Article de revue

Le piège dans lequel nous tombons

Pages 8 à 14

Citer cet article


  • Schaer, R.
(2016). Le piège dans lequel nous tombons. Esprit, Janvier(1), 8-14. https://doi.org/10.3917/espri.1601.0008.

  • Schaer, Roland.
« Le piège dans lequel nous tombons ». Esprit, 2016/1 Janvier, 2016. p.8-14. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-esprit-2016-1-page-8?lang=fr.

  • SCHAER, Roland,
2016. Le piège dans lequel nous tombons. Esprit, 2016/1 Janvier, p.8-14. DOI : 10.3917/espri.1601.0008. URL : https://shs.cairn.info/revue-esprit-2016-1-page-8?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/espri.1601.0008


Notes

  • [*]
    Philosophe, il a récemment publié Répondre du vivant, Paris, Le Pommier, 2013.
  • [1]
    Dans les termes du Statut de Rome, la Cour pénale internationale est compétente en matière de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, quand ces crimes menacent la communauté internationale. Elle peut traduire un État, des personnes ou une organisation [art. 7(2)a)]. Elle peut être saisie sur résolution du Conseil de sécurité si l’État dans lequel les crimes sont commis n’est pas partie de la convention [art. 13b)]. L’État islamique a commis des assassinats de masse, a pratiqué l’enlèvement, la torture, l’esclavage, toutes actions relevant des « crimes contre l’humanité » tels que définis à l’article 7 du Statut de Rome. Voir l’entretien avec Mireille Delmas-Marty, « La démocratie dans les bras de Big Brother », Le Monde, 4 juin 2015.
  • [2]
    Le seul discours sensé que j’aie entendu depuis est celui d’un homme de droite, celui qui avait défendu cette même analyse aux Nations unies en 2003, Dominique de Villepin. Voir deux entretiens, passés à peu près inaperçus, face à Jean-Jacques Bourdin les 29 septembre et 2 décembre 2015 (www.bfmtv.com).
  • [3]
    Hannah Arendt, l’Impérialisme. Les origines du totalitarisme, trad. Martine Leiris et Hélène Frappat, Paris, Points, 2010, chap. v.

Une machine infernale s’est mise en route. Au lieu de réfléchir aux moyens de l’enrayer, d’éteindre l’incendie, de faire baisser le niveau des violences, nous sommes en train d’entretenir sa dynamique suicidaire et mortifère, en tombant dans le piège que nous tendent les djihadistes et en faisant, du même coup, le lit du Front national.
Au départ, les djihadistes constituent une petite troupe de mercenaires multinationaux, mobilisée par la monarchie wahhabite, en souvenir du djihad qui l’avait fondée vers 1750, encouragée elle-même par son grand allié américain, qui faisait de la realpolitik, en considérant que celui – quel qu’il soit – qui combat mon ennemi est mon ami. Dans le dernier acte de la guerre froide, il s’agit de bouter les Soviétiques hors d’Afghanistan : c’est fait en 1988, et l’empire soviétique va vers son effondrement.
Une fois la guerre froide finie, cette petite armée de délinquants fanatisés aux ordres de Ben Laden veut prendre une place sur le théâtre mondial et devenir l’avant-garde d’un islam combattant l’Occident perverti. Le potentiel de sympathie est immense : du levant au couchant, du Machrek au Maghreb, et dans la diaspora arabo-musulmane des pays occidentaux. Cette avant-garde frappe un grand coup pour que cette vision se grave dans les esprits sidérés de la population mondiale : c’est le 11 Septembre.
Par une sorte de réaction symétrique d’autant plus violente que ces criminels avaient été inventés par les États-Unis, l’administration Bush prend immédiatement la tête de la grande armée du Bien, pensant réactiver à son profit la « destinée manifeste » de son peuple élu, théocratie contre théocratie…


Date de mise en ligne : 01/02/2016

https://doi.org/10.3917/espri.1601.0008

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