Bouvines 1214-2014. Un lieu de mémoire, actes des deux journées tenues à Lille, Genech et Bouvines les 17 et 18 mai 2014, éd. Philippe Marchand et Françoise Verrier, Commission Historique du Nord – Société historique du Pays de Pévèle – Archives départementales du Nord, 2014, 184 p.
- Par Xavier Hélary
Page X
Citer cet article
- HÉLARY, Xavier,
- Hélary, Xavier.
- Hélary, X.
https://doi.org/10.3917/rdn.410.0399j
Citer cet article
- Hélary, X.
- Hélary, Xavier.
- HÉLARY, Xavier,
https://doi.org/10.3917/rdn.410.0399j
1 Longtemps stérilisée par le fameux Dimanche de Bouvines de Georges Duby, paru en 1973 et érigé en monument de l’historiographie contemporaine, la recherche sur la bataille de Bouvines connaît un nouvel élan à l’occasion du 800e centenaire de l’événement. Si le Moyen Âge ne suscite plus guère de commémorations officielles, l’anniversaire a en effet été l’occasion de plusieurs rencontres scientifiques, parmi lesquelles deux journées tenues en mai 2014 à Lille, Genech et Bouvines, ont donné naissance, la même année, au volume présenté ici. Comme le veut la pratique actuelle (qu’on songe à Jeanne d’Arc ou à la bataille de Courtrai), la journée de Bouvines est considérée sur le long terme, depuis l’événement lui-même jusqu’à sa réception à l’époque contemporaine. Rédigées par des historiens confirmés et par des amateurs éclairés, les diverses contributions éclairent ainsi plusieurs aspects de la bataille et de sa postérité. À propos de la place des chevaliers dans les combats, Dominique Barthélemy livre une lecture très serrée des deux récits laissés, à quelques années de distance, par le principal témoin, Guillaume le Breton, dans sa Chronique puis dans sa Philippide, en pointant les aménagements et les réécritures d’une version à l’autre. Isabelle Guyot-Bachy poursuit en quelque sorte ce travail sur les récits de Bouvines en étudiant l’importance accordée à la bataille par les chroniques puis par les travaux des historiens jusqu’à la Révolution : contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’exaltation de la victoire de la nation française sur ses ennemis n’attend nullement le xixe siècle (la bataille de Bouvines « fut le salut de la France ; elle sera toujours la gloire de la nation française », écrit François-Guillaume Bertoux en 1767). En revanche, comme le montre Malte Prietzel, Bouvines n’a guère eu d’écho en Allemagne, ni chez les chroniqueurs, ni chez les historiens postérieurs, en dépit des conséquences fondamentales qu’a engendrées la défaite d’Othon de Brunswick : comme le note M. Prietzel, dès lors que l’Empire est resté longtemps une construction assez lâche, il est difficile de trouver, au moins pour le Moyen Âge, des « journées qui ont fait l’Allemagne » (le Dimanche de Bouvines de G. Duby était paru chez Gallimard dans la collection des Journées qui ont fait la France). Dans un de ses derniers articles, le grand historien américain de Philippe Auguste, John Baldwin, disparu en février 2015, replace la bataille dans une perspective européenne, tandis qu’Els De Paermentier évoque les conséquences de la défaite et de la longue captivité du comte Ferrand pour la Flandre – n’est-il pas un peu anachronique, toutefois, de conclure sur ces mots : « Il faudra attendre jusqu’au tournant du siècle pour que la Flandre parvienne à secouer le joug français et à regagner en partie son indépendance » : est-on vraiment fondé à parler de « joug français » et d’« indépendance » pour ce grand fief qu’était le comté de Flandre ? Dominique Delgrange présente les sceaux de quelques combattants de Bouvines. Marie-Madeleine Castellani met en évidence les rapports étroits qui existent, du point de vue de la représentation de la royauté, entre les chansons de gestes et Guillaume le Breton. Déjà présente dans les contributions d’I. Guyot-Bachy et de M. Prietzel, la postérité de Bouvines est l’objet de plusieurs communications qui se concentrent principalement sur sa dimension locale, une fois qu’Antoine Calagué a présenté les enjeux nationaux du septième centenaire, dont la commémoration avait été fixée, pour des raisons pratiques, au 28 juin (c’est-à-dire le jour même où l’archiduc François-Ferdinand devait être assassiné). Dans une France profondément divisée, encore marquée par l’épisode récent de la loi de 1905, Bouvines est surtout célébrée par les catholiques et par les royalistes, et boudée par les autres (le 8 juin 1914, le maire socialiste de Saint-Denis refuse d’assister à la cérémonie rappelant la levée de l’oriflamme par Philippe Auguste !). L’enthousiasme était cependant suffisamment fort pour qu’on prévoie d’ériger un monument commémoratif sur le site de la bataille : du fait de la première guerre mondiale, le projet assez grandiose, confié à Hippolyte Lefebvre, est abandonné (Annie Scottez-De Wambrechies). Reconstruite au début des années 1880, l’église de Bouvines a été inscrite au classement des Monuments historiques en 2010 : Alain Plateaux étudie les étapes de sa reconstruction et Maÿlis Jeanson les fameux vitraux. Jean-Louis Pelon conclut le volume par une évocation, peut-être trop engagée, de Félix Dehau, maire de Bouvines pendant une soixantaine d’années, figure du notable catholique mettant sa fortune au service d’un paternalisme sans doute méritoire pour l’époque mais qu’on peut aujourd’hui regarder de façon plus critique. Diverses et nécessairement inégales, ces contributions sur la bataille de Bouvines et sur sa postérité forment un très bel ensemble pour la prompte parution duquel il faut remercier avec chaleur les éditeurs.
2 Xavier Hélary