Article de revue

Pierre Damien a-t-il défendu l’invalidité du sacrement administré par les prêtres sodomites et l’irrémissibilité du péché de sodomie ?

Pages 267 à 287

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  • Henriet, P.
(2023). Pierre Damien a-t-il défendu l’invalidité du sacrement administré par les prêtres sodomites et l’irrémissibilité du péché de sodomie ? Revue de l'histoire des religions, Tome 240(2), 267-287. https://shs.cairn.info/revue-de-l-histoire-des-religions-2023-2-page-267?lang=fr.

  • Henriet, Patrick.
« Pierre Damien a-t-il défendu l’invalidité du sacrement administré par les prêtres sodomites et l’irrémissibilité du péché de sodomie ? ». Revue de l'histoire des religions, 2023/2 Tome 240, 2023. p.267-287. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-de-l-histoire-des-religions-2023-2-page-267?lang=fr.

  • HENRIET, Patrick,
2023. Pierre Damien a-t-il défendu l’invalidité du sacrement administré par les prêtres sodomites et l’irrémissibilité du péché de sodomie ? Revue de l'histoire des religions, 2023/2 Tome 240, p.267-287. URL : https://shs.cairn.info/revue-de-l-histoire-des-religions-2023-2-page-267?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Le Liber Gomorrhianus est la lettre 31 dans l’édition de référence de Kurt Reindel, d’après laquelle je citerai le texte de Pierre [désormais éd. ‪Reindel] : ‪‪Die Briefe des Petrus Damiani‪‪, 4 vol., Munich, MGH (« Monumenta Germaniae Historica. ‪Die Briefe der deutschen Kaiserzeit », IV), 1983‑1993, ici t. I, Ep. 31, p. 284‑330. Dans Le Livre de Gomorrhe, Paris, Cerf, 2021, Jean-François Cottier propose une traduction commentée de la lettre 31 et donne le texte du manuscrit 358 de la bibliothèque du Mont-Cassin (xie siècle), qui découpe le texte en 26 chapitres. Pour les titres des chapitres et pour les passages de Pierre traduits en français, je renverrai à ce livre. Il reste à savoir si cette capitulation est bien le fait de l’auteur du Liber Gomorrhianus. Dans la mesure où elle coupe des passages qui sont d’un seul tenant (ainsi l’exhortation au sodomite des chapitres 17‑18), je demeure assez sceptique sur ce point (voir aussi et plus encore le passage du chapitre 12 au chapitre 13 [= du 13 au 14 chez Reindel] : K. Reindel, Die Briefe, t. i, p. 305, note 1).
  • [2]
    Pour la datation, j’ai choisi de suivre Giovanni Lucchesi, « Per una Vita di S. Pier Damiani. Componenti cronologiche e topografiche », San Pier Damiani nel IX centenario della morte (10721972), 4 vol., Césène, Il Nuovo Diario Messaggero, 1972‑1978, t. I, 1972, p. 13‑179 et t. II, p. 13‑160, ici t. i, n° 84, acceptée par K. Reindel. Pour le titre, voir les arguments de J.-F. Cottier, Le Livre de Gomorrhe, p. 26‑28. Il me semble cependant que l’on ne peut exclure que le titre ait été donné a posteriori par quelque disciple de Pierre Damien. Le manuscrit C1 (Mont-Cassin, Bibl. Abbazia, cod. 358), originaire du Mont-Cassin et remontant à la fin du xie siècle, ne porte pas le titre là où on l’attendrait : celui-ci a été rajouté en haut des pages, peu après la copie du texte, par le rubricateur.
  • [3]
    « Alii siquidem semetipsos polluunt, alii sibi invicem inter se manibus virilia contrectantes inquinantur, alii interfemora, alii fornicantur in terga », éd. Reindel, p. 287, l. 19‑21.
  • [4]
    Charles Forbes de Montalembert, Les moines d’Occident depuis saint Benoît jusqu’à saint Bernard, Paris, 1882, t. vi, p. 347, note 1.
