Actualités
- Par Marie Madeleine Mactoux,
- Bruno Poulle,
- Danièle Conso,
- Guy Labarre,
- Anton Alvar
- et Pedro Paulo A. Funari
Pages 285 à 331
Citer cet article
- MADELEINE MACTOUX, Marie,
- POULLE, Bruno,
- CONSO, Danièle,
- LABARRE, Guy,
- ALVAR, Anton
- et PAULO A. FUNARI, Pedro,
- Madeleine Mactoux, Marie.,
- et al.
- Madeleine Mactoux, M.,
- Poulle, B.,
- Conso, D.,
- Labarre, G.,
- Alvar, A.
- et Paulo A. Funari, P.
https://doi.org/10.3917/dha.432.0285
Citer cet article
- Madeleine Mactoux, M.,
- Poulle, B.,
- Conso, D.,
- Labarre, G.,
- Alvar, A.
- et Paulo A. Funari, P.
- Madeleine Mactoux, Marie.,
- et al.
- MADELEINE MACTOUX, Marie,
- POULLE, Bruno,
- CONSO, Danièle,
- LABARRE, Guy,
- ALVAR, Anton
- et PAULO A. FUNARI, Pedro,
https://doi.org/10.3917/dha.432.0285
Notes
-
[1]
Il y a ici dans l'écrit de F. H. une coupure entre les propos précédents concernant César et ceux qui suivent qui concernent son héritier. Dans l'emploi de l'expression « le jeune César », il faut donc entrendre « Octave ».
-
[2]
M. Foucault, Naissance de la biopolitique: cours au Collège de France, 1978-1979, París, 2004; W. Brown, Undoing the Demos. Neoliberalism’s Stealth Revolution, New York, 2015.
Une mythologie sociale
1[Fr. Lissarague, La cité des satyres, une anthropologie ludique (Athènes, vi e - v e siècles avant J.-C.) , Paris, 2013, 327 p., ISBN 978-2-7132-2384-6 – 35 euros]
2 Fr. Lissarague poursuit avec finesse sa réflexion, commencée dans La cité des images, à travers des personnages surprenants, seuls ou en groupes, nés dans l’imaginaire de la polis.
3Ces onze chapitres analysent le paraître et le faire des satyres, dans une histoire visuelle de la fin de l’archaïsme et du premier siècle de l’époque classique à Athènes. L’invention athénienne des satyres, vers 580, s’amplifie avec la création du drame satyrique à l’orée du ve siècle et ses chœurs de satyres réinterprétant le monde. Sans passé mythique les satyres sont diversement nommés, ce qui les inscrits dans un univers dominé par les représentations variées de leur corps, mixte d’homme et de cheval, mais toujours en mouvement. Leur sexualité s’exhibe par la taille de leur sexe et les divers modes de leur accouplement, y compris avec des animaux, en particulier les ânes proches des satyres par leur lubricité. Pour préciser l’analyse, l’auteur replace les satyres dans l’imaginaire du monde animal comparable, âne, bouc, chèvre, singe, pointant les analogies et les différences. Les satyres se distinguent des centaures, eux aussi moitié hommes moitié animaux mais caractérisés, sauf exception, par une violence antisociale affichée.
4Par opposition les satyres évoluent dans le monde humain du vin et du banquet, échansons de Dionysos mais aussi d’Héraclès, tantôt se soumettant à la règle habituelle du mélange, tantôt la transgressant ou l’inversant. Ils pratiquent aussi la musique et la danse ; l’aulos est leur instrument privilégié, au point qu’il devient, dans certaines représentations figurées, une partie de leur corps, accroché au phallus. Les satyres jouent aussi de la cithare et de la lyre et dansent de manière frénétique, se rangeant, sur ce point, plutôt du côté des animaux que des humains.
5 À l’instar de Dionysos au centre de rituels de guerre, accompagné de ménades et de satyres, ces derniers participent au monde guerrier avec des armes non conventionnelles : thyrses, lance ondulée ou lance-phallus. Certaines représentations les renvoient exceptionnellement du côté de l’hoplite mais ils sont essentiellement du côté des peltastes. Le satyre est un guerrier décalé, centré sur le vin et l’appétit sexuel. Exclus de la cité hoplitique ils sont malgré tout intégrés à l’espace social de la cité. Acteurs dans des pratiques religieuses dionysiaques avec une attitude codée ou violente, ils s’humanisent après 450. L’ithyphallisme disparaît ; ils peuvent revêtir l’himation ou faire la cour à un jeune éphèbe. Ils sont mis en scène comme travailleurs, bergers, vendangeurs, artisans, mais l’auteur souligne l’existence de détails qui maintiennent l’écart par rapport au citoyen, ouvrant la voie à la remise en question de ces pratiques banales partagées par les satyres.
6 Ils sont aussi intégrés au monde des dieux à travers les mythes : naissance de Dionysos avec présence des satyres, association avec Prométhée porteur de feu, vol des armes d’Héraclès ou encore participation au cosmos en compagnie de divinités tels Héphaïstos, Hermès, Poséidon et bien sûr Dionysos. Mais ils ont toujours une attitude servile proche des non-citoyens.
7La cité des satyres explore un monde incontrôlé dans lequel l’imaginaire tisse un rapport complexe avec l’imaginaire de la polis en marge de laquelle les satyres se situent. Les satyres parlent de la cité établissant une distance qui ouvre la voie à une différence assumée. S’il est juste de dire qu’il n’y a rien sur la vie politique, ce qui est le cas des représentations figurées peut-on affirmer qu’il n’y a rien sur le politique (p. 244) ?
8Fr. Lissarague a choisi de travailler sur un corpus bien précis, celui des images des vases. Il va bien au-delà des quelques deux cents figures reproduites, photographies ou dessins. En annexe, l’auteur récapitule une série de vases, accessibles dans diverses publications, répertoriés et classés thématiquement. Il ne saurait être question de s’interroger l’exhaustivité. Je préfère m’interroger sur la possibilité de ne pas tenir compte de la nature des vases conditionnant leur usage. Des satyres sur des cratères ont-ils la même signification que sur des lécythes, le contenu n’est-il pas influencé par le contenant ? C’est tout le problème de l’interprétation en relation avec la réception. Il est d’ailleurs évoqué par l’auteur en conclusion, lorsqu’il souligne le caractère plurivoque de cet espace figuratif. Il rappelle justement qu’il existe des niveaux d’interprétation, comique, carnavalesque, sexuel, rituel. Sur quels critères décisifs peut-on s’appuyer ? Le dévoilement de cette polysémie fait la richesse de l’ouvrage qui ouvre de nombreuses voies de recherche. L’historicité des satyres, notée à juste titre, y invite. Comme l’auteur le remarque les satyres ne sont pas essentiellement des figures carnavalesques. Son approche anthropologique s’inscrit dans la diachronie.
9Marie Madeleine Mactoux
Université de Franche-Comté – ISTA EA 4011
Une gestation politique
10[ M. Valdés Guía , La formación de Atenas. Gestación, nacimiento y desarrollo de una Polis (1200/1100-600 a.C.) , Zaragoza, 2012, 400 p., ISBN 978-84-7956-101-7– 36 euros]
11Il n’est jamais trop tard pour inviter les historiens de la Grèce à lire l’important ouvrage de Miriam Valdés Guía, synthèse d’une série de travaux antérieurs, menés systématiquement en s’inscrivant dans la longue durée de l’Athènes archaïque.
12Six chapitres chronologiques analysent le processus de formation de la polis à partir de l’Athènes mycénienne et géométrique, puis de la polis du viiie siècle structurée par le synœcisme correspondant à sa naissance stricto sensu, complétée par un chapitre sur le rôle des sanctuaires. Enfin deux chapitres sur la polis aristocratique du viie siècle, sa constitution et sa dynamique conflictuelle dans son affrontement avec le monde extérieur.
13Loin d’une approche institutionnelle, l’auteur convoque des données multiples et complexes, tant le religieux qui intervient dans la définition du territoire grec que l’articulation des réalités historiques et mythiques contribuant au développement de la polis. Le synœcisme de Thésée ne peut se comprendre sans celui de Cécrops. L’auteur tient compte aussi des évolutions régionales concernant les parties de l’Attique qui s’agglutineront peu à peu selon des modalités différentes. Elle soulève ainsi, comme le note D. Placido dans le prologue de l’ouvrage, de nombreux problèmes qui, pour avoir été envisagés, sont intégrés dans une vision globale de la formation de la polis.
14Le texte est suivi d’une importante bibliographie, de schémas et de cartes de l’Attique à divers moments de son évolution. Une réflexion sur les sources et les débats contemporains rend cet ouvrage érudit indispensable à celui qui veut tenter de comprendre cette longue construction d’Athènes en tant que polis.
15Marie Madeleine Mactoux
Université de Franche-Comté – ISTA EA 4011
Guerre juste et guerre en Sicile
16[ N. Rampazzo , Justitia e bellum. Prospettive storiografiche sulla guerra nella Repubblica romana , Naples, 2012, 134 p., ISBN 978-88-243-2150-1 – 14 euros][ C. Vacanti , Guerra per la Sicilia e guerra della Sicilia. Il ruolo delle città siciliane nel primo conflitto Romano-Punico , Naples, 2012, 252 p., 10 cartes, ISBN 978-88-243-2165-5 – 25 euros]
17La collection Storia politica, costituzionale e militare del mondo antico, dirigée par L. Loreto, a édité ses numéros cinq et six, qui sont deux monographies toutes deux consacrées à la guerre menée par les Romains. La première (intitulée Iustitia e bellum) est l’analyse des deux concepts qui président aux conflits ; la seconde (Guerra per la Sicilia e guerre della Sicilia) rappelle le rôle de la Sicile dans la remière Guerre Punique : en quelque sorte, ces deux volumes représentent la théorie et la pratique de la guerre.
18N. Rampazzo étudie donc la riche question du bellum iustum, d’abord par une approche étymologique (qui recense les opinions des Anciens et des Modernes) du mot ius et de ses dérivés, puis des expressions bellum indicere ou ius dicere. L’expression bellum iustum, apparue à partir de Cicéron, n’est pas, selon l’auteur, une question de rite (qui vient seulement après), mais bien de cause : avec cette formule, la mentalité romaine établit, en quelque sorte, le procès permanent de la guerre. Pour mieux comprendre celle-ci, on propose de la comparer à son opposé, la paix, qui se définit soit par une absence de guerre, comme on le voit çà ou là dans les textes, soit, comme le suggère l’étymologie, l’instauration d’une situation juridique précise, stable et légitime. On voit alors ce que peut être la guerre juste : la volonté de réparer une injustice, c’est-à-dire une tentative pour moraliser la vie internationale. Mais alors, se demande l’auteur, comment expliquer l’impérialisme ?
19Sur le rituel des féciaux et de la déclaration de guerre, la confrontation des sources précises et assez nombreuses permet de clarifier divers points, en particulier : le délai nécessaire aux déclarations rituelles de guerre, le rôle central de la notion de res repetere, la présence d’ambassadeurs avec les féciaux et l’ordre de succession des procédures. Cette analyse de la ritualisation des conflits montre bien que le souci de la justice dans le droit international peut être aussi ancien que la guerre elle-même. L’ouvrage se conclut par une très (trop ?) rapide évocation du thème de la guerre juste (et de l’évolution de ce thème) chez des auteurs latins d’époque impériale, car le point de vue de l’auteur, comme on le voit, n’est pas proprement historique, mais conceptuel et juridique. Une abondante bibliographie sur ce riche sujet indique les armes avec lesquelles l’auteur a attaqué la question et défendu son point de vue.
20L’étude de C. Vacanti sur la Première Guerre Punique est plus concrète. L’expression de « Guerre punique » devrait être remplacée par celle de « Guerre de Sicile », car les Siciliens, selon le point de vue très convaincant de l’auteur, ont été partie prenante d’un conflit qui s’est déroulé sur leur sol et dans leurs eaux. Une première partie (« La grande strategia del consensus ») est consacrée à la diplomatie et la propagande, qui sont peut-être la plus importante part de la guerre : le rappel bienvenu de Pyrrhus, descendant d’Achille et successeur d’Agathocle, est un excellent moyen pour comprendre la situation de la Sicile au moment de l’intervention de Rome. Au fil des chapitres, la fine analyse des modes de persuasion en politique étrangère conduit l’auteur à expliquer l’alliance des cités siciliennes avec les Romains moins par la peur que par l’influence et le succès de leur propagande ; la question de l’impérialisme romain et de ses moyens n’est pas éludée et on apprécie les pages toutes pertinentes sur le rôle de la fides dans un île très commerçante, victime, par le passé, de trahisons et de retournements nombreux.
21La seconde partie (« Naves et Sicilienses ») est plus technique et traite du matériel de guerre. En première place figure bien sûr la question de la première flotte de guerre romaine. Syracuse a très certainement joué un rôle important pour aider les Romains à construire des quinquérèmes ; les célèbres corbeaux pourraient être une invention d’Archimède. Ces chapitres consacrés aux navires sont très approfondis et argumentés ; ils ont aussi le mérite de souligner le rôle de Syracuse, la cité qui, grâce à l’intelligence de Hiéron II, a tiré le plus grand profit de cette guerre. D’autres chapitres, sur la poliorcétique, les services de renseignements, le système de transmission et le ravitaillement sont tout aussi bienvenus : non seulement ils donnent une image très vivante des moyens du conflit, mais ils soutiennent efficacement la thèse de l’auteur, d’une participation active des Siciliens à cette guerre où les Romains évoluaient dans un territoire nouveau. Un bilan de cette guerre de Sicile (la prospérité des uns et la ruine des autres) aurait peut-être conforté encore le point de vue très pertinent de C. Vacanti ; mais c’est presque le sujet d’une autre monographie. On apprécie aussi les deux appendices : un dossier textuel précis (qui n’a pas pu citer, bien entendu, les récits longs) et une dizaine de cartes qui retracent, mieux qu’un exposé, le détail du conflit. Avec un index locorum, une riche bibliographie complète cet ouvrage de très bonne facture ; on regrettera que (p. 55, n. 276) il soit fait référence à un ouvrage (« Beck 2005 ») qui ne figure pas en bibliographie.
22Ces deux ouvrages témoignent du renouveau de l’intérêt pour les guerres romaines ; le déroulement et la localisation des batailles ne sont plus les principaux objets d’étude, mais les cadres conceptuels et matériels de la conquête romaine. Dans le vaste débat sur l’impérialisme romain, il est utile de retracer et de redéfinir (comme le font ces deux ouvrages) les notions juridiques, la propagande, la diplomatie et, plus généralement, l’histoire des mentalités ; mais il est bon aussi de s’attacher aux moyens concrets des opérations militaires, tant il est vrai qu’ils ont été la condition de l’expansion romaine.
23Bruno Poulle
Université de Franche-Comté – ISTA EA 4011
Rome, de la dictature de Sylla au principat d’Auguste
24[ Fr. Hinard , Rome, la dernière République. Recueil d’articles de François Hinard , textes réunis et présentés par Est. Bertrand, Bordeaux (Scripta Antiqua 32), 2011, 529 p., ISBN 978-2-35613-042-6 – 10 euros]
25L’avant-propos, dû à Estelle Bertrand, présente le volume collectif, qui entend honorer la mémoire du grand savant, trop tôt disparu. Il réunit « l’ensemble de ses principaux articles scientifiques, parus dans une grande diversité de revues et d’ouvrages collectifs français et étrangers et, pour certains d’entre eux, difficilement accessibles ».
26 Elle évoque son centre d’intérêt principal, « l’histoire politique de la fin de la République romaine, son terrain d’enquêtes privilégié ». C’est « le fil conducteur » des articles réunis dans ce volume, qui doit son titre au chapitre que F. H. a consacré à cette période dans l’Histoire romaine, dont il a dirigé la publication.
