Article de revue

L'Invention du XIXe siècle

Pages 235 à 240

Citer cet article


  • Chevrel, Y.
(2003). L'Invention du XIXe siècle. Revue de littérature comparée, n o 306(2), 235-240. https://doi.org/10.3917/rlc.306.0235.

  • Chevrel, Yves.
« L'Invention du XIXe siècle ». Revue de littérature comparée, 2003/2 n o 306, 2003. p.235-240. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2003-2-page-235?lang=fr.

  • CHEVREL, Yves,
2003. L'Invention du XIXe siècle. Revue de littérature comparée, 2003/2 n o 306, p.235-240. DOI : 10.3917/rlc.306.0235. URL : https://shs.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2003-2-page-235?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rlc.306.0235


Notes

  • [*]
    L’Invention du XIXe siècle. [I] Le XIXe siècle par lui-même (littérature, histoire, société). Textes réunis et publiés par Alain Corbin et al., Paris, Klincksieck-Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1999,383 pages. II : Le XIXe siècle au miroir du XXe. Textes rassemblés par Alain Corbin, José-Luis Diaz, Stéphane Michaud et Max Milner, Paris, Klincksieck-Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2002,312 pages. (« Bibliothèque du XIXe siècle »).
  • [1]
    On notera que la séquence où Lacenaire accuse le « chand d’habits » d’être un mouchard figure bien dans les versions du film qui ont pu être visionnées, contrairement à l’assertion de la p. 284.

1La Société des Études romantiques et dix-neuviémistes, sous les auspices de laquelle sont publiés ces deux volumes, a mené à bien un projet excellent : étudier l’invention du XIXe siècle, de ce siècle qui s’est pensé lui-même « dans un cadre séculaire, non pas après coup, comme on met une étiquette commode sur le passé […], mais d’emblée, et avec l’idée que le numéro d’ordre, pour le meilleur ou pour le pire, vaudrait signe de reconnaissance et affirmation d’autorité » (M. Milner, I, 4), idée reprise par M. Agulhon, qui voit dans ce siècle « le premier qui se soit désigné par ce mot et par un numéro » (II, 10). Deux colloques interdisciplinaires (décembre 1997 et octobre 2000) ont permis une exploration de cette entité problématique, suivant la double perspective qui définit et relie les deux parties de l’investigation : le XIXe siècle vu par lui-même, le XIXe siècle vu par (ou : à travers) le XXe. Les principes de la répartition entre les deux volumes sont exposés par A. Corbin (I, 153-159), lequel, tout en précisant les règles du jeu (« distinguer […] ce que nous continuons de dire et qu’il [= le XIXe siècle] disait déjà de ce qui relève de la découverte, de ce qui n’était pas encore aperçu à l’époque, mais qui s’est imposé depuis »), se demande si nous pouvons nous tenir suffisamment à distance. En fait, c’est bien là peut-être la question centrale que posent, implicitement, ces volumes, l’un et l’autre, l’un par rapport à l’autre – ce qui explique qu’ils ne seront pas traités ici systématiquement à part l’un de l’autre.

2Avant de tenter d’esquisser quelques réflexions suggérées par quelques-uns des 51 essais qu’ils rassemblent (non compris divers avanttextes), voici un rapide panorama de leur composition. Le tome I comprend 27 articles en 6 sections : 1) « Le XIXe siècle vu des Lumières » (4 essais, 45 p.) ; 2) « Les auto-affirmations du XIXe siècle » (4 essais, dont un double, 64 p.) ; 3) « L’instance de l’histoire » (4 essais, 49 p.) ; 4) « Temporalités » (5 essais, 63 p.) ; 5) « Universalismes/Particularismes » (5 essais, 66 p.) ; 6) « Bilans et récapitulations » (5 essais, 52 p.) ; un index d’environ 600 noms complète le volume. Le volume II regroupe 24 essais, en 6 sections : 1) « Découpages » (2 essais, 17 p.) ; 2) « Permanences et mutations » (5 essais, 61 p.) ; 3) « Vu de droite » (3 essais, 35 p.) ; 4) « Relectures » (4 essais, 48 p.) ; 5) « Le regard des créateurs » (5 essais, 43 p.) ; 6) « Miroirs » (5 essais, 60 p.) ; un index d’environ 700 noms clôture le recueil.