  • [5]
    Les études les plus marquantes sont celles de John Boswell, Les unions du même sexe dans l’Europe antique et médiévale, Paris, Gallimard, 1996 (éd. américaine Chicago, 1980), Mark Jordan, L’invention de la sodomie dans la théologie médiévale, Paris, Epel éditions, 2007 (éd. américaine Chicago, 1997), et Glenn W. Olsen, Of Sodomites, Effeminates, Hermaphrodites, and Androgynes. ‪Sodomy un the Age of Peter Damian‪‪, Toronto, Pontifical Institute of Medieval Studies, 2011. ‪Le livre d’Olsen a eu beaucoup moins d’influence que les autres alors qu’il est beaucoup plus érudit, beaucoup plus précis et à mon sens beaucoup plus équilibré. Un exemple : Boswell semble ignorer que la sodomie est condamnée au concile de Reims de 1049, ce qui n’est pas sans conséquence sur son raisonnement. Voir Uta-Renate Blumenthal, « Ein neuer Text für das Reimser Konzil Leos IX (1049) », Deutsches Archiv, t. 32, 1976, p. 23‑48, ici p. 32 et G.W. Olsen, Of Sodomites, p. 207. Pour une appréciation des travaux de Boswell par Olsen, voir G.W. Olsen, « The Gay Middle Ages. A response to Professor Boswell », Communio, t. 8, 1981, p. 119‑138. Olsen insiste, justement selon moi, sur le fait que bien des assertions de Pierre Damien sur la sodomie trouvent leur origine dans une longue histoire du christianisme qui oblige à remonter jusqu’à l’époque patristique (« clearly many of Damian’as ideas were very old coin », p. 405). Pour un panorama exhaustif des travaux consacrés à Pierre Damien, voir Ugo Facchini, Pier Damiani, un padre del secondo millennio : bibliografia 10072007, Rome, Città nuova, 2007 (nouvelle édition avec mise à jour en préparation).
  • [6]
    Ainsi la question n’est guère traitée par G.W. Olsen, Of Sodomites.
  • [7]
    Pierre Damien, ep. 40, éd. Reindel, t. i, p. 384‑509.Voir en particulier Giovanni Miccoli, « Il problema delle ordinazioni simoniache e le sinodi lateranensi del 1060 e 1061 », Studi Gregoriani, t. 5, 1956, p. 33‑81 ; Id., Chiesa gregoriana. Ricerche sulla riforma del secolo xi, Florence, La nuova Italia, 1966, p. 169‑291, et Ovidio Capitani, Immunità vescovili ed ecclesiologia in età « pregregoriana » e « gregoriana ». L’avvio alla « restaurazione », Spolète, Fondazione Centro italiano di studi sull’alto medioevo, 1966, p. 121‑132. Plus de références dans l’édition de Reindel, p. 385, note 2.
  • [8]
    Cf. note 1.
  • [9]
    « Quod usibus inmunditie dediti nec ad ordinem prouehi, nec persistere debeant iam promoti », J.-F. Cottier, Le livre de Gomorrhe, p. 70.
  • [10]
    « Si ecclesiastice [ou « ecclesiastica »] necessitas poscat, utrum talibus hoc officium peragere liceat », J.-F. Cottier, ibid., p. 78.
  • [11]
    « Quod ruina est populi officium sacerdotis indigni », ibid., p. 186.
  • [12]
    « Quod de manibus inmundorum nolit Deus accipere sacrificium », ibid., p. 190.
  • [13]
    « Quod de nulla sanctitatis oblatio a Deo suscipitur, quae inmunditiae sordibus inquinatur », ibid., p. 198.
  • [14]
    « Patet profecto, quia, quem dignum morte crimen abiecerat, quaelibet religiosa vita subsequens ad suscipiendum aecclesiastici gradus ordinem non reformat », éd. Reindel, p. 290, l. 16‑18.
  • [15]
    « Sed fortasse dicitur, necessitas imminet, persona, quae sacrum in aecclesia offitium peragat, deest et congrue sententia, quae prius dura iusticia dictante depromitur, oblata rerum necessitate mollitur », éd. Reindel, p. 291, l. 1‑3.
  • [16]
    Voir supra, note 7. Sur les rapports entre Pierre Damien et Humbert, voir déjà James P. Whitney, « Peter Damiani and Humbert », The Cambridge Historical Journal, t. 1, 1925, p. 225‑248.
  • [17]
    ‪Cf. note 7.‪
  • [18]
    ‪« […] per triennium in tribus romanis conciliis », éd. ‪Reindel, t. 1, p. 390, l. 3 : Pierre Damien cite certainement les conciles romains de 1049, 1050 et 1051.
