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Compte rendu

La seconde après-dînée du caquet de l’accouchée et autres facéties du temps de Louis XIII, édition critique par Alain Mercier, Paris, Honoré Champion, « Sources classiques », no 48, 2003. Un vol. 14 × 22,5 cm de 273 p.

Pages 535d à 568d

Citer cet article


  • Kramer, M.
(2006). La seconde après-dînée du caquet de l’accouchée et autres facéties du temps de Louis XIII, édition critique par Alain Mercier, Paris, Honoré Champion, « Sources classiques », no 48, 2003. Un vol. 14 × 22,5 cm de 273 p. Dix-septième siècle, 232(3), 535d-568d. https://doi.org/10.3917/dss.063.0535d.

  • Kramer, Michael.
« La seconde après-dînée du caquet de l’accouchée et autres facéties du temps de Louis XIII, édition critique par Alain Mercier, Paris, Honoré Champion, “Sources classiques”, no 48, 2003. Un vol. 14 × 22,5 cm de 273 p. ». Dix-septième siècle, 2006/3 n° 232, 2006. p.535d-568d. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2006-3-page-535d?lang=fr.

  • KRAMER, Michael,
2006. La seconde après-dînée du caquet de l’accouchée et autres facéties du temps de Louis XIII, édition critique par Alain Mercier, Paris, Honoré Champion, « Sources classiques », no 48, 2003. Un vol. 14 × 22,5 cm de 273 p. Dix-septième siècle, 2006/3 n° 232, p.535d-568d. DOI : 10.3917/dss.063.0535d. URL : https://shs.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2006-3-page-535d?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/dss.063.0535d


1 Ce volume se compose de deux corps principaux : a) les textes édités, dans leur état primitif, où les coquilles et les orthographes fantasques créent cette sorte d’arôme qui s’évente d’habitude dans les éditions littéraires, et b) les commentaires d’A. Mercier, en texte lié (notices d’introduction) et en 940 notes infrapaginales. L’introduction générale est brève, mais chaque pièce est précédée d’un véritable petit essai critique ; c’est grâce à la présence de cet impressionnant apparat explicatif qu’A. Mercier donne le qualificatif de « critique » à son édition, quoique les textes soient « établis » d’après un seul original, sans variantes à considérer ni archétype à rechercher, contrairement à l’idée d’une édition critique en règle. Le recueil est muni d’une bibliographie composite, subdivisée en six sections logiques, et d’un index des noms de personnes.

2 Certaines des dix facéties de ce recueil revoient le jour pour la première fois après presque quatre cents ans de léthargie. Les pièces de qualité et taille inégales forment une image fragmentaire, kaléidoscopique et fidèle de leur temps, même si A. Mercier n’explique pas ses critères de choix (goût personnel ? thèmes ? disponibilités ?). La gamme thématique est assez large : un coq-à-l’âne délirant, étalant les connaissances astronomo-géographiques de l’époque (Les Merveilleuses Aventures de Me Guillaume) ; une Harangue de Mistanguet sur la rivalité entre les traditions de carnaval françaises et celles venues de l’étranger ; une grivoiserie fondée sur un essai en matière d’expertise gynécologique (Réveil du chat qui dort) ; la plainte comique d’un masque dell’Arte, abandonné par sa compagne (Desespoir de Zani Corneto) ; un galimatias, truffé d’idiotismes et de références culturelles, sans objet ni objectif apparents (Restaurant des constipez de cerveau) ; un pamphlet anti-protestant (Descente des parpaillaux aux Enfers) ; un pamphlet raillant les courtisans (Hipocondriaques de la Cour) ; un pamphlet contre les financiers (Flux dissenterique des bourses financieres) et un inventaire gastronomique, pastiche à la fois d’une gazette et d’une relation militaire (Courrier general de la mi-Caresme) ; enfin, la pièce centrale, La seconde après-dînée des caquets, aperçu panoramique des événements les plus en vue des mois courants. Encore dans ce cas, A. Mercier n’explique pas ce qui le fait préférer la Seconde après-dînée à toutes les autres du Recueil général des caquets de l’accouchée, qui a déjà connu une réédition complète en 1855, introduite par Le Roux de Lincy et annotée par Édouard Fournier. Quelle que soit la cause d’un tel choix, il est à propos de noter que les commentaires d’A. Mercier et d’É. Fournier ne se recoupent pas, la nouvelle édition apporte beaucoup d’informations nouvelles et que quiconque s’intéresse aux Caquets aura avantage à lire les deux éditions.

