Article de revue

Pour un revenu d’existence distributif

À partir d’André Gorz

Pages 95 à 103

Citer cet article


  • Entretien avec Corsani, A.,
  • Propos recueillis par Dessendier, E.
(2017). Pour un revenu d’existence distributif À partir d’André Gorz. EcoRev' 45(2), 95-103. https://doi.org/10.3917/ecorev.045.0095.

  • Entretien avec Corsani, Antonella.,
  • et al.
« Pour un revenu d’existence distributif : À partir d’André Gorz ». EcoRev' 2017/2 N° 45, 2017. p.95-103. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-ecorev-2017-2-page-95?lang=fr.

  • Entretien avec CORSANI, Antonella,
  • Propos recueillis par DESSENDIER, Emmanuel,
2017. Pour un revenu d’existence distributif À partir d’André Gorz. EcoRev' 2017/2 N° 45, p.95-103. DOI : 10.3917/ecorev.045.0095. URL : https://shs.cairn.info/revue-ecorev-2017-2-page-95?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ecorev.045.0095


Notes

  • [1]
    Je pense à Baptiste Mylondo, au collectif Pour un revenu social (POURS), au Mouvement français pour un revenu de base (MFRB), etc.
  • [2]
    Parmi ces travaux, voir Anton Ferrand, Revenu de base et projet d’autonomie (master), Sciences Po, Toulouse, 2015.
  • [3]
    Voir Antonella Corsani & Maurizio Lazzarato, « Le revenu garanti comme processus constituant », Multitudes, 10, 2002, p. 177-185.
  • [4]
    André Gorz, L’immatériel, Galilée, 2003.
  • [5]
    Voir John M. Keynes, « Perspectives économiques pour nos petits enfants », sur : les-crises.fr/keynes-perspectives-eco
  • [6]
    Parmi ces expérimentations, je signale celle de Usinette (voir : usinette.org) ou celle de LaMyne (voir : lamyne.org) dont les projets me semblent se rapprocher le plus de l’horizon d’émancipation scruté par Gorz.
  • [7]
    Antonella Corsani, « Money is time. Un revenu pour trois écologies », A contrario, 21, 2015, p. 15-13.
  • [8]
    Galilée, 1989.
  • [9]
    Galilée. 1997.
  • [10]
    Voir « Bigre ! Une coopération de 7000 personnes », sur : coopaname.coop/actualite
  • [11]
  • [12]
  • [13]
    André Gorz, « Le travail dans la sortie du capitalisme », EcoRev’, 28, 2007, p. 8-15.

1ÉcoRev’ – On entend de plus en plus parler de « revenu de base » dans le débat public. Tandis que ce sujet était jusqu’à présent surtout porté par ses laudateurs de tous bords politiques, les critiques surgissent désormais et également de tous bords. Les louanges et les critiques font le grand écart et tout le spectre politique y passe : ce revenu serait, selon les points de vue, ultralibéral, capitaliste, anticapitaliste, utopique, écologiste et j’en passe. Comment te situes-tu dans ce débat et y a-t-il réellement débat ?

2Antonella Corsani – L’idée d’un revenu de base – que certains nomment revenu universel, tandis que d’autres l’appellent revenu social garanti et qui devient « revenu d’existence » sous la plume d’André Gorz – remonte au 18e siècle et c’est à Thomas Paine que l’on doit une première formulation. Mais c’est surtout dans les années 20 et 30 que l’idée d’un revenu découplé tant du capital que du travail connaît des développements importants. Ce sont les années de la grande crise, ces années pendant lesquelles « le vieux monde se meurt » alors que le nouveau a du mal à émerger ; dans ce « clair-obscur », comme l’écrivait Antonio Gramsci dans les Cahiers de prison, surgissent les monstres. Mais les périodes de transition sont aussi celles où l’on s’efforce d’imaginer et d’inventer de nouveaux mondes plus souhaitables. Les formulations du revenu de base auxquelles je me réfère sont celles qui ont été élaborées dans une perspective d’émancipation du travail.

