Article de revue

Sur le renouvellement du capitalisme. Vers un monde « soutenable » ?

Pages 487 à 510

Citer cet article


  • Gherardi, L.
  • et Magatti, M.
(2012). Sur le renouvellement du capitalisme. Vers un monde « soutenable » ? Revue du MAUSS, 39(1), 487-510. https://doi.org/10.3917/rdm.039.0487.

  • Gherardi, Laura.
  • et al.
« Sur le renouvellement du capitalisme. Vers un monde “soutenable” ? ». Revue du MAUSS, 2012/1 n° 39, 2012. p.487-510. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-du-mauss-2012-1-page-487?lang=fr.

  • GHERARDI, Laura
  • et MAGATTI, Mauro,
2012. Sur le renouvellement du capitalisme. Vers un monde « soutenable » ? Revue du MAUSS, 2012/1 n° 39, p.487-510. DOI : 10.3917/rdm.039.0487. URL : https://shs.cairn.info/revue-du-mauss-2012-1-page-487?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rdm.039.0487


Notes

  • [1]
    Ou plus exactement « développement durable ». Pour une question de cohérence, nous avons respecté le choix des auteurs de traduire sustainable par le français soutenable, et sustainability par la soutenabilité. La « Cité soutenable » évoquée tout au long de cet article renvoie en fait au concept de Cité du développement durable. (NdR)
  • [2]
    La littérature analysée comprend des articles parus dans des journaux économiques en ligne – Il Sole 24 ore, The Wall Street Journal, The Times, Les Échos – et dans des périodiques économiques destinés à des opérateurs économiques de différents secteurs et niveaux – Harvard Business Review, , The Economist, L’Impresa,Revue française de gestion –, concernant le thème du développement durable. Les textes, analysés dans leur langue originale, ont été sélectionnés selon le double critère de leur caractère exhaustif (ils renferment des discours de plusieurs autres textes) et de l’introduction de propositions d’innovation managériale, de gestion et de modèle économique, que nous détaillons dans le paragraphe 3.
  • [3]
    Sur lequel se fondent les jugements lorsqu’il s’agit de déterminer qui est grand (digne d’estime) et qui, au contraire, est petit, ou encore, lorsqu’il s’agit de mettre au point des dispositifs concernant la vie quotidienne, en particulier la vie professionnelle, et de les justifier.
  • [4]
    Les formes idéaltypiques de l’accord qui constituent la métaphysique des mondes communs sont appelées Cités, pour montrer la relation entre les « habitants » imaginaires ; l’extension des Cités aux mondes communs correspondants, à travers des épreuves, des dispositifs et des répertoires de sujets et d’objets, est illustrée dans le sous paragraphe 2.1, dans le passage de la Cité soutenable au monde soutenable.
  • [5]
    Dans chacun des sept mondes, l’accès à l’état de grand (où grand signifie plus général), associé à des récompenses matérielles et symboliques, a des coûts par rapport à un certain type de jouissance égoïste. Sur les contraintes importantes qui pèsent sur le modèle, notamment celle de la dignité des personnes et de la commune humanité, nous renvoyons à Boltanski-Thévenot [1991] et, pour une reprise de ce principe comme base de la société conviviale, à Caillé [Caillé et al., 2011].
  • [6]
    Dans la théorie de référence, un compromis est une formule dans laquelle reste la recherche d’un bien commun, qui cherche à composer des grandeurs qui appartiennent à deux mondes différents. Citons-en un seul exemple : depuis le monde industriel on peut critiquer le monde marchand d’être aléatoire et d’opérer des distorsions de prix, alors que depuis le monde marchand on peut critiquer le monde industriel pour ses rigidités exprimées par la planification ; un compromis entre les deux mondes est illustré par l’expression « investissements financiers de l’entreprise », où le premier terme, « investissements financiers », se réfère au monde marchand, et le deuxième, « de l’entreprise », au monde industriel.
  • [7]
    Critiques, exposées plus loin, à une crise interprétée, dans la littérature avalisée, comme crise de non soutenabilité et d’irresponsabilité : « Réguler “le système” ne suffit pas » [Les Échos, 2009].
  • [8]
    <www.weforum.org>.
  • [9]
    « Last year a task force of doughtily American investors (including Warren Buffett, Felix Rohatyn and Pete Peterson among others) convened by the Aspen Institute, a think-thank, published a report called Overcoming short-termism. It advocated various measures to encourage investors to hold shares for longer, including withholding voting rights from new shareholders for a year » [ « A different class »,The Economist, 2010, p. 62].
  • [10]
    Stephen Green, the chairman of HSBC […] argued : « For any organisation, to be sustainable, it must serve the interests of all its stakeholders » [ « A return to old-fashion principles », The Wall Street Journal, 2010].
  • [11]
    « […] Les dispositifs de régulation mis en place restent largement inopérants face au système d’exploitation sociale et environnementale promu à grande échelle au sein des chaînes globales de valeur » [ « Comment penser l’entreprise dans la mondialisation », Revue française de gestion, 2010, p. 96].
  • [12]
    « L’impresa sostenibile » [L’Impresa, 8/2009, p. 54].
  • [13]
    « The key to becoming a contemporary corporate leader is to take on responsibility for externalities – what economists call the impact you have on the world » [ « Leadership in the age of transparency », Harvard Business Review, 2010, p. 38].
  • [14]
    « Le DD trouverait sa légitimité auprès des parties prenantes parce qu’il permet une meilleure conciliation de leurs intérêts dans une perspective de création de valeur à long terme » [ « Le développement durable », Revue française de gestion, 2009, p. 21].
  • [15]
    Lorsque l’on considère seulement certaines ressources au détriment d’autres on retombe dans la logique de la Cité industrielle.
  • [16]
    « Life-cycle assessment is particularly useful : it captures the environment-related inputs and outputs of entire value chains, from raw materials supply through product use to returns […] To design sustainable products, companies have to understand consumer concerns and carefully examine product life-cycles » [ « Why sustainability is now the key driver of innovations », Harvard Business Review, 2009, p. 59 et p. 63].