  • [19]
    Sur la question des réordinations et sur la théologie sacramentelle de Pierre Damien, voir les références bibliographiques données par K. Reindel, Die Briefe, p. 385, note 2, et en particulier Joseph Hergenröther, « Die Reordinationen der alten Kirche », Österreichische Vierteljahresschrift für katholische Theologie, t. 1, 1862, p. 207‑252 et p. 387‑456 ; Louis Saltet, Les réordinations : étude sur le sacrement de l’ordre, Paris, J. Gabalda et Cie, 1907 ; Antonio de Girolamo, La teologia sacramentaria di San Pier Damiani, 1942, Naples, Pontificia Facultas Theologica Sanctri Aloisii, 1942, ainsi que les travaux cités en note 7.
  • [20]
    La caractérisation par Pierre Damien des simoniaques comme des hérétiques qui ne le sont pas vraiment tout en l’étant est fondamentale dans ce contexte. Les simoniaques restent dans la foi catholique et sont condamnés pour leur ambition, non pour leur doctrine perfide : « Symmoniacus namque licet perverso commercio efficiatur hereticus, est tamen fide catholicus eiusque damnatio magis ex ambitione descendere, quam videatur ad perfidiam pertinere », Liber Gratissimus, éd. Reindel, t. i, p. 402, l. 3‑5.
  • [21]
    « Indubitanter igitur credendum est quod si consecratio cuiuslibet aecclesiastici ordinis intra catholicam fiat aecclesiam, in unitate videlicet orthodoxae fidei, ut in utroque nimirum recta sit fides, quicquid bono per bonum traditur, hoc etiam malo per malum efficaciter exhibetur, quia sacramentum hoc non minitrantis vel ministraturi pendet ex merito, sed ex ordine aecclesiasticae institutionis et invocatione divini nominis », éd. Reindel, p. 404‑405, l. 16‑2.
  • [22]
    Ep. 65, éd. Reindel (tII, p. 228‑247).
  • [23]
    Sur la légation milanaise de Pierre Damien, on remontera le fil de la bibliographie grâce à Isabelle Rosé, « Milan en loques ? Une communauté urbaine déchirée par les hérésies cléricales à l’époque de la légation de Pierre Damien (1059) », Communautés déchirées ? Violences et divisions au sein des communautés de l’Occident grégorien (mi xie-mi xiie siècles) : entre pratiques et discours, éd. Tristan Martine, à paraître. Sur la Pataria, au sein d’une bibliographie abondante, Cinzio Violante, La pataria milanese e la riforma ecclesiastica. I. Le premesse, 10451057, Rome, Instituto storico italiano per il Medio Evo (Studi storici, 11‑13), 1955 ; Paolo Golinelli, La pataria. Lotte religiose e sociali nella Milano dell’xi secolo, Milan, Jaca Book, 1984 (avec traduction italienne des principaux textes).
  • [24]
    Ep. 65, p. 246 : « Illi etiam ipsi, quibus ministrandi licentia redditur, non ex male mercata veteri ordinatione ad amissum reparantur offitium, sed ex illa potius beati apostolorum principis efficacissima auctoritate ». J’ai repris la traduction d’Isabelle Rosé dans son habilitation à diriger des recherches, Le mariage des clercs, une hérésie ? Genèse du nicolaïsme (ier-xie siècle). Mémoire inédit présenté pour l’habilitation à diriger les recherches (garante : Geneviève Bührer-Thierry), Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, 2021.
