Article de revue

Des morts sous-estimés ? La reconnaissance des victimes civiles de la première guerre mondiale sur les monuments aux morts du Nord

Pages 421 à 450

Citer cet article


  • Diest, P.
(2022). Des morts sous-estimés ? La reconnaissance des victimes civiles de la première guerre mondiale sur les monuments aux morts du Nord. Revue du Nord, 444(3), 421-450. https://doi.org/10.3917/rdn.445.0421.

  • Diest, Philippe.
« Des morts sous-estimés ? La reconnaissance des victimes civiles de la première guerre mondiale sur les monuments aux morts du Nord ». Revue du Nord, 2022/3 n° 444, 2022. p.421-450. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-du-nord-2022-3-page-421?lang=fr.

  • DIEST, Philippe,
2022. Des morts sous-estimés ? La reconnaissance des victimes civiles de la première guerre mondiale sur les monuments aux morts du Nord. Revue du Nord, 2022/3 n° 444, p.421-450. DOI : 10.3917/rdn.445.0421. URL : https://shs.cairn.info/revue-du-nord-2022-3-page-421?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rdn.445.0421


Notes

  • [1]
    Parmi de très nombreux articles évoquant ces projets et leurs réalisations : Le Journal de Montréal, 21 mars 2021 « Un grand mémorial aux Américains morts de la Covid-19, une idée qui gagne en popularité », Le Figaro, 1er mai 2021 « le premier mémorial pour les morts du Covid-19 inauguré à Paris », Euronews, 7 octobre 2021 « Brésil : un mémorial pour les victimes du Covid-19 », Sao Paulo, le 6 octobre 2021.
  • [2]
    Ouest France, 2 mars 2014 « Un lieu en souvenir des victimes pour la 4e commémoration ».
  • [3]
    S. Perego, « Mémoires des guerres, mémoires des noms », Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe [en ligne], ISSN 2677-6588, mis en ligne le 23 juin 2020, consulté le 15 février 2022. Permalien : https://ehne.fr/fr/node/14145.
  • [4]
    F. Héran, « Générations sacrifiées : le bilan démographique de la Grande Guerre », Population & Sociétés, vol. 510, n° 4, 2014, p. 1-4.
  • [5]
    AD Nord: 2O491/197 : délibérations du conseil municipal de Raismes (27 août 1921).
  • [6]
    A. Prost, Les anciens combattants et la société française 1914-1939, Presses de la FNSP, 1977, 766 p. ; A. Becker, Les monuments aux morts : patrimoine et mémoire de la Grande Guerre, Paris, Éditions Errance, 1988, 158 p. ; M. Aubry, F. Hébel, 36 000 cicatrices, les monuments aux morts de la Grande Guerre, Paris, Éditions du Patrimoine, 2016, 95 p. : Franck David, par exemple, évoque en une phrase cette catégorie de défunts dans son ouvrage : Comprendre le monument aux morts. Lieu du souvenir, lieu de mémoire, lieu d’histoire, Talmont-Saint-Hilaire, Éditions Codex, 2013, p. 57 : « dans les communes des zones de combat, les victimes civiles côtoient les noms des soldats, les plus souvent rangées à leur suite ». Cependant, ces disparus sont de plus en plus évoqués dans les études nationales, Stéphane Tison rappelant ponctuellement leur présence dans les mémoires (Comment sortir de la guerre : deuil, mémoire et traumatisme (1870-1940), Presses universitaires de Rennes, 2011, 424 p.) tandis que Bruno Rivals leur accorde un chapitre dans son livre Quand les monuments aux morts racontent la Grande Guerre : Abécédaire-guide curieux des monuments aux morts, Louviers, Ysec éditions, 2019, 288 p.
  • [7]
    A. Becker, Oubliés de la Grande Guerre. Humanitaire et culture de guerre 1914-1918. Populations occupées, déportés civils, prisonniers de guerre, Paris, Noêsis, 1998.
  • [8]
    J. Horne, A. Kramer, 1914. Les atrocités allemandes, Paris, Tallandier, 2005, 640 p.
  • [9]
    A. Becker, « Mémoire et commémoration : les « atrocités » allemandes de la première guerre mondiale dans le nord de la France », Revue du Nord, n° 295, 1992, p. 339-354.
  • [10]
    A. Becker, Les cicatrices rouges, 14-18, France et Belgique occupées, Fayard, 2010, p. 272.
  • [11]
    M. Meirlaen, « Une mémoire difficile : commémorer la Grande Guerre dans le Nord et le Pas-de-Calais occupés », J. Connolly, E. Debruyne, E. Julien, M. Meirlaen (dir.), En territoire ennemi : Expériences d’occupation, transferts, héritages (1914-1949), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2018, p. 113-122 ; A. Becker, « Des monuments différents ? La commémoration dans le nord de la France, 1914-1940 », Mélanges de l’École française de Rome, tome 112, n° 2, 2000, p. 515-528.
  • [12]
    Au recensement de 1911, le Nord compte près de 2 millions dont 72 % vivent en ville (P. Pierrard, Histoire du Nord, Paris, Hachette, 1981).
  • [13]
    https://monumentsmorts.univ-lille.fr/ (M. Aubry, M. Oliveira, « Une base de données sur les monuments aux morts : histoire concrète et valorisation numérique », In Situ, n° 25, 2014).
  • [14]
    Ce chiffre est tiré de la base de données des monuments aux morts de l’Université de Lille à partir de critères de recherche suivants en date du 16 février 2022 : monument communal, de quartier, communautaire, d’arrondissement, départemental, cantonal, d’administration, d’association, professionnel et syndical, militaire, aux unités militaires, aux nations et spécifique.
  • [15]
    La base MemorialGenWeb (http://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/index.php) se concentre sur le relevé des noms inscrits sur les monuments aux morts, la base Geneanet (https://www.geneanet.org/monuments-aux-morts/) complète les photographies des œuvres quand le déplacement in situ est impossible et la base Mémoires des hommes (http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/) recense les morts pour la France.
  • [16]
    M. Gilzmer, Mémoires de pierre, les monuments commémoratifs en France après 1944, Paris, Autrement, 2009, p. 22-57.
  • [17]
    Journal Officiel de la République Française, 9 juillet 1915.
  • [18]
    Journal Officiel de la République Française, 26 octobre 1919.
  • [19]
    Journal Officiel de la République Française, 1er mars 1922.
  • [20]