3Jusqu’aux années les plus récentes, le débat autour d’un revenu découplé du travail et du capital était limité à un cercle d’initiés. Depuis le début des années 2000, et avec une intensification depuis la crise financière de 2007 et 2008, le débat s’est progressivement étendu au-delà du cercle autrefois constitué seulement par des universitaires et des activistes. En France, il a été porté par une nouvelle génération d’activistes mobilisés pour l’instauration d’un revenu de base [1], mais aussi, et en même temps, par des politiques, comme Christine Boutin qui, dans son rapport de 2003 au Premier ministre, proposait la création d’un « dividende universel ». Quelques années plus tard, en 2011, Dominique de Villepin proposait, quant à lui, l’instauration d’un « revenu citoyen ». Mais c’est lors de la campagne présidentielle de 2017, avec Benoît Hamon qui a fait du « revenu universel d’existence » un pilier de son programme électoral, que le débat s’est élargi véritablement, au-delà du cercle étroit d’initiés, mais au prix d’une inflation de sens, de définitions, de conceptions : revenu de base, revenu universel d’existence, allocation universelle, revenu social garanti, revenu de citoyenneté, dividende universel, etc.

4Ces termes sont bien loin d’être des synonymes, ils traduisent en fait des conceptions différentes de ce que ce revenu pourrait être. Il existe d’ailleurs quelques travaux de remise en perspective historique qui aident à distinguer et comparer les différentes conceptions de ce revenu, depuis la conception de Thomas Paine, en passant par la notion de « dividende social » développée par Oskar Lange [2]. Mais il y a aussi le revenu minimum garanti ou revenu de base garanti pensé par l’économiste libéral Milton Friedman. Sa proposition est plus proprement celle d’un impôt négatif sur le revenu. En France, la conception néolibérale du revenu de base a connu sa concrétisation avec la mise en place de la Prime pour l’emploi en 2001. Le revenu de base conçu comme impôt négatif constitue un support à la création d’« emplois-pauvres », il est censé borner la grande pauvreté au travail en même temps qu’il fonctionne comme un dispositif de workfare.

5Dans une perspective bien différente, celle de l’émancipation, et dans la lignée du dernier André Gorz, je parlerais plutôt de revenu d’existence. C’est-à-dire, d’un revenu dissocié du travail-emploi – comme disait-il pour signifier la spécificité du travail sous le capitalisme – et du capital, un revenu qui ne soit pas un « minimum » mais un revenu primaire et sans contrepartie, suivant le principe d’une inconditionnalité forte.

6Il ne devrait pas être un revenu minimum car il constituerait alors une aide indirecte aux entreprises pour embaucher à bas coût. Au contraire, il devrait être suffisamment élevé pour que le chantage à l’emploi – n’importe quelles conditions de travail à n’importe quel prix – ne puisse plus fonctionner. En d’autres termes, il devrait être assez élevé pour relâcher la contrainte monétaire du revenu et permettre d’accroître le pouvoir de négociation sur les salaires et sur les conditions de travail.

7Il devrait être inconditionnel, mais au sens fort. André Gorz a été pendant longtemps un pourfendeur de cette solution. Comme il l’écrivait lui-même, c’est le dialogue avec les membres de la revue Futur antérieur, puis de la revue Multitudes, qui l’avait conduit à changer sa position. Mais il restait critique quant aux arguments avancés dans les pages de Multitudes pour justifier la mise en place d’un « revenu social garanti ». Dans la perspective de Yann Moulier-Boutang tout comme dans celle de Carlo Vercellone – une perspective qui a été aussi partiellement la mienne jusqu’au début des années 2000 [3] –, ce revenu, nommé ici revenu social garanti (RSG), constituerait la reconnaissance monétaire de la valeur créée par des activités qui se déploient au-delà de l’emploi, en dehors de l’espace-temps de l’entreprise capitaliste, de son commandement direct sur le travail. En d’autres mots, la mise en place de ce revenu trouverait sa justification dans le fait que, dans le capitalisme contemporain, la production de valeur économique découlerait, d’une part, de la mise au travail de la vie tout entière, au-delà du temps de travail conventionnel et en dehors des lieux de l’entreprise, et, d’autre part, d’une coopération sociale qui s’organise de manière autonome vis-à-vis du capital.