  • [25]
    Sur ces événements, voir Giovanni Miccoli, Pietro Igneo. Studi sull’età gregoriana, Rome, Istituto storico italiano per il medio evo, 1960 ; Nicolangelo D’Acunto, « Lotte religiose a Firenze nel secolo xi : aspetti della rivolta contro il vescovo Pietro Mezzabarba », Aevum, t. 67, 1993, p. 279‑312 ; Id., L’età dell’obbedienza. ‪Papato, impero e poteri locali nel secolo ‪‪xi‪‪, Naples, Liguori, 2007, p. 85‑165 ; Kathleen G. Cushing, « Of ‪‪Locustae‪‪ and Dangerous Men : Peter Damian, the Vallombrosans, and Eleventh-century Reform », ‪‪Church History‪‪, t. 74, 2005, p. 740‑757 ; William D. McCready, Odiosa sanctitas. ‪‪Saint Peter Damian, Simony and Reform‪‪, Toronto, Pontifical Institute of Mediaeval Studies, 2011, spécialement p. 7‑77.‪
  • [26]
    ‪Ep‪‪. 146, éd. Reindel, t. III, p. 531‑542.‪
  • [27]
    ‪« Verumtamen tantam gratiae plenitudinem sanctae aecclesiae inesse confidimus, ut in ea proculdubio, et per malos bona, et per inquinatos munda, et per execrabiles sacramenta conferri posse credamus. […] Quod in libello quoque cui Gratissimus nomen indidimus, multis novi ac veteris instrumenti testimoniis approbatur. Sed condemnatis omnino symoniacis ac indubitanter inter hereticos deputatis, sicut in praefato libro digessimus, licet eorum sacramenta canonum possent sanctione defendi, ut eos tamen magis ac magis sinodalis censura confunderet, constitutum est in Romano sanctae memoriae Nikolao praesidente concilio, ut quicumque per eos eatenus fuissent in cuiuslibet ecclesiastici gradus dignitate promoti, in percepti honoris ministerio permanerent », ‪‪ibid‪‪., p. 533‑534.‪
  • [28]
    ‪BHL‪‪ 4399, éd. Friedrich Baethgen, ‪‪MGH‪‪,‪‪ SS‪‪, XXX/2, p. 1104‑1110. ‪L’hagiographe est un moine de Vallombreuse qui a connu Jean Gualbert dans sa jeunesse. Il écrit dans la première moitié du xiie siècle, peut-être dans la troisième décennie. Cf. Antonella Degl’Innocenti, « Le vite antiche di Giovanni Gualberto : cronologia e modelli agiografici », Studi medievali, 3° ser., t. 25, 1984, p. 31‑91, spécialement p. 35‑44. Voir W.D. McCready, Odiosa sanctitas, p. 29‑34. Traduction française du passage dont il est ici question dans Patrick Henriet, « En quoi peut-on parler d’une spiritualité de la Réforme grégorienne ? », Revue d’histoire de l’Église de France, t. 96, 2010, p. 71‑91, ici p. 79‑80. L’hagiographe a entendu le récit du synode de 1067 de la bouche de Raoul de Moscheto (MGH, p. 1107), qui fut abbé de Vallombreuse entre 1073 et 1076.
  • [29]
    « Ecce dicamus quod sint duo presbyteri, unus bonus et castus, alter vero preterita cum sorore sua incuit (sic) nocte. Qui hodie celebrant missam. Die ergo, cuius horum sacrificantium corpus Domini videtur tibi esse melius ? », MGH, p. 1107.
  • [30]
    « Respondit domnus Rodulfus : “Neutrum dico esse melius vel deterius, sed dico illud, quod tanti conscius reatus optulit, non esse corpus Domini”. At ille indignatus respondit : “Nunquam tecum amplius loqui volo’. Et abbas illi : “Nec ego tecum” », ibid.
  • [31]
    « Interrea surrexit in concilio quidam vir egregius et excellentisimus alter Gamaliel, scilicet Ildebrandus monachus et archidiaconus Ecclesiae romanae, qui non pedetemptim ratiocinando, sed aperte atque fortissime defendit monachos contra omnium opinionem », ibid.
  • [32]
    « Ex tunc vero et deinceps quicumque se pateretur a simoniaco provehi, nil penitus ex ea deberet promotione lucrari, et sic ministrandi iura deponeret, tamquam si haec nullatenus percepisset. Hac itaque ratione iam non modo symoniacos reprobamus, sed et per eos exhibita sacramenta contemnimus », ibid., p. 534.
  • [33]
    Sur les sources canoniques de Pierre Damien, voir John Joseph Ryan, Saint Peter Damian and his Canonical Sources. ‪A Preliminary Study of the Antecedents of the Gregorian Reform‪‪, Toronto, Pontifical Institute of Mediaeval Studies, 1956.‪
  • [34]
    ‪Sacrificium‪‪ : éd. Reindel, p. 317, l. 3, 8, 15 (citant Isaïe 1, 10‑15), p. 318, l. 13 ; ‪‪holocaustum‪‪ : p. 317, l. 12 (citant Isaïe 1, 10‑15) ;‪‪ oblationis sacramenta‪‪ : p. 305, l. 5, l. 12, p. 306, l. 12.‪
  • [35]
    Amalaire de Metz, Expositio missae « Dominus vobiscum », 27, dans Amalarii Episcopi Opera liturgica omnia, éd. Jean-Michel Hannsens, t. I, Rome, Biblioteca Apostololica Vaticana, 1948, p. 306 (« Dona sunt quae voluntarie donantur ; munera sunt quae pro aliquo munere vel mercede offeruntur, sicut nos offerimus Deo, ut peccata nostra dimittantur »). Voir Arnold Angenendt, « Missa specialis. Zugleich ein Beitrag zur Entstehung der Privatmesse », Frühmittelalterliche Studien, t. 17, 1983, p. 153‑221, ici p. 182.
