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Compte rendu

Marie-Françoise Baverel-Croissant, La vie et les œuvres complètes de Jacques Vallée Des Barreaux (1599-1673), « Libre pensée et littérature clandestine », Paris, H. Champion, 2001. Un vol. 15,5 × 22,5 cm de 453 p.

Pages 165c à 186c

Citer cet article


  • Godard de Donville, L.
(2005). Marie-Françoise Baverel-Croissant, La vie et les œuvres complètes de Jacques Vallée Des Barreaux (1599-1673), « Libre pensée et littérature clandestine », Paris, H. Champion, 2001. Un vol. 15,5 × 22,5 cm de 453 p. Dix-septième siècle, 226(1), 165c-186c. https://doi.org/10.3917/dss.051.0165c.

  • Godard de Donville, Louise.
« Marie-Françoise Baverel-Croissant, La vie et les œuvres complètes de Jacques Vallée Des Barreaux (1599-1673), “Libre pensée et littérature clandestine”, Paris, H. Champion, 2001. Un vol. 15,5 × 22,5 cm de 453 p. ». Dix-septième siècle, 2005/1 n° 226, 2005. p.165c-186c. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2005-1-page-165c?lang=fr.

  • GODARD DE DONVILLE, Louise,
2005. Marie-Françoise Baverel-Croissant, La vie et les œuvres complètes de Jacques Vallée Des Barreaux (1599-1673), « Libre pensée et littérature clandestine », Paris, H. Champion, 2001. Un vol. 15,5 × 22,5 cm de 453 p. Dix-septième siècle, 2005/1 n° 226, p.165c-186c. DOI : 10.3917/dss.051.0165c. URL : https://shs.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2005-1-page-165c?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/dss.051.0165c


1 On se réjouit de voir enfin reprise, enrichie et rectifiée sur bien des points, l’étude que F. Lachèvre consacra il y a près d’un siècle au « Prince des libertins ». La première partie est un essai de biographie (p. 9-135) qui reconstitue avec finesse la figure d’un « être contradictoire » trop longtemps réduite à celle d’un « libertin » et d’un « illustre débauché ». Libertin au sens donné par Furetière, de celui qui « se met au-dessus des croyances et des opinions populaires », Des Barreaux « ne semble pas avoir été “dogmatisant” », mais plutôt étourdiment « farceur » et volontiers provocateur dans sa jeunesse, « pétulant » jusqu’à un âge mûr. Débauché ? assurément, et de façon ostentatoire ; mais « illustre » certainement aussi pour ses œuvres et pour sa conversation. Passant au crible les témoignages laissés par les contemporains, et confrontant les points de vue des biographes et éditeurs modernes de Théophile de Viau les plus autorisés (tels A. Adam, J. Streicher, G. Saba), M.-F. B.-C. montre la partialité des rares documents dont on dispose, et invite à la prudence : ainsi, sur la « trahison » de Théophile par son ami à la veille du procès, souligne-t-elle que Tallemant des Réaux garde un étonnant silence, et que l’identification des « Tircis » chez le poète, ou dans la « Réponse de Tircis à la plainte de Théophile prisonnier », reste incertaine (p. 28-29). Plus généralement, s’il est difficile d’établir dans le détail les épisodes de la vie de Des Barreaux, du moins le lecteur distinguera-t-il mieux, grâce à cette étude, les quelques éléments sûrs (par exemple sur sa famille, sur sa liaison avec Marion Delorme ou sur sa très passagère conversion lors d’une maladie) ou très crédibles (sur le voyage en Hollande près de Descartes), des traits purement anecdotiques (comme la résolution d’un unique procès par destruction des sacs et indemnisation des parties) et des points irrémédiablement obscurs (comme l’itinéraire du voyage en Italie ou une éventuelle activité politique dans les années troublées 1640-1644). Enfin et surtout, par touches mesurées et convergentes, M.-F. B.-C. s’efforce de rendre de la profondeur au libertinage du « très philosophe Des Barreaux » (Chapelle), esprit peut-être secrètement travaillé par « une angoisse qu’aucune certitude ne peut venir apaiser ».

