Indra Kagis McEwen : All the King’s Horses. Vitruvius in an Age of Princes. Cambridge, The MIT Press, 2023. 365 p., ill. coul.
- Par Étienne Faisant
Page 75b
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- FAISANT, Étienne,
- Faisant, Étienne.
- Faisant, É.
https://doi.org/10.3917/rda.225.0075a
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1 Rédigé dans un style agréable et non dénué d’humour, cet ouvrage est un livre à thèse : ayant dans un précédent volume soutenu que le traité de Vitruve a été conçu comme une démonstration de la capacité de l’architecture à servir la légitimation du pouvoir du nouvel empereur Auguste, l’auteur en-tend montrer dans celui-ci qu’il a été utilisé à la Renaissance dans la même perspective. Elle s’attache donc à expliquer comment il a inspiré nombre de créations pensées pour consolider l’autorité de princes et seigneurs ayant pris le pouvoir dans d’anciennes communes de la péninsule italienne. Son approche ne repose pas sur des analyses formelles et stylistiques, presque absentes, mais sur des commentaires minutieux d’extraits de textes et sur des lectures iconographiques, le tout étant toujours appuyé par une présentation du contexte historique précis. Après un premier chapitre construit autour de Pétrarque, sont ainsi tour à tour examinées sous cet angle certaines des œuvres les plus célèbres du xve siècle et, dans une moindre mesure, du xvie siècle (la place du Capitole, Pienza, le Tempio Malatestiano… mais aussi, parmi bien d’autres, la salle des Chevaux au palais du Té et celle des Mois au palais Schifanoia à Ferrare). Commentant la place du Capitole, à laquelle est dédié le deuxième chapitre, l’auteur explique ainsi comment son remodelage, qui a conduit à rem-placer une structure désordonnée par une composition symétrique, a été pensé pour proclamer la supériorité du pouvoir pontifical sur l’ancien pouvoir communal. Elle rapproche cette conclusion du traité de Vitruve pour qui, si on la suit, la « symétrie » (terme par lequel l’auteur antique en-tend les rapports des parties au tout et entre elles) fait de l’architecture la meilleure démonstration de la prise de pouvoir par l’empereur romain. Il n’est pas possible d’évoquer ici toutes les lectures ainsi proposées, mais on ne peut négliger celle développée dans le sixième chapitre, puisqu’elle donne son titre à l’ouvrage : Alberti rapporte que les Romains avaient estimé que le cheval constituait un modèle à suivre pour leurs bâtiments, par la fusion de la grâce et de la commodité qu’il présente, et cet animal peut donc être vu comme une incarnation de la « concinnitas », notion que l’humaniste a préférée à celle de « symmetria » adoptée par Vitruve ; cela amène l’auteur à reconsidérer les représentations de princes à cheval et à conclure que le potentiel d’autorité que ces sculptures et peintures portent est proche de celui que leurs commanditaires ont pu apprécier dans le texte de Vitruve.
2 Ces réflexions, dont nous ne pouvons ici rendre compte que très schématiquement, peuvent cependant interroger. Que le De architectura de Vitruve ait suscité un vif intérêt à la Renaissance est un fait bien connu. Que des seigneurs italiens aient alors utilisé les arts pour affirmer et consolider leur pouvoir, et qu’ils aient dans le même but fait référence à l’Antiquité, à César et aux empereurs romains est de même incontestable. Mais que le seul traité d’architecture antique qui nous soit parvenu ait inspiré leur usage politique des arts ne paraît pas forcément établi.