3Qu’entendre par « XIXe siècle » ? faut-il suivre la définition rigoureuse de Littré, qui l’illustre en rappelant que « le siècle actuel a commencé le premier jour de l’année 1801 et finira le dernier jour de l’année 1900 » ? faut-il remonter le terminus a quo jusqu’en 1789 ? l’abaisser jusqu’en 1815 ? fixer le terminus ad quem en 1914 ? peut-on, doit-on faire état de périodisations internes ? D’autre part, s’agit-il d’un XIXe siècle français, ou européen, ou autre ? Concernant la date initiale, des variations sont sensibles en fonction des disciplines pratiquées par les intervenants : les historiens tiennent 1789 pour le début de l’ère contemporaine, les littéraires sont parfois tentés de faire l’impasse sur la Révolution et même l’Empire (les trois essais sur le groupe de Coppet, qui ouvrent le T. I, sont rangés dans la rubrique « vu des Lumières »), les spécialistes d’histoire de l’art peuvent remonter jusqu’à Diderot et David (H. Loyrette, I, 2), voire à 1750 (W. Hofmann, I, 172). Un dix-huitiémiste, J.-M. Goulemot, qui offre le double miroir d’un chercheur du XXe siècle qui regarde comment le XIXe s’est construit par rapport au XVIIIe, met en garde au début du T. II : il faut se garder de toute téléologie semblable à celle qui fait de la Révolution l’aboutissement logique du siècle des Lumières. L’essai qui le suit est dû à un historien, J.-P. Chaline, qui traite du « XIXe siècle dans le “Petit Larousse” et les manuels d’Histoire du XXe siècle » : il y apparaît que la période 1789-1914 est celle qui a été finalement prise comme référence par les historiens, mais aussi que, jusque vers le milieu du XXe siècle, le XIXe siècle reste très présent dans un dictionnaire largement répandu (le sondage opéré montre qu’à la lettre « B » du PLI, édition de 1946,49 % des noms cités appartiennent au XIXe siècle). Or on constate que cette survie du XIXe siècle a été assez rarement prise en compte par les auteurs des articles du second volume. En effet beaucoup des témoins du XXe siècle convoqués dans le T. II sont en fait des personnalités largement tributaires du siècle précédent – surtout si l’on prend 1914 comme terminus ad quem. Ch. Maurras est né en 1858, M. Barrès en 1862, L. Daudet en 1867 (même si, comme on peut s’y attendre, il est étudié à cause de son Stupide XIXe siècle (1879-1919), paru en 1922), M. Proust en 1871, S. Zweig en 1881, sans oublier le critique d’art Louis Dimier, né en 1865, et A. Thibaudet, né en 1874. De ce fait, dans les propos qu’ils ont tenus sur le XIXe siècle, ils apparaissent souvent comme des continuateurs, ce que ne soulignent pas toujours les contributeurs ; or, comme le remarque J. Lacoste à propos de W. Benjamin, celui-ci, « né en 1892, est lui-même un enfant du XIXe siècle, il a appartenu au XIXe siècle » (II, 208).