    Celle-ci prévoit en effet l’attribution de la mention « mort pour la France » sur l’acte de décès « de toute personne exécutée à la suite d’une condamnation résultant de mesures d’exception prises par l’autorité de fait se disant Gouvernement de l’État français […] en raison de leur attitude pour la cause de la libération ; de tout otage, tout prisonnier de guerre, toute personne requise par l’ennemi, tout déporté, exécutés par l’ennemi ou décédés en pays ennemi ou occupé par l’ennemi des suites de blessures, de mauvais traitements, de maladies contractées ou aggravées ou d’accidents du travail survenus du fait de leur captivité ou de leur déportation ; de toute personne décédée à la suite d’actes de violence constituant une suite directe de faits de guerre » (Journal Officiel de la République Française, 5 novembre 1945).
  • [21]
    Journal Officiel de la République Française, 1er août 1920. Rémi Dalisson estime que la valeur de cette aide varie de 6 à 20 % du coût du monument et qu’il convient d’y ajouter une subvention complémentaire selon la richesse de la commune, entre 11 % pour les plus pauvres et 1 % pour les plus riches (R. Dalisson, Les guerres et la mémoire, Paris, CNRS éditions, 2013, p. 111).
  • [22]
    AD Nord – 2O15/57: extrait du registre des délibérations du conseil municipal (31 août 1922).
  • [23]
    Cité en l’état dans M. Meirlaen, Une mémoire difficile : commémorer la Grande Guerre dans le Nord et le Pas-de-Calais occupés…, art. cit. (n. 11), p. 120.
  • [24]
    À Cuvillers (arr. de Cambrai), par exemple, le nombre de victimes militaires (12) est quasiment identique à celui des victimes civiles (11).
  • [25]
    J. Heuclin, C. Robinne, Maubeuge, bastion de la résistance, 1914-1918, Arras, éditions Degeorge, 2014, 190 p.
  • [26]
    Lors du recensement de 1921, le Cateau-Cambrésis compte 8 152 habitants contre 78 600 à Tourcoing.
  • [27]
    Il s’agit des monuments de la place Rihour, de la catastrophe des Dix-huit ponts, aux fusillés lillois, à Léon Trulin sur l’avenue du peuple belge (déplacé depuis à proximité de l’opéra), à Louise de Bettignies et au pigeon-voyageur sur lequel est évoqué le sort des colombophiles fusillés.
  • [28]
    A. Prost, « Les monuments aux morts. Culte républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? »; P. Nora, Les lieux de mémoire, tome I, Paris, Gallimard, 1997, p. 201.
  • [29]
    AD Nord – 2 O 636/72 : registre des délibérations du conseil municipal (4 juillet 1920 et 6 mars 1921).
  • [30]
    M. Aubry, F. Hebel, 36 000 cicatrices…, op. cit. (n. 6), p. 49-64.
  • [31]
    La version initiale de ce monument est visible grâce à des miniatures en plâtre et en bronze conservées au Palais des Beaux-Arts de Lille.
  • [32]
    F. Lavallée, Trulin 1915. Un petit Belge, héros lillois, Lille, Les Lumières de Lille, 2015, p. 133-141.
  • [33]
    R. Delame, Valenciennes. Occupation allemande. 1914-1918. Faits de guerre et souvenirs, Valenciennes, imprimerie Hollande, 1933, p. 30-34.
  • [34]
    A. Becker, Les cicatrices rouges…, op. cit (n. 10), p. 269. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que les membres du clergé sont parfois survalorisés, comme sur le monument de Caëstre (arr. de Dunkerque), inauguré en 1922, sur lequel « Maître Louis-Henri Auguste Govaere, curé de Caëstre, vice doyen du décanat d’Hazebrouck tué par un obus le 13 Xbre 1917 » est placé sur un autre support que les quatre autres victimes civiles.
  • [35]
    AD Nord – 2 O 121/304-306 : conseil municipal de Cambrai (9 mai 1930).
  • [36]
    E. Rambour, Alexandre Descatoire, un sculpteur art déco dans le Nord/Pas-de-Calais, Lille III, mémoire de maîtrise, sous la direction de Frédéric Chappey, 2004, 491 p.
  • [37]
    Jean-Georges Achard (1871-1934) a réalisé plusieurs monuments aux morts, principalement en Gironde, son département natal, ainsi que celui sur la place du Cateau-Cambrésis (E. Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Grund, 1999, tome I, p. 44).
  • [38]
    AD Nord – 2 O 465/190 : devis estimatif et descriptif (18 mars 1923).
  • [39]
    L’Observateur, 1er octobre 1924.
  • [40]
    Edgar Boutry (1857-1938) est un sculpteur français spécialisé dans les monuments publics. Sa contribution aux mémoriaux commence avant le Premier Conflit mondial puisqu’il a participé au monument aux morts de la guerre de 1870 au cimetière de l’Est à Lille, sa ville natale. Il réalise les sculptures de nombreux mémoriaux, quasiment tous situés dans le département du Nord.
  • [41]
    A. Gérard, Y. Henel, C. Lesage, « Le monument aux morts et la Salle du souvenir à Lille », Lille Simplement, n° 5, 2015, p. 80.
  • [42]
    F. Robichon, « l’allégorisation de la paix dans l’iconographie française au xxe siècle », A.-R. Michel, R. Vandenbussche (dir), L’idée de paix en France et ses représentations au xxe siècle, Lille, Publications de l’IRHiS, 2001, p. 263-278.
  • [43]
    AD Nord – 2 O 404/345 : registre aux délibérations du conseil municipal (31 octobre 1924).
  • [44]
    AD Nord – 2 O 279/149 : extrait du registre des délibérations du conseil municipal (28 juillet 1923).
  • [45]
    Les victimes du devoir sont décédées dans le cadre de leur métier, notamment des élus ou des fonctionnaires. Cette appellation est appréciée durant l’avant-guerre par les socialistes car elle place les travailleurs au même rang que les soldats (B. Grailles, De la défaite à l’Union sacrée ou les chemins du consentement : hommages publics et commémorations de 1870 à 1914 : l’exemple du nord de la France, Lille 3, thèse de doctorat, sous la direction d’Annette Becker, 2000, p. 768-778).
  • [46]
    Parmi les quatre noms inscrits dans cette catégorie, seul Augustin Gosselin a été reconnu « mort pour la France » le 22 décembre 1921 suite à son décès, le 13 avril 1917, consécutif à une maladie contractée en service commandé, finalement modifiée en « blessures de guerre ».
  • [47]
    P. Nivet, Les réfugiés français de la Grande guerre : les Boches du Nord, Paris, Économica, 2004, 580 p.
  • [48]
    Mutilé de guerre, Maxime Real del Sarte (1888-1954) réalise de très nombreux monuments aux morts dans plusieurs régions françaises ainsi qu’en Belgique (A. Becker, « Real del Sarte », Monuments de mémoire, Les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale, Paris, Mission aux commémorations, 1991, p. 239-241).
  • [49]
    V. Breye, Le Nord-Pas-de-Calais à travers 100 statues, Lille, La Voix du Nord, p. 55.
  • [50]
    A. Becker, Les cicatrices rouges…, op. cit. (n. 10), p. 297.
  • [51]
    Journal Officiel, 21 décembre 2012.
  • [52]
    Boulevard Voltaire, 15 novembre 2017, « Inscrira-t-on désormais le nom de victimes civiles sur les monuments aux morts ? ».
Français