3 Les pièces du recueil sont disposées par ordre chronologique des éditions utilisées. Suivant cet ordre de présentation, la répartition des sujets nous suggère de tenter une rationalisation assez spectaculaire : les cinq premières pièces, datant de 1610 à 1621 (Régence ; débuts de Louis XIII), ne révèlent aucun contenu idéologique. Les quatre pièces suivantes (1622-1624) reflètent la présence d’une pensée politique populiste : bon sens, bien public, besoin de refréner les abuseurs. Cette séquence coïncide avec la contre-attaque dévote contre les libertins, avec les campagnes antiprotestantes et avec l’ascension de Richelieu. Enfin, après dix-sept ans de silence, la dernière pièce vient d’une autre époque, celle de la clarté idéologique. Enchâssée entre deux apolitismes, la brève étape où l’expression était encore relativement libre et politisée prend fin avec l’élimination physique par Richelieu du publiciste Fancan.

4 Quant au projet en général, sa réussite dépend de la substance qui étoffe et anime sa structure bien pensée. La matière fournie par A. Mercier est de double nature. D’abord, on lira avec intérêt ses essais critiques : leur langage même, vif et riche, révèle un analyste érudit, curieux, passionné et qui n’est pas novice dans son domaine de choix (on a de lui La littérature facétieuse sous Louis XIII, Genève, Droz, 1991). Ensuite, le lecteur sera guidé à travers les textes, pour la plupart peu étudiés, remplis de références obscures, dont le déchiffrement est une tâche laborieuse et ardue, qui exige une bonne formation philologique : la connaissance des sources, des noms, de la langue et de l’histoire.

5 L’imposant effort de recherche permet à A. Mercier d’inonder ses pages de renseignements variés, de gloses, de citations et de notes biographiques. En plus des textes annoncés dans la table des matières, il enrichit sa collection de plusieurs pièces supplémentaires, en citant massivement, ou en entier, l’histoire de la Chambre des comptes, tirée du Theatre des antiquitez de Paris, de J. Du Breul (n. 578, p. 146-147), des extraits des Statuts pour les hospitaux des pauvres enfermez (n. 624, p. 158-159), la liste des financiers impliqués dans les abus du surintendant des finances de La Vieuville (n. 860, p. 225-227), un chapitre tiré du livre de Laurent Joubert. Enfin, il donne sa propre version en français d’aujourd’hui du Restaurant des constipez de cerveau.

6 Cependant, certains détails suscitent des observations portant sur quelques niveaux du projet, allant de la présentation physique aux matières de la langue.

7 Le lecteur sera désorienté par le titre courant, La seconde après-dînée..., le même à travers tout le recueil, sans égard à chaque pièce concrète – mais ce n’est peut-être pas A. Mercier qui devrait en être reproché.

8 La ponctuation des textes édités est gardée intacte, mais souvent, victime de sa propre stratégie, A. Mercier se voit contraint de noter, en bas de page, l’absence d’un point final, sans lequel le découpage sémantique est ambigu. Un point inséré dans le texte, entre crochets, aurait permis de diminuer le nombre de notes pour les utiliser aux fins d’information seulement.

9 Le nom de J.-C. Vanini est incorrect dans le texte (err. Vanino, p. 179), ce qu’on peut comprendre ; mais la faute se perpétue dans l’index (p. 272), et c’est inacceptable.

10 Malgré un excellent choix d’outils lexicographiques (Furetière, Richelet et Curiositez françoises d’A. Oudin pour la phraséologie), le langage reste un champ piégé. Ainsi, A. Mercier interprète le mot chapperonniere comme « duègne, chaperon » (p. 169, n. 646), signification, de toute évidence, hasardeuse, ignorée de Furetière, de Richelet et d’Oudin. Pour « duègne », Furetière donne un grand chaperon (locution). Selon Huguet, une chaperonniere est une femme qui porte un chaperon (d’habitude, une bourgeoise), selon une mode datant du siècle précédent. D’après le contexte dans la Seconde après-dînée, « une vieille chapperonniere à l’antique » est donc une vieille bourgeoise coiffée à l’ancienne.

