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Compte rendu

Simone de Reyff, L’Église et le théâtre. L’exemple de la France au XVIIe siècle, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Histoire du christianisme », 1998. Un vol. 12,5 cm × 19,5 cm de 154 p.

Pages 329o à 370o

Citer cet article


  • Thirouin, L.
(2001). Simone de Reyff, L’Église et le théâtre. L’exemple de la France au XVIIe siècle, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Histoire du christianisme », 1998. Un vol. 12,5 cm × 19,5 cm de 154 p. Dix-septième siècle, 211(2), 329o-370o. https://doi.org/10.3917/dss.012.0329o.

  • Thirouin, Laurent.
« Simone de Reyff, L’Église et le théâtre. L’exemple de la France au XVIIe siècle, Paris, Éditions du Cerf, coll. “Histoire du christianisme”, 1998. Un vol. 12,5 cm × 19,5 cm de 154 p. ». Dix-septième siècle, 2001/2 n° 211, 2001. p.329o-370o. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2001-2-page-329o?lang=fr.

  • THIROUIN, Laurent,
2001. Simone de Reyff, L’Église et le théâtre. L’exemple de la France au XVIIe siècle, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Histoire du christianisme », 1998. Un vol. 12,5 cm × 19,5 cm de 154 p. Dix-septième siècle, 2001/2 n° 211, p.329o-370o. DOI : 10.3917/dss.012.0329o. URL : https://shs.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2001-2-page-329o?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/dss.012.0329o


1 Riche en analyses de la meilleure venue, généralement bien informé, cet ouvrage souffre de ne jamais opter franchement ni pour un sujet, ni pour une forme de discours. Le titre semble promettre une réflexion générale et synthétique sur les rapports de l’Église et du théâtre, mais le sous-titre relativise immédiatement ce projet, en le restreignant à une nouvelle monographie sur la querelle de la moralité du théâtre dans la France du XVIIe siècle – conçue certes comme emblématique de la question (mais l’auteur n’en est pas parfaitement convaincu). Quant à la forme, elle est celle d’un ouvrage de bonne vulgarisation, sans notes ni références, mais avec une substantielle bibliographie. De cette hésitation permanente entre l’érudition et la synthèse pour honnêtes gens, provient sans doute le caractère un peu hybride du résultat, et une certaine gêne du lecteur par moments. Il y trouvera cependant des richesses : une présentation condensée et juste des principales pièces du dossier, et surtout des interprétations personnelles et suggestives.

2 Après un premier chapitre d’une vingtaine de pages – « De l’intransigeance aux accommodements » – qui fait rapidement le point sur l’état de la question avant le XVIIe siècle (Tertullien, saint Augustin, saint Thomas, le drame médiéval, le théâtre humaniste), le cœur de l’ouvrage est consacré à la purification du théâtre sous Richelieu, puis aux grandes controverses classiques. Les étapes essentielles de cette riche et confuse série d’affrontements sont bien marquées, et les textes les plus notables résumés et analysés avec une grande acuité. Certains aspects importants du débat, habituellement laissés dans l’ombre par les histoires de la littérature, sont ici bien signalés. C’est le cas notamment de l’influence du modèle italien dans le développement de la polémique en France : quelques pages denses sont ainsi consacrées aux arguments ironiques d’un Nicolò Barbieri, ou à l’idéal de moderazione cristiana du théâtre d’un Giovanni Ottonelli.

3 Dans ce panorama utile et assez complet, on regrettera seulement quelques erreurs de détail, dues à une information de seconde main. Ainsi, contrairement à ce qui est indiqué (p. 71), les Lettres sur l’hérésie imaginaire de Nicole ne s’attaquent pas à Desmarets de Saint-Sorlin : c’est seulement après l’intervention inopinée du poète dans le débat théologique, que Nicole le prend pour cible, en entamant une deuxième série de lettres, ironiquement baptisées Visionnaires, et qui susciteront la réaction de Racine. Un autre problème d’érudition, mais dont les enjeux ne sont pas négligeables, touche la position de Godeau : le discours où l’évêque de Grasse fait l’apologie du théâtre chrétien apparaît dès 1641, en préface à un volume de ses œuvres chrétiennes, et le célèbre sonnet « sur la Comédie », qui prend en quelque sorte le contre-pied de cet engagement, est publié, non pas en 1646, comme on le lit trop souvent, mais seulement huit ans plus tard, en 1654. La date est importante, en ce qu’elle marque un véritable renversement idéologique dans la question du théâtre.

4 Sur un tel sujet enfin, et dans le cadre d’une collection consacrée à l’histoire du christianisme, on aurait souhaité une mise au point plus explicite sur la prétendue excommunication des comédiens et sur la nature exacte des mesures religieuses prises à leur encontre. Le rôle insidieux des rituels, si bien mis en relief par les travaux de J. Dubu, ne donne lieu qu’à des allusions insuffisantes. Les censures ecclésiastiques sont ambiguës ; leur application dépend plus des autorités locales que d’une doctrine cohérente et assumée. Bien des idées reçues demandaient en l’occurrence à être rectifiées.

5 En fait, comme la plupart des critiques qui se sont penchés sur ces polémiques, Simone de Reyff ne parvient pas à cacher l’irritation que suscite en elle l’objet de son étude : « différends étriqués », « dialogues de sourds », « somme de faux problèmes dont allaient s’alimenter des querelles inutiles » (p. 59). Cette disposition n’est peut-être pas la plus propice pour apprécier la portée et l’originalité des textes évoqués. Si nous convenons bien volontiers de l’intérêt et de la supériorité du Traité de la Comédie de Nicole, avec lequel en effet « apparaissent enfin les véritables enjeux de la querelle » (p. 95), il nous paraît très réducteur et inexact de ramener les réflexions de Conti à un simple ressassement, ou celles de Bossuet à une crispation rituelle. Chacun de ses auteurs interprète à sa manière et hiérarchise d’une façon qui lui est propre des arguments plus ou moins convenus. Encore faut-il, pour s’en convaincre, accorder à leurs écrits un minimum de sympathie méthodologique.

6 Mais plus que par un souci strict d’historien des idées, l’auteur est guidé dans son travail par un certain nombre de convictions religieuses et de préoccupations spirituelles. Telle est la limite de cet ouvrage, mais telle est aussi en même temps la source de sa vigueur et sa richesse. Les éléments de la querelle qui paraissent à Simone de Reyff dignes d’intérêt sont traités avec une grande pénétration. Ainsi les pages consacrées à la Théodore de Corneille comme alternative à une tragédie chrétienne héroïque, et surtout les analyses du Saint Genest de Rotrou, dont sont fort bien soulignées les implications théoriques dans le cadre d’un débat sur la valeur religieuse de la mimesis théâtrale. Enfin la position de Nicole est analysée avec une grande justesse, ramenée aux valeurs évangéliques qui la sous-tendent et qui pourraient théoriquement, aujourd’hui encore, lui conférer quelque autorité spirituelle chez les chrétiens.

7 Le livre s’achève sur l’évocation de quelques grandes figures modernes – Henri Gouhier, Gabriel Marcel, le P. A.-M. Carré – qui ont contribué à poser sur de nouvelles bases une question irritante, dont S. de Reyff a le mérite de toujours chercher à percevoir la substance véritable.

8 Laurent THIROUIN.


Date de mise en ligne : 01/02/2008

https://doi.org/10.3917/dss.012.0329o