2 La deuxième partie, consacrée à l’œuvre (ou du moins à ce qui nous en est parvenu, et qu’ont publié sans signature divers recueils du vivant de Des Barreaux) présente l’intérêt majeur d’utiliser un manuscrit jusqu’ici inconnu (ou non signalé), qui confirme – mais jusqu’à un certain point seulement – le corpus constitué jadis par Lachèvre sans justification suffisante. Ce manuscrit, daté de 1661, mis en vente en 1980 par la librairie P. Jammes et acheté par la BU de Leyde, attribue 27 poèmes à notre auteur. La confrontation de ces attributions avec celles que fournissent, en les complétant, les recueils Conrart, Tralage et quelques autres de l’Arsenal, donne une grande fiabilité aux choix effectués (et explicités) par M.-F. B.-C. – qui ne retient pour « sûrs » que 35 poèmes, et pour possibles 10 autres, à quoi s’ajoute pour la première fois un fragment (7 vers) d’un sonnet (irrévérencieux) sur Christine de Suède ; le tout est précédé d’une analyse éditoriale et thématique (p. 184-218). Ainsi les dix-septiémistes disposeront-ils d’une précieuse édition de textes, mise à jour et établie sans idée préconçue à l’égard du poète.

3 Signalons encore d’importants appendices. Le premier (p. 139-181) réédite La Béatitude des chrétiens ou le Fléo de la Foy de Geoffroy Vallée, récapitule des jugements littéraires portés sur Des Barreaux, depuis Bayle jusqu’aux critiques modernes, enfin reproduit et traduit la correspondance latine de Théophile et de son ami. Le second (p. 297-306) présente des imitations du fameux et unique sonnet pieux « Grand Dieu ! tes jugements sont remplis d’équité... » et un poème de Marcassus sur les amours du poète et de Marion. Le troisième (p. 320-397) publie in extenso des actes notariés (précédés de résumés), et il est suivi d’une brève étude sur la propriété de Chenailles (p. 359-412), à quoi s’ajoutent huit illustrations photographiques : c’est dire l’ampleur de la documentation recueillie par M.-F. B.-C.

4 Aussi tiendra-t-on pour relativement négligeables quelques erreurs dans la transcription de vers (par ex. dans la citation p. 13, lire : « Et en ton sein est et sera » ; p. 231, v. 141, corriger « imperfections » en « perfections » ; vers faux : p. 234, v. 13 ; p. 243, v. 14 ; p. 247, v. 13). Toujours concernant les poèmes, on rectifiera la traduction de telle ou telle expression latine (p. 269, superbius ne signifie pas « plus grand », mais plus prétentieux ; p. 273, n. 230, un « et » (= aussi) reste non traduit ; p. 263, me mortuum esse nihili æstumo est plus fidèlement rendu par Des Barreaux au v. 14, que par la note 197, et surtout p. 259, les vers 13 et 14 du poète donnent le vrai sens de la citation latine, non la note 177). On regrette aussi que les notes (d’intérêt inégal) ne proposent pas des variantes plus nombreuses, et plus importantes que celles retenues (lesquelles ne portent souvent que sur la ponctuation) ; certaines pourraient même être préférées au texte reproduit (notamment pour les sonnets « libertins » des p. 268-269, souvent édités par les recueils du temps). En revanche, on apprécie la présence d’une solide bibliographie et d’un index détaillé.

5 Au total, l’ouvrage fait date pour l’enrichissement de nos connaissances sur la vie et l’œuvre du poète, et pour une juste réévaluation de sa personnalité.

6 Louise GODARD DE DONVILLE.


Date de mise en ligne : 01/10/2007

https://doi.org/10.3917/dss.051.0165c