8Suivant André Gorz, une telle conception et justification du RSG renforce la « valeur-travail », au lieu de l’affaiblir. C’est-à-dire que cette conception légitime et institue une extension de l’emprise de la valeur à toute activité et à tout temps de la vie au lieu de fonctionner comme arme contre la valeur-travail, pour l’émancipation. C’est là que prend tout son sens l’idée d’une « inconditionnalité forte » : ce revenu, qu’il nomme revenu d’existence, ne doit rien exiger ni rémunérer, il doit permettre le développement d’activités autonomes, c’est-à-dire, qui ne trouvent qu’en elles-mêmes leur finalité [4].

9Enfin, ce revenu doit être primaire. Mais comment concevoir ce revenu comme revenu d’activité, ne relevant donc pas de la redistribution, s’il ne constitue pas la reconnaissance monétaire d’une activité génératrice de valeur ? Il s’agit en effet de penser le revenu d’existence, avec Gorz et à la suite de Jacques Duboin, comme un revenu distributif.

10ÉcoRev’ - Peux-tu expliquer en quoi la différence entre revenu distributif et redistributif est ici fondamentale ?

11Antonella Corsani – Dans les années 30, Jacques Duboin, banquier et homme politique, avait imaginé, tout comme Keynes à la même époque [5], une économie de l’abondance et il avait conçu une nouvelle forme d’économie basée non plus sur la gestion de la rareté, mais sur celle de l’abondance : l’économie distributive. Dans cette économie, les revenus distribués correspondraient à des parts de la richesse commune à tous au lieu de constituer la reconnaissance monétaire de l’effort de travail fourni par chacun. Voilà en quelques mots ce qu’est le revenu distributif selon Duboin. Il n’a rien à voir avec le revenu issu de la redistribution qui est un revenu prélevé aux plus riches – à travers la fiscalité – et transféré aux plus pauvres. Le Revenu de solidarité active (RSA) en est un exemple des plus cités dans le débat public sur le revenu universel. Le revenu d’existence, pensé comme revenu distributif, ne peut pas être financé par l’impôt, ni d’ailleurs par la cotisation ; il ne peut être fait que d’une monnaie spécifique, d’une monnaie autre, non capitaliste.

12Pour André Gorz, le revenu d’existence n’était pas le but à atteindre, mais un outil pour soutenir un processus, déjà en acte selon lui, de sortie du capitalisme. Il avait très bien saisi le potentiel que recèlent les nouvelles formes de production développées dans les « ateliers d’autoproduction », ayant pour fin la re-création de valeurs d’usage, rendues possibles par la diffusion conjointe des nouvelles technologies et de l’éthique hacker qui fonde la culture des fablabs et des hackerspace[6]. Dans ces lieux s’expérimentent non seulement de nouvelles manières de produire, mais aussi de nouvelles manières du vivre ensemble. Ce sont des socialités et des formes de démocratie nouvelles.

13C’est dans cette perspective que la question du revenu d’existence rejoint la question écologique et c’est dans cette perspective que j’ai essayé de croiser les concepts de revenu d’existence comme revenu distributif et celui d’écosophie [7]. Le concept d’écosophie qu’André Gorz mobilise dans quelques-uns de ses écrits, a été développé essentiellement par Félix Guattari, notamment dans son ouvrage Les trois écologies[8]. Tous deux partageaient une vision fort critique du discours écologiste comme discours qui se limite à la question environnementale. Les fondements de l’écologie politique qu’ils ont initiée se trouvent dans la critique du capitalisme. C’est en partant de celle-ci que l’on peut comprendre son triple impact : sur l’environnement, mais aussi sur les relations humaines et sur le rapport subjectif que chacun entretien avec soi-même. Le concept d’« écosophie » vise ainsi à rendre compte de l’agencement des trois écologies : environnementale, sociale et mentale. Le revenu d’existence, en tant que revenu distributif, serait justement susceptible de modifier notre rapport à l’environnement naturel et social, aux autres et à nous-mêmes, en modifiant notre économie temporelle (le rapport entre temps et argent) ainsi que les formes de médiation sociale (le travail n’en étant plus la forme dominante).