27 La préface, due à J.-M. Roddaz, partant du titre de l’ouvrage, Rome, la dernière République, constate que F. H. « lui a consacré l’essentiel de son œuvre scientifique ». Il loue sa conception de l’histoire, son honnêteté, sa franchise, ses qualités de directeur de thèse et de chef d’équipe, sa polyvalence de philologue et d’historien. Ayant fait partie de l’équipe réunie autour de lui pour éditer, traduire et commenter la loi de Pouzzoles, je m’associe à cet hommage.
28 Après une bibliographie des travaux de F. Hinard, les articles sont regroupés en quatre thèmes : 1) Autour de Sylla : mythe et histoire, 2) Entre République et Principat, histoire d’une révolution, 3) La Ville de Rome, espace du politique, 4) Le maintien de l’ordre : fondements et difficultés.
29 Partie I. Autour de Sylla : mythe et histoire. Est la partie la plus longue, avec 14 articles regroupés sous trois titres : « La dictature de Sylla : un réexamen » ; « La première proscription et son héritage » ; « Histoire de proscrits ».
30 I.1. « La dictature de Sylla : un réexamen », regroupe cinq articles.
31 I.1.1. « La naissance du mythe de Sylla » montre comment se construit un exemplum.
32 À la suite de deux « accidents de l’histoire », la victoire de César sur Pompée et, en 43, « le renouvellement, à l’initiative des triumvirs, de la proscription », l’exemplum de Sylla a été modifié ; après Actium, Antoine apparaît comme le seul responsable. Il est présenté comme un tyran, ce qui altère « l’image de Sylla, inventeur de la proscription ». L’idée se forge « que Sylla s’était fait conférer la dictature pour procéder à l’épuration », ce qui n’est pas exact.
33 I.1.2. « De la dictature à la tyrannie. Réflexions sur la dictature de Sylla ». Dans cet article, F. H., constatant que les sources dont nous disposons « ont un caractère polémique assez marqué dans leur assimilation de la dictature à la tyrannie », veut « examiner […] les formes et le contenu de la magistrature syllanienne […] pour essayer de montrer pourquoi et comment la notion de dictature s’est alors chargée de ces valeurs nouvelles ».
34 Ce ne sont pas les conditions – tout à fait régulières – dans lesquelles Sylla est devenu dictateur, qui font que « la dictature est qualifiée de tyrannie, c’est plutôt en raison de la nature des pouvoirs qui ont été confiés à Sylla et pour la façon dont on rapporte qu’il en usa ». Mais la proscription est antérieure à la dictature. Des événements postérieurs ont été amalgamés et ont abouti à l’image « d’un Sylla se faisant conférer un pouvoir extraordinaire pour tirer une sanglante vengeance de ses ennemis ». Cette image a été confortée par ce qui a suivi : la dictature de César et la proscription des Triumvirs. De là le jugement négatif que nous portons sur la notion de dictature.
35 I.1.3. « La dittatura costituente di Sylla », revient sur la titulature de Sylla, dictateur legibus scribundis et rei publicae constituendae, et cherche à en justifier les termes : comme legibus scribundis implique déjà des pouvoirs constituants, pourquoi rei publicae constituendae ?
36 Pour rendre compte de cette expression, F. H. passe en revue d’autres institutions qui ont été définies par la même formule, dont il précise que, selon J.-L. Ferrary, rem publicam constituere ne fait pas nécessairement référence à un pouvoir constituant, mais renvoie à la restauration des fondements de l’État.
37 Rapprochant la dictature syllanienne du second triumvirat, il conclut que la comparaison est impossible, car elle révèle trop de différences : Sylla, en modifiant les critères qui régulaient les magistratures, les laissa fonctionner normalement, tandis que César en empêcha le fonctionnement normal. Enfin, le projet politique des deux hommes s’écartait trop l’un de l’autre pour que l’on puisse comparer les deux formes de pouvoir.
38 Pour comprendre le sens de ce pouvoir constituant, il faut examiner ses réalisations. L’œuvre législative de Sylla est considérable, mais aurait pu être accomplie sans recours au pouvoir dictatorial. La manifestation de ce pouvoir doit être cherchée ailleurs, dans des dispositions de caractère censorial, des initiatives qui relèvent de l’édilité, enfin, dans un geste symbolique, l’agrandissement du pomerium. Ce pouvoir constituant a permis à Sylla de réaliser l’intégration définitive des Italiens dans la ciuitas, ce qui était son projet politique.
39 I.1.4. « Dion Cassius et l’abdication de Sylla », dans cette contribution F. H. apporte, à l’appui de la chronologie indiquée par E. Badian (à savoir que Sylla avait « résigné » sa dictature à la fin de 81, avant de revêtir le consulat) un texte « déterminant » de Dion Cassius, le discours prêté à Q. Lutatius Catulus, en 67. Cicéron y fait allusion et met en avant le même argument que celui que Dion prête à Catulus (« qu’il ne convient pas de confier un pouvoir exorbitant des lois à un individu, sous peine de redoutables dérives »). Le discours de Catulus implique une succession entre la dictature et le consulat : « Sylla n’a revêtu la charge de consul qu’après celle de dictateur », ce qui confirme la chronologie d’E. Badian.
40 À quel moment de l’année 81 Sylla a-t-il abdiqué ? F. H. admet que c’est aux calendes de juin : il a fait coïncider cet événement avec la date « au-delà de laquelle il ne serait plus possible de procéder à la vente des biens des proscrits ». Dion Cassius confirme, dans le discours qu’il prête à Catulus, cette durée de six mois pour la dictature de Sylla. Celui-ci n’avait pas besoin « de conserver un imperium pour se mettre à l’abri de ses adversaires » et s’il a voulu assumer le consulat en 80, c’est « pour démontrer que le système qu’il avait mis en place fonctionnait bien ».
41 I.1.5. « La dictature de Sylla : une magistrature inconstitutionnelle ? » revient « sur certains aspects institutionnels de la dictature conférée à Sylla à la fin de l’année 82 a. C. ». F. H. se propose de « préciser les conditions dans lesquelles cette magistrature a été réactualisée après cent vingt ans d’abandon et vérifier que sa durée n’a rien eu d’exceptionnel ».
42I.1.5.1. « La collation »
43 L’auteur reconstitue les circonstances et les événements qui ont conduit à l’instauration d’une dictature (fin novembre 82). Il y avait vacance du pouvoir consulaire. « Ce que les Romains votèrent, à l’initiative de L. Valerius Flaccus, c’était donc le recours à une dictature ».
44 La question de savoir si cette dictature était légitime se pose au plan formel et au plan des contenus. « C’est Cicéron qui a le plus clairement et le plus constamment contesté [la] légitimité » de la mission confiée au futur dictateur par la lex Valeria de dictatore creando.
45 La collation de la magistrature aussi a été contestée par Cicéron. La dictature devait se surajouter aux autres institutions, non s’y substituer. « Or la dictature de Sylla […] devait suppléer aux autres magistratures, toutes vacantes, et il se trouvait donc en possession d’un imperium absolu ».
46 I.1.5.2. « La durée »
47Sylla était-il « dictateur à vie » ou « pour une durée à sa convenance » ? Quand a-t-il abdiqué ? E. Badian a montré que Sylla n’était plus dictateur quand il devint consul et qu’il a donc dû abdiquer dans le courant de 81. F. H. a démontré que « l’abdication […] s’était produite au bout de six mois, durée traditionnelle de la magistrature », en proposant la date du 1er juin 81. Il ressort de l’argumentation de Cicéron, dans le Pro Sexto Roscio, que la vente évoquée dans ce discours était illégale « puisqu’elle était intervenue après la date fixée par la loi ».
48 En conclusion, F. H. élargit le débat : l’aristocratie a dû rapidement comprendre « qu’elle avait fait franchir aux institutions un pas qui pouvait être très dangereux pour elle-même : décider par une loi une dictature qui se substituait à l’ensemble des autres magistratures, c’était donner à son titulaire un pouvoir inouï : celui d’incarner l’État au lieu de le représenter ». Et ce pouvoir d’incarner l’État « devait permettre au futur Auguste d’assurer et de pérenniser sa domination », ce qu’avait compris Cicéron, « lui qui, sans avoir jamais reproché à Sylla la façon dont il avait exercé le pouvoir, n’a cessé de s’indigner de la nature même du pouvoir qui lui avait été conféré ».
49 I.2. « La première proscription et son héritage », contient cinq articles.
50 I.2.1. « La proscription de 82 et les Italiens », F. H. montre ici que cette proscription, loin de toucher tous les notables municipaux, n’a frappé que des citoyens romains appartenant à l’ordre sénatorial ou à l’ordre équestre. Elle visait des personnages connus. Mais les notables municipaux ont été éliminés s’ils appartenaient à des cités qui avaient combattu Sylla, et F. H. évoque le cas de Préneste. En conclusion, « la proscription n’a pas été le massacre indifférencié de Romains et d’Italiens de toute origine qu’on imagine parfois ».
51 I.2.2. « La male mort. Exécutions et statut du corps au moment de la première proscription », l’auteur ici indique d’abord ses intentions : « Je voudrais […] décrire les modes d’exécution vus en perspective du reste de la procédure ». Puis il critique la documentation offerte par les textes.
52Dans « Proscription et peine de mort », il montre que cette mise à mort intervient « au terme d’une procédure humiliante ». Les victimes ont été soumises à des pratiques particulières de mise à mort.
53Dans « Sur quelques exécutions », l’auteur examine successivement les traitements subis par Baebius, Plaetorius et Venuleius, enfin par Gratidianus ; le sort de ce dernier est connu par Salluste et par d’autres sources.
54 Dans « La male mort », il déclare qu’à Rome « on peut mettre en correspondance chacun des moments de la male mort […] avec chacun des rites des funérailles aristocratiques ». Mais il insistera sur la mise à mort de ces quatre victimes. D’une part, le traitement qui leur est infligé sert « à mutiler le corps pour le rendre méconnaissable », afin d’« empêcher toute sépulture » et de « priver l’adversaire de tout statut dans le monde des morts ». D’autre part, « cette perte progressive d’identité […] se fait alors que la victime est elle-même spectateur et témoin de sa réduction progressive ».
55 Si l’on ne trouve plus d’exécution de ce type lors de la seconde proscription, c’est que « le statut du corps a changé ». L’auteur n’a « pas d’interprétation à proposer sur ce changement profond », mais observe « qu’il correspond à l’époque qui a connu les spectacles épouvantables de la proscription, dont le souvenir a hanté les mémoires des générations suivantes ».
56 I.2.3. « Sur les liberi proscriptorum. Approches prosopographique et juridique d’un problème politique », l’auteur s’intéresse au sort des descendants des proscrits de 82, retranchés du corps civique et qui n’y seront réintégrés qu’en 49 par César.
57 Il applique la méthode prosopographique à une recherche relative aux liberi proscriptorum. Il examine le cas de chacun de ceux qu’il a identifiés. Il se demande ensuite de quelle nature était la condamnation qui les frappait et répond qu’ils « furent privés du ius petendorum honorum », ajoutant qu’ils furent également privés du droit d’accuser, puisqu’on n’a aucune trace d’un procès intenté par eux aux exécuteurs de leur père.
58 L’auteur conclut que « le traitement infligé aux liberi proscriptorum est “unique” puisque les IIIvirs […] se sont bien gardés de renouveler cette condamnation des enfants ». En effet, « en quarante années, les mentalités avaient considérablement changé et […] ce changement était peut-être imputable à l’impact de la mesure syllanienne sur la société de son temps ».
59 I.2.4. « Solidarités familiales et ruptures à l’époque des guerres civiles et de la proscription », l’auteur part de l’idée que la guerre civile est « un bon révélateur de la solidarité familiale ». Pour les Romains de l’époque de Sylla, la guerre civile correspond à « un renversement complet des valeurs », ce qui est particulièrement sensible dans un contexte familial. Donc certaines sources « insistent sur les implications familiales de ces crises […]. Pour la proscription de 82, les cas de rupture sont apparemment plus nombreux que ceux de solidarité ». L’auteur en dresse la liste. En 43, au contraire, le rapport s’inverse : peu d’exemples de « cassures familiales spectaculaires », mais de nombreux cas de « solidarité familiale ». L’auteur en dresse encore la liste et compare l’une et l’autre. Ces deux listes sont d’une exploitation difficile, pour différentes raisons. Il est admis, dans les dernières années de la République, que la publicatio bonorum « condamne les enfants de celui qui en a été frappé à la misère ». Mais il est nouveau que toute forme de complicité soit condamnée.
60 Il existe une très forte solidarité familiale à la fin de la République. « Une particularité de la seconde proscription […] semble révéler une évolution dans ce domaine » : les triumvirs n’ont pas privé les descendants des proscrits de leur patrimoine, de crainte de voir s’établir contre eux une sorte de front « cimenté par les solidarités extra-politiques ». La mentalité des Romains avait changé entre 82 et 43.
61 I.2.5. « Consécration et confiscation des biens dans la Rome républicaine »
62 Rendant compte d’un livre récemment paru de F. Salerno, F. H. suit le plan chronologique de cet ouvrage et critique ses points de vue et les distinctions qu’il pose entre des concepts voisins. Sur la publicatio bonorum lors de la proscription de 82, il « reproduit […] un certain nombre d’idées reçues qui ne font guère avancer sa recherche ». Il est insuffisant sur la période suivante. « Le dernier chapitre (« L’adjudication des bona publica : la sectio bonorum ») est plus technique », sans être totalement satisfaisant. Au total, F. H. reproche surtout à ce livre de n’être pas assez juridique.
63 I.3. « Histoires de proscrits », titre où se succèdent quatre articles.
64 I.3.1. « Mais qui donc a tué Gratidianus ? »
65 À propos d’un article de B. Marshall, « Catilina and the Execution of M. Marius Gratidianus », F. H. revient sur cette exécution, ainsi que sur celle de M. Plaetorius et celle de Venuleius, trois « formes “atypiques” d’exécution ». Il reprend sa propre interprétation des faits : « La proscription de 82 est une épuration à laquelle, apparemment, une bonne partie de la population de Rome avait pris part ou assisté et dont le souvenir ne pouvait qu’empoisonner le climat de ces dernières années de la république ».
66 La prosopographie politique pratiquée par B. Marshall, dit-il, est dangereuse : on peut trouver des liens familiaux entre les différents acteurs, mais il est difficile d’en tirer des conclusions sur les alliances politiques vraisemblables ou possibles. Si l’on se place « dans une perspective historique », en 64, on a des « attaques contre l’ordre “syllanien” […] maintenu depuis 81 ». Deux « coupeurs de têtes » ont été condamnés, mais Catilina a été acquitté. Cicéron luttait « pour le maintien du statu quo », mais se défendait de l’accusation de « syllanisme ».
67 L’article de B. Marshall est un « commentaire érudit », mais « parce qu’il s’agit d’événements particulièrement tragiques et qui ont profondément marqué la mémoire collective des Romains, il conviendrait de bien discerner les problèmes d’interprétation qu’ils posent ». Il y a des questions plus pertinentes à poser que « qui donc a tué Gratidianus ? »
68 I.3.2. « Cicéron et Norbanus »
69 À l’occasion d’un article récemment paru, F. H. reprend la question du statut de Norbanus : appartenait-il à « une famille sénatoriale de second rang » ? n’était-il pas « le fils d’un Italien fraîchement parvenu à la citoyenneté » ?
70 Cicéron n’évoque pas Norbanus parmi les homines noui parvenus au consulat avant 63 ; on peut se demander pourquoi. L’attitude de Cicéron relève du mépris. Norbanus avait été proscrit et la damnatio memoriae interdisait de le mentionner.