4Trois essais du T. I facilitent toutefois une réflexion sur la notion de « XIXe siècle » ; d’abord, celui, double, d’I. Tournier et de C. Duchet, qui, l’un après l’autre, s’interrogent sur « le “siècle” dans le siècle », grâce à une exploration systématique des titres et des œuvres comportant le terme, ce qui conduit le second à proposer une étourdissante série de « blasons du siècle » pour quelques grands écrivains (par exemple : pour Chateaubriand, « le dix-neuvième siècle quand même », pour Balzac, « le dix-neuvième siècle, c’est moi », I, 85-86) ; ces deux contributions traitent le siècle comme un tout alors qu’Y. Vadé suggère d’y repérer des chronotypes successifs, c’est-à-dire des conceptions variables du temps au cours du siècle (I, 195 sqq. : présent creux, accumulation, rupture, reprise, peut-être discontinuité ) ; J.-L. Diaz, de son côté, sensible à une série de « XIXe siècles possibles » (I, 179), explore le « dix-neuvième siècle critique et sarcastique que la génération de 1830 a fomenté », dont il voit encore les traces chez les surréalistes (I, 192-193) : c’est poser la question, évoquée plus haut, de la survie du XIXe siècle. Deux articles du T. II abordent nettement le problème ; A. Compagnon (« Proust dix-neuviémiste ») respecte au plus près la problématique du recueil en faisant observer que, dans la Recherche, Proust, à la différence de ce qu’il fait pour les XVIIe et XVIIIe siècles, parle très peu du XIXe siècle en tant que tel, bien qu’il en cite beaucoup d’écrivains ; de son côté J.-L. Cabanès (« Le bergsonisme de Thibaudet ou la “réaction de l’intérieur” »), retrace l’évolution d’un critique (cité par J.-L. Diaz, I, 181), élève de Bergson au lycée Henri IV, qui a été durablement marqué par l’Essai sur les données immédiates de la conscience (1889) ; à partir de cet exemple il estime que, peut-être « la véritable rupture ne se situe ni dans ce que l’on a coutume d’appeler la “Belle Époque”, ni dans l’immédiate avant-guerre » (II, 85), ce qui le conduit à affirmer « qu’il n’y a pas de rupture épistémologique véritable entre le XIXe et le XXe siècle » (II, 86). En revanche l’étude que N. Piégay-Gros consacre au « XIXe siècle d’Aragon […] » présente le cas d’un écrivain qui discerne une réelle discontinuité entre les deux époques (II, 229).

5Une deuxième grande question est celle des parts respectives accordées à la littérature, à l’art, à l’histoire. Si on relève que les contributeurs sont, dans leur majorité, des littéraires, les autres se partageant à peu près entre historiens et spécialistes de l’histoire de l’art (plus quelques philosophes), on voit immédiatement de quel côté penche la balance. Il est vrai cependant qu’à côté de deux études sur Courbet : « “Devinera qui pourra…” : Courbet entre Flaubert et Marx », I, 161-174, et « Gustave Courbet “rectifié” par Marcel Duchamp » (II, 251-260), et de celle de J.-M. Bailbé consacrée à « La vocation de l’orchestre » (I, 231-240), il y a des croisements entre littérature et art – dans « Ophélie sauvée des eaux : le “roman” des préraphaélites au XXe siècle » L. Brogniez présente des traitements romanesques d’une figure « fin de siècle » (II, 235-249), entre littérature et cinéma – D. Gasiglia-Laster se penche sur le véritable mythe que véhicule le film-culte Les Enfants du paradis (II, 275-285 [1], entre littérature et politique : on découvre, dans le T. II, une rubrique « Vu de droite » (où sont traités deux écrivains, M. Barrès et L. Daudet, et un critique d’art, L. Dimier). Peut-être aurait-il été intéressant de prévoir aussi un « Vu de gauche », un « Vu du centre »… Il est vrai qu’outre l’article de J. Baubérot sur « L’invention de la laïcité » (I, 257-270) les articles de trois historiennes et d’une littéraire spécialiste de l’histoire des idées offrent, dans le second volume, des études précises sur des évolutions sociales du XIXe au XXe siècle. On retiendra notamment celle de M. Perrot « Le XIXe siècle revisité par le féminisme contemporain » : très documenté, c’est un véritable état présent de la question qui s’inscrit dans le droit fil des études centrées sur la construction des identités communautaires et qui évoque, à plusieurs reprises, le problème d’une « singularité française » (II, 143,148) ; de même l’article de F. Mélonio sur « Le retour des libéraux » permet sans doute de mieux apprécier ce que Tocqueville et d’autres ont apporté à la tradition républicaine en matière de « culture morale de la liberté » ou « souci des garanties juridiques » (II, 160).