  • [36]
    La sodomie est un crime car le liquide séminal est fait de sang transformé (cap. 20, éd. Reindel, p. 318, l. 2).
  • [37]
    Humbert de Moyenmoutier, Adversus simoniacos, éd. Friedrich Thaner, Libelli de lite, Hanovre, MGH, 1891, t. I, 2, p. 105, citant le pape Léon le Grand à propos du baptême : « Hi, inquiens, qui baptismum ab hereticis acceperunt, cum baptizati ante non fuissent, sola sancti Spiritus invocatione per impositionem manuum confirmandi sunt, quia formam tantum baptismi sine sanctificationis virtute sumpserunt ». Voir Charles West, « Competing for the Holy Spirit : Humbert of Moyenmoutier and the question of simony », Compétition et sacré au haut Moyen Âge, entre médiation et exclusion, éd. François Bougard, Philippe Depreux et Régine Le Jan, Turnhout, Brepols, 2015, p. 347‑360.
  • [38]
    G.W. Olsen, Of Sodomites, p. 414, avec références bibliographiques.
  • [39]
    ‪Voir par exemple Jehangir Malegam, ‪‪The Sleep of Behemoth. Disputing Peace and Violence in Medieval Europe, 1000‪‪‑‪‪1200‪‪, Ithaca/New York, Cornell University Press, 2013, p. 76 suiv.‪
  • [40]
    C’est le titre du chapitre 7 : De illis qui eisdem cum quibus lapsi sunt sua crimina confitentur, éd. J.-F. Cottier, cap. 7, p. 102.
  • [41]
    « […] tunc autem non sacerdotibus sed leproso potius leprosus ostenditur, cum inmundus inmundo peractam communem nequitiam confitetur », éd. Reindel, p. 297, l. 17‑18 (j’ai repris la traduction de J.-F. Cottier, Le Livre de Gomorrhe, p. 105).
  • [42]
    J’utilise l’édition de Friedrich Thaner, Epistola ad Heribertum archiepiscopum, dans Libelli de lite imperatorum et pontificum saeculis xi et xii conscripti, dir. Ernst Dümmler, 3 vol., Hanovre, MGH, 1891‑1897, t. I, p. 1‑7 (version courte) [désormais Epistola Widonis, éd. Thaner]. Versions supplémentées dans John Thomas Gilchrist, « Die Epistola Widonis oder Pseudo-Paschalis. ‪Der erweiterte Text », ‪‪Deutsches Archiv für Erforschung des Mittelalters‪‪, t. 37, 1981, p. 576‑604. Charles West, « The Simony Crisis of the Eleventh Century and the “Letter of Guido” », ‪‪The Journal of Ecclesiastical History‪‪, t. 73, 2022, p. 229‑253.‪
  • [43]
    P. Henriet et I. Rosé, « Retour sur l’Epistola Widonis, texte anti-simoniaque restitué à Gui d’Arezzo », Revue Mabillon, t. 33, 2022, p. 55-71.
  • [44]
    Voir Epistola Widonis, éd. Thaner, p. 5, l. 3‑5 (« […] summi reatus poenam incurrrimus, si tacemus, Domino per prophetam terribiliter intonante quod profecto sanguinem fundit, qui impiorum iniquitatem tacendo dissimulat ») et Liber Gomorrhianus, éd. Reindel, t. i, p. 325, l. 6‑8 (« Cum enim per os prophetae divina vox terribiliter comminetur, dicens : Si videris fratrem tuum inique agentem, et non corripueris eum, sanguinem ejus de manu tua requiram »), les deux d’après Éz 3, 18.
