- Manue G.R., Têtes brûlées : cinq ans de Légion, Nouvelle Sté d’Édition, Paris, 1929 (p. 220).
- Peyron M., « Bni Bou Zert, aperçu linguistique », in Encyclopédie Berbère, Edisud, t. X, 1991, pp. 1579-1584.
- Renisio A., Dialectes Berbères des Beni Iznassen, E. Leroux, Paris, 1932.
- Taifi M., Dictionnaire Tamaright-Français, L’Harmattan/Awal, Paris, 1992.
- Voinot L., Sur les traces glorieuses des pacificateurs du Maroc, Ch. Lavauzelle, Paris, 1939.