Hormis le territoire
Sur Les Ombres opposées de Nicolas Cavaillès
- Par François Bordes
Pages 357 à 358
Citer cet article
- BORDES, François,
- Bordes, François.
- Bordes, F.
https://doi.org/10.3917/rdm1.061.0357
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https://doi.org/10.3917/rdm1.061.0357
Notes
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Cavaillès Nicolas, 2023, Ombres opposées, Éditions Corti, Paris.
Au commencement, une rivière et une petite île sur laquelle, un beau jour, les hommes ont jeté un pont. De ce lieu de passage naît un bourg, un village, une ville, un lieu en commun partagé par des générations de femmes et d’hommes dont les vies liées dépendent « les unes des autres ». Dans son dernier livre paru à la même enseigne que ceux de Julien Gracq, Nicolas Cavaillès propose de raconter deux destins n’ayant en commun que ce lieu, Pont-de-Veyle, en Bresse. Deux vies, deux hommes du siècle des Lumières, deux « ombres opposées » que tout sépare – hormis le territoire.
Antoine Ferriol de Pont-de-Veyle (1697-1774) campe l’archétype de l’aristocrate nonchalant de la régence et du règne de Louis XV. Oisif, neveu de Madame de Tencin, ami de Voltaire et de Madame du Deffand, il occupa différentes fonctions mais préférait consacrer tout son temps aux mondanités, aux salons et aux fêtes galantes. Lassé de tout, il se retrouve gouverneur de Pont-de-Veyle. Le châtelain « récolta les fruits seigneuriaux » sans rien faire de plus, ni se soucier du sort du peuple. Ses marivaudages, ses pièces de théâtre et ses bouts-rimés sarcastiques sur la cour et ses « essaims de flagorneurs et de persifleurs » lui prenaient tout son temps. Il mourut, « gros à lard », « parmi les mêmes âmes dispendieuses qui précipitèrent la banqueroute de la monarchie et son apocalypse républicaine ».
Monsieur de Pont-de-Veyle avait quarante-cinq ans lorsque naquit, à Pont-de-Veyle, Jean Louis Carra (1742-1793), fils d’un commissaire de droits seigneuriaux…
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