71 « D’où sortait donc Norbanus ? » Une remarque de Cicéron pourrait peut-être confirmer sa qualité d’homo nouus : le fait qu’il le qualifie de seditiosum et inutilem ciuem. D’une discussion sur la qualification d’inutilem, il ressort que cet adjectif « pourrait bien prendre la valeur qu’on lui connaît dans les textes juridiques : “nul”, “non valide” », ce qui, ici, voudrait dire « qui avait perdu le droit de se réclamer de la citoyenneté romaine ». Il n’était pas un homo nouus, et il n’était qu’un citoyen romain de fraîche date.
72 I.3.3. Philologie, prosopographie et histoire : à propos de Lucius Fabius Hispaniensis
73 F. H. examine des problèmes d’identification d’hommes qui ont été mêlés à l’assassinat de Sertorius : d’une part, de L. Fabius Hispaniensis, sénateur proscrit en 82, et d’un questeur de C. Annius, proconsul des deux Espagnes ; d’autre part d’un certain sénateur Tarquitius et du questeur C. Tarquitius P. f. Dans l’un et dans l’autre cas, on se demande s’il est question du même homme ou de deux personnages différents. Pour le second cas, « mieux vaut s’en tenir à l’explication traditionnelle, celle de Cichorius, qui avait proposé d’identifier le sertorien Tarquitius au Tarquiti(us) L. f. Fal(erna tribu), membre du consilium de Pompeius Strabo et de considérer que le questeur est un autre personnage ». Pour le premier cas, il n’est pas vraisemblable qu’un homme qui devait être proscrit ait été choisi comme questeur : « la seule solution est bien d’admettre que le questeur et le sénateur sertorien ne sont pas le même homme, ce qu’effectivement rien ne prouve ».
74 I.3.4. Vibius Pansa ou Caetronius ?
75Il est question d’un C. Vibius Pansa, tribun de la plèbe en 51 et d’un C. Vibius Pansa Caetronianus, consul en 43, bien que fils d’un proscrit de 82. Ce consul « était un Caetronius adopté par un Vibius, comme en témoigne son agnomen ». On peut croire que « le consul de 43 n’avait pas eu de carrière antérieure à 49 ». F. H. conclut : « Il faut se rendre à l’évidence : il y avait bien deux C. Vibii Pansae, l’un avait été tr. pl. en 51 […]. Quant à l’autre Caetronianus, il fut le consul éphémère de 43 ».
76 Partie II. Entre République et Principat, histoire d’une révolution
77 La seconde partie comporte 14 articles, regroupés sous deux titres : « Guerres civiles et crise politique » ; « Réflexions sur une révolution ».
78 II.1. « Guerres civiles et crise politique », comprend 8 articles.
79 II.1.1. « Marius, Sylla et l’Afrique »
80 Après avoir déclaré : « L’Afrique n’est ici que l’occasion d’une recherche qui ressortit plutôt à l’histoire politique et militaire de Rome », F. H. évoque d’abord « les conditions dans lesquelles Marius fut amené à quitter l’armée de Metellus pour se rendre à Rome et s’y faire élire consul », en comparant les différentes sources qui en parlent.
81 Il examine ensuite une autre question, relative aussi à la guerre de Jugurtha : lorsque Sylla a été désigné pour servir, comme questeur, dans l’armée d’Afrique, était-il novice en matière militaire, comme on l’affirme, à la suite de Salluste ? Sa réponse est que « non seulement Sylla avait bien accompli un certain nombre d’années de service, mais qu’en outre c’est en Afrique même qu’il en avait accompli une partie ». Il énumère ensuite les « vraisemblances » sur lesquelles repose cette hypothèse et arrive à la conclusion que « si Marius avait confié toutes ces responsabilités à Sylla […] c’est parce que Sylla avait servi, lui aussi, dans l’armée de Marius ».
82 II.1.2. « La déposition du consul de 88, Q. Pompeius Rufus, et la première prise de Rome par les armes »
83 F. H. examine un épisode de la lutte menée par le tribun de la plèbe Sulpicius contre Q. Pompeius Rufus et Sylla. En 88, les deux consuls, Sylla et Q. Pompeius Rufus, avec l’appui du sénat, mirent hors-la-loi Sulpicius et Marius. F. H. conclut : « Il faut en tout cas admettre que ces événements de 88 peuvent être vus sous un éclairage différent de celui qui est traditionnel : la “prise de Rome” en 88 n’est pas exactement le premier acte de guerre civile commis par Sylla […] : en réalité ce sont les deux consuls qui ont mené des opérations de rétablissement de l’ordre et qui ont, pour ce fait, l’aval du sénat ».
84 II.1.3. « Le Pro Quinctio , un discours politique ? »
85 Le Pro Quinctio a été prononcé par Cicéron « dans un règlement judiciaire destiné à mettre un terme à une mésentente entre associés ». Ces associés, bien que d’une situation modeste, pouvaient s’appuyer sur d’importants personnages. « Nous sommes donc amenés à nous interroger sur les implications politiques d’une telle affaire ». Cette remarque conduit F. H. à examiner successivement « La date du Pro Quinctio », « Le personnel politique », « Les allusions », puis à conclure sur le jugement de Cicéron sur les proscriptions.
86 II.1.4. « L. Cornelius Chrysogonus et la portée politique du pro Roscio Amerino »
87F. H. s’interroge sur le personnage de Chrysogonus, tel que le présente Cicéron dans le pro Roscio Amerino. L’orateur évoque sa puissance, mais ne l’épargne guère. « On constate que Cicéron se donne l’air d’épargner Chrysogonus : à aucun moment il ne l’accuse formellement d’être l’instigateur du meurtre, ce qui, compte tenu de la façon dont il expose les faits, est la version la plus vraisemblable ». F. H. constate que les critiques adressées à Chrysogonus s’appliquent aussi à Sylla, ce qui suppose, chez Cicéron, des arrière-pensées politiques : « il semble bien qu’en accentuant l’importance de Chrysogonus Cicéron ait politisé délibérément une affaire qui ne s’annonçait pas comme politique […]. Et contrairement à l’opinion parfois avancée […] cette démarche n’implique pas une critique de Sylla ».
88II.1.5. « Paternus inimicus : sur une expression de Cicéron »
89L’expression paternus inimicus (« adversaire hérité de son père »), bien connue par ailleurs, a trois occurrences chez Cicéron. F. H. attire l’attention sur « le caractère hérité de ces inimicitiae » et ajoute que paternus « implique que la notion qualifiée est héritée et ne prend toute sa valeur que si celui qui en est devenu le dépositaire manifeste, par son comportement, qu’il se l’approprie pleinement ». L’inimicus n’est pas celui « qui ne montre pas de l’amitié », mais celui « qui montre de l’hostilité ». On doit se méfier de ses inimici et il est naturel de chercher à se venger d’eux. Pour Cicéron, cette vengeance est même une institution politique.
90 « Or les inimici qu’un Romain devait empêcher de nuire ou dont il avait à tirer vengeance lui venaient bien souvent de son père ». F. H. trouve chez Cicéron des exemples de « vieilles hostilités familiales qui se sont manifestées pendant plusieurs générations ». À ce propos, il parle de « vendetta ». Celle-ci est inspirée par la « solidarité familiale » à laquelle, au nom de la pietas, un Romain ne pouvait échapper.
91F. H. conclut : « la structure familiale était mieux conservée au i er s. av. J.-C. qu’on ne le pense ordinairement » et, à propos des actes de vendetta, « [Ces pratiques] confèrent tout leur sens à un certain nombre de mesures ou de prises de position politiques ». En particulier, elles justifient la position de Cicéron, quand il s’oppose à la réintégration dans leurs droits des proscrits de Sylla et à la restitutio des biens de leurs enfants : ils auraient représenté un danger pour l’État. C’était admettre « que la mesure qui avait privé ces gens de leurs droits était pleinement justifiée, aux yeux des contemporains, par le désir de Sylla de mettre un terme au cycle infernal des représailles ».
92 II.1.6. « M. Terentius Varro Lucullus fils du consul de 73 a. C. »
93L’auteur résout un problème de prosopographie : faut-il assimiler le jeune Lucullus qui apparaît dans la dixième philippique comme le propinquus de Brutus, au M. Lucullus qui est cité chez Valère Maxime, à propos des exécutions commandées par Antoine au lendemain de Philippes ? Le jeune Lucullus avait été engagé du côté des tyrannicides, selon Valère Maxime et Velleius Paterculus, qui l’appelle d’abord Lucullus, ensuite Varro. On peut en conclure que Varron et Lucullus ne sont qu’une seule personne.
94 II.1.7. « Les partis pris politiques du jeune Horace »
95Ayant été du côté des tyrannicides et ayant servi sous Brutus, Horace a été inscrit, par les Triumvirs, sur les listes de proscription. Horace dit lui-même qu’il était présent à Philippes, dans l’armée de Brutus, avec le rang de tribun militaire. Il s’enfuit après la défaite des républicains. Il avait été beaucoup plus engagé qu’il ne le dit et il a été proscrit (condamné à mort et ses biens confisqués). F. H. examine les textes qui mettent en évidence la proscription et le fait qu’Horace a réussi à être rayé de la liste ainsi que ceux qui montrent les dangers auxquels il échappa (la peine de mort). Mais on ne sait pas comment ni quand il a obtenu sa radiation.
96 II.1.8. « La militarisation de l’Afrique sous la République »
97 À propos de la IIIe légion Auguste, F. H. s’étonne de la militarisation de l’Afrique, dans les dernières années de la République et sous Auguste, et de deux triomphes ex Africa, remportés en 21 et en 19, peut-être plus pour des raisons politiques que pour des victoires militaires. Auguste n’a pas installé une force militaire en Afrique : elle y était depuis longtemps. Il n’a fait que pérenniser une « situation » administrative héritée de la République.
98 L’Afrique disposait donc d’une armée de garnison importante. F. H. voit trois raisons à cette militarisation de l’Afrique : outre une raison stratégique, il relève une raison majeure, l’approvisionnement (« Rome trouvait dans cette province une part importante de ses céréales ») et une raison politique (trois des gouverneurs de l’Afrique sont devenus des candidats au consulat et il ne fallait pas mettre les gouverneurs de l’Afrique en position d’infériorité par rapport à des gouverneurs d’autres provinces, également candidats au consulat).
99 En conclusion, « il paraît assez évident qu’Auguste avait trouvé une Afrique où stationnait une force armée et qu’il n’avait pas jugé utile d’irriter les oppositions en la privant de cette force toute symbolique, qui d’ailleurs pouvait lui permettre de récompenser certains des siens, ce qu’il ne manqua pas de faire ».
100 II.2. « Réflexions sur une révolution », s’y succèdent 6 articles.
101 II.2.1. « Histoire romaine et révolution »
102 Annonçant ce que serait son exposé, dans un colloque sur « L’idée de révolution », F. H. montre d’abord « que, pour les contemporains, les dernières décennies de la République étaient bien senties comme “révolutionnaires” », mais que « ce bouleversement [était] présenté […] comme une restauration ».
103 Il met l’accent « sur trois séries de faits particuliers pour caractériser l’œuvre de restauration d’Auguste ». Tout d’abord, celui-ci se démarque de l’œuvre politique de César. En second lieu, « la restauration augustéenne se caractérise aussi nettement par la volonté de nouer un lien avec un passé idéalisé ». Troisième caractéristique de cette restauration : « elle est en quelque sorte “illustrée” par le développement contemporain du thème littéraire de l’âge d’or ». Cette observation paraît capitale à F. H. : « le nouvel âge d’or plus le progrès, nous voilà bien dans une définition de la révolution. Et il y aurait donc bien, au moins au plan des représentations, une révolution romaine ».
104 Pour rendre compte de l’histoire de ce concept de « révolution romaine », appliqué au passage de la République à l’Empire, F. H. fait trois observations : d’abord que la « révolution » est une forme évoluée de la « conjuration », ensuite que l’historiographie marxiste a « utilisé le concept pour tenter de rendre compte des changements intervenus dans notre période ». Enfin que « l’historiographie […] bourgeoise se focalisait sur une approche institutionnelle, juridique, pour analyser chacun des pouvoirs d’Auguste et les estimer à l’aune d’une légalité dite républicaine », jusqu’au moment où R. Orestano a renouvelé la question, en partant « du principe que l’auctoritas d’Auguste était une auctoritas de fait […], en d’autres termes, que les pouvoirs d’Auguste étaient révolutionnaires », en attendant « R. Syme, dont le livre affirme l’existence d’une révolution, sur la base d’un renouvellement sociologique ».
105 Peu importe que la « révolution romaine » soit ou non conforme à l’archétype d’une révolution, « ce qui compte, c’est qu’un concept moderne, celui de révolution, a permis à nos études […] de faire un progrès décisif ».
106 II.2.2. « Pax romana . Naissance et signification »
107 Partant d’une discussion sur les motivations de l’impérialisme romain, F. H. affirme : « Pour les Romains eux-mêmes, le metus hostilis était une composante essentielle de la cohésion interne du Populus », avec des différences selon qu’il s’agissait des optimates ou des populares.
108 I.2.2.1. « Pax augusta »
109 F. H. attire l’attention sur « L’émergence de la Pax et sa divinisation précisément au moment où la république a rendu l’âme pour laisser la place à un régime monarchique ». Auguste, dans les RGDA, se vante d’avoir fermé trois fois le temple de Janus. César, déjà, « avait introduit Pax en tant que déesse », en la présentant « comme un apaisement des guerres civiles ». Pour Octave, les choses ne sont pas différentes. Les Romains, lassés des guerres civiles, désirent la paix (interne). « La Pax Augusta, c’est d’aborde une pax ciuilis ». Ce thème est développé conjointement avec celui de Concordia, de Salus (Publica) et de Securitas.
110 « Les deux opérations symboliques les plus importantes dans ce contexte sont […] la construction de l’Ara Pacis Augustae et la dédicace contemporaine de statues » : Salus publica, Concordia et Pax. Le thème de la Pax Augusta s’est développé « pour mettre en valeur celui, plus fondamental, du rétablissement des institutions ».
111 I.2.2.2. « Pax romana »
112 « L’instauration de cette paix armée, qui avait nom Pax Augusta à Rome et en Italie et Pax Romana à l’extérieur a eu des conséquences considérables sur les pratiques de la guerre ». La distinction qui était faite, traditionnellement, entre « la guerre contre des iusti et legitimi hostes à laquelle s’appliquait le ius fetiale et tout un code de l’usage de la violence publique, et, d’autre part, la guerre sans merci contre des rebelles (concitoyens, alliés, soldats mutinés), des pirates, des esclaves révoltés » disparaît : toute guerre est sans merci.
113 II.2.3. « Appien et la logique interne de la crise »
114 F. H. s’intéresse à « la vision qu’Appien se propose de donner de la crise qui, des Gracques à Auguste, a entraîné un changement de régime ».
115 Le premier livre de ses Guerres civiles « est un constat objectif de la montée progressive […] de la crise ». Il évoque les principales étapes qui mènent du désaccord politique à la guerre. Il fait de même pour toutes les στάσεις. Les révoltés finissent par traiter leur cité en ennemie. Ce processus s’est interrompu par deux fois : lors de la dictature de Sylla et de celle de César. « La conquête de l’Égypte paraît constituer […] le terme et la légitimation du pouvoir monarchique qui s’établit sur Rome ».
116 Appien signale, au fil du récit, les meurtres de magistrats et de personnages influents. C’est « la description objective de la montée d’une violence extrême, accompagnée d’une comptabilité assez précise des morts célèbres », dont les meurtres restent impunis.
117 Ces crises sont caractérisées par l’aveuglement et la perte de mémoire.
118 T. Gracchus est frappé d’aveuglement, d’autres aussi. Aveuglés, les Romains ne se rendent pas compte du mécontentement qui prélude à la guerre sociale. Ayant perdu la mémoire, ils ne pensent pas à avoir recours à un dictateur, comme ils l’auraient fait autrefois.
119 Le récit d’Appien est orienté pour démontrer que Sylla est un précurseur du régime impérial. Il relie la dictature de Sylla à celle de César et « à la forme monarchique du pouvoir des empereurs ».