  • [45]
    Epistola Widonis, éd. Thaner : « simoniaca et neophitorum heresis, quae, ut beatus Gregorius dicit, ante omnes in sancta Ecclesia diabolica fraude surrepserit, quasi prima et maxima Ecclesiae castitatem foeda nimium pollutione contaminet » ; Liber Gomorrhianus : quatre occurrences de pollut*, trois occurrences de contamin*. On notera que bien que la phrase de l’Epistola Widonis que nous avons citée se réfère à la simonie, elle mentionne la « chasteté de l’Église ». Sur l’expression simoniaca et neophitorum heresis, voir I. Rosé, « Neophyta ! Usages polémiques d’une hérésie de la succession épiscopale (deuxième moitié du ixe siècle) », Succéder au Moyen Âge. Actes du 53e congrès de la Société des historiens médiévistes de l’Enseignement supérieur public (Rome, 2629 mai 2022), Paris, Éditions de la Sorbonne, à paraître.
  • [46]
    ‪Epistola Widonis‪‪, éd. Thaner, p. 6, l. 14.‪
  • [47]
    ‪Epistola Widonis‪‪, éd. Thaner, p. 6, l. 10‑13, et ‪‪Liber Gomorrhianus‪‪, éd. ‪Reindel, p. 316, l. 20‑21.
  • [48]
    Epistola Widonis, éd. Thaner, p. 5, l. 11 et p. 7, l. 8 (d’après Grégoire), et Pierre Damien, ep. 65, éd. Reindel, t. II, p. 230, l. 4 et 243, l. 3. Voir I. Rosé, « Neophyta ! ».
  • [49]
    Epistola Widonis, éd. Thaner, p. 7, l. 10 : « summopere instate, ut tam saeva pestis, quae innumeros iam populos usquequaque saeviendo aeterna morte multavit, vestra auctoritate et exemplo penitus destruatur, ne ulterius – quod absit ! – in Spiritum sanctum peccare neque hic neque in futuro saeculo remittatur » ; Liber Gomorrhianus, p. 309, l. 17 : « Hoc siquidem vitium mors est corporum, interitus est animarum, carnem polluit, mentis lumen exstinguit, Spiritum sanctum de templo humani pectoris ejicit ».
  • [50]
    Matth 12, 31‑32.
  • [51]
    M. Jordan, L’invention de la sodomie, p. 82.
  • [52]
    Ainsi Damien Boquet, « L’amitié comme problème au Moyen Âge », Une histoire au présent. Les historiens et Michel Foucault, dir. Damien Boquet, Blaise Dufal et Pauline Labey, Paris, CNRS Éditions, p. 59‑81 ; Chloé Maillet, « Femmes moines, transgenres et gothiques. Points de vue médiévaux », Fabula-LhT, t. 20, Le Moyen Âge pour laboratoire, dir. Florent Coste et Amandine Mussou, janvier 2018, URL : http://www.fabula.org/lht/20/maillet.html, page consultée le 2 décembre 2022, § 11.
  • [53]
    « […] caelestis Ierusalem civem tartarae Babilonis facit heredem, (…) abscidit membrum Ecclesiae et in ipsum vorax proicit gehennae estuantis incendium », Liber Gomorrhianus, éd. Reindel, p. 309.
  • [54]
    « Defleo te, inquam, miserabilis anima, immunditiae sordibus dedita », ibid., p. 311.
  • [55]
    Ibid., p. 313.
  • [56]
    Ibid., p. 315, d’après 2 Ch 20, 26.
  • [57]
    « Ceterum si tu te in humilitate deprimeres, ego de tua restauratione securus, totis in Domino uisceribus exultarem », ibid., p. 314, d’après Lc 1, 47.
  • [58]
    « Exhortatio lapsi in peccato hominis ut resurgat », J.-F. Cottier, Le Livre de Gomorrhe, p. 214.
  • [59]
    « “Exurge”, inquit, “qui dormis, exurge a mortuis, et exsuscitabit te Christus” », éd. ‪Reindel, p. 322, l. 4‑5.‪
  • [60]
    ‪Ibid‪‪, l. 15‑16.‪
  • [61]
    ‪Ibid‪‪., p. 323, l. 7‑15, d’après 3 Reg 21, 27.‪
  • [62]
    ‪« Hoc itaque modo praesul spiritus subiectam carnem disciplinae freno coerceat et ad supernam Hierusalem cotidie ferventis desiderii gradibus festinare contendat », ‪‪ibid‪‪., p. 324, l. 6‑8.‪
  • [63]
    Matth 12, 31‑32.