11 Plusieurs expressions idiomatiques restent inexpliquées, peut-être parce que l’Éditeur ne les a pas reconnues. Le lecteur aura raison de s’armer, à son tour, des Curiositez françoises (ci-dessous – CuF). Alors, dans la Seconde après-dînée, il discernera : « elle trouva le nid, mais l’oyseau s’estoit envolé » (153 ; expliqué dans CuF 371, 378), « il est remplumé » (157 ; CuF 474), « ils ont bon dos, si impuissans de jambes » (157 ; « il a bon dos » CuF 170 + « j’ay bon courage, mais les jambes me faillent » CuF 277), « mettre le hola » (172 ; CuF 272). Dans le Restaurant des constipez, après avoir expliqué l’expression trop bien connue, « revenons à nos moutons » (p. 109), l’Éditeur ne remarque pas celle qui la suit immédiatement : « le charbon sera-il cher » (109 ; CuF 83), et ailleurs, « l’eau m’est entrée par le colet dans le soulier » (109 ; CuF 602), ainsi qu’une expression « hybride », « je vendis mon brin d’estoc pour avoir de l’avoine à mon chien » (où l’éditeur détecte et explique grâce à CuF la partie liée à l’avoine donné au chien (110, n. 453), en omettant une autre allusion, « vendre son cheval pour avoir de l’avoine » (CuF 94) ; et enfin, « un drap de perdrix » (113 ; « faire comme les perdrix, se couvrir la teste et descouvrir le derriere » (CuF 410). Il n’y a aucune garantie de ce que cette liste soit exhaustive.

12 À la p. 235, dans la proposition « la doze... seroit vn coflit dans mon corps » on verrait plutôt « feroit » : résultet d’une confusion fréquente entre le s long et le f. On se demandera, par ailleurs, si l’emploi du mot oukase (p. 221) par A. Mercier est justifié dans son contexte.

13 Certaines notes fournissent un excès d’information de pertinence douteuse, d’autres passent sous silence des éléments importants. Ainsi, pour comprendre les divagations astronomiques de Maistre Guillaume, est-il vraiment nécessaire de savoir les trois lois de Kepler, citées au long par A. Mercier ?

14 Par ailleurs, la note consacrée à Henri de Sourdis, évêque de Maillezais, puis archevêque de Bordeaux (n. 849, p. 219), dit trop sans tout dire. Une moitié de la note réitère la généalogie de l’évêque (à quel effet ?), et l’autre moitié le présente comme homme de guerre talentueux (ce qui reste à prouver), qui devait sa digrâce à un échec militaire. Ce qui manque, surtout pour un recueil de facéties, c’est le portrait dressé par Tallemant des Réaux de « ce prélat du monde qui avoit esté le plus battu » (Tallemant, Historiettes I, éd. A. Adam, Pléiade, p. 377). Le lecteur apprendrait alors, qu’après avoir reçu une râclée du duc d’Épernon (1633) et une autre du maréchal de Vitry (1636), l’archevêque excommunia tous les deux, ce qui explique cette phrase de Chavigny, main droite de Richelieu : « Je crois qu’il a dessein de se faire battre de tout le monde, afin de remplir la France d’excommuniés » (ibid., p. 1044). Quant à sa disgrâce, ce fidèle de Richelieu l’a encourue lorsque le cardinal le soupçonna d’avoir trop d’enthousiasme pour Cinq-Mars. L’envoi vers l’armée navale représentait déjà une forme d’exil. La phrase finale de Tallemant suffit pour achever de peindre cet homme d’église, qui « apprit un peu de théologie dans son exil » (ibid., p. 378).

15 Certes, il restera toujours dans les textes des références obscures, et on ne pourra blâmer le compilateur de ne pas avoir toutes les réponses. Certaines, pourtant, ne sont pas loin de la surface. Dans l’avant-dernière pièce, quelques allusions assez transparentes restent sans commentaires : « ayans esté menacez de la Comete » (p. 230 ; il s’agirait de la comète – de deux comètes – de novembre-décembre 1618 ; leur passage a laissé sur les esprits une empreinte durable et profonde) ; « Apres la paix les vns ont esté touchez de la peste » (p. 230 : s’agirait-il de la paix d’Angers 1620, suivie d’une épidémie en 1621, ou de la paix de Montpellier de 1622 ?). La référence aux « figues d’Ésope » (p. 231) reste sans commentaire ; pourtant, cette anecdote explique toute la période suivante concernant les menées des financiers, car il s’agit de cette histoire où, grâce au conseil d’Ésope, on fait vomir aux voleurs les figues qu’ils ont subtilisées.