120 Pour F. H., Appien n’a pas eu l’intention d’« expliquer les causes de la στάσις ». Comme Polybe, « il lie extension de l’empire et perfection de la constitution ». « Pour lui, c’est la domination sur le monde (et en particulier la conquête de l’Égypte) qui a permis à Rome de trouver, au sortir de l’ochlocratie dont il va décrire les étapes, une constitution qui assure à elle comme à son empire la concorde (ὁμόνοια) ». Mais il ne cherche pas « les causes de la dégénérescence des institutions républicaines ». Il veut « chanter les louanges d’un système qui a garanti deux cents ans de paix et de prospérité au monde […], ce qui […] va dans le sens de la propagande antonine ».
121 II.2.4. « Dion Cassius et les institutions de la République romaine »
122 F. H. veut « examiner la culture de Dion Cassius sur les faits et événements anciens dont il nous a transmis le souvenir ». Il veut aussi le réhabiliter, alors qu’il est injustement méprisé.
123 Il constate que Dion est très bien informé sur les magistratures, en particulier sur le consulat (dont il note la « dévalorisation définitive ») et la censure. « S’il est indiscutable que Dion prête une attention particulière aux institutions, il présente un certain nombre de notations qui nous échappent, sans qu’on puisse dire s’il s’agit d’une erreur de l’historien ou d’une incapacité de notre part à interpréter les données ». Cela peut aussi s’expliquer parce que Dion « présente un fait institutionnel sous la forme de son effet politique réel, et non pas pour lui-même ». Malgré quelques erreurs, Dion Cassius est généralement crédible. Il choisit ce qu’il rapporte et ce qu’il passe sous silence. Il ne décrit pas seulement la dégénérescence du pouvoir, mais ses effets sur ceux qui détiennent le pouvoir. Il porte des jugements contradictoires sur César et sur Brutus, parce qu’il tient compte de leurs changements de comportement.
124 En conclusion, F. H. insiste sur les intentions « démonstratives » de Dion Cassius : « Dion prétendait rendre compte d’un passage, selon lui inéluctable, du régime républicain déstabilisé […] à une monarchie qui garantissait la liberté et la démocratie et […] par conséquent, il a fait des institutions à la fois le cadre et l’enjeu des événements des livres tardo-républicains ».
125 En ce qui concerne la crédibilité générale de cet auteur, F. H. préfère se demander quelles étaient ses intentions. À des événements connus, Dion voulait donner, dans son récit, « une forme originale qui s’accordât à son propos historique (le caractère inéluctable du passage de la République à l’Empire) ».
126 II.2.5. « La terreur comme mode de gouvernement (au cours des guerres civiles du i er siècle a. C.) »
127 F. H. se propose de traiter la question de la terreur organisée, à laquelle on ne s’est guère intéressé. Pourtant « le processus révolutionnaire repose sur une déstabilisation systématique, politique, sociale et économique, qui permet d’établir un socle sur lequel appuyer la construction nouvelle, présentée naturellement comme le rétablissement de l’ordre ». F. H. relève deux exemples d’un tel régime de terreur : le Cinnanum tempus (qui s’achève avec victoire de Sylla, en 82) et le triumvirat de 43 à 36.
128 Le premier moment de terreur organisée paraît avoir été celui du retour à Rome de Cinna et de Marius, à la fin de 87. Plusieurs facteurs ont contribué au climat de terreur : la stratégie de Marius, qui impose à Rome un blocus fluvial et maritime et qui s’empare des stocks de grains du Latium, le « caractère aberrant de comportements régis en temps normal par la fides », avec le déchaînement des passions populaires lors des obsèques de Q. Pompeius Rufus, le danger que présentent les troupes des Marses et des Samnites, après l’échec des négociations de Q. Caecilius Metellus Pius, enfin l’appel à la révolte des esclaves, ordonné par Cinna. Les Romains, terrorisés, craignent le pire. Le consul Cn. Octauius est décapité et sa tête exhibée sur les rostres. Deux personnages de premier plan échappent au supplice par le suicide, ce qui produit une forte impression, explicable par « la solidarité profonde qui unissait le populus à son élite », « solidarité collective fondée sur des valeurs communes ».
129 Cette terreur intense s’apaise avec le massacre des esclaves préposés aux exécutions sommaires, après l’entrée de Marius et de Cinna dans Rome. Mais « les conditions politiques restèrent celles d’une dominatio insupportable », qui aboutit au massacre de 82 : sur l’ordre de Marius le Jeune, quatre personnages éminents furent victimes d’un assassinat terroriste. Selon Plutarque, les Romains furent heureux du retour de Sylla, eux qui « considéraient même un changement de maître comme un grand bien ».
130 La seconde période où « la terreur a été organisée pour fonder un pouvoir qui n’avait aucune légitimité » est le second Triumvirat et sa proscription. Fin 44, Antoine et Octave se sont constitué des armées importantes, alors que la disette menace. En 43, Sextus Pompée organise le blocus de l’Italie, qui prélude à la disette. De plus, « l’armée était devenue un élément autonome de la politique romaine, dans laquelle elle intervint de façon décisive ». L’année 43 avait commencé par la Guerre de Modène, qui s’achève par la défaite d’Antoine et la mort des deux consuls. C’est la panique à Rome quand les assassinats commencent (meurtre de Cicéron), avant même que les proscriptions ne soient connues.
131 Les Triumvirs entrent dans Rome, accompagnés d’une garde prétorienne et à la tête d’une légion. Des comices sont réunis sans observer les délais légaux, pour « avaliser les décisions prises par les héritiers de César en créant une magistrature nouvelle, le triumvirat rei publicae constituendae, exorbitante des pratiques constitutionnelles de la République à la fois par sa durée (cinq ans) et par ses contenus ».
132 Quant à la proscription, « l’effet de surprise a été total et a joué un rôle déterminant dans l’effet de terreur ». Parmi les premières victimes se trouvaient des proches des triumvirs et des consuls désignés. Les triumvirs se réclamaient du précédent de Sylla, mais avec des innovations : les listes n’étaient pas closes (quiconque aiderait un proscrit serait proscrit à son tour) et changeaient constamment. Personne n’était à l’abri d’une dénonciation ou d’une trahison. Les liberi proscriptorum ne seraient pas inquiétés, et auraient part aux biens du proscrit, ce qui portait atteinte à la solidarité familiale. De même l’esclave qui facilitait la capture de son maître serait récompensé. Au total « toutes les conditions du bouleversement de l’ordre social étaient réunies, pour que s’installe un climat de terreur ».
133 Les mouvements populaires déclenchés par la famine, en 39, amènent Antoine et Octave, réconciliés, à négocier avec Sextus Pompée les accords de Misène, qui mettent un terme à la proscription (tous les survivants sont réintégrés dans leurs droits, sauf les meurtriers de César) et qui permettent de lever le blocus de l’Italie. Mais la paix n’a pas duré. Il fallut la victoire contre Sextus Pompée et une année de mesures strictes destinées à réduire le brigandage, pour que la situation s’améliore.
134 « Je n’ai fait qu’esquisser quelque chose qui me paraissait manquer dans l’analyse des faits qui ont conduit Rome de la République à l’Empire », dit F. H., qui continue en énumérant les autres facteurs. « Mais il fallait quelque chose de plus : la résignation d’un peuple ». Ce qui était déjà la conclusion de R. Syme. F. H. a voulu montrer que « la soumission du peuple à un ordre nouveau ne pouvait s’obtenir qu’après qu’il aurait été longuement soumis à un régime de terreur qui remettait en cause tout l’ordre social et politique qu’il avait cru immuable. Et, selon moi, ce régime de terreur a été sciemment organisé ou mis en scène par ceux-là mêmes qui espéraient en tirer un profit ».
135 II.2.6. « Genèse et légitimation d’une institution nouvelle. La tribunicia potestas d’Auguste »
136 L’histoire de la tribunicia potestas d’Auguste renvoie à celle de son modèle, César. Il ne fait aucun doute, d’après Dion Cassius, que César « se soit fait conférer la plénitude des pouvoirs tribuniciens ». C’est l’intégralité de la sacrosanctitas qu’il a reçue (« pour ainsi dire à vie »). Il y a des raisons de penser que c’est au lendemain de la victoire de Thapsus que lui fut conférée la tribunicia potestas, et, dès lors, l’intégralité des pouvoirs tribuniciens.
137 César s’est fait attribuer la réalité des pouvoirs tribuniciens après Munda, par une « monstruosité juridique qui consistait à extraire d’une magistrature toutes ces fonctions et tous leurs attributs pour les conférer à un homme qui, du fait de son statut de patricien, ne pouvait absolument pas être investi de la magistrature elle-même et qui était déjà titulaire d’autres magistratures ». César s’était fait confier une praefectura morum, qui équivalait à la potestas censoria. « La monstruosité juridique résidait aussi dans le cumul de charges qui […] avaient été instituées et qui étaient vécues […] pour se compléter, voire pour se contrebalancer », notamment le tribunat de la plèbe.
138 César avait une conception nouvelle de la dictature, « qui passait par l’affaiblissement des autres magistratures régulières ». On ne connaît pas la fonction des dictatures de César : « ni pour les fonctions, ni pour la durée », elles « n’ont été conformes au modèle traditionnel ». Il voulait une dictature qui ne soit pas limitée à six mois. Il fallait qu’il eût durablement tous les pouvoirs. Il s’affranchissait des règles concernant les magistratures et pouvait donc les cumuler, ce qui est contraire à la tradition, car la dictature suspendait tous les autres pouvoirs. « Le propos de César était donc bien de créer un nouvel ordre institutionnel, création qui passait par la désintégration préalable du système des pouvoirs que la tradition avait mis en place ».
139 Selon F. H. [1], « le jeune César avait beaucoup hésité pour déterminer la façon de se faire conférer de façon pérenne un pouvoir comparable à celui de son père ». Il évoque, chez le jeune César, « la lente et hésitante élaboration d’un système de pouvoirs et de privilèges qui lui garantisse la primauté et la pérennité de la conception évolutive qu’il a eue du pouvoir de son père ». On reconnaît trois étapes dans le processus qui lui attribue la puissance tribunicienne (de 36 à 23). Les sources situent en 36 une première attribution de cette potestas (diversement définie, mais toujours conférée à vie). Selon Dion, il y a eu « une deuxième collation de ce pouvoir », et même d’un pouvoir étendu. Enfin, en 23, la tribunicia potestas lui a été conférée « à titre viager ».
140 Faisant le bilan des données recueillies dans les sources, F. H. déclare que « l’héritier de César s’était fait décerner à deux reprises la tribunicia potestas dans la plénitude de ses prérogatives », d’abord en 36, puis en 30, avec un pouvoir étendu sur un plus grand territoire. La collation la plus importante est celle de 23 « à partir de laquelle Auguste a numéroté les années de la détention de ce pouvoir ». Cela signifie « que la collation l’avait investi d’une légitimité […], mais cela veut dire aussi que tout ce qui précédait était caduc ». Il n’y a donc pas eu de continuité institutionnelle entre 36, 30 et 23. Les décisions prises en 23 « étaient constitutives d’une véritable construction institutionnelle a novo ».
141 Il faut se souvenir de l’exemple de César, qui voulait désintégrer le système des pouvoirs de la République. En 36, le Sénat offre à Octave un pouvoir en espérant le voir abdiquer le triumvirat, mais le jeune César accepta le pouvoir sans renoncer à la magistrature. Il en fut de même en 30. En août 28, Octave annonce la fin des guerres civiles « et donc le retour à un système institutionnel qui eût les apparences d’une restauration de l’ordre ancien ». Le futur Auguste « abdiquait en quelque sorte le triumvirat […] ; mais il avait conservé la réalité des pouvoirs tant qu’il ne les avait pas formellement résignés ». Auguste « n’a fait, en 23, que formaliser et légaliser par une loi […] une disposition à laquelle les Romains avaient fini par s’habituer ». C’est pourquoi « le fait qu’aucune mention ne soit faite de la tribunicia potestas antérieure à 23 […] ne témoigne pas que la collation de ce pouvoir dès 36 n’est qu’une “vague hypothèse”, mais confirme le changement radical du contexte politique et institutionnel ».
142 Pourquoi César a-t-il été amené à se doter de ce pouvoir et Octave-Auguste à en faire un des deux piliers de sa monarchie ? F. H. passe en revue ce qu’ont dit ses prédécesseurs sur ce sujet. « Les sources anciennes ont gardé le silence sur cette attribution, à la fois pour en réserver l’initiative à Auguste […], mais aussi […] parce qu’il fallait gommer le caractère profondément révolutionnaire de ce remaniement des institutions et lui donner une légitimité ». Pour cette dernière raison, « la collation de 36 et sa probable extension de 30 ont été oubliées ». « C’est J.-L. Ferrary qui […] a rendu compte le plus clairement du système ainsi mis en place progressivement », et ainsi « Auguste a fait entériner deux pouvoirs exorbitants du droit constitutionnel républicain, mais deux pouvoirs pour lesquels il y avait des précédents qui les légitimaient, et qui, composés en un système, garantissaient la suprématie pérenne du Princeps ».
143 Partie III. La Ville de Rome, espace du politique
144 La troisième partie comporte 7 articles, regroupés sous deux titres : « Le politique, dans le cadre de la Ville » ; « Lectures urbaines des conflits ».
145 III.1. « Le politique, dans le cadre de la Ville », où se succèdent 3 articles.
146 III.1.1. « Spectacle des exécutions et espace urbain »
147 F. H. veut « passer en revue les différents espaces urbains dans lesquels se déployait l’appareil du supplice ». Il énumère « les principaux lieux d’exécution attestés dans les sources anciennes pour notre période », à savoir 1) le Campus sceleratus, 2) l’Esquilin (« lieu privilégié pour certains types d’exécution ou pour l’abandon de cadavres », dans le cas d’« exécutions avec privation de sépulture »), 3) le Champ de Mars, 4) le Forum (on ne sait pas si les exécutions des proscriptions ou de la dictature de Sylla eurent lieu au Champ de Mars ou au Forum), 5) La Roche Tarpéienne (« la précipitation est, à la fin de la République, une forme d’exécution assez couramment pratiquée »), 6) le Tibre (c’est là que sont immergés « ceux qui sont condamnés à la peine du culleus » et, par ailleurs, « le Tibre a reçu […] le corps d’un certain nombre de personnages qui avaient été exécutés »).
148 F. H. ajoute que « nos sources ne rendent pas compte du caractère spectaculaire de l’exécution » et il reconstitue la « longue procédure dans laquelle est impliquée l’ensemble de la collectivité ». Mais l’époque concernée correspond à une « modification de la représentation que s’en fait la société » et à une transformation des formes de la cérémonie. « Les formes nouvelles du supplice au cirque […] se substituent au rituel de la cérémonie républicaine ».
149 III.1.2. « Rome dans Rome. La Ville définie par les procédures administratives et les pratiques sociales »
150 Selon F. H., nos sources nous permettent de « tenter de donner une idée des formes de l’appréhension qu’avaient les Romains de leur espace urbain dans son ensemble ». Son intention est de « regrouper ce qui ressortit à l’expression d’un espace clos, dont les limites sont nettement perçues et exprimées », et de « s’intéresser aux expressions symboliques de la ville, à travers des cérémonies, à propos des sites, les unes et les autres exprimant l’urbanité ».
151L’espace urbain est une donnée immédiatement perceptible, pour les hommes de la République, en raison de la présence de murailles. La muraille joue aussi un rôle dans l’organisation de la vie civique ; c’est « un ensemble fortement délimité ».