  • [17]
    Sur ce point, voir également [Stiglitz, Sen, Fitoussi, 2009a ; 2009b].
  • [18]
    Le PIB est critiqué parce qu’il n’inclut pas d’indicateurs sur la qualité de la vie, sur la qualité des produits, sur leur durée et sur leur compatibilité environnementaleet sur la participation de la valeur avec les stakeholders.
  • [19]
    Sur ce point, nous renvoyons, en particulier, à [Lazlo, 2008].
  • [20]
    « Les enjeux prioritaires […] sont directement liés aux problématiques de santé et de sécurité au travail […] et aux droits de l’homme, notamment pour les filiales et les sous-traitants étrangers » [ « Le Développement Durable », Revue française de gestion, 2009, p. 37].
  • [21]
    « Una sostenibilità della gestione delle risorse umane […] deve considerare anche la parte bio-psichica-sociale del coinvolgimento, della salute e dell’integrazione di tutti i lavoratori » [ « Benessere organizzativo », L’Impresa, 2009, p. 67].
  • [22]
    Contrairement au grand de la Cité domestique, dont l’autorité se fonde sur la hiérarchie. Si l’on cherche la composante affective du lien dans la Cité soutenable, elle peut être exprimée comme une attitude universaliste de bienveillance, de magnanimité qui s’oppose au clientélisme et au paternalisme en vigueur dans la Cité domestique.
  • [23]
    En cela, la relation générative est le contraire des maximes machiaveliennes sur le savoir-vivre comme : « Celui qui enseigne doit toujours se montrer supérieur et toujours maître. Pour la transmission de l’art, il faut procéder avec prudence : il ne faut jamais assécher la source de l’enseignement de même que celle du don. C’est la manière de conserver l’estime et la dépendance des autres » [Gracián, 2002, p. 212, notre traduction ; édition originale, 1647].
  • [24]
    « […] it appears that the new metric of corporate leadership will be closer to this : the extent to which executives create organizations that are economically, ethically and socially sustainable » [ « What’s needed next : a culture of candor »,Harvard Business Review, 2009, p. 56].
  • [25]
    En particulier, la partie variable du salaire des responsables des ressources humaines.
  • [26]
    « Psychological safety does not operate at the expenses of employee accountability ; the most effective organisations achieve high levels of both » [ « The competitive imperative of learning », Harvard Business Review, 2008, p. 64].
  • [27]
    On peut trouver des exemples de critiques de la part du monde soutenable à tous les autres dans Latouche [2010].
  • [28]
    Puisque la littérature analysée, économique et managériale, se fonde sur la notion de développement durable, on pourrait objecter que la Cité de la soutenabilité dont cette dernière expose les traits est la forme que prend l’extension du monde industriel. Les diverses formulations du développement durable, en effet, ne remettent pas radicalement en question croissance et capitalisme, comme il advient au contraire, par exemple, dans le texte sur la décroissance de Latouche [2010], qui condamne justement l’éco-capitalisme et le développement durable comme compromis industriel-soutenable. Restant entendu le fait que ce n’est pas la logique de la Cité de la soutenabilité que nous avons reconstruite qui diffère, mais le but duquel cette logique est détourné. Comme nous le décrivons dans le présent paragraphe, le texte de Latouche pourrait être la référence pour ceux qui cherchent un modèle de Cité de la soutenabilité « pure » ; il n’explicite cependant pas le type de lien particulier entre les êtres qui, dans la littérature analysée, semble se référer à la théorisation, déjà rappelée, d’Erikson.
  • [29]
    « Ormai anche in Italia molte imprese di diverse dimensioni hanno sposato la sostenibilità come strategia e non solo come un restyling di immagine » [ « L’impresa sostenibile », L’Impresa, 2009, p. 54].
  • [30]
    Dans les termes du rapport Brundtland (WCED 1987), le développement est considéré comme durable s’il répond aux exigences d’aujourd’hui sans compromettre la possibilité de satisfaire les exigences des générations futures.
  • [31]
    Sur la transformation de l’objectif de l’unité des ressources humaines dans l’entreprise et pour une reconstruction de l’évolution de la notion de gestion du travailleur à celle de valorisation du capital humain, voir, entre autres, Boldizzoni [2003].
  • [32]
    Nous renvoyons, pour un exemple concret, au cas Danone. [En ligne : ] www.danone.com.
  • [33]
    Comme déjà signalé chez Lafaye-Thévenot [1993].
  • [34]
    C’est le cas de valeurs qui, dans les années 1970, entraient dans la critique au capitalisme et dont l’axiologie capitaliste s’approprie dans les années 1990, comme le démontre la littérature managériale de l’époque, par exemple l’authenticité (devenue une économie florissante) et la mobilité qui, de facteur de libération des liens spatiaux et temporels imposés par la production, est devenue une obligation pour les effectifs humains, qui suivent les flux d’investissement. Sur l’appropriation partielle de la valeur de la mobilité, nous renvoyons à Gherardi [2010].
  • [35]
    Par exemple, dans les cas de Nike et de Coca-Cola. Pour un approfondissement du lien entre les scandales sociétaires des années 1990 et le développement de la discussion sur la corporate social responsability (CSR), nous renvoyons à Gallino [2009].
  • [36]
    Par exemple, dans le cas de l’investissement dans des produits écologiques par rapport auxquels les stakeholders sont les citoyens du monde, qui ont en commun la finitude du globe, d’un côté, les générations futures, de l’autre.
  • [37]
    Auquel est liée l’expression répandue de citoyens-consommateurs (compromis civique-industriel).
  • [38]
    Les articles parus dans les journaux économiques on-line sont accessibles [En ligne : ] www.wsj.com, www.ft.com, www.ilsole24ore.com, www.economist.com, www.lesechos.fr.
Français