16 Il suffit d’omettre un fait ou deux pour altérer, voire biaiser, la perception des événements. Par exemple, la note 647 entière est un aperçu historique du protestantisme. Rien ne dit dans cet abrégé que c’était la Réforme qui préconisait la lecture de la Bible par tous les fidèles, tandis que l’Église catholique s’y opposait. Le fait est pertinent, car dans les Caquets, une femme qui a lu la Bible se voit vitupérer par les autres, bonnes catholiques. A. Mercier ne fait aucune remarque sur ce lien, nettement perçu à l’époque, entre la lecture de la Bible et la subversion.

17 Il ne suffit pas de dire (dans la même note) que les « minorités calvinistes s’implantèrent largement dans le sud de la France », sans mentionner l’édit de Nantes qui octroyait aux protestants plusieurs « places de sûreté ». Le texte édité présente la rébellion protestante des années 1620 comme gratuite et vicieuse (ce qui est compréhensible pour l’auteur catholique), mais le commentaire ne fait rien pour donner une perspective moins subjective, et le lecteur n’apprendra rien sur l’intention de Louis XIII de supprimer les places sûres protestantes, qui provoqua la révolte. Puisque toute coexistence de religions ne pouvait s’actualiser que sous forme d’enclaves protégées ou de ghettos, la cohabitation n’était que provisoire, fonction de rapport de forces. C’est la faiblesse du roi devant Montauban, et non pas sa « bonne volonté » (n. 658), qui le font reconfirmer en novembre 1622 l’édit de Nantes et reconnaître La Rochelle et Montauban comme places de sûreté. A. Mercier ne fait aucune mention de tout cela.

18 Une maladresse produit une faute logique dans la phrase suivante (n. 647) : « L’attitude répressive d’Henri II, puis de Catherine de Médicis, ne parvint pas à juguler l’extension du protestantisme en France, qui entraîna les guerres de Religion et le massacre de la Saint-Barthélemy » (notre italique). De cette phrase, on ne comprendra jamais qui a perpétré le massacre.

19 En présentant Richelieu comme justicier et rédempteur du pays, A. Mercier mentionne à six reprises Langlois, dit Fancan, ce publiciste et libelliste talentueux, qui a tant assisté le cardinal, mais il ne parle pas une seule fois de sa fin tragique (mis à la Bastille par Richelieu en 1627, Fancan y mourut un peu trop vite pour son âge).

20 Une tendance générale se dessine à la suite de tous les accidents informationnels répertoriés ci-dessus. Il y a eu une tentative d’expliquer les phraséologismes, mais la tâche n’a pas été menée à bien. Il y a eu un dessein de fournir l’image de fond historique des écrits publiés, mais avec des omissions regrettables et incompréhensibles (si on rejette une partialité idéologique ou doctrinale comme motivation). L’impression qui se forme est celle d’un manque de patience et de rigueur.

21 Nos observations ne touchent pas aux essais critiques : une interprétation textologique venue d’une réflexion mûre et bien formulée peut quand même rester subjective. Par contre, en matière de faits, toute subjectivité est inadmissible, chaque omission comporte un risque de préjudice. Or l’information historique que nous avons rajoutée est de notoriété générale dans le domaine. Presque toutes les lacunes énumérées auraient pu et dû être éliminées lors d’une relecture attentive et rigoureuse avant de mettre sous presse. Leur présence limite l’utilité de cet ouvrage aux fins d’enseignement, parce que ses excursions historiques et biographiques doivent être reçues avec un bon grain de sel ; son volet philologique est respectable, mais inachevé. Reste la partie documentaire : multiples textes originaux, bibliographies, références, identifications perspicaces de divers personnages – tout ce qui est susceptible de pourvoir plus d’un chercheur d’un champ de recherche généreux et de nombreuses pistes explorées et à explorer. C’est là la valeur essentielle et le mérite du projet de M. Mercier.

22 Michael KRAMER.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/dss.063.0535d