6Le problème de la « singularité française » se pose aussi d’une autre façon. S’agissant déjà des limites du XIXe siècle et de ses divisions, on aurait aimé qu’à côté de l’enquête de J.-P. Chaline quelques lumières soient jetées sur la façon dont des pays comme l’Allemagne ou l’Angleterre structurent cette même période. Trois études du T. I avaient pris cette direction : « Piotr Viasemski mémorialiste, ou l’invention de la première moitié du XIXe siècle par la seconde » (I, 207-218), « Le XIXe siècle : premier siècle de la littérature américaine ? » (I, 219-229) et, à propos de la librairie italienne, « Une filière européenne dans la diffusion des revues » (I, 297-308). Mais dans l’ensemble, en dépit de l’affirmation prometteuse de S. Michaud (II, 7) commentant la couverture du second volume (tirée de Punch ) en rappelant, à juste titre, que « l’observateur peut avantageusement être un étranger », la problématique est restreinte à la France, comme si elle donnait le ton du siècle, bien que M. Espagne ait souligné une modification radicale : « Le XIXe siècle français fait la découverte d’une altérité à laquelle la culture française des deux siècles précédents n’avait guère été confrontée, celle du langage » (I, 290). L’étude d’A. Vaillant sur « Le sacre moderne de la littérature : retour sur un mythe fondateur du XXe siècle » (II, 87-95) se place ainsi délibérément dans une optique française qui lui fait retenir trois datesclefs : 1827 (Préface de Cromwell ), 1857 ( Les Fleurs du mal, Madame Bovary ), 1898 ( J’accuse ) et affirmer, en parallèle, que les historiens de la littérature ont gommé « trois moments essentiels » : le Premier Empire, la monarchie de Juillet, la IIIe République (le dernier tiers du XIXe siècle) : outre que cette présentation aurait sans doute mérité d’être mieux fondée, la remarque incidente qui est faite sur « l’éclat […] extraordinaire de la littérature romantique française du XIXe siècle (comparée, notamment à d’autres littératures européennes) » (II, 92) paraît sujette à caution ; à trop isoler la France du reste des littératures et des sociétés européennes contemporaines on risque de manquer ce qui peut être son originalité, voire son « exception culturelle ». Les deux écrivains étrangers (W. Benjamin, S. Zweig) – on peut leur adjoindre B. Fondane – auxquels sont consacrés des études dans le tome II permettent d’ailleurs des interrogations intéressantes ; tous trois sont enracinés dans leur culture, mais sont aussi francophiles et européens, voire cosmopolites. S. Michaud (« Stefan Zweig et le XIXe siècle ») montre bien comment son auteur est, à la fois, viennois et capable d’un ample regard européen ; W. Benjamin, dont traite J. Lacoste, est sensible à la fantasmagorie de Paris et de ses passages, tout en se référant au Goethe de la Farbenlehre; B. Fondane place la poésie romantique « sous le signe d’Empédocle » (G. Vanhese, 179), et s’intéresse plus spécialement à Nerval – mais aussi au romantisme allemand. Dans ce contexte plus large, c’est J. Gracq qui apparaît comme l’écrivain français le plus ouvert aux œuvres venues d’ailleurs, d’Allemagne surtout (Ph. Berthier, II, 197-205).

