L'économie sociale et solidaire, vecteur du convivialisme
Pages 115 à 116
Citer cet article
- ALPHANDÉRY, Claude,
- Alphandéry, Claude.
- Alphandéry, C.
https://doi.org/10.3917/rdm.043.0115
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- Alphandéry, C.
- Alphandéry, Claude.
- ALPHANDÉRY, Claude,
https://doi.org/10.3917/rdm.043.0115
1Les sociétés dites développées reposent sur une économie de marché qui est elle-même fondée sur les seuls intérêts individuels et des motivations purement utilitaires. Son idéologie compétitive, son délire de croissance l’engagent dans une course effrénée vers des profits démesurés, des gains spéculatifs qui nourrissent la domination du capital financier.
2 Au stade actuel, cette économie produit des biens impressionnants, bien que souvent inutiles ou nuisibles, ne répondant pas convenablement aux besoins essentiels des populations et qui s’accompagnent d’effets destructeurs sur l’environnement naturel, sur l’emploi et sur la cohésion sociale par le creusement des inégalités.
3 Heureusement, face à cette économie impitoyable, des initiatives très fortes, des associations, des organisations de plus en plus nombreuses se forment pour préserver, respecter l’humanité, son environnement, ses conditions de vie, la cohésion de la société. On les trouve dans des activités médico-sociales comme dans le recyclage industriel ou l’agriculture biologique, dans l’économie dite circulaire ou numérique et collaborative, dans les écoquartiers, les circuits courts et toute forme d’innovation socio-économique.
4 Ces initiatives sont très diverses, fragmentées, souvent sans lien apparent, mais toutes se réclament d’une « économie sociale et solidaire » qui non seulement entend réagir, résister aux déséquilibres, aux injustices, aux dégâts créés par le capital financier, mais proposent une vision, des valeurs, des pratiques qui impliquent de profondes transformations de l’économie et de la société ; une vision du mieux-vivre portée par des indicateurs qui dérogent à ceux de la seule croissance du PIB, par des modes de décision, de gouvernance qui se dégagent tant de la toute-puissance du capital financier que de l’absolutisme du pouvoir central et qui font appel à la participation des citoyens.
5 Ces transformations, annoncées par les initiatives de l’économie sociale et solidaire, sont encore loin d’être prises en compte dans les objectifs de croissance, voire de régulation de la croissance proposés par les maîtres de l’économie. Leur vison commune, leur pensée unique fait fi de l’urgence écologique (pourtant pointée par toute la communauté scientifique), de l’extrême pauvreté d’une majorité de la population mondiale et de crises répétées qui déstabilisent le système dans lequel cette pensée est enfermée sans issue de sortie.
6 Mais ces transformations sont dans le droit fil du Manifeste du convivialisme : elles resteraient limitées, fragmentées, elles ne parviendraient pas à enclencher de nouveaux choix économiques et politiques sans se dégager de l’idéologie productiviste et consumériste imprégnée dans l’opinion à l’aide de puissants médias et d’un marketing omniprésent, sans sortir, grâce à la référence au convivialisme, d’une vision essentiellement marchande des échanges sociaux.
7 D’un autre côté, les avancées du convivialisme sont étroitement liées à celles des porteurs d’initiatives d’économie sociale et solidaire. Son approfondissement, sa force de conviction, de diffusion proviennent des expériences réalisées dans les territoires par la société civile, de leur succès, de leur généralisation, de leur pérennité. Le Labo-économie sociale et solidaire est très sensible à ces liens ; il lance, depuis les États généraux de l’économie sociale et solidaire et les « cahiers d’espérance » des travaux et des démarches propres à les renforcer.