Tri, sélection, conservation : quel patrimoine pour l’avenir ? Actes de la table ronde organisée sous l’égide de l’École nationale du patrimoine les 23, 24 et 25 juin 1999. Paris : Centre des monuments nationaux/Monum : Éditions du patrimoine, 2001. – 237 p. – (Idées et débats). – ISBN 2-85822-634-2 : 22,87 €
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Citer cet article
- BLANQUET, Marie-France,
- Blanquet, Marie-France.
- Blanquet, M.-F.
https://doi.org/10.3917/docsi.404.0316j
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- Blanquet, M.-F.
- Blanquet, Marie-France.
- BLANQUET, Marie-France,
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Un problème d’ordre déontologique
1 ACTES D’UN COLLOQUE ORGANISE EN 1999 sous l’égide de l’École nationale du patrimoine, cet ouvrage soulève une problématique centrale : que choisir, dans nos activités présentes, qui serve de patrimoine pour l’avenir et comment définir le concept de patrimoine ?
2 Pour répondre à ces questionnements, les auteurs prennent tour à tour la parole consignée en une suite d’articles organisés en six points ; chacun faisant l’objet, en fin d’ouvrage, d’un rapport de synthèse.
3 Le problème de la sélection et de la conservation est tout d’abord analysé dans ses « Aspects généraux », c’est-à-dire dans une perspective historique, juridique et sociologique.
4 Il est, ensuite, question « Des archives » où les intervenants présentent les pratiques de tri et de conservation observées ou vécues sur des terrains différenciés, les confrontent aux principes retenus par les circulaires nationales ou les comparent à d’autres pratiques européennes (ici, l’Italie).
5 Dans « Archéologie et musées », les auteurs s’interrogent sur les très nombreux objets archéologiques, complexes, de nature multiple et évolutive, découverts à l’occasion de fouilles de sauvetage. Dès lors, quelle politique d’acquisition avoir dans un musée archéologique ou un musée des beaux-arts ?
6 « Patrimoine bâti, art contemporain, cinéma » porte sur la protection des bâtiments, sur les processus d’acquisition de l’art contemporain et sur la conservation du patrimoine cinématographique.
7 La question du livre arrive au cœur des débats avec « Des bibliothèques » où sont soulevés deux grands questionnements : la mise en place d’une politique de sélection des acquisitions partagées et la pratique des tris et éliminations, c’est-à-dire le désherbage, dans le patrimoine des livres imprimés ou des productions audiovisuelles conservé. Le dépôt légal y fait l’objet d’un débat dans lequel les livres électroniques suscitent des interrogations..
8 Les mêmes questions de tri, de sélection et de conservation sont posées à propos du « Patrimoine naturel ». Faune et flore ont, en effet, entraîné la création de divers lieux de conservation : muséum d’Histoire naturelle, musée de l’Homme, etc., à l’origine de questionnements passionnants et scientifiques mais dans lesquels le professionnel de l’information peut se reconnaître : classement, indexation, collection…
9 « Savoir, c’est se souvenir », dit Alain. Mais à qui revient le rôle de sélection et de tri de ce qui doit être gardé ou rejeté ? Qui doit choisir : l’expert, l’administrateur, l’élu ? Le débat, donné en guise de conclusion, ranime le fil rouge présent dans toutes les précédentes interventions : la conservation intégrale de tous les objets tout à tour examinée (archives, objets, livres, espèces naturelles…) est aujourd’hui rendue possible, en partie grâce aux moyens techniques. Cependant, cette hypermnésie n’est pas souhaitable pour l’homme. Elle rend donc plus que jamais essentielle la question de l’oubli, concrétisé pour les archivistes, les archéologues, les bibliothécaires… par le tri et l’élimination.
10 Sur quels critères organiser cet oubli ? C’est ce à quoi s’efforcent de répondre de façon claire et concise les participants de ces rencontres. Mais ils s’appliquent, surtout, à s’interroger sur la responsabilité qui incombe à celui qui désigne les objets à éliminer. Car conserver c’est aussi choisir, rappelle Jean-Pierre Bardy, chargé d’ouvrir la première séance de ce colloque. Or, le patrimoine est un bien de l’humanité. Les choix du patrimoine engagent donc gravement les professionnels chargés de les faire. Ainsi, trier, sélectionner, conserver devient pour eux un problème d’ordre déontologique, relevant de la citoyenneté. Avec des réponses techniques différentes suivant leur spécialisation, tous ces professionnels s’accordent sur cette affirmation.
11 Le patrimoine documentaire, rappelle Pierre Nora dans son intervention sur les aspects généraux, connaît une « accélération exponentielle. C’est avec lui que l’art de la conservation est principalement devenu l’art de la destruction ». Le documentaliste est également confronté à des problèmes de tri et de sélection des documents et des informations. La surinformation aggrave, pour lui aussi, ces problématiques. Il lira avec intérêt cet ouvrage très riche en réflexions qui l’invite à rencontrer des auteurs confrontés à des questions identiques aux siennes ou très proches d’elles, telles que l’acquisition partagée, l’archivage de l’audiovisuel. Mais il découvrira aussi avec curiosité les interrogations originales de professionnels plus lointains préoccupés par un patrimoine scientifique spécialisé, comme, par exemple, les restes humains, les espèces… Ils ouvrent une fenêtre sur un monde qui, avec les mêmes interrogations pourtant, lui est complètement étranger.
12 Marie-France Blanquet