Plaidoyer
Multilatéralisme
- Par Federico Mayor
Pages 50 à 51
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- MAYOR, Federico,
- Mayor, Federico.
- Mayor, F.
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Il y a quinze ans, des signaux faibles ont conduit à penser la paix économique à partir de l’inquiétude de chercheurs et de dirigeants d’entreprise : « Si nous continuons de faire des affaires ainsi, nous allons nous détruire les uns les autres ». Qu’en est-il aujourd’hui ? Quelles perspectives pour demain ?
1 Aujourd’hui, il est temps de prendre des mesures urgentes et de les diffuser librement par de grandes clameurs planétaires :
- pour un cessez-le-feu immédiat en Ukraine et le lancement d’un processus de paix sain et ouvert ;
- pour la fin urgente de l’unanimité comme règle de vote dans l’Union européenne, afin qu’elle puisse assumer pleinement son rôle d’interlocuteur repris par l’OTAN ;
- pour la mise en œuvre de l’excellente conception des Nations Unies de Roosevelt prônant la paix ;
- par l’éradication du veto et le remplacement de l’actuelle gouvernance ploutocratique suprémaciste (G6, G7, G8, G20), pour éviter un nouveau chaos mondial basé sur la puissance militaire, la raison du pouvoir au lieu du pouvoir de la raison, et cesser d’être des spectateurs impassibles et devenir des citoyens conscients et responsables de leur rôle intergénérationnel ;
- par le respect de l’Accord de Paris sur le changement climatique, de la résolution des Nations Unies sur le Programme 2030 et les Objectifs de développement durable visant à « transformer le monde », signés par le président Obama et déclarés nuls et non avenus par son successeur sans aucune réaction – crime de silence – de 192 pays.
3 Afin que, unis pour la paix et égaux en dignité, nous puissions regarder nos enfants dans les yeux et leur dire que nous ferons tout pour empêcher la culture de la guerre de s’imposer à la culture de la paix, et aux intérêts de la « grande domination » (financière, militaire, énergétique, médiatique, numérique) de l’emporter sur ceux des citoyens.
4 Gardons toujours à l’esprit le sage préambule de la Charte de la Terre : « Nous nous trouvons à un moment critique de l’histoire de la Terre, un moment où l’humanité doit choisir son avenir. Alors que le monde devient de plus en plus interdépendant et fragile, l’avenir présente de plus grands risques et en même temps de plus grandes promesses… Nous sommes une grande famille humaine et communauté de destin commun. Nous devons nous unir pour créer une société mondiale durable fondée sur le respect de la nature, les droits de l’homme universels, la justice économique et une culture de paix ».
5 Nous devons veiller à ce que personne ne se sente exclu et mettre fin à un système basé sur le pouvoir masculin absolu. Quelques hommes ont exercé le commandement de telle sorte que la vie elle-même a dû être sacrifiée pour leurs propres ambitions.
6 Le début de la Charte de l’ONU résume les grandes lignes d’une gouvernance mondiale : « Nous, les peuples… sommes déterminés à sauver les générations futures du fléau de la guerre. » Cette conception de 1945, complétée en 1948 par la Déclaration universelle des droits de l’homme est irréfutable. Mais, à cette époque, « Nous, les peuples » n’étions pas réels : 90 % des êtres humains naissaient, vivaient et mouraient sur un espace de quelques kilomètres carrés, sans jamais se rencontrer. Nous étions craintifs, obéissants, silencieux… et les femmes fortement discriminées.
7 Pour prendre les mesures appropriées, il faut se préparer avec rigueur et connaître clairement les racines des attitudes conflictuelles et violentes. Le suprémacisme est à l’origine de nombreux conflits, l’extrême pauvreté et la faim en sont des conséquences. Une façon de l’affaiblir est d’être conscient que tous les êtres humains sont égaux en dignité, quel que soit leur sexe, leur couleur, leur croyance et que la diversité culturelle est un atout précieux quand la xénophobie, la haine et le rejet, éthiquement intolérables, sont une menace pour la paix.
8 Par sa Charte des droits fondamentaux, l’Union Européenne doit être un phare pour l’exercice des droits humains. La crise n’est pas seulement économique, mais aussi éthique par l’effondrement d’un système myope basé sur la cupidité, ayant remplacé les valeurs humaines par des valeurs boursières et les Nations Unies par des groupes ploutocrates. Un système permettant une invasion, causant des milliers de victimes, sur la base de faux arguments pour justifier des ambitions géo-économiques. Un système n’ayant pas été capable de mobiliser « les peuples », ni de forcer Poutine à renoncer à sa décision intolérable d’envahir l’Ukraine, ni de répondre par des millions de voix de tous les continents.
9 Les groupes ploutocrates n’ont pas la capacité de faire face aux menaces qui se profilent à l’échelle planétaire. Une mission aussi difficile ne peut être accomplie que par une Organisation des Nations Unies dotée des ressources humaines, techniques et financières adéquates, et qui intègre tous les pays, de sorte que ce sont véritablement « les peuples » qui « construisent les défenses de la paix » et assurent une vie digne à tous.
Date de mise en ligne : 28/11/2022