Catherine Cessac et Manuel Couvreur (dir.), La duchesse du Maine (1676-1753), une mécène à la croisée des arts et des siècles. Études sur le XVIIIe siècle, vol. 31, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2003, 1 vol. de 24 × 15 cm de 287 p.
- Par Fabien Oppermann
Pages 535e à 568e
Citer cet article
- OPPERMANN, Fabien,
- Oppermann, Fabien.
- Oppermann, F.
https://doi.org/10.3917/dss.063.0535e
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- Oppermann, F.
- Oppermann, Fabien.
- OPPERMANN, Fabien,
https://doi.org/10.3917/dss.063.0535e
1 À l’occasion du 250e anniversaire de la mort de la duchesse du Maine, des festivités ont été organisées à Sceaux au cours de l’été 2003, qui se concrétisèrent entre autres par une exposition et un colloque sur le mécénat et le rôle culturel de cette princesse. Le volume ici présenté, particulièrement riche et intéressant, rend compte du colloque qui s’est tenu à Sceaux du 25 au 27 septembre 2003, sous la direction de Catherine Cessac et Manuel Couvreur. Pluridisciplinaire, ce colloque réunissait un grand nombre d’historiens, de philosophes, d’historiens de l’art, mais aussi de spécialistes de littérature et de musique. Plus qu’une étude sur la duchesse du Maine, sur sa vie et ses actions, cet ouvrage rend compte de réflexions multiples sur la sociabilité de la duchesse, sur son entourage et, par là, sur l’ensemble des idées, des courants et des productions qui ont fait d’elle un personnage incontournable du premier XVIIIe siècle. La richesse de son apport à son temps est très importante, quoique méconnue, et la publication des actes de ce colloque rend justice au rôle majeur d’une actrice des idées du siècle des Lumières.
2 Petite-fille du Grand Condé, épouse d’un fils légitimé de Louis XIV, la duchesse du Maine semble symboliser l’existence d’une réflexion contestataire à son temps, qui transparaît tant dans l’action politique que dans les réalisations culturelles. L’ennui qui règne à Versailles dans la dernière partie du règne du Roi-Soleil la pousse à recréer à Sceaux une vie de fêtes et de joie, qui, ajoutée à la grande curiosité scientifique et artistique de la duchesse, devient un terrain d’expérimentation en tous genres. Si, comme le montre François Moureau, elle échoue dans le fait politique – en tenant les rênes de la conspiration de Cellamare –, elle devient un acteur majeur de la vie culturelle parisienne, favorisant les arts et la création. Personnage cultivé, raffiné, la duchesse du Maine s’est entourée d’esprits et de créateurs variés qui ont contribué à forger, autour d’elle, un microcosme de bouillonnement intellectuel.
3 Par exemple, son goût pour l’architecture s’est manifesté à plusieurs reprises, employant tour à tour les héritages du XVIIe siècle et les nouveautés de son temps, ainsi qu’en témoignent les contributions de Nina Lewallen et Gérard Rousset-Charny. Protectrice de Germain Boffrand, elle fait de ses résidences le cadre de ses fêtes et, plus encore, de ses méditations artistiques et philosophiques. La musique, le théâtre et la danse sont autant de disciplines qui participent du laboratoire d’expériences artistiques que constituent les divertissements de Sceaux et qui, là encore, montrent l’importance de l’héritage des pratiques passées et le goût de l’innovation. Ces activités sont organisées comme dans le cadre d’une petite cour que la duchesse s’attache à vouloir recréer, en s’entourant d’esprits fins et qu’elle organise méticuleusement. Beaucoup de ces créations orchestrées avec soin et faste sont dédiées à la gloire de la duchesse, grâce à des proches dévoués, chargés de mettre en œuvre ces divertissements ; l’ouvrage permet ainsi d’aborder avec précision les personnalités complexes de l’entourage de cette princesse, à l’image de Claude Balon, François Colin de Blamont, ainsi que l’abbé Charles-Claude Genest et Mlle Delaunay, dont le cartésianisme est source de création et de réflexion autour de la duchesse.
4 Les lettres, au-delà de la philosophie, sont également célébrées dans l’entourage de la duchesse du Maine. Tour à tour prétextes politiques, portraits ou évocations religieuses, les productions de la cour de Sceaux sont l’occasion de connaître les us et habitudes du duc, de la duchesse et de son entourage.
5 Les nombreuses contributions de cet ouvrage permettent d’éclairer d’un visage nouveau les centres d’intérêts variés de la duchesse dans cette cour à côté de la cour et mettent en valeur la richesse des activités intellectuelles de son entourage, à la croisée des XVIIe et XVIIIe siècles. Son rôle, méconnu jusque-là, dans le foisonnement des idées de son temps, est ainsi réhabilité, ce dont il faut savoir gré aux organisateurs de ce colloque et aux auteurs de ce volume, précieux par les connaissances qu’il apporte et prometteur quant aux perspectives qu’il ouvre sur des recherches à venir.
6 Fabien OPPERMANN.