7On constate également, à lire le second volume, que le XIXe siècle qui semble avoir été « inventé » par le XXe est surtout le siècle du romantisme, que ce mouvement ait suscité des condamnations – c’est le cas de l’Action Française – ou constitué une référence fondamentale. Dans son Introduction au premier volume, le directeur du musée d’Orsay, H. Loyrette, avait conclu sans ambages : « La modernité, c’est l’invention et le legs du XIXe siècle » (I, 3) ; le mot se retrouvait ensuite, ici ou là, dans le même volume : Duchet, 88, Fizaine, 89, Diaz, 178, Vadé, 195,197,205, Gengembre, 317. Mais, dans le second volume, c’est romantisme qui domine. Le cas de Barrès est exemplaire : homme de droite, ami de Maurras, il reste malgré tout un fervent admirateur de ses « maîtres romantiques », et V. Rambaud a raison de titrer « Barrès et le XIXe siècle : le refus de l’ingratitude » la contribution qu’il lui consacre. D’autre part, le réalisme et le naturalisme restent discrets ; certes les quatre « grands » écrivains marqués (à nos yeux) par une tendance réaliste sont présents : Balzac, Stendhal, Flaubert, Zola, mais le roman, pourtant le grand genre du XIXe siècle (toujours à nos yeux) ne paraît pas jouer un rôle de premier plan ; l’article d’A. Lascar sur « La redécouverte du roman populaire : le temps des pionniers (1960-1980) », qui est un peu une histoire de la recherche récente sur une catégorie d’œuvres longtemps négligées, montre néanmoins qu’il s’est trouvé des chercheurs, en France (l’apport de R. Guise est souligné) et hors de France (L. Fiedler, U. Eco), pour montrer l’intérêt d’un genre qui s’est révélé sous la monarchie de Juillet. Mais il est symptomatique que le théâtre soit pratiquement absent des deux volumes : est-ce l’indice qu’en dépit de la bataille d’Hernani la France du XIXe siècle n’a pas trop la tête dramatique ? Déjà dans le T. I, I. Tournier se demandait « Quelle place tient la littérature dans le discours des titres sur le siècle » et elle ne citait que trois domaines : « le roman, la poésie et l’histoire », pour constater que « le “dix-neuvième siècle” est littérairement un genre poétique » (I, 74).

8Demeure l’ultime question que recèle le terme de « miroir » qui figure dans le sous-titre du T. II. L’article de N. Piégay-Gros met bien l’accent sur la façon dont Aragon a utilisé la Restauration de 1815 ( La Semaine sainte ) ou une grève de 1913 ( Les Cloches de Bâle ) pour renvoyer aussi à des événements qui se situent en plein XXe siècle ; étudiant ce qu’elle appelle la « tonalité funèbre » du Paysan de Paris (II, 230), elle estime que « ce […] qui pousse Aragon à adosser la modernité sur le XIXe siècle finissant, c’est […] le souci de comprendre sa propre précarité, celle du XXe siècle » (II, 231). Elle avait d’ailleurs montré qu’Aragon était un des rares à jouer la modernité contre le XIXe siècle, et que cela n’allait pas sans « contorsions » (II, 229). Mais c’est surtout le dernier essai du volume, celui de J.-P. Morel, qui offre un panorama, assez éblouissant, de l’usage que la littérature peut faire des jeux de miroir ; s’appuyant sur une bonne demi-douzaine de récits (est de plus citée une pièce de H. Müller adaptée d’une nouvelle d’A. Seghers), écrits en allemand, en anglais, en espagnol, en serbo-croate, restant strictement à l’intérieur de l’espace littéraire que ces récits définissent tout en renvoyant à des réalités historiques, il s’interroge sur les « modèles-valeurs » (expression reprise à I. Calvino) présents dans ces fictions : « marche vers l’avènement d’une altérité positive » ou explosion des « catastrophes que le “siècle” précédent a enfantées secrètement » (II, 294) ?

9Cette interrogation sur le présent d’un siècle, le XXe, dont nous ne savons pas encore s’il a connu une fin autre que celle du 31 décembre 2000, nous fait aborder, par la littérature et grâce à elle, à un débat philosophique quasi-existentiel. Disposons-nous d’un recul suffisant pour juger si le XIXe siècle a vraiment eu une vocation propre ? le XXe siècle est-il d’ailleurs son juge, son héritier, ou son reflet ? sommes-nous encore « gangrenés de romantisme », comme soupirait Zola, ou pouvons-nous discerner la « modernité » pointée par Baudelaire ? faut-il considérer le XIXe siècle comme un tout, ou y distinguer différents constituants (successifs ? parallèles ? imbriqués ?) ? Autant de problèmes que ces volumes, qui devraient faire date autant par les questionnements qu’ils suggèrent que par l’étendue des informations qu’ils rassemblent, conduisent à réexaminer.