152F. H. va d’abord « évoquer […] quelques cérémonies religieuses ou quelques rites civiques » en relation avec les limites de l’espace urbain. Il évoque l’Amburbium (« qui est le correspondant urbain des Ambarualia »), puis il énumère « trois fêtes religieuses […] qui mettaient en œuvre un rituel symbolique de la totalité de l’Vrbs » : la fête en l’honneur de Fides, les Lupercales, la cérémonie du « Cheval d’Octobre ». « Tous ces rituels avaient […] pour fonction d’affirmer la cohérence de la collectivité, cohérence qui s’exprimait à travers une symbolique de la globalité urbaine ».
153Ensuite, il faut faire une place particulière aux « espaces civiques », qui distinguent la ville des milieux qui l’environnent : « ces espaces communautaires symbolisent à eux seuls l’ensemble de la Ville ». « Le complexe républicain du comitium et de la curie […] traduisait bien, jusqu’à César, cette organisation politique, en articulant directement le templum occupé par la curie avec un espace dans lequel s’assemblait le peuple ». « L’autre lieu-symbole majeur de la Ville est […] la citadelle de l’Arx », d’où sont pris les auspices. « La cité qui rassemble et structure la communauté humaine s’inscrit […] dans un espace à qui elle donne ses formes dominantes ». D’autant plus que la présence dans le cadre urbain suffisait pour obtenir le statut civique (ius migrandi), du moins jusqu’au début du ii e siècle.
154 Les Romains éprouvent un sentiment de gêne devant la forme irrégulière de leur Ville. De là « les interventions d’urbanisme de la fin de la République et de la période augustéenne ». Si certains Romains approuvent cet « urbanisme volontariste », d’autres le critiquent et « les résistances durèrent longtemps », jusqu’aux reconstructions du règne de Néron, consécutives à l’incendie de Rome, selon ce que dit Tacite dans ses Annales. « Désormais il s’agissait d’une noua urbs et, par conséquent, Rome n’était plus dans Rome ».
155 III.1.3. « L’élargissement du pomerium . L’Italie et l’espace urbain de Rome »
156 L’élargissement du pomerium est attesté sous Sylla, César et Claude. C’est un rituel archaïque, qui a pu changer de signification « à un moment où s’était établi un système politique nouveau ». On sait qu’« en termes de droit sacré, le pomerium était, à l’époque de Sylla, une limite, matérialisée par des cippes […] : le pomerium séparait les deux formes distinctes de l’imperium ».
157 Pour Sylla, on suppose que cet élargissement s’est accompli pendant l’année de sa dictature. Deux témoignages de Sénèque et d’Aulu-Gelle sont décevants. Pour quelles raisons ces élargissements ? Pour Aulu-Gelle, « c’était à l’occasion de prise de territoire à l’ennemi qu’on pouvait porter en avant le pomerium », ce qui est confirmé par l’un des cippes de Claude. Sénèque précise qu’il fallait que ce territoire eût été conquis sur le sol italien. Ce n’était le cas ni pour Sylla, ni pour Claude.
158 Sylla n’a jamais revendiqué un accroissement de l’Empire. Les sources qui nous en parlent avaient perdu le sens de la cérémonie qu’il avait célébrée. Dion Cassius évoque la même opération réalisée par César : il nous dit seulement que César imitait Sylla.
159 Qu’est-ce qui pourrait justifier cette opération de Sylla en 81 ? Son œuvre urbaine ? La restauration des temples du Capitole, incendiés en 83, ainsi que du Tabularium ? Le remaniement de la zone du Comitium, rendu nécessaire par ses réformes politiques et administratives ?
160 Un secteur de l’activité de Sylla pourrait rendre compte de ces modifications structurelles : les relations avec les Italiens. Avant de débarquer en Italie, il a garanti les droits des peuples italiens. C’est lui qui a réalisé leur intégration. Ce qui donne leur sens à l’ensemble de ses mesures institutionnelles, c’est une « modification profonde de la cité, qui devait accroître considérablement la capacité de son personnel politique ». Elle a un lien avec l’activité du censeur, plus qu’avec la conquête.
161 Pour le cas de César, nous savons trop peu de choses et ce ne sont que des hypothèses. « César et Auguste ont été les seuls à avoir projeté ou réalisé une transformation de la ville d’une grande ampleur ». C’est pourquoi on croyait qu’Auguste avait procédé à cette cérémonie, qui a changé de sens entre Sylla et César.
162 III.2. « Lectures urbaines des conflits », se succèdent 4 articles.
163 III.2.1. « À Rome, pendant la guerre de Sicile (264-241 a. C.) »
164« On lie assez généralement le vœu et la construction du temple à Juturne à la victoire maritime du consul de 242, C. Lutatius Catulus, qui célébra effectivement un triumphus naualis ». Mais, pour l’auteur, « Le temple de Juturne n’avait rien à voir avec ce qu’on appelle “la première guerre punique” ».
165 C’est un anachronisme que d’appeler la guerre de Sicile « première guerre punique ». Les sources dont nous disposons sont biaisées. La dénomination du conflit n’est pas neutre, mais « introduit en nous une certaine idée de l’enjeu de la guerre et nous vient des anciens eux-mêmes ».
166 L’auteur veut « montrer concrètement quelques-uns des biais que cette documentation a induits ». Il énumère le triomphe naval de Duilius, la fermeture du temple de Janus par Titus Manlius, les triomphes célébrés sur les Puniques de 264 à 241 et ce qu’ils ont rapporté à Rome, la construction d’un certain nombre de temples : Rome a connu une période d’expansion pendant ces années de guerre. Il compare ensuite le metus Punicus au metus Gallicus, ce dernier plus effrayant pour Rome que le premier.
167 Il conclut : « Il y a d’abord eu une grande guerre de Sicile, puis la guerre d’Hannibal et, enfin, la guerre contre Carthage ».
168 III.2.2. « Sur une autre forme de l’opposition entre uirtus et fortuna »
169Il est question « des temples qui furent voués par les vainqueurs des Cimbres, le 30 juillet 101, sur le champ de bataille de Verceil. Marius voua et dédicaça un temple à Honos et Virtus, tandis que Catulus fit édifier un temple à Fortuna Huiusce Diei », ce qui confirme l’opposition entre ces deux idéologies. « L’antagonisme entre uirtus/fortuna était encore perçu par les contemporains de Cicéron et de Salluste ».
170Après des considérations religieuses, l’auteur évoque ce que nous apprend le site du temple de Fortuna Huiusce Diei, et déplore notre ignorance du site du temple d’Honos et de celui de Virtus. Il s’intéresse ensuite aux « caractéristiques architecturales » : « la conception architecturale […] procède de principes opposés, puisque, dans le temple de Marius, c’est un principe italien qui prévaut, tandis que celui de Catulus est un modèle grec romanisé ».
171 III.2.3. « C. Sosius et le temple d’Apollon »
172 L’auteur considère les problèmes liés au triomphe ex Iudea célébré par Caius Sosius, proconsul de Syrie en 34, pour des opérations militaires terminées en 37. À cette occasion a été consacré l’Apollo Sosianus, dont on ne sait ce qu’il était exactement : un temple ? et quel temple ? une statue de culte ? Le nom de la statue aurait-il servi à désigner le temple ? Non, il vaut mieux penser « que […] l’adjectif renvoie au responsable de la restauration du vieux sanctuaire du Champ de Mars », ce qui soulève d’autres problèmes : C. Sosius était un partisan d’Antoine et commandait à Actium une flotte du parti d’Antoine. L’intervention d’Arruntius auprès d’Octavien lui permit d’avoir la vie sauve.
173 Après avoir écarté les hypothèses de J. Gagé et de P. Gros, l’auteur va « apporter quelques précisions ». Tout d’abord, le triomphe de Sosius a été précédé et suivi par celui d’un partisan d’Octavien. En effet, à la fin des années 30, Octavien avait encore besoin d’hommes qui s’effaceront par la suite, pour contrebalancer « l’influence considérable à Rome et, en particulier, au Sénat », dont disposait encore Antoine. « Le fait que Sosius ait été autorisé à célébrer un triomphe en témoigne suffisamment ».
174 Dans cette perspective, « Sosius n’a pas pu se contenter de dédicacer une statue […], mais […] il est intervenu sur le temple lui-même, un des plus vénérables de Rome », ce qui s’explique, selon J. Gagé, parce « que la politique religieuse d’Octave, et […] sa prétention d’accaparer le culte d’Apollon, se heurtaient encore à une sérieuse résistance en 32 ».
175 Ce qui reste du temple d’Apollon est d’un style « augustéen ». D’où l’hypothèse qu’« Octavien a “racheté” à Sosius la reconstruction du temple […] et que cette transaction justifie un changement ultérieur dans le programme décoratif de l’édifice ». Mais cela aurait heurté des traditions de solidarité familiale qui rendaient « tout le groupe responsable de la réalisation d’un engagement qui avait un caractère religieux ». Octavien aurait pu se faire transférer, après Actium, la reconstruction du temple entreprise par Socius. Mais « il aurait […] fallu obtenir d’autorités religieuses des autorisations de transfert : le mieux n’était-il donc pas de négocier avec Sosius lui-même pour qu’il renonce à son entreprise et demande à Octavien de s’en charger ? ».
176 III.2.4. « Entre République et Principat. Pouvoir et urbanité »
177On a beaucoup travaillé, ces dernières décennies, sur la « Révolution romaine ». F. H. veut « redonner une perspective chronologique à des faits » qui ont été « amalgamés, sous-estimés, voire laissés de côté » : la « construction institutionnelle finale (le Principat) n’est pas sortie toute structurée de la tête du jeune César » ; il a dû « composer, ruser, et inventer des formes nouvelles qui eussent l’apparence d’une restauration ». F. H. veut attirer l’attention sur une série de données trop négligées, les « opérations urbaines ».
178 Étudiant le temple d’Apollo Sosianus, il réfléchit « sur la démarche du jeune César pour assurer sa prééminence, démarche plus hésitante que ne le disent les historiens anciens et qui ne pouvait exclure ni les retours en arrière, ni les changements de stratégie ». Il se demande « quelles sont […] les interventions sur les espaces urbains attestés pour cette époque » et les énumère, en signalant, éventuellement, les triomphes auxquels ils correspondent ; puis il reprend ces données dans des tableaux. La lecture de ces tableaux montre que « les constructions “triomphales” de cette époque […] pour l’essentiel […] concernent le jeune César lui-même ». Mais F. H. signale aussi les plus importantes constructions, ou reconstructions, entreprises par d’autres personnages.
179 Le bilan de l’œuvre urbaine entre la mort de César et l’établissement du Principat, est assez mince, ce qui montre « la difficulté du jeune César à élaborer une stratégie de pouvoir ». Il y a eu une « compétition pour occuper l’espace urbain ». Le personnage de Statilius Taurus, qui, à l’occasion d’un triomphe, fit bâtir un amphithéâtre, l’inaugura par un combat de gladiateurs et reçut du peuple « l’autorisation de désigner un préteur chaque année », fait « admettre qu’il y avait, dans cette Rome d’après Actium, un espace où les ambitions personnelles pouvaient se déployer et qu’une partie de l’activité de l’héritier de César a consisté à contrôler ces ambitions ». Dans cette période, le message du « jeune César », marqué par des hésitations, n’était pas clair. Par la suite, il sera plus prudent, ce qui se marque aussi dans ses opérations urbaines.
180 « Si on se reporte sur le plan institutionnel, on peut rendre compte de l’apparente incohérence de certaines institutions ». Auguste a été investi de la tribunicia potestas, année après année, depuis le 1er juillet 23. Mais il semble que la sacrosanctitas qui l’accompagne, lui a été conférée beaucoup plus tôt. Cela peut s’expliquer par les tergiversations du jeune César. Il a reçu la tribunicia potestas à vie, quand il a dit qu’il voulait « se démettre de sa charge de Triumvir, au lendemain de Naulocque ». Deux autres décisions du même ordre sont prises en 30 et en 23. Elles confèrent « au jeune homme l’ensemble des pouvoirs des tribuns ». Qu’est-ce que le tribunat apportait à un jeune homme qui renonçait au Triumvirat ?
181 En 36, ses pouvoirs sont étendus au-delà de la limite traditionnelle ; cette extension signifie « que la potestas tribunicia s’exerçait désormais sur tout le territoire de l’Empire ». Plus tard, « lorsqu’Auguste prit conscience, en 23, que l’itération du consulat ne pouvait être ressentie que comme une violation des règles traditionnelles, il prit soin de se faire renouveler sa puissance tribunicienne à laquelle ne manquait que l’annalité (combinée […] avec la perpétuité) ».
182 Dans les premières années de son pouvoir, on est frappé, à propos du paysage urbain, par « l’effet d’accumulation » et par « l’absence de véritable projet urbain ». César en avait un, mais « Auguste n’a fait qu’embellir ce qui existait précédemment », comme le montrent ses interventions. « Cette relative “pauvreté” de la vision urbaine ne faisait que traduire les tergiversations d’un homme jeune, parvenu au pouvoir sans avoir la longue expérience de son père ».
183 Partie IV. Le maintien de l’ordre : fondements et difficultés
184 La quatrième partie comporte 5 articles regroupés sous deux titres : « Le traitement de la mort » ; « La discipline du soldat ».
185 IV.1. « Le traitement de la mort », où se succèdent 2 articles.
186 IV.1.1. « Remarques sur les praecones et le praeconium dans la Rome de la fin de la République »
187L’auteur part d’une lettre de Cicéron, relative au praeconium : ceux qui le pratiquent n’ont pas accès au décurionat, mais ceux qui ont cessé de le pratiquer peuvent y accéder. Pour C. Saumagne, il y aurait deux sortes de praecones, ceux qui, « au bas de l’échelle sociale », annoncent les décès et ceux qui appartiennent au corps des apparitores et sont chargés d’une tâche administrative. Que deux réalités aussi différentes soient désignées par le même terme paraît étonnant à l’auteur : « il semble bien que la considération qui peut s’attacher à certains praecones aussi bien que le mépris dans lequel on tenait, à Rome, cette catégorie de gens […] ne sont nullement contradictoires et qu’ils s’expliquent très bien par des aspects différents de leur profession ».
188 « L’essentiel de la profession du praeco, c’est la voix ». Après une discussion sur l’étymologie de praeco, F. H. conclut : « Il se pourrait donc bien que la fonction du personnage appelé praeco ait consisté à faire passer un certain nombre de choses à l’état de paroles, à les “formuler”, à les “verbaliser” ».
189 Distinguait-on le praeco privé du praeco officiel ? Ce n’est pas sûr. « Nous nous proposons d’examiner quelques-unes des références qu’on donne ordinairement pour prouver qu’il existe un praeconium relevant de l’industrie privée ». Le praeco annonçait les décès des personnages importants : il « jouait un rôle quasiment officiel ». Il ne faut pas croire qu’il manipulait les cadavres. On l’a cru par suite d’une lecture erronée de la lex d’Héraclée. « Nous ne pouvons donc conclure avec C. Saumagne que les praecones visés dans la Table d’Héraclée seraient des crieurs privés spécialisés dans les obsèques ». « On atteste pourtant l’existence de ces praecones privés dans le domaine de la vente aux enchères ». F. H. discute un passage d’Horace et un passage de Cicéron à ce sujet. Ce que décrit Cicéron est une procédure de uenditio bonorum : « le praeco intervient dans une phase déterminée de cette procédure avec une fonction précise ». On ne peut « opposer deux catégories de crieurs ayant chacune son statut propre ».
190 Il ne faut donc pas croire à une classe particulière de crieurs, qui auraient eu un statut inférieur à celui des crieurs publics. Alors pourquoi ce métier est-il une cause d’inéligibilité dans la Table d’Héraclée, alors que les praecones constituent un ordo ? Parce que ce ne sont « que de petites gens qui pratiquent ce métier faute d’avoir des ressources suffisantes pour vivre d’autre chose ». Le pro Quinctio donne des indications analogues sur le peu de considération que l’on avait pour les praecones.
