Point de vue
Porter la voix du vivant
Pages 52 à 53
Citer cet article
- KHALED BENTOUNES, Le Cheikh,
- Khaled Bentounes, Le Cheikh.
- Khaled Bentounes, L.-C.
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- Khaled Bentounes, L.-C.
- Khaled Bentounes, Le Cheikh.
- KHALED BENTOUNES, Le Cheikh,
Être vivant, c’est être en vie, être en lien et en harmonie avec la Terre, et l’aimer. Cette affirmation qui semble simple requiert pourtant un certain niveau de réflexivité et de conscience. Car les sociétés modernes, qui valorisent majoritairement l’avoir et les possessions matérielles, ont produit une humanité déconnectée d’elle-même et de la planète.
1 L’Homme est le dernier maillon de la chaîne du vivant, et cet enfant « sauvage » est devenu le perturbateur principal de l’équilibre de l’écosphère. Il produit des gaz, détruit les forêts en les couvrant de béton, éradique une grande partie de la faune terrestre et pollue les océans et les mers de déchets plastiques et nucléaires. Ces activités engendrent un dérèglement général du climat générant des phénomènes climatiques extrêmes.
2 Cependant, l’être humain n’existe pas de manière indépendante, il n’est pas simple spectateur mais est partie intégrante de l’écosphère mondiale. Nous sommes tous reliés à la Terre, les humains doivent éveiller leur conscience et changer leur regard sur la nature, la forêt, l’océan ; ces poumons de la Terre qui font vivre et nourrissent l’humanité entière et maintiennent en vie la biosphère. Mais protéger la nature et les bienfaits qu’elle procure semble être devenu un défi complexe à résoudre.
3 L’unité du vivant ne cache pas la diversité des formes qu’elle recouvre. Au contraire, là est toute sa richesse, même dans ses expressions les plus corrompues. Car, quelle que soit sa forme dans son cycle d’évolution, elle dispose des potentialités nécessaires à poursuivre le miracle de la vie, à l’instar des déchets organiques. Toute substance en décomposition est porteuse d’éléments vitaux, un ensemble de transformations du fait de l’activité biologique qui vont permettre leur recyclage dans d’autres formes de corps organiques, et en assurer ainsi la pérennité. Il existe une interdépendance entre l’être humain et l’ensemble des éléments de la nature (le règne minéral, végétal et animal) qui nous oblige à promouvoir des pratiques novatrices, à mettre notre intelligence au service du respect et de la préservation de la planète, une planète vivante, au risque de disparaître totalement.
4 Est-il encore temps d’éviter cette disparition ? Il serait ambitieux d’apporter une réponse certaine. Une chose semble pourtant évidente ; l’on ne pourra pas concevoir une vie et une économie profitable à tous si l’on ne remet pas l’humain à sa juste place. Cette pensée doit nous conduire à équilibrer nos rapports avec toute la chaîne de la création sur cette terre, à être responsable et engagé dans une gestion équitable, avec plus de sobriété et de partage, qui ne lèse et ne délaisse personne. Nous devrons reprendre notre place dans les cycles naturels et « obéir » aux lois de la nature et cela en toute conscience, soit individuellement ou par petits groupes solidaires, avant de la généraliser à un plus grand nombre, reliés entre eux par le refus du suicide collectif.
5 Comme ces jeunes diplômés d’une grande école parisienne d’ingénieurs (AgroParisTech) qui appellent à ne pas vouloir faire mine d’être fiers et méritants d’obtenir un diplôme qui incite à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours. Une formation qui mène une guerre au vivant et à la paysannerie partout sur terre. Pour eux, les emplois proposés sont destructeurs et les choisir c’est nuire à tous en servant les intérêts de quelques-uns. Ils ont décidé de refuser ce système et de se mettre à suivre leur propre chemin. Ils ne croient plus aux labels et expressions de bonne conscience (développement durable, croissance verte, transition écologique) qui sous-entendent que la société pourra devenir soutenable sans que l’on se débarrasse de l’ordre social dominant.
6 Cet exemple audacieux doit nous interpeller et nous inviter à une redéfinition de nos priorités civilisationnelles. Aujourd’hui, Il est impossible de séparer l’état de notre planète de notre état spirituel. Nos besoins et nos aspirations ne sont pas seulement d’ordre financier ou quantitatif, et ce au détriment de l’authenticité de notre existence. Il s’agit en d’autres termes de passer de l’amour du pouvoir au pouvoir de l’amour, de remplacer le mot domination par le mot partage. L’être humain, par définition, est porté par ses idées, il ne peut atteindre l’idéal d’humanité s’il ne désire pour l’autre ce qu’il désire pour lui-même. Il s’agit en somme de régénérer notre vie tant sociale qu’individuelle. Edgar Morin a écrit que « le développement capitaliste a entraîné la marchandisation généralisée, y compris là où régnaient l’entraide, les solidarités, les biens communs non monétaires, détruisant ainsi de nombreux tissus de convivialité en amoindrissant la part du service gratuit, du don, c’est-à-dire de l’amitié et de la fraternité. »
7 C’est par une nouvelle vision des pratiques économiques au service de l’humain qu’il nous faut inviter les entreprises à diversifier leurs activités par l’édification d’une organisation solidaire sans attente de la « charité des miettes ». Ainsi nous pourrons atteindre la véritable fraternité entre nous tous. Cette culture de la fraternité doit trouver ses ressorts dans la dimension pacifique de notre être profond. La paix n’est pas que l’arrêt des conflits, c’est avant tout un état de conscience intérieure qui transcende l’existence de celles et ceux qui en sont les porteurs.
Date de mise en ligne : 28/11/2022