14ÉcoRev’ - Que peut-on faire dès maintenant pour favoriser la mise en place d’un tel revenu et répondre aux enjeux écosophiques ? Sachant que ce projet n’est pas porté par les incontournables « partenaires sociaux » qui n’envisagent pas une telle remise en question du travail, quelle stratégie serait selon toi de nature à les convaincre ? Et qui porterait concrètement une telle réforme ? Cela consisterait-il à étendre le statut d’intermittent à la population dans son ensemble, comme l’a déjà suggéré le Bureau international du travail (BIT) ?

15Antonella Corsani – Le revenu d’existence, disait André Gorz, ne pourra s’établir pacifiquement d’en haut, par des réformes ; il ne pourra venir que d’en bas. Je partage pleinement son point de vue et je m’en explique. Tout d’abord, un revenu découplé du travail et de l’emploi peut, certes, venir d’en haut, introduit par des réformes, mais il ne serait alors pas conçu comme un revenu d’existence. Le risque serait qu’il soit conçu comme un revenu qui se substitue intégralement ou en partie aux autres revenus financés par la cotisation (comme les retraites ou les allocations-chômage) ou l’impôt (les minima sociaux). Sa mise en place relèverait d’une simple logique de rationalisation et de simplification des dispositifs de protection sociale existants, il pourrait même constituer la contrepartie de l’affaiblissement de ceux-ci.

16Dans Misères du présent, richesse du possible[9], Gorz envisageait deux espaces du social dans lesquels le revenu d’existence pouvait faire son chemin d’en bas : celui de l’intermittence du spectacle et celui des monnaies complémentaires. Depuis la réforme de 2003 des annexes 8 et 10 du régime général d’assurance chômage, le mouvement des intermittents du spectacle, notamment la Coordination des intermittents et précaires, a justement joué un rôle majeur dans la fabrication par en bas d’un revenu découplé du travail et du capital. D’une part, en élaborant un nouveau modèle d’assurance chômage à même de garantir, par la mutualisation, la continuité de revenu en situation de discontinuité du travail-emploi et cela au-delà des frontières administratives et juridiques de l’intermittence du spectacle ; d’autre part, en provoquant le débat autour du revenu découplé du travail et du capital. Ce faisant, pendant une dizaine d’années, la Coordination des intermittents et précaires, organisation éphémère et néanmoins puissante, a contribué fortement à porter la question du revenu découplé du travail et du capital dans l’espace public et à développer un autre imaginaire social que celui, néolibéral, qui inspirait les réformes du régime d’assurance chômage.

17Néanmoins, je ne pense pas que l’intermittence puisse être envisagée comme un statut, et la perspective du « tous intermittents » ne me semble pas préfigurer une transformation majeure de l’imaginaire social, car la figure de l’intermittent reste enfermée dans la logique binaire du travail-emploi et de son autre, le chômage. En revanche, la figure de l’entrepreneur-salarié – une figure émergente inventée en 1995 et dont le statut a été institué en 2014 par la loi sur l’Économie sociale et solidaire – me semble préfigurer d’autres horizons d’émancipation. L’entrepreneur-salarié est la figure type d’une forme nouvelle d’entreprise coopérative, la Coopérative d’activité et d’emploi (CAE) dont la spécificité est d’être une « entreprise partagée » par des porteurs de projets associés. La CAE est alors caractérisée par un faible pouvoir hiérarchique : en son sein, les salariés ne sont pas subordonnés à l’employeur bien qu’ils soient dépendants de l’entreprise. L’intérêt du statut d’entrepreneur-salarié repose à mon sens dans le fait qu’il est l’expression d’un double refus : celui du travail subordonné, hétéronome, et celui du travail indépendant sous la forme de l’auto-entrepreneuriat. Plus encore, la figure de l’entrepreneur-salarié constitue la tentative la plus aboutie de dépasser la logique binaire qui oppose travail salarié et travail indépendant, emploi et chômage. Pour les entrepreneurs-salariés, le risque n’est pas celui du chômage, mais celui de la discontinuité du chiffre d’affaires.