Comme les autres départements français, le Nord a payé un lourd tribut humain durant la première guerre mondiale. De nombreux monuments aux morts furent élevés en hommage aux militaires disparus mais certains de ces édifices entretiennent la mémoire des victimes civiles. Cette originalité des régions envahies, dont le Nord constitue un excellent exemple, interroge les décisions politiques, les représentations sociales et culturelles de l’époque et la fabrique d’une hiérarchie entre les morts de la Grande Guerre.

  • première guerre mondiale
  • Nord
  • victimes civiles
  • monuments aux morts
  • mémoire

Mots-clés éditeurs : mémoire, monuments aux morts, Nord, première guerre mondiale, victimes civiles


English

Underestimating the dead? World War One civilian casualties’ recognition on war memorials in the North of France

Like all French departments, a lot of inhabitants of the North of France were killed during the Great War. War memorials were built in memory of the military victims but some of them also commemorate the civilian casualities as in other invaded regions. This local originality raises questions about political decisions, social and cultural representations and the making of a hierarchy difference between the dead during to World War One.


Date de mise en ligne : 16/11/2022

https://doi.org/10.3917/rdn.445.0421

Cet article est en accès conditionnel

Acheter cet article

5,00 €

30 pages format électronique (HTML et PDF)
Membre d'une institution cliente ?