Violeta la voz
Voix sombres, voix empêchées, voix absentes
- Par François Bordes
Pages 317 à 319
Citer cet article
- BORDES, François,
- Bordes, François.
- Bordes, F.
https://doi.org/10.3917/rdm1.062.0317
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https://doi.org/10.3917/rdm1.062.0317
Quand le sommeil tarde à venir, plonger dans les nuits sonores, dans les ondes murmurantes qui ouvrent les portes du rêve et du repos.
Quand le sommeil tarde à venir, prendre un bain de voix.
« La voix est toujours concrète » écrit Ryoko Sekiguchi dans un livre récemment republié où elle évoque l’expérience de l’écoute des voix enregistrées, « allers retours de fantômes » [Sekiguchi, 2015, p. 38]. Le surgissement au présent d’une voix du passé « trouble la temporalité de la vie ».
Pouvoir garder trace des voix a bouleversé en profondeur l’entendement humain.
En 1866, Verlaine chantait « l’inflexion des voix chères qui se sont tues ». Dix ans plus tard, Charles Cros déposait à l’Académie des sciences la description d’un procédé d’enregistrement des sons. Le poète avait inventé le paléographe, ancêtre du phonographe. Césure majeure. Après lui, la littérature ne sera plus la même. Les textes se doublent d’un phonotexte, les bibliothèques s’augmentent d’une vertigineuse phonothèque [Martin, 1998].
Jacques Derrida publie La Voix et le phénomène en 1967.
Denis Roche au colloque Artaud-Bataille de Cerisy en juillet 1972 :
Je me lève, je marche de long en large en expliquant que dans quelques mois paraîtra mon nouveau livre, Le Mécrit, que c’est la dernière fois que je parlerai de poésie, en écrirai, etc. […] Puis j’annonce qu’une bande pré-enregistrée parlera à ma place, depuis la table de conférence, et qu’on a qu’à m’écouter.
Le magnétophone à la place du poète – voix enregistrée, poési…
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