18Coopaname et Oxalis, les deux plus grandes CAE françaises, se sont récemment associées pour donner naissance à Bigre !, la première mutuelle de travail associé [10]. La mutuelle de travail est un projet lancé au début des années 2010 ; il vise la création de dispositifs permettant de faire face à la discontinuité du chiffre d’affaires réalisé par les entrepreneurs salariés et sur lequel est indexé leur salaire. C’est donc dans le cadre de la mutuelle de travail et dans la perspective de mutualiser ce risque que l’expérimentation d’une monnaie complémentaire est envisagée, en même temps que sont posées et abordées les questions que soulève la création d’un revenu découplé de l’emploi et du capital.

19En effet, de nouveaux acteurs sociaux naissent dans cette zone grise des relations de travail, où se combinent de manière singulière travail salarié et travail indépendant. Les nouveaux travailleurs indépendants travaillent généralement en solo. Ils sont présents dans les nouveaux secteurs de l’information et de la communication, de la formation, de la culture, de l’économie numérique, du care, du développement durable, etc. Ils ont peu de choses en commun avec les anciens travailleurs indépendants tels les exploitants agricoles, les artisans, les petits commerçants ou les professionnels libéraux. Souvent, ils cumulent une activité indépendante et un emploi salarié à temps partiel. Selon une étude publiée par la Freelancers Union, ces travailleurs représentent 30 % de la force de travail aux États-Unis [11]. La Freelancers Union est justement l’un de ces nouveaux acteurs sociaux dont je parlais. L’une de ses fondatrices, Sara Horowitz, dit s’être inspirée du modèle des coopératives italiennes d’Émilie-Romagne et du modèle mutualiste français dans un objectif de symbiose entre ces deux puissants modèles historiques de l’économie sociale.

20Si l’on regarde du côté de l’Europe, il y a un autre acteur très intéressant : Smart Be. À sa création en 1998, cette structure n’était pas de nature coopérative et fédérait des artistes indépendants. À présent, elle fédère 120 000 professionnels à travers neuf pays européens (dont 85 000 en Belgique). En 2016, elle s’est transformée en entreprise coopérative, SMart COOP. Smart Be, tout comme Coopaname et Oxalis, a réussi de manière très intelligente à retourner positivement les conditions de précarisation du travail en une possibilité de développer des formes autonomes de travail [12]. Les exemples intéressants ne manquent pas en Europe, je pense notamment à Doc Servizi en Italie, une coopérative constituée par plus de 5000 musiciens associés et qui vise aujourd’hui à devenir, à l’image de Coopaname, une coopérative multiactive. Le répertoire d’actions de ces nouveaux acteurs sociaux comprend avant tout les actions de hacking des institutions du salariat pour fabriquer de la liberté. En effet, les possibilités d’expérimentation et les chances de réussir sont d’autant plus importantes que le système de welfare est avancé, que les protections collectives qui caractérisaient la société salariale sont encore importantes. Les alliances avec les acteurs sociaux traditionnels trouvent là tout leur sens, et leur nécessité, mais elles restent à construire.

21En espérant que nous saurons préserver les conditions de mise en œuvre de ces alternatives, j’aimerais ici terminer en citant Gorz :

22

En réalité une foule d’indices convergents suggèrent que ce dépassement est déjà amorcé et que les chances d’une sortie civilisée du capitalisme dépendent avant tout de notre capacité à distinguer les tendances et les pratiques qui en annoncent la possibilité[13].


Date de mise en ligne : 01/01/2018

https://doi.org/10.3917/ecorev.045.0095