Savoir ce qui fait la valeur d’un animal – et ce qui fait celle d’un humain – est une interrogation au cœur du débat sur la « question animale » à laquelle le paradigme du don permet d’apporter des éléments de réponse. À l’appui d’une recherche en sociologie sur la relation de travail entre éleveurs et animaux, cet article montre que la valeur d’un animal peut être appréhendée à partir de la vie et de la mort que les humains leur donnent. L’investissement des éleveurs dans le travail repose sur un don de la vie bonne aux animaux, qui est à la fois une volonté de légitimation de leur mise à mort pour l’alimentation humaine et un geste de gratitude. La gratitude reconnaît ce que sont les animaux d’élevage – des êtres qui ont une vie à vivre avant d’être tués et de mourir – et ce qu’ils donnent aux hommes : la vie.


English

The Moral Value of Animals. An Outline of Gifts of Life and Death as seen through the Case of Farming

What constitutes the value of an animal – and that of a human – lies at the centre of the debate on animals to which the gift paradigm promises to make a significant contribution. Based on a sociological investigation of the working relations between farmers and animals, this article shows how the value of an animal can be apprehended through the life and death that humans give to it. The farmer’s investment consists in giving animals a good life, which can be thought of as both the legitimization of their death in the sake of human sustenance and as a gesture of gratitude. The gratitude is a recognition that these are farm animals – that they are beings which have a life to lead before dying – and of what they thereby give to humans : life.


Date de mise en ligne : 20/07/2012

https://doi.org/10.3917/rdm.039.0487

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