Éditorial. Barack Obama et les États-Unis à l'heure du monde
Pages 4 à 5
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/espri.812.0004
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1Si l’événement trouble l’actualité par sa dimension historique, si la tradition de cette revue est de capter les événements et d’en comprendre la signification profonde, l’époque est plus que jamais marquée de son sceau. Même s’il est légitime de parler d’un monde qui n’est plus unipolaire et américain, les événements qui secouent notre histoire commune, celle du Monde, restent plus que jamais marqués par les États-Unis. Après la parenthèse « démocratique » de l’après-1989 qui a marqué la fin de la guerre froide, la destruction des Twin Towers de Manhattan en septembre 2001 a déclenché une guerre religieuse du Bien contre le Mal qui s’est soldée par un enlisement dans le désert irakien dès 2004. Puis, à l’automne 2007, la crise américaine des subprimes devait conduire rapidement à une récession économique et sociale planétaire.
2Ainsi la boucle historique était bouclée : l’avènement de la démocratie aura donné lieu à une déflagration du capitalisme financier et à une méfiance accrue envers une démocratie trop rivée au laisser-faire. Mais le dernier événement en date, encore américain et inimaginable il y a un an, à savoir l’élection de Barack Obama, est venu redorer le blason de la démocratie, celle des partis et de la pluralité humaine. N’a-t-on pas parlé de 11 septembre inversé ? Mais faut-il en conclure que l’on est revenu au point de départ de 1989 et qu’il était grand temps de se débarrasser d’un capitalisme financier sauvage, celui que l’historien progressiste Eric Hobsbawm considérait dès le début des années 1990 comme la principale menace qui pesait sur le monde de l’après-1989.
3Le croire revient à oublier que ce sont les politiques qui ont délibérément favorisé une économie ouverte considérée comme une accoucheuse des libertés fondamentales alors même que la plupart des pays asiatiques célébraient les noces du pouvoir autoritaire et du libéralisme économique. Le croire, c’est aussi mettre entre parenthèses la « mondialisation historique » en tant que telle (une mutation sur le triple plan démographique, écologique et cognitif) qui nous rend tous interdépendants les uns des autres dans une Terre unique qui est notre Bien commun. L’élection de Barack Obama trouve tout son sens dans ce contexte, lui qui est d’abord le président d’un pays d’immigration qui consonne avec la mondialisation contemporaine. L’éditorialiste Sylvie Kauffmann, qui connaît aussi bien l’Asie que les États-Unis, l’a bien vu :
En revitalisant la démocratie américaine par la diversité, Barack Obama, premier président post-ethnique du pays du melting-pot, offre un modèle positif aux pays pluri-ethniques d’Asie du Sud et du Sud-Est, ainsi qu’aux pays à population musulmane comme l’Indonésie où il a passé une partie de son enfance. C’est déjà beaucoup, c’est plus que ce qu’offrent l’Europe ou l’Australie.
5Mais reconnaître que Barack Obama inscrit les États-Unis dans un monde « mondialisé » tout en revalorisant la démocratie, et admettre que « la mondialisation historique va bien alors que le monde économique va mal », ne permet pas de prévoir ce que sera l’attitude politique américaine à l’échelle mondiale. Si le rôle politique des États-Unis d’Amérique, cette terre de la démocratie en train de panser la plaie « faulknérienne » de l’esclavage, est à nouveau à l’affiche après Guantánamo et Abou Ghraïb, quel sera le choix présidentiel ? Le refus de la volonté impériale néoconservatrice d’imposer par la force la démocratie à la planète, le double échec afghan et irakien seront-ils à l’origine d’un repli sur soi, ou d’une capacité à prendre de front et la perte d’hégémonie des États-Unis et la conviction qu’il est possible de se passionner pour un avenir commun (écologie, développement, échanges) à l’échelle du globe ? À l’heure de la mondialisation, les relations internationales ne peuvent plus se négocier avec les seuls partenaires de la fin du xxe siècle. Aujourd’hui, l’avenir du monde passe par la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud…
6Barack Obama est devenu un symbole mondial, il doit être aussi un accélérateur des changements planétaires indispensables s’il a vraiment compris, lui qui croit au rêve américain, que les États-Unis ne sont plus et ne peuvent plus être le centre du monde dès lors qu’ils n’incarnent pas la fin de l’histoire occidentale. « Pour prouver que l’idée démocratique reste la meilleure, continue S. Kauffmann, Barack Obama devra être le président “transformationnel” que sa campagne a promu. » Ne plus être le Centre, se débrouiller avec la crise économique des années 2007-2008-2009… ne signifie pas que les États-Unis sont devenus impuissants ! Politiquement Barack Obama est bel et bien attendu aux tournants à venir d’une Histoire désormais commune car interdépendante sur tous les plans. Autrement…