Introduction
- Par Marie Gilloots
- et Didier Lauru
Pages 8 à 9
Citer cet article
- GILLOOTS, Marie
- et LAURU, Didier,
- Gilloots, Marie.
- et al.
- Gilloots, M.
- et Lauru, D.
https://doi.org/10.3917/ep.061.0008
Citer cet article
- Gilloots, M.
- et Lauru, D.
- Gilloots, Marie.
- et al.
- GILLOOTS, Marie
- et LAURU, Didier,
https://doi.org/10.3917/ep.061.0008
Notes
-
[1]
Il est à noter que Freud, dans l’exergue de Totem et tabou, cite Goethe, mais que la traduction est identique dans toutes les éditions : « Au commencement était l’acte », « Im Anfang war die Tat ».
« Il est écrit : "Au commencement était le Verbe !"Je butte ici déjà ! Qui m’aidera à poursuivre ?Je ne peux nullement porter si haut le Verbe,Je dois traduire autrement,Si l’Esprit justement m’illumine.Il est écrit : Au commencement était le Sens.Songe bien à la première ligne,Que ta plume point ne se précipite !Est-ce le sens partout qui agit et crée ?Il faut mettre : Au commencement était la force !Mais, même quand je couche cela sur le papier,Quelque chose m’alarme, et je n’y demeure pas.M’aide l’Esprit ! J’y vois clair soudain !Et écris confiant : au commencement était l’action ! »
1L’acte a assez mauvaise presse dans le monde « psy ». Il vient, sous forme du passage à l’acte, faire irruption ou rupture dans un processus de soin et se substitue alors à la parole et à la pensée. Or, dans la clinique actuelle, nous rencontrons beaucoup d’enfants et d’adolescents pour lesquels l’acte est au premier plan de la demande. C’est en effet un acte – de violence envers les autres ou d’attaque de soi comme les scarifications, voire suicidaire – qui est le point de départ de la rencontre des familles avec le monde du soin. Cela peut être aussi la répétition d’agirs, comme dans les conduites addictives aux substances « psychoactives » ou aux jeux vidéo, parmi lesquelles on peut situer les troubles du comportement alimentaire. Ou encore le simulacre de la turbulence de l’enfant hyperactif.
2Cette clinique de l’acte pose la question de la reconnaissance d’une souffrance psychique mais également celle de l’implication du sujet dans cet acte. Le constat : « Je souffre d’angoisse, je suis triste, j’ai des idées bizarres … » qui, énoncé, ouvre la possibilité d’une alliance thérapeutique, se formule, dans cette clinique : « Je fais … » ou « J’ai fait … », « Les autres (souvent les parents) considèrent cela comme un problème. » Cette clinique nous invite à renouveler le regard sur l’acte et sur les pratiques de soin.
3En effet, l’acte est intimement lié à la construction de la subjectivité. Pour communiquer, le petit enfant utilise très tôt l’acte. Les actes de la survie comme se nourrir, téter, mais aussi l’imitation du sourire, l’activité motrice exploratoire et une gestuelle en quête de symbolisation. La puberté va amener progressivement l’enfant à acquérir un corps apte à pratiquer des relations sexuelles. Son corps le lui autorise, mais est-ce une condition suffisante pour passer à l’acte d’amour ? Mais aussi pour agir sur le monde ? Symptôme ou recours, évitement de la pensée ou expression du sujet, expérience subjectivante ou répétition, l’acte prend des formes et des valeurs radicalement diverses que ce numéro se propose de revisiter, dans le champ du développement de l’enfant comme dans la psychopathologie et comme dans le champs des pratiques thérapeutiques.
4Nous explorerons tout d’abord la place de l’acte dans le développement affectif, social et cognitif de l’enfant, appréhendé par la théorie wallonnienne, par la pratique en psychomotricité et par la pédagogie. La deuxième partie aborde l’acte comme recours et comme protestation à l’adolescence, et le traitement de ces passages à l’acte et « par » l’acte : comment sortir de la tyrannie de l’acte, permettre un réinvestissement de la parole en institution ou une appropriation subjective de l’acte hors la loi, dans le processus judiciaire ? La troisième partie interroge la relation de l’acte et du sexuel ; les adolescents hypermodernes et les enfants hyperactifs nous invitant à repenser la place du désir et de la sexualité infantile.
5Des pratiques de soin accueillent des enfants et des adolescents pour une expérience commune : celle d’agir ensemble. Les groupes thérapeutiques à médiation et la pratique originale du théâtre d’ombres montrent que la médiation ou le geste ne sont pas un simple support de la relation ou un élément de séduction, mais une possibilité d’engagement du transfert et une expérience de symbolisation. La compétence médicale est elle-même susceptible d’être analysée dans la dialectique de l’acte et de la plainte. La diversité des référentiels théoriques et des pratiques exposées confirment l’intérêt d’une pensée de l’acte, et de la place que lui confère Goethe : au commencement [1] …