Le travailleur détaché, si loin, si proche
- Par François Meunier
Pages 9 à 13
Citer cet article
- MEUNIER, François,
- Meunier, François.
- Meunier, F.
https://doi.org/10.3917/espri.1709.0009
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- Meunier, F.
- Meunier, François.
- MEUNIER, François,
https://doi.org/10.3917/espri.1709.0009
Notes
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[1]
L’actuelle directive sur le détachement intra-européen est beaucoup plus restrictive : les conditions de travail, dont le salaire, y sont par principe celles du pays d’accueil. Fait exception la couverture sociale, qui reste celle du pays d’origine, un point que le projet de directive européenne en cours de discussion entend supprimer.
-
[2]
Michael Sandel, Ce que l’argent ne saurait acheter. Les limites morales du marché, Paris, Seuil, 2014.
-
[3]
Il y a dans le monde des stratégies de développement basées fortement sur l’exportation temporaire de main-d’œuvre. En témoignent les Philippines, spécialisées dans l’exportation de services domestiques, que l’État encourage, avec un ministère dédié.
Le conflit sur le statut du travail détaché touche au cœur du projet européen. Une façon d’aborder le débat, dans sa dimension morale, est de revenir au principe « à travail égal, salaire égal ». Et pour cela, regardons deux situations presque fictives : celle où la Pologne, disposant d’un travail peu cher, produit des pommes pour les exporter en France, et celle où des travailleurs polonais détachés viennent dans des pommeraies françaises pour y produire des pommes françaises. Le travailleur détaché garde ici exactement les conditions de travail, de rémunération, etc., qu’il connaît en Pologne.
Du point de vue des consommateurs français, rien ne changerait, à supposer une qualité égale des pommes, des coûts de transport identiques, etc. Le sort des travailleurs français resterait également le même, du moins dans un premier temps de réflexion. Que les pommes soient importées ou produites localement, ce sont des travailleurs polonais qui feront le travail. Le travailleur français est évincé dans un cas parce que son entreprise perd le marché ; dans l’autre, plus directement, parce que le travailleur polonais le remplace à son poste de travail. Seul peut-être le dernier acteur, le propriétaire de la pommeraie française, n’est pas dans une position identique : il préfère employer le travailleur polonais plutôt que perdre son marché – à moins qu’il ait les moyens d’investir en Pologne pour exporter à bas coût en France.
Si l’on met de côté cette dernière réserve, est-il globalement neutre de consommer des pommes par importation de pommes ou par importation de services de travail …
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