191 « Il nous semble donc qu’il n’y a pas contradiction entre les deux images que les textes donnent des crieurs ». Vivant dans la familiarité des magistrats, ce sont des gens qui comptent, mais « ils constituaient le petit personnel d’un magistrat ».
192 IV.1.2. « La “Loi de Pouzzoles” et les pompes funèbres »
193L’auteur s’intéresse à « une petite partie de cette loi qui traite des conditions matérielles d’exercice de la profession ». Après quelques observations sur le début du texte conservé, il s’arrête sur les lignes 3 à 7 de la deuxième colonne et note que « ce qui est en cause dans ce paragraphe ce sont les conditions d’exercice des employés de la société concessionnaire et leur qualité propre ». Ces employés forment « un corps très spécifique, dont les contraintes de vie étaient très précises et très fortes » et ces contraintes étaient probablement définitives.
194 Ensuite l’auteur revient sur certains points du texte : le nombre des operae, qui doivent être trente-deux (peut-être pour des raisons religieuses plus que pour des raisons pratiques) ; « le lieu d’exercice de la profession du libitinarius », qui pose un problème : « comment un lucus […] peut-il se trouver dans une turris ? »
195 Pour les autres dispositions du texte, F. H. évoque successivement les « conditions d’âge et d’intégrité physique » ; il discute chacune de ces dernières, puis s’intéresse aux « conditions de la présence en ville de ces employés ». Il conclut : « ces quelques lignes soulèvent une multitude de problèmes ».
196 IV.2. « La discipline du soldat », où se succèdent 3 articles.
197 IV.2.1. « Les révoltes militaires dans l’armée romaine républicaine »
198C’est un sujet sur lequel il n’existe que peu de travaux. F. H. en retient deux et développe ce qui pourrait être le canevas d’une étude des « révoltes militaires » qu’a connues l’armée romaine républicaine. Il en relève dix-sept entre 414 et 43, ce qui lui paraît beaucoup, compte tenu de la discrétion que devaient observer « les autorités militaires » à ce sujet et de la conviction, partagée par les différentes sources, que la supériorité militaire des Romains était due à « un sens exceptionnel de l’organisation et de la discipline ». Aussi sommes-nous mieux renseignés « sur les troubles militaires qui se sont produits au moment des guerres civiles ».
199 Étant dans l’impossibilité d’entreprendre une étude détaillée sur le sujet, l’auteur va « indiquer en quelque sorte les limites négatives de l’étude et dire ce qui [lui] semble nécessaire d’écarter pour étudier la question ». Suit une revue de ces cas à écarter, avec la justification de ce jugement. Il conclut qu’il reste à mener cette étude, ce qui sera difficile, en raison de la discrétion des sources et de la sensibilité encore vive sur ce sujet.
200 IV.2.2. « Aulu-Gelle et les serments militaires »
201 « L’essentiel de ce qu’on sait des serments que prêtait le légionnaire romain à ses chefs, en dehors du sacramentum, nous vient d’Aulu-Gelle transcrivant Cincius ». En fait, il existait deux serments différents : 1) un iusiurandum que le tribun militaire faisait prononcer aux soldats. Il comporte une série d’interdits à la 2e personne du singulier au futur (« tu ne voleras pas… »). Ce texte « porte […] sur le vol et concerne donc la vie des camps ». 2) « un iusiurandum par lequel les citoyens enrôlés s’engageaient à se rendre à la convocation qu’on leur faisait, sauf à être empêchés ». C’est « une série d’injonctions à caractère général, énoncées à la 3e personne ». Celui qui est empêché doit le déclarer dans les 48 heures qui suivent la fin de l’empêchement. Faute de quoi, il sera enregistré comme déserteur.
202 Peut-on dater ces serments ? La formule du premier évoque les deux consuls de l’année 190 a. C. Mais une précision (sur le lieu où se fait le dilectus) empêche le second d’être antérieur « aux années 70 ».
203 Pour le premier serment, Polybe confirme Aulu-Gelle et apporte des précisions supplémentaires. Le second « n’est cité que de façon indirecte par Polybe », qui déclare que ce serment était prêté « après que les citoyens avaient été inscrits sur les rôles ». Il est clair que ce second serment ne peut être confondu avec le sacramentum. Celui-ci est prêté par tous les mobilisables. « C’est un acte solennel qui précède le dilectus ».
204 « On ne connaît directement ni le contenu ni la forme de cet engagement », qui était prononcé au Capitole et placé sous la garantie de Fides. Pour la forme, le sacramentum devait s’apparenter au serment prononcé par les soldats en 480 : ils avaient juré de ne revenir que victorieux. F. H. donne une reconstitution « vraisemblable » du sacramentum, qui transforme un citoyen en guerrier.
205 En dehors du sacramentum, qui ne fut jamais modifié, il existait anciennement une « coniuratio spontanée, par laquelle les hommes se liaient entre eux et créaient la solidarité de la légion ». Pendant la guerre contre Hannibal, en 216, on a rendu ce serment obligatoire, avec un élément nouveau : « la promesse de se rendre à la convocation du consul, avec une définition précise des seuls cas de force majeure reconnus comme excuse valable ». Ce serment est prononcé in uerba consulis. « Ces deux formes […] d’engagement, le sacramentum et le iusiurandum sont, à elles deux, constitutives de la militia », tandis que le premier iusiurandum d’Aulu-Gelle n’est qu’un « règlement intérieur » du camp, puisqu’il concerne aussi les esclaves.
206 L’auteur conclut sur les intentions d’Aulu-Gelle dans ce chapitre : il a voulu « témoigner son admiration pour la rigueur et la précision juridiques que les anciens Romains mettaient jusque dans les choses de la guerre ».
207 IV.2.3. « Sacramentum »
208« Les occurrences de sacramentum chez César nous montrent que c’est un “engagement de fidélité au chef d’armée” ». Le serment ainsi défini a le même contenu que le iusiurandum inauguré en 216. Tite-Live dit que cette année-là, pour la première fois, on amena les iuniores qui avaient été enrôlés à prêter serment « de se rassembler là où leur ordonneraient les consuls et de ne pas quitter la légion sans l’ordre des consuls ». L’ancienne coniuratio devenait un iusiurandum, avec une clause préalable « nécessaire à une époque où l’on redoutait des désertions entre le dilectus et l’incorporation proprement dite ».
209 « La forme et les contenus de ce iusiurandum nous sont confirmés par toute une série de textes concordants », de Polybe, Tite-Live et Aulu-Gelle. Les tribuns militaires de chaque légion recueillent ce serment, qui consiste en un engagement d’obéir au consul et, d’abord, « de se rendre à la convocation qui leur est signifiée pour l’incorporation ». Le iusiurandum comportait aussi « une clause plus générale d’obéissance aux ordres du consul et aux officiers », d’après les données fournies par Polybe, Denys d’Halicarnasse et Tite-Live. De là est venu, plus tard, le serment de fidélité au chef : « C’est ce iusiurandum qui a été modifié, dans sa forme, pour devenir le sacramentum que nous connaissons chez César, sans que le contenu en soit modifié ».
210 F. H. explique ce passage du iusiurandum au sacramentum par la perte de sa valeur du fait de la désobéissance et des mutineries. Il est alors devenu le sacramentum, plus solennel, car c’est un engagement pris devant les dieux, et non plus devant le consul. Mais comment le passage du iusiurandum au sacramentum s’articule-t-il avec l’ancien sacramentum, dont Tite-Live et Frontin nous disent qu’il existait avant 216 ? « Le sacramentum n’est pas à proprement parler un serment ; il ne l’est devenu que secondairement ». Il faut se reporter au rituel du sacramentum, « au cours duquel le personnage qui s’y soumet appelle sur lui la colère des dieux ».
211 « Alors que comportait le sacramentum originel, puisqu’il semble invraisemblable qu’il se soit agi d’un engagement d’obéissance ? » Des détails de procédure fournis par Tite-Live (qui ne connaissait plus d’autre sacramentum que celui de César) permettent de savoir qui était soumis à ce rituel et à quel moment du dilectus. La réponse est que : « tous les iuniores étaient soumis, tous les ans, au rituel du sacramentum », et avec cette définition : « Il s’agit d’une cérémonie rituelle, qui est un préalable nécessaire au dilectus de la nouvelle année ».
212 « Si on admet que ces textes de Tite-Live montrent que le sacramentum est antérieur à l’enrôlement proprement dit, voire qu’il en est indépendant, cela entraîne qu’on reconnaisse que c’étaient bien tous les iuniores […] qui y étaient invités et que le dilectus consistait à choisir parmi eux ». Que pouvait bien être ce sacramentum ? Comme servir dans la légion était un privilège des citoyens, « il fallait bien que cette appartenance au corps civique […] fût solennellement affirmée ». « Le dilectus (avant l’invention de la cohorte) était fondé […] sur une répartition en classes des citoyens en âge de porter les armes ». Aux questions du magistrat les mobilisables devaient répondre : « qu’ils étaient bien citoyens romains, inscrits dans une tribu, appartenant à la classe d’âge et adsidui, c’est-à-dire recensés dans une des classes de mobilisables ».
213 Ce sacramentum est devenu obsolète, quand une levée par tribu s’est substituée au dilectus traditionnel. En outre, l’armée romaine s’est professionnalisée. « L’introduction, en 216 d’un iusiurandum marque une étape importante dans l’évolution des mentalités », car elle témoigne que l’ancien rituel « ne suffisait plus pour garantir l’obéissance aux ordres, dans un contexte de défaites et de massacres ». C’est désormais le iusiurandum (assez vite devenu le sacramentum) qui a marqué « l’intégration à l’armée ».
214 « À un sacramentum archaïque, rituel civique célébré au Capitole, […] s’était substitué un serment solennel d’obéissance qui reprenait l’indispensable symbolique d’intégration présente dans l’ancienne procédure ».
215 Ces 40 articles sont suivis de 16 pages d’abréviations et de bibliographie, de 19 pages d’index des sources et de 7 pages d’index des noms de personnes. C’est dire le degré d’achèvement et la perfection de ce travail, dont on ne peut que féliciter Estelle Bertrand, en la remerciant de nous avoir donné ce beau livre.
216Danièle Conso
Université de Franche-Comté – ISTA EA 4011
Un regard neuf sur les Cyclades à l’époque impériale
217[ E. Le Quéré , Les Cyclades sous l’Empire romain. Histoire d’une renaissance , Rennes, 2015, 455 p., ISBN 978-2-75354-045-3 – 23 euros]
218Dans cet ouvrage issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2013, un nouveau regard est proposé par E. Le Quéré sur le monde périphérique des îles des Cyclades, longtemps considéré aux confins de l’histoire par leur isolement, mais aussi par leur intégration à un réseau de communications les subordonnant à la « grande histoire » des empires méditerranéens. Son objectif, clairement annoncé dans l’introduction, est d’analyser la vie des sociétés insulaires sous l’hégémonie romaine, d’interpréter le rôle historique des Cyclades dans l’Empire, de relativiser le déclin des îles dont parlent les sources, de nuancer une renaissance du ii e siècle apr. J.-C. qui n’a pas concerné toutes les îles et de réviser une vision « délo-centrée » particulièrement prégnante dans l’historiographie française (p. 19).
219 Le livre est divisé en quatre parties. Cinq chapitres divisent la première partie qui s’interroge sur la place des Cyclades dans le système provincial romain. Les causes du déclin de Délos sont tout d’abord interrogées (chap. 1). Sans nier le rôle des événements de 88 et de 69 av. J.-C., E. Le Quéré trouve dans les transformations de la politique administrative, économique, fiscale et commerciale de Rome, ses véritables causes. Si le statut de Délos est difficile à préciser, l’auteur montre que l’île est moins intégrée à Athènes qu’au système impérial romain. La démonstration est convaincante, mais on reste en revanche dubitatif devant le rôle paradoxal accordé à la loi Gabinia-Calpurnia de 58 av. J.-C. Mesure d’immunité fiscale visant à redonner vie au port et à son commerce, elle aurait été « en réalité ce qui a précipité la chute de l’île » (p. 46). En fait, cette mesure n’a pas réussi à endiguer un déclin dont les causes étaient multiples, en n’arrivant pas à attirer de nouveau les commerçants qui s’étaient détournés de l’île, et a détourné les publicains qui perdaient une source de profit. La question du statut administratif est posée ensuite pour l’ensemble des Cyclades (chap. 2). Après l’instabilité des guerres civiles romaines et le morcellement, la réorganisation augustéenne, le rattachement des Cyclades à la province d’Asie s’est peu à peu imposé jusqu’à la création de la provincia insularum sous Dioclétien, laquelle a englobé plus que les Cyclades. La distance entre la réalité géographique et la réalité politique est donc bien soulignée, puisque l’ensemble des Cyclades ne bénéficia jamais d’un même statut administratif. Les chapitres suivants sont particulièrement réussis en apportant des éclairages sur la fiscalité romaine et sur le monnayage impérial (chap. 3 et 4). L’intégration au système impérial y apparaît clairement. Le 5e chapitre le montre aussi, mais sur un thème plus classique, celui du culte impérial. En s’appuyant de façon rigoureuse sur la documentation, un tableau réaliste de la situation des cités insulaires est dressé.
220 Cette démarche est aussi celle qui inspire la deuxième partie, qui analyse les évolutions de la construction monumentale. L’auteur déconstruit les topoi littéraires et historiques sur la ruine des îles, montre les transformations architecturales et les effets de la romanisation (concept défini p. 18-19), trace les limites de la renaissance architecturale animée par les efforts des seuls évergètes locaux (chap. 6 à 8).
221 La 3e partie est axée sur la connaissance des sociétés insulaires. Après une enquête sur la population des îles, particulièrement les étrangers mieux connus par la documentation, et le constat lucide d’un échec concernant toute évaluation démographique de la population (chap. 9), l’auteur s’attache à faire la lumière sur l’évolution institutionnelle des cités (chap. 10). Celles des formes de domination et du mode de reconnaissance sociale montrent de manière classique le rôle joué par les notables (chap. 11). Il n’est donc pas surprenant que l’évergétisme, comme système de gouvernement, soit l’objet d’une analyse (chap. 12). L’intérêt de cette étude est de montrer les particularités des Cyclades : des îles à la fois victimes de leur petitesse et de leur manque d’attractivité, mais aussi de la réussite de leurs notables qui émigrèrent pour trouver de meilleures opportunités, la dispersion de leurs propriétés et de leurs intérêts économiques facilitant ce déracinement (p. 271-272).
222 La quatrième partie revient sur la question de la place tenue par les Cyclades dans l’empire, mais cette fois comme région économique. Ne pouvant entreprendre une étude systématique et exhaustive, qui nécessiterait d’analyser tout le tissu économique de la production à la commercialisation, l’auteur centre sa réflexion sur plusieurs exemples (chap. 13 à 15) : le marbre, le vin et les amphores de Paros, les productions textiles à Amorgos, le verre et la céramique dans les îles, la production de l’alun à Mélos. Mieux documentés, ces exempla permettent de dégager les structures de production, les systèmes d’exploitation et d’échanges. Un dernier chapitre traite des ports et notamment de cette évolution caractéristique de la période : leur urbanisation. Le port n’est plus seulement un débouché sur la mer, mais l’habitat s’y déplace, parfois même le centre urbain. Cette ouverture sur la mer rendue possible par la sécurité assurée par Rome, s’explique aussi par l’évolution de l’économie insulaire imbriquée dans l’économie globale de l’empire. Ainsi E. Le Quéré dégage une logique économique externe au milieu insulaire imposée par l’empire, entrainant une spécialisation des productions et une exploitation qui s’est faite au détriment de la population et de la société locales.
