Introduction
Pages 9 à 10
Citer cet article
- BOUTONNIER, Julien,
- GABERAN, Philippe
- et PAGÈS, Vincent,
- Boutonnier, Julien.,
- et al.
- Boutonnier, J.,
- Gaberan, P.
- et Pagès, V.
https://doi.org/10.3917/empa.106.0009
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- Boutonnier, J.,
- Gaberan, P.
- et Pagès, V.
- Boutonnier, Julien.,
- et al.
- BOUTONNIER, Julien,
- GABERAN, Philippe
- et PAGÈS, Vincent,
https://doi.org/10.3917/empa.106.0009
1 Au commencement du numéro il y eut le projet de se saisir du cinquantième anniversaire du Diplôme d’État d’éducateur spécialisé pour réfléchir comment la succession des réformes – celles passées (1990, 2007, 2011) et celle à venir (2018) – pouvait être ou non le reflet de l’évolution de ce métier. De fait, restés longtemps sans être modifiés, de 1967 à 1990, le diplôme et la formation ont subi coup sur coup un train de changements les ayant profondément remaniés jusqu’à bouleverser les professionnels de la formation dans leurs repères et leurs convictions. Las, les contributions parlent moins du diplôme que du métier lui-même. Comme si, conviés à fêter un anniversaire, les témoins et rédacteurs de ce numéro, professionnels de proximité et acteurs du quotidien, se mettaient à partager leur raison d’être là, leurs cheminements ou leurs errances, leurs doutes et leurs espoirs. Dès lors s’esquisse à travers ce numéro d’Empan le portrait d’un éduc dessiné par d’anciens ou de nouveaux professionnels, par des collègues de métiers limitrophes partageant son action au jour le jour, voire par des gamins passés entre leurs mains. De leurs récits émerge la figure d’un éduc profondément attaché aux motivations l’ayant porté vers ce métier, et toujours en veille à l’égard de ce qui viendrait lui dicter de l’extérieur ses valeurs de référence ou sa manière d’agir. De cette tension entre la commande sociale, d’où l’éduc tire sa légitimité d’action, et la part de soi dans la relation, sans laquelle il est impossible d’asseoir une autorité dans l’action, jaillit l’essentiel du métier. En son fort, naissent des résistances et des rebellions qui ne sont pas des « impostures » mais un ancrage dans la complexité de ce qui fait tout accompagnement à un devenir humain. Et comme pour tenir ensemble ces deux faces opposées d’une même identité professionnelle sont alors convoqués les savoir-faire et savoir-être indispensables à l’exercice de ce métier. Ainsi se sont imposées d’évidence les trois parties composant ce numéro.
2 Mais par-delà ces têtes de chapitre, c’est la douce musique des récits qu’il faut entendre et à travers elle, la parole de l’éduc ! Car être éduc est un métier de paroles ! Une parole qu’il faut vouloir tendre ; tendre à la personne accompagnée afin de lui offrir l’opportunité d’un espace où les mots peuvent être partagés. Et une parole qu’il faut aussi vouloir tenir ; tenir par le biais des engagements qu’inévitablement elle porte afin de sécuriser toute trajectoire du grandir. Entre tendre et tenir, il y a là de toute évidence une autre tension, se superposant à la première énoncée ci-dessus, au sein de laquelle se love et se développe un lien qui, le moment venu, pourra être qualifié de confiance. Dès lors, la rencontre est le terme qui s’impose à la lecture de chacun des récits réunis, qu’ils émanent des professionnels ou des gamins passés un jour entre leurs mains. Souvent qualifiée de hasardeuse, la rencontre s’oppose à une vision gestionnaire et administrative de l’accompagnement éducatif ; hier comme aujourd’hui, l’incertitude et le hasard demeurent la clef de voûte de l’humain. La volonté de maîtrise et du « zéro défaut » portés par les protocoles et autres formes de labellisation se heurte au refus de l’exercice d’une toute-puissance et d’une emprise sur l’autre. C’est pourquoi dans ce numéro, qui ne peut être ni ne se veut exhaustif, apparaît, au final, la figure d’un éducateur spécialisé tournée vers tous les possibles : possible d’une société malade d’elle-même mais en voie de recomposition et possible des personnes accompagnées dont le devenir est bordé par leur maintien dans l’humain.
3 Au moment de clôturer ce numéro, nous apprenons la mort de Jacques Ladsous (18 mars 1927-16 avril 2017) qui concluait ce dossier avec « Rétrospectives… perspectives » (p. 105-108).