  • [64]
    Tertullien, De pudicitia, t. 1, 2, 12‑16, introd. Claudio Micaelli, éd. et trad. Charles Munier, Paris, Cerf (« Sources chrétiennes », 394), 1993, p. 156‑158, cité par Laurence Mellerin, « De Tertullien à Augustin. Vers une définition de l’irrémissible », Tertullianus Afer. Tertullien et la littérature chrétienne d’Afrique, éd. Jérôme Lagouanère et Sabine Fialon, Turnhout, Brepols (« Instrumenta patristica et mediaevalia », 70), 2015, p. 205‑230.
  • [65]
    Laurence Mellerin, « De Tertullien à Augustin », p. 224, d’après Augustin, De sermone Domini in monte, éd. Almut Mutzenbecher, Turnhout, Brepols (« Corpus Christianorum, Series Latina », 35), 1967.
  • [66]
    Thomas d’Aquin, Somme théologique, II, q. XIV, concl.
  • [67]
    « Non est enim peccatorum desperare sed impiorum, nec magnitudo criminum in desperationem adducit animam sed impietas », Pierre Damien, Liber Gomorrhianus, p. 322, l. 10‑11.
  • [68]
    « Mens tua fiducialiter ex divina pietate prasumat, ne pro magnitudine criminis inpenitens obdurescat », ibid., l. 9‑10.
  • [69]
    Rappelons que pour Pierre Damien, la masturbation individuelle est le premier des quatre degrés de la sodomie (cf. supra, note 3). Dans cette logique, un tel exemplum est parfaitement à sa place dans le Liber Gomorrhianus.
  • [70]
    Ibid., p. 319, l. 1‑12. Je note accessoirement que Reindel ne donne aucune source pour cet exemplum. Or il apparaît presque dans les mêmes termes dans les Collationes d’Odon de Cluny (Patrologia latina, 133, col. 570 B-C), puis dans le De corpore et sanguine Christi de Gezo de Tortona (PL 137, col. 403 A) écrit dans la seconde moitié du xe siècle. Un examen attentif des textes montre c’est Gezo et non Odon qui a été copié. Dans la mesure où l’on n’avait pas encore relevé de citation de cet auteur par Pierre, je développerai ce point ailleurs.
  • [71]
    Epistola Widonis, éd. Thaner, p. 5, l. 13 : « Firmissime tene et nullatenus dubites omnem hereticum et scismaticum, quamvis multas elemosinas faciat vel etiam si pro Christo sanguinem fundat, cum diabolo et angelis eius aeterni ignis incendio mancipandum, nisi ante finem huius vitae catholicae fuerit incorporatus et redintegratus ecclesiae ».
  • [72]
    Liber Gomorrhianus, p. 319, l. 2‑3 : « Qui, inquit, ita eleemosynam tribuit, ut culpam non dimittat, animam non redimit, quam a vitiis non compescit ».
Français

Nous abordons ici deux questions centrales de la lettre 31 de Pierre Damien (Liber Gomorrhianus) : toutes deux sont liées à la gravité exceptionnelle du péché de sodomie. Pour Pierre Damien, un prêtre sodomite perd toute légitimité dans l’administration des sacrements et met même en danger la communauté des fidèles. Il est possible que l’auteur du Liber Gomorrhianus ait été influencé sur ce point par l’Epistola Widonis, un texte composé par Gui d’Arezzo vers 1020. Sa position est radicale et évoluera quelques années plus tard dans le Liber Gratissimus. Gravissime, le péché de sodomie a été présenté comme « irrémissible » par divers historiens au cours des dernières années. Or les moines sodomites, de même que les autres pécheurs, peuvent assurément être sauvés s’ils font pénitence.


English

Did Peter Damian defend the invalidity of the sacrament administered by sodomite priests and the irremissibility of the sin of sodomy ?

‪In this paper we address two central issues in Peter Damian’s letter 31 (‪‪Liber Gomorrhianus‪‪) : both of them are related to the exceptional gravity of the sin of sodomy. For Peter Damian, a sodomite priest loses all legitimacy in the administration of the sacraments and even endangers the community of the faithful. It is possible that the author of the ‪‪Liber Gomorrhianus‪‪ was influenced on this point by the ‪‪Epistola Widonis‪‪, a text composed by Gui of Arezzo around 1020. His position is radical and would be modified a few years later in the ‪‪Liber Gratissimus‪‪. On the other hand, the sin of sodomy has been presented as « irremissible » by various historians in recent years. But sodomite monks, like other sinners, can certainly be saved if they do penance.‪


Date de mise en ligne : 27/06/2023