223 La conclusion fait le bilan des apports de cette étude qui sont en effet importants et qui amènent à saluer le travail accompli par E. Le Quéré. On constatera avec l’auteur qu’il est bien difficile de trouver les termes appropriés pour qualifier les évolutions de ce microcosme insulaire dans le système impérial. Plus qu’acculturation, assimilation ou romanisation, elle préfère le terme adaptation (souligné par l’emploi des majuscules p. 348). Certes, mais quelle est la pertinence de ce mot qui peut convenir à tant de situations ? Cette remarque n’enlève rien à la valeur de l’ouvrage qui est désormais incontournable pour tous ceux qui s’intéressent au monde égéen à l’époque romaine.
224Guy Labarre
Université de Franche-Comté – ISTA EA 4011
La chute de l’empire romain en questions
225[ M. Romero Recio (coord.), La caída del Imperio Romano. Cuestiones historiográficas , Stuttgart (Potsdamer Altertumswissenschaftliche Beiträge, 53), 2016, 220 p., ISBN 978-3-515-10963-5 – 52 euros]
226Wendy Brown señala en su última obra cómo las predicciones que hizo M. Foucault en los cursos que impartió en el Collège de France entre 1978 y 1979 en torno a la razón neoliberal no solo se han cumplido, sino que han ido mucho más allá de lo que cabría imaginar [2]. Mientras Occidente vitoreaba la caída de la URSS como un triunfo de la democracia, una ideología caleidoscópica y de escurridiza definición, pero enraizada en el capitalismo empresarial, global y financiero, la competitividad y el mercantilismo amoral, empezaba a carcomer sus valores rectores. La novedad de la filósofa norteamericana frente al pensamiento de Foucault es haber sido capaz de describir cómo una ideología en principio exclusivamente económica ha vampirizado la razón política (la legitimidad de los Estados se basa ahora casi de manera exclusiva en su capacidad para gestionar la deuda externa y en sus prospectivas de crecimiento económico), y se ha injertado también en la razón del individuo: el sujeto ya no es “ser humano”, es “capital humano”, y toda su vida cotidiana –incluso aquella que no es de carácter económico– late al ritmo de la toma de decisiones a partir de capital riesgo, la maximización del rendimiento, o la búsqueda de inversores para un mejor posicionamiento competitivo sin necesidad de que estos impliquen un intercambio monetario. Si al radical cambio de ideología añadimos la incapacidad de los Estados para gestionar la integración de refugiados políticos y económicos en sus países, el demoledor colapso de la permeabilidad social que caracterizaba a las modernas democracias, el cambio de modelo laboral en donde, en el mejor de los casos, el individuo es forzado a ser empresario de sí mismo sin ninguna garantía social ni apoyo sindical, o la metamorfosis de los actores políticos –con la desalentadora desaparición de los partidos de izquierda y el resurgir de la extrema derecha–, obtenemos los ingredientes clásicos para identificar el final de una civilización.
227 En una coyuntura histórica cuya realidad se plantea en términos de agotamiento, colapso o fin del modelo cultural vivido tanto a nivel político, como social, económico, intelectual e individual, resultaba necesaria una reflexión sobre las diferentes construcciones discursivas que se han elaborado para explicar el fin, en términos de secuenciación histórica, de la civilización con la que el Occidente Global se identifica. Este fue el objetivo del congreso que tuvo lugar en octubre de 2011 en el Instituto de Historiografía “Julio Caro Baroja” de la Universidad Carlos III de Madrid, organizado por la dra. Mirella Romero, y cuyas actas se recogen en la presente obra. De acuerdo con la temática de cada una de las contribuciones, el libro puede dividirse en dos grandes bloques. En una primera parte, se analizan los argumentos que emplearon diversos autores entre los siglos iv y v para describir lo que ellos percibieron como la decadencia del Imperio Romano. P. Barceló inaugura esta sección con un trabajo sobre Amiano Marcelino y sus concomitancias con la descripción de Tucídides de la derrota de Atenas en la Guerra del Peloponeso: los motivos que llevan a la decadencia de un sistema no se deben exclusivamente a la hibris individual o colectiva, sino que son inherentes al propio ejercicio del poder y tienen una dinámica incontrolable. La casuística de Amiano incluía la problemática derivada de los cambios internos en el organigrama del Estado en la pars occidentalis, en donde el Emperador fue progresivamente perdiendo gran parte de sus responsabilidades jurídicas, militares y religiosas, y la relación de Roma con las externae gentes en materia de defensa e integración dentro de las fronteras del Imperio, cuyo momento cumbre sería el saco de Roma del 410. Amiano, crítico con la dinámica centrífuga de la política romana, el debilitamiento de la figura del Emperador y abochornado por las derrotas del ejército, no se mostró optimista en cuanto a la capacidad regeneradora del Imperio.
228 Elena Muñiz analiza cómo las ideas de decadencia y colapso de Roma son retratadas a partir de una serie de lugares comunes (la enfermedad del Estado, el aumento de desastres naturales, la propagación de epidemias, el incendio de los templos...) en la obra de Libanio de Antioquía. La profesora Muñiz no se limita sin embargo a la elaboración de una lista de tópicos sobre la crisis del Imperio en la obra del rétor de Antioquía, sino que contextualiza el énfasis que el autor pone en unos tópicos u otros de acuerdo con sus intereses y con su coyuntura biográfica en cada momento de redacción de la obra. En ese sentido, el Epitafio de Juliano, por ejemplo, aparece como un paréntesis en el proceso de decadencia del Imperio. En cualquier caso, sí que parece haber una preocupación que se repite de manera constante en Libanio como la causa general de la crisis de la civilización: la ruina de la clase curial y de la retórica como forma de vida y de promoción social.
229 Hugo Zurutuza se centra en la capacidad que tuvo el ordo senatorial itálico para perpetuarse en el poder a pesar del convulso escenario político del siglo v. La capacidad del senado romano de afianzar su legitimidad es vista por Rutilio Namaciano como un síntoma de la recuperación de Roma. Rutilio acierta al identificar la autoridad del Imperio con la clase senatorial y no con la figura del Emperador, ya que será el Senado quien se presente garante de la estabilidad del Imperio de Occidente convenciendo al Emperador de Oriente que la presencia de Odoacro y su nombramiento como rex eran garantía suficiente para la estabilidad del Imperio.
230 La descripción en la patrística de las primeras presencias germanas en Hispania es el objeto de la contribución de Josep Vilella. A causa de las invasiones, hubo un considerable número de obispos y diáconos hispanos, miembros de familias acomodadas, que huyó a Baleares, el norte de África y Oriente. Tanto estos, como otros que se quedaron y que narraron su experiencia, fueron unánimes en describir el primer periodo de dominio germánico en la Península Ibérica como una época catastrófica en la que el invasor es percibido como un bárbaro hostil y sanguinario, enemigo de la romanidad y del cristianismo católico.
231 Recuperando la tradición ilustrada de Edward Gibbon, Jaime Alvar y José Mª Blázquez llevan a cabo un repaso detallado de toda la literatura tardo-antigua, desde Tertuliano hasta Zósimo, que discutió acerca de la culpabilidad de la religión cristiana y el abandono de los dioses tradicionales como causa de la caída de Roma. Este debate fue central en un periodo histórico en el que los acontecimientos se explicaban a partir de la “Teodicea de la Buena Fortuna”, sin embargo, la historiografía católica fue minimizando el problema hasta el punto de invertir los argumentos: los numerosos problemas que aquejaban al Imperio eran la sintomatología derivada del cansancio del dios verdadero por no recibir el culto adecuado. Estos problemas no eran nuevos, sino que se venían arrastrando desde hacía mucho tiempo. Tuvo que ser el pensamiento protestante anti-constantiniano de finales del siglo xvi pero, sobre todo, de los siglos xvii y xviii, cuyo mayor representante fue Gibbon, quien redimensionara el problema, pero no ya desde una perspectiva exclusivamente teológica, sino desde el análisis crítico sobre las consecuencias del cambio de mentalidad, el abandono del sistema de valores de la uirtus romana y la evasión de la realidad ante las promesas de salvación en el más allá de la nueva religión. Así pues, frente a una buena parte de la historiografía contemporánea, que plantea el conflicto religioso como un problema accesorio en la crisis de la tardoantigüedad, los autores de este artículo defienden, con Gibbon, la importancia que tuvo el cambio ideológico en las transformaciones políticas, económicas, sociales y de mentalidad que caracterizaron a este periodo.
232 Manfred Clauss problematiza en su capítulo en torno a la ficticia datación de la caída de Roma en el año 476. Si bien esta fecha está generalmente admitida en la historiografía contemporánea, la historiografía antigua no le concede una mayor importancia. Clauss desmonta algunos de los tópicos clásicos sobre la caída de Roma, como que la separación entre Oriente y Occidente se produjera en aquel momento –el investigador alemán la retrotrae al conflicto entre Marco Antonio y César–, la desaparición del Emperador –ya que Constantino siempre se consideró como tal, del mismo modo que consideraba a la ciudad que fundó como la nueva Vrbs–, o la revalorización de la ciudad de Roma por los cristianos al identificar sus símbolos fundacionales no en la figura del Emperador sino en la de los primeros mártires.
233 Clelia Martínez Maza inaugura el segundo bloque que configura el libro con un estudio sobre la caída de Roma dentro de los debates de la Reforma de la Iglesia en la Edad Moderna. Uno de los elementos esenciales en el discurso de ruptura es la deslegitimación de la doctrina católica a través del estudio de la integración de elementos paganos en su periodo de formación. El proceso de degeneración del cristianismo primitivo según los reformistas se puede dividir, de acuerdo con la profesora Martínez Maza, en cuatro periodos: el cristianismo apostólico, en donde el mal está presente pero inactivo y oculto; el tiempo de las persecuciones, en donde solo los mártires dan muestras de un cristianismo puro, mientras que la liturgia y el papado se pervierten al adoptar el uso de incienso, perfumes y la pompa; un tercer periodo, a partir del siglo iv, en donde la Iglesia deja de estar perseguida y sufre su mayor contaminación con el politeísmo de la mano del emperador Constantino; y una cuarta época, en donde el Papa termina obteniendo el poder absoluto de la Iglesia al sobrevivir a la desaparición de la figura del Emperador. La llegada de los bárbaros, la desaparición de la figura principal del Estado y la autocracia papal se interpretan en términos apocalípticos, como la inauguración del gobierno del Anticristo en Roma.
234 Mirella Romero estudia la recepción que tuvo la obra de Gibbon en la España del xix. The History of the Decline and Fall of the Roman Empire estaba incluida en el Índice General de los libros prohibidos, ya que las críticas a la Iglesia eran constantes. De hecho, la edición que se eligió para su traducción al español fue la del reverendo Milman, ya que en ella se trataban de enmendar las partes más descarnadas del trabajo de Gibbon. Tal y como explica la profesora Romero Recio, el catolicismo español impidió la adecuada difusión de las ideas de Gibbon y el impacto que tuvo entre intelectuales y pensadores españoles es difícilmente mensurable.
235 Sabine Panzram lleva a cabo una revisión sobre los trabajos de Mommsen dedicados a la Antigüedad Tardía, dedicando especial atención a la edición de los Padres de la Iglesia y a la estrecha colaboración entre Mommsen y Adolf Harnack. Frente a la popular imagen de Mommsen como historiador de la Roma de finales de la República y Altoimperial, Panzram revela a un investigador que tuvo muy presente la historia del cristianismo primitivo en sus planteamientos metodológicos de la Historia Antigua como disciplina científica.
236 Santiago Castellanos vuelve a problematizar con respecto al 476 como fecha oficial de finalización del Imperio a partir del debate existente en la historiografía más reciente, destacando el exponencial interés que el tema de la “caída” de Roma ha tenido en los últimos años.
237 María Victoria Escribano se centra en el debate más reciente sobre la tardoantigüedad y cómo ha afectado el cambio de paradigma iniciado por Peter Brown en los años 70 frente al modelo gibboniano que planteaba este periodo en términos de crisis y decadencia. Las nuevas tendencias, más centradas en análisis de carácter cultural, sociológico y psicológico que político o económico, han fracturado la periodización tradicional, prolongándola entre los seguidores de Brown hasta el primer Islam y, en cualquier caso, creando un nuevo periodo histórico con entidad propia diferenciado del Mundo Clásico y de la Edad Media. El nuevo escenario historiográfico aborda el estudio de la Antigüedad Tardía no solo desde los ejes de continuidad y transformación dibujados por Brown, sino también enfatizando cuestiones relacionadas con multiculturalismo, integración y convivencia, o variedad regional. No obstante, advierte la profesora Escribano, la preferencia actual por el análisis cultural no debe obviar las implicaciones sociales que tuvieron las modificaciones políticas e institucionales, o los importantes cambios en los sistemas de producción y de intercambio comercial, tratando de moderar el discurso de las analogías entre antigüedad y mundo actual tan fomentado por las convocatorias de financiación europeas para proyectos de investigación.
238 Por último, cierra el volumen el trabajo del profesor Matthias Sandberg. El investigador alemán lleva a cabo un estudio sobre las diferentes aproximaciones interpretativas que ha habido en la historiografía alemana con respecto a la figura de Ambrosio de Milán y su relación con Teodosio. Para el historiador alemán, el gesto de humilitas de Teodosio frente a Ambrosio de Milán marcaría el cierre del proceso de cristianización del Imperio, comenzado por Constantino, ya que implicaría la sumisión de la principal figura de autoridad política ante el principal representante de la Iglesia.
239 Mirella Romero ha conseguido con su trabajo de coordinación un volumen rico, en donde se conjugan de manera armónica trabajos que ofrecen un amplio estado de la cuestión sobre los estudios de Antigüedad Tardía con ejemplificadores análisis de carácter más específico. El equilibrio entre unos y otros conforman un volumen de referencia para el estudio y la reflexión sobre los conceptos de crisis y decadencia de una civilización.
240Anton Alvar
Universidad Carlos III
The relevance of the concept of Late Antiquity
241[ M. Fattal , Augustin, penseur de la raison? Lettre 120, à Consentius , Paris, 2016, 130 p., ISBN 978-2-343-09931-6 – 14,50 euros]
242Late antiquity is a relatively new concept. It has been introduced since the late 1960s, in the wake of the concept of late capitalism or modernity, to refer to an extended period, from as early as the 3rd century and as late as the 8th century. It stresses both the continuity in relation to the classical world and the specificity before the spreading of feudal relations in the 9th century. One of the main issues is the continuities and the breaks with classical thought and realities. There are some clear changes from the 2nd to the 4th century in several domains and aspects, such as the walling of cities, reduction of urban areas, increasing personal rule in every level, from towns to provinces and empire, a Kulturkampf between Christians and pagans, among others. However, there was continuity in several aspects, from the continued use of Latin in the West and Greek in the East to the philosophical discussion grounded on classical authors.
243 It is in this context that Michel Fattal produces a contribution to this debate, publishing this volume on Augustin and the role of reason. This is a particularly relevant issue, for Augustin’s understanding of the subject would continue to influence all western thought way beyond late Antiquity, in the middle Ages and early modernity, particularly. Michel Fattal is in a good position to address all those issues, being at the same time a scholar on the ancient and medieval thought. Furthermore, he relates the discussion of the origins of western reasoning with all later times up to the present day, in an enlightening way.
244 In this volume, Fattal turns to the study of a single and short document to discuss a much broader issue: the role of reason in Augustin. He studies the letter 120 to Consentius. Consentius, a lay man from the Balearic Islands, in the Western Mediterranean, asks Augustin whether faith excludes reason. Consentius is a narrow reader of Paul (Cor, 1, 1-2), understanding it as a pledge against reason. Indeed, if we read it at length we may be prone to accept the Fideist reading of Consentius:
1 Cor, 2, 4-54 καὶ ὁ λόγος μου καὶ τὸ κήρυγμά μου οὐκ ἐν πειθοῖ[ς] σοφίας [λόγοις] ἀλλ᾽ ἐν ἀποδείξει πνεύματος καὶ δυνάμεως,5 ἵνα ἡ πίστις ὑμῶν μὴ ᾖ ἐν σοφίᾳ ἀνθρώπων ἀλλ᾽ ἐν δυνάμει θεοῦ.
