Éditorial
Pages 9 à 10
Citer cet article
- FALGUIÈRE, Jacqueline,
- Falguière, Jacqueline.
- Falguière, J.
https://doi.org/10.3917/rppg.055.0009
Citer cet article
- Falguière, J.
- Falguière, Jacqueline.
- FALGUIÈRE, Jacqueline,
https://doi.org/10.3917/rppg.055.0009
1La violence est souvent assimilée à la destructivité, et il est vrai que c’est le plus souvent en ces termes qu’elle s’exprime dans la société. Cependant, on peut aussi la considérer sous un autre angle, comme l’intensité d’une force qui se développe brutalement chez un individu, force qui le dépasse, qu’il ne peut juguler, qui l’amène à l’expulser sans considération de forme ou de situation.
2Dès l’origine, elle est corrélative de la vie, quels que soient les précautions prises et les dispositifs mis en œuvre pour tenter de réduire la souffrance. Le premier cri, première inscription de l’enfant dans la vie, première expression lors du passage d’un milieu à un autre, peut être entendu comme une violence propre à laisser une empreinte indélébile, mais aussi comme une force vectrice capable d’initier une réponse à l’étrangeté du monde.
3La force de la pulsion de vie n’est-elle pas une violence opposée à la pulsion de mort ? La violence définie le plus souvent comme une rupture de liens, comme une déliaison, n’est-elle pas à l’origine un potentiel créateur ? On pourrait ainsi dans des contextes différents considérer la violence sous un autre aspect que celui de sa négativité. On parle d’actes de violence associés à la barbarie, de la violence des éléments pour les associer à la destruction et à la mort, mais on parle aussi de la violence des sensations, des sentiments, on l’associe à la passion laissant entendre combien celui en qui elle se révèle pouvait être démuni face à elle.
4Les articles qui composent ce numéro proposent un vaste panorama des champs où la violence s’avère problématique, génératrice de souffrances et de troubles graves. On s’aperçoit, à leur lecture, de l’intérêt porté aux pathologies du lien, aux carences narcissiques qui sont envisagées à la fois comme violences et traitées comme telles, à l’indifférenciation à la source des actes de violence, à la transmission des germes de souffrance, à la confrontation à l’autre, à l’émergence de la rivalité, de l’envie, aux luttes pour préserver l’identité, au narcissisme blessé d’un individu et des groupes. Quelles que soient les situations évoquées, couples, familles, classes, groupes thérapeutiques, institutions, elles posent la question des réponses à la violence. Comment les analystes construisent des dispositifs qui vont constituer un filet pour que la violence ne puisse plus être seulement destructrice pour l’individu et le groupe auquel il appartient et puisse trouver au sein même de ces dispositifs des issues créatrices.
5Les réflexes de protection souvent sollicités lorsque la violence est vécue à tort ou à raison comme vecteur de la haine, donnent lieu à des actions répressives qui n’ont pour effet que d’accroître l’intensité de la force un moment réprimée. Les pratiques psychanalytiques de groupe peuvent aider à suspendre en temps opportun la réaction violente à la violence, et porter à la connaissance des uns et des autres les soubassements inconscients qui minent les formations psychiques en quête constante de plaisir. La quête du plaisir peut paraître un luxe pour organismes bien constitués, et pourtant, sous couvert des plus sombres constructions psychiques, elle est à l’œuvre pour une meilleure estime du moi. Cette quête inconsciente du plaisir peut paraître masochique, délétère, perverse, psychopathique, elle n’en est pas moins une composante psychique et il y aurait lieu de penser qu’elle puisse avoir partie liée à la violence conçue comme déliaison. Une pulsion sans objet ne peut être satisfaite, d’où les déchaînements au sens propre du terme auxquels on assiste impuissants et auxquels on ne peut donner sens.
6La violence est souvent méconnue bien qu’ayant une action puissante sur l’environnement ou sur le soma. Qu’est-ce que le « stress », vocable fourre-tout, si ce n’est la violence réprimée, voire refoulée, cherchant sa voie dans la psyché et ne trouvant d’autre exutoire que le corps. La violence des autres a peu d’impact si ce n’est qu’elle révèle la violence en soi tellement plus inconnue, non sue, réprimée, inexplorée et, de ce fait, intraitable dans tous les sens du terme.
7Quelle nécessité d’apprivoisement mais quand, où, comment ? On peut ne jamais pouvoir la rencontrer chez soi, la fuir chez les autres tant elle est transformée par la libido en haine ou en destructivité, comme une force du mal, et sa charge négative la rend méconnaissable. Et pourtant, quelle force de vie dont on ne peut pas penser que l’on puisse se priver.