4 My message and my preaching were not with wise and persuasive words, but with a demonstration of the Spirit’s power,5 so that your faith might not rest on human wisdom, but on God’s power.New International Version
247 However, Michel Fattal uses the modern concept of identity building to argue that Paul in 1Cor, 1-2, is not discussing epistemology, that is, faith as precluding reason, but it deals with social standing in the early Church in Corinth. Paul radicalizes the argument to stress that Christians do not depend on the prevailing pagan or polytheist philosophical viewpoint that reason is autonomous and does not in any way depend on faith in God. It is thus circumstantial, aiming at strengthening the small early Christian Church facing an overwhelming pagan society.
248 Augustine considers that there is a dialogue between a human subject and a divine subject, as a corollary of God’s gift of reason to humans. Some would say that this is at the root of the emergence of subjectivity in the West. Reason is completed by faith purifying the heart, interpreted as symbol of interiority, לֵב, lev, heart, inner man, mind, will, translated in the Septuagint as καρδία (heart), or διάνοια (thought), often used in the New Testament, cor in Latin and recurrent in Augustine. “Think with the heart” in both the OT and NT would be in modern parlance “think with reason”, stressing the umbilical link between reason, faith and interiority, after Augustine. According to his understanding, Socrates’ and Delphic motto: “know thyself” or “gnothi seauton” (γνῶθι σεαυτόν) depends on faith as God’s gift to understand oneself. This is possible through the reception of light of reason by Christ-Logos, Christ-Ratio, Christ-Verbum.
249 Light is a key concept here. Let’s turn to John’s Gospel 1, 1, 5:
1 Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ Λόγος, καὶ ὁ Λόγος ἦν πρὸς τὸν Θεόν, καὶ Θεὸς ἦν ὁ Λόγος. 2 Οὗτος ἦν ἐν ἀρχῇ πρὸς τὸν Θεόν. 3 πάντα δι’ αὐτοῦ ἐγένετο, καὶ χωρὶς αὐτοῦ ἐγένετο οὐδὲ ἕν ὃ γέγονεν. 4 ἐν αὐτῷ ζωὴ ἦν, καὶ ἡ ζωὴ ἦν τὸ φῶς τῶν ἀνθρώπων. 5 καὶ τὸ φῶς ἐν τῇ σκοτίᾳ φαίνει, καὶ ἡ σκοτία αὐτὸ οὐ κατέλαβεν.
1 In the beginning was the Word, and the Word was with God, and the Word was God. 2 He was with God in the beginning. 3 Through him all things were made; without him nothing was made that has been made. 4 In him was life, and that life was the light of all mankind. 5 The light shines in the darkness, and the darkness has not overcome[a] it.New International Version
252 φῶς, Light is also truth, as in Plato’s Republic, related by Augustine to fides, faith and fidelity, coming in Plato and in Paul from the heart (καρδία), from the inner core, so that reason and faith, intelligence and trust, knowledge and love, are two sides of the same coin. Augustine follows Paul in considering three aspects of human being: the body (senses), the psyche (mens, reason) and the spirit. There is also an external factor, authority, coordinanting body, mind and spirit. Truth, as the supreme authority of Christ, puts into action faith, fostering reason understanding the whole. Faith and reason depends on a solid, stable and true Christ’s authority, as implied in the act of faith of the believer: אָמֵן, amen, meaning truthfulness, credence or belief. Augustine argues to Consentius that faith is not enough to reach the truth, it also depends on reason. This is not only for Plato and Plotinus, but also the OT insists that humans were created in the image of God, and God is logos, reason.
253 Reason must thus be compatible with the mysterious concepts of Trinity, Incarnation and Redemption. As a reader of Plato, Augustine also puts dialogue at the heart of everything, particularly between the soul with God and with itself. He introduces faith as a cathartic force enabling the heart (subjectivity, soul) to reach truth and avoid error. Light in Augustine, after Paul, enables to overcome blindness, coming as a shock (ictus) felt by the soul or the heart. At the end, humans were created in the image of reason, so that reason is at the root humanity, contrary to Consentius and his sole reliance on faith.
254 Now we may turn back to the discussion about late antiquity. Augustine draws a lot of his arguments and reasoning on classical philosophical tenets, through the lenses of philosophical schools of his own epoch. Furthermore, he read Paul and John, particularly, as deeply embedded in Greek thinking, following the Septuagint original rendering of Semitic concepts. Even though Augustine was not well acquainted with the Hebrew Bible, he corresponded with Jerome and he reveals indirectly several subtleties of Hebrew concepts. It is thus impossible to disentangle Augustine from both ancient classical philosophy and ancient Hebrew thought. Sometimes, Augustine is understood first and foremost as the Christian thinker, founder of the Medieval and early Modern thought. Augustine is however also purveyor of ancient concepts, even if taken to new dimensions. This proves beyond dispute not only breaks in history, but also continuities, and the usefulness of the concept of Late Antiquity.
255Pedro Paulo A. Funari
Unicamp, Department of History, Brazil (Proyecto HAR2015-63549-P [MINECO/FEDER]; [FAPESP et CNPq])
Sacralité et espaces sacrés en Méditerranée antique
256[ Yv. Lafond, V. Michel (dir.), Espaces sacrés dans la Méditerranée antique, actes du colloque des 13 et 14 octobre 2011 tenu à l’Université de Poitiers , Rennes, 2016, 359 p., ISBN 978-2-7535-4311-9 – 21 euros]
257Dix-sept communications composent cet ouvrage, dont l’objectif est de croiser dans un temps long des approches issues d’aires géographiques variées, du Proche-Orient ancien à l’époque byzantine. Dans l’avant-propos (p. 7-12), Yv. Lafond interroge la notion d’espace sacré, tout comme la première partie du livre qui cherche à en dégager les caractéristiques et les aspects constitutifs. Contra l’idée d’une opposition nette entre monde profane et sacré, J.-Cl. Margueron (p. 15-56) met tout d’abord en évidence, en Mésopotamie ancienne, des degrés de sacralité, dont le rayonnement s’étendaient à l’ensemble de l’espace urbain. Le témoignage de l’Hymne à Enlil (65-66) évoquant l’édification de la ville de Nippur, dont le dieu a tracé les limites et qui lui appartient en propre, et les exemples rassemblés (p. 28), montrent que l’espace urbain était voué à une divinité précise et fondatrice. Il était globalement sacré et marqué par une hiérarchie liée à différentes intensités de sacralité : du lieu de la hiérophanie, espace le plus sacré, allant au-delà des murs du temple et du sanctuaire qui ne formaient pas barrage, celle-ci se diffusait jusqu’au mur d’enceinte de la ville et aux délimitations territoriales voulues par le dieu. Les questions de la séparation entre sacré et profane, et des gradations à l’intérieur d’un espace sacré sont également posées par I. Patera (p. 57-67) à partir du vocabulaire utilisé en Grèce ancienne, des rites de consécration et de la monumentalisation qui permettait de définir l’espace et ses limites. J. Rüpke (p. 69-80) offre également une réflexion dense en s’interrogeant, dans le monde romain, sur la création des espaces sacrés, sur la place des images et des représentations, sur l’expérience religieuse vécue et sur les pratiques représentatives de la manière dont les hommes s’appropriaient ces espaces.
258La deuxième partie du livre offre des exemples ponctuels d’aménagement, d’organisation et de gestion de l’espace sacré. C. Roche-Hawley (p. 83-93) met en relation des récits narratifs avec la reconstruction du temple du dieu Ba ‘lu, à Ougarit, faisant suite à un tremblement de terre qui ravagea la ville au xiiie siècle. M. Costanzi (p. 95-116) analyse la place du sacré dans l’extension de Sybaris au détriment des Œnotriens et prend plus particulièrement l’exemple du sanctuaire de Timpone della Motta à Francavilla Maritima, où Athéna est une interpretatio graeca de la divinité antérieure, pour montrer que la violence et les destructions n’ont pas été les seules formes de relations. P. Sineux (p. 117-133) étudie le rituel de l’incubation dans les sanctuaires asclépieiens du monde grec antique et montre qu’il existe une relation entre le fait d’éprouver la puissance du dieu et certains lieux du sanctuaire : adyton et abaton, termes interchangeables dans le cas des sanctuaires d’Asclépios selon P. Sineux contra A. Kolde ; koimeterion ; dispositifs hydrauliques. F. Quantin (p. 135-151) retrace l’histoire du Nymphaion d’Apollonia d’Illyrie. Après avoir rassemblé les témoignages littéraires des époques classique, hellénistique et romaine, il propose une mise en ordre chronologique pour comprendre l’invention de ce lieu sacré et la naissance du sanctuaire. À la sacralité du lieu, s’est ajoutée une fonction mantique liée à l’interprétation des réactions d’une flamme née d’un gisement de bitume. À propos des concours sacrés, Nymphaia, connus à l’époque hellénistique, l’auteur fait l’hypothèse de l’existence de concours musicaux et de la présence d’un théâtre. L’espace est donc saisi dans sa dimension historique et géographique. J. Seigne (p. 153-167) compare les exemples des sanctuaires de Zeus et d’Artémis à Jerash en Jordanie, ayant accru leur domaine sacré au cours de leur histoire, et les sanctuaires de Bel et Nabu à Palmyre, qui virent au contraire leur espace se réduire. Dans ce second cas, la raison en est due à la régularisation du plan d’ensemble du sanctuaire de Bel et à une réduction voulue par ses utilisateurs, tandis qu’elle fut imposée à cause de l’empiètement du sanctuaire de Nabu sur la grande rue monumentale, la Grande Colonnade. L’auteur en conclut que la sacralité des sanctuaires n’était en rien absolue et que de simples décisions municipales d’intérêt public, mercantiles ou politiques, pouvaient entrainer la modification de leurs limites (p. 160). Grâce aux recherches archéologiques menées depuis 2007, les zones liées au complexe de pèlerinage sont étudiées par D. Pieri (p. 177-191) à partir de l’exemple du sanctuaire de St Syméon le protostylite, situé à une trentaine de kilomètres d’Alep. Les liens entre le village de Télanissos et le sanctuaire sont marqués par une mise en scène, notamment par une démarcation entre le sanctuaire et le monde séculier, symbolisée par un arc qui se présente comme un arc triomphal d’église.
259La troisième partie du livre se focalise davantage sur les pratiques cultuelles. M.-L. Haack (p. 193-201) recourt à l’épigraphie et plus précisément à des abécédaires de 2 ou 3 lettres, donc impropres à l’enseignement, découverts à Spina. Elle s’interroge sur le contexte de leur localisation et propose d’identifier un sanctuaire ou des bâtiments à fonction religieuse, dont aucune trace n’a pour l’instant été révélée dans ce comptoir d’influence étrusque. Dans le monde étrusque également, L. Hugot (p. 203-213) se demande s’il existait dans les sanctuaires des espaces dévolus à l’alimentation carnée. Il ne relève dans les représentations ni égorgement, ni dépeçage, ni découpe de l’animal. La question du devenir des viandes après le sacrifice et l’existence d’une « cuisine sacrificielle » est donc posée. L’idée que la consommation de viande soit strictement liée au rituel du sacrifice et donc limitée aux jours des fêtes religieuses est remise en cause. Certes, les ossements trouvés dans les sanctuaires laissent peu de doutes sur la réalité de la mise à mort rituelle des animaux, mais on ne peut affirmer que les viandes consommées étaient obligatoirement issues des rituels sacrificiels. Ainsi s’expliquerait la présence de très nombreux os de suidés, alors que les représentations de leurs sacrifices sont rares. D. Ackerman (p. 215-252) propose une utile synthèse sur les sanctuaires des dèmes dans l’espace de l’Attique et se focalise sur trois d’entre eux : celui d’Apollon Zôster à Halai Aixônidès, de Dionysos à Ikarion et d’Artémis Kolainis à Myrrhinonte. À quoi ressemblaient ces sanctuaires de dèmes ? Comment étaient-ils administrés ? Elle conclut sur ces questions à une image complexe et met en évidence une absence de mainmise totale de la cité sur le culte et les affaires du dème. Concernant l’église chrétienne, B. Caseau (p. 253-270) montre son évolution. À partir de son organisation sur le modèle synagogal et la volonté de développer une religion spiritualisée, le lieu de rassemblement des chrétiens s’est progressivement sacralisé autour de la célébration de l’eucharistie et son espace s’est peu à peu spécialisé. L’arrivée des saints dans les églises a ensuite permis de développer un culte autour des tombes et des reliquaires, créant ainsi la notion de sainteté topique (p. 259). L’auteur met ensuite l’accent sur le rôle de l’encens et des parfums, dont l’usage était issu du monde des riches et des puissants. Il finit par marquer les lieux et les processions, donnant une solennité à l’espace.
260Bien que classé dans la quatrième et dernière partie du livre traitant du symbolisme et de la représentation, l’article d’A. Busine (p. 273-287) aborde un sujet comparable à partir du témoignage des Vies de Saints, rédigées entre la 2e moitié du ive et le début du vie siècle. Elle retrace à son tour le phénomène de sacralisation des lieux de culte par la présence des dépouilles et des reliques. Le rôle des légendes hagiographiques est étudié et, à partir d’exemples comme St Théodote d’Ancyre, Ste Ariadne de Prypnessos ou Porphyre de Gaza, elle montre que les récits peuvent être considérés comme des mythes de fondation des lieux sacrés chrétiens. C’est un retour à la cité grecque qu’effectue R. Roy (p. 289-303) en abordant la question des marges spatiales de la cité dans lesquelles certains rites avaient lieu. Il remet en cause, à juste titre, l’interprétation des rites d’initiation de la jeunesse dans les cultes d’Artémis Triclaria et de Dionysos Aisymnète à Patras, et d’Héra Akraia et des enfants de Médée à Corinthe, à cause de la participation de jeunes gens des deux sexes, une symétrie de genre qui correspond mal à un processus initiatique et à l’émergence de deux statuts distincts. Reprenant la question, il propose une interprétation plus politique et civique dans les rites patréens, plus centré sur la protection et la reproduction de la communauté dans les rites corinthiens. C’est le thème de la sacralité que l’on trouve à nouveau au cœur des deux derniers articles qui concernent l’Antiquité tardive. E. Soler (p. 317-345) l’évoque à propos des païens adeptes de la théurgie. Ils trouvaient dans des sanctuaires initiatiques et mystériques comme celui d’Éleusis, et d’autres, aux fonctions oraculaires ou de guérison, une capacité à transformer l’âme humaine et à l’élever à un niveau divin. Quant à E. Morvillez (p. 317-345), il se demande si le jardin privé avait conservé dans l’Antiquité tardive une forme de sacralité païenne. Il conclut que la mythologie et les images païennes sont discrètement rappelées comme un vieux fond de culture commune, mais sans réel danger pour la religion chrétienne. Pour conclure, N. Belayche livre des réflexions suggestives sur la notion d’espace sacré. Elle remarque le parti pris comparatiste des éditeurs et les deux niveaux d’enquête choisis : spatial avec des espaces sacrés étudiés sur une aire territoriale à diverses échelles et selon un maillage réel ou symbolique, et topique avec toutes les interrogations qui en découlent sur les caractères et les fonctions du lieu. Elle affirme avec raison que les espaces sacrés sont avant tout des constructions culturelles éminemment complexes (p. 351) et en souligne certains aspects. En effet, si le livre est parfois déroutant par les changements brutaux de lieux et d’époque, il faut être reconnaissant à Yv. Lafond et V. Michel d’avoir suscité et organisé une réflexion sur ce sujet difficile, mais riche, que le livre d’ailleurs n’épuise pas, et d’avoir réuni tant de contributions de qualité.
261Guy Labarre
Université de Franche-Comté – ISTA EA 4011
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Date de mise en ligne : 29/01/2018
https://doi.org/10.3917/dha.432.0285