Article de revue

Matthieu Lett : Les escaliers d’honneur dans l’Europe des cours (1670-1760), architecture et décor d’une pièce d’apparat. Genève, Droz, collection Ars Longa, 2023. 480 p., 183 ill. n. et bl.

Pages 75 à 76

Citer cet article


  • Faisant, É.
(2024). Matthieu Lett : Les escaliers d’honneur dans l’Europe des cours (1670-1760), architecture et décor d’une pièce d’apparat. Genève, Droz, collection Ars Longa, 2023. 480 p., 183 ill. n. et bl. Revue de l'art, 225(3), 75-76. https://doi.org/10.3917/rda.225.0075b.

  • Faisant, Étienne.
« Matthieu Lett : Les escaliers d’honneur dans l’Europe des cours (1670-1760), architecture et décor d’une pièce d’apparat. Genève, Droz, collection Ars Longa, 2023. 480 p., 183 ill. n. et bl. ». Revue de l'art, 2024/3 n° 225, 2024. p.75-76. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-de-l-art-2024-3-page-75?lang=fr.

  • FAISANT, Étienne,
2024. Matthieu Lett : Les escaliers d’honneur dans l’Europe des cours (1670-1760), architecture et décor d’une pièce d’apparat. Genève, Droz, collection Ars Longa, 2023. 480 p., 183 ill. n. et bl. Revue de l'art, 2024/3 n° 225, p.75-76. DOI : 10.3917/rda.225.0075b. URL : https://shs.cairn.info/revue-de-l-art-2024-3-page-75?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rda.225.0075b


1 Depuis le colloque de Tours consacré, en 1979, à l’escalier dans l’architecture européenne de la Renaissance, ce membre essentiel de toute grande construction a bénéficié de nombre d’études. Issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2019 sous la direction de Marianne Cojannot-Le Blanc et de Christian Michel, l’ouvrage que lui consacre Matthieu Lett se singularise en se concentrant sur un type particulier, celui des escaliers d’honneur. L’auteur utilise cette expression, apparue au xixe siècle, pour désigner les grands escaliers de demeures princières conçus pour l’apparat et qui se distinguent donc nettement de ceux strictement utilitaires. Ces escaliers monumentaux sont examinés sur une période d’un peu moins d’un siècle, allant de la construction de l’escalier des Ambassadeurs à Versailles jusqu’à la fin de la guerre de Sept Ans, qui coïncide avec une diminution sensible du nombre de chantiers.

2 Ainsi délimité, le sujet est appréhendé de façon très large – ce qui donne à l’ouvrage un vif intérêt. Les escaliers y sont en effet considérés à la fois dans leurs formes, dans leurs décors peints et sculptés, et dans leurs éventuelles postérités, en cherchant toujours à dégager les volontés et, souvent, les ambitions ayant animé les maîtres d’ouvrage. Cette lecture est constamment appuyée, au fil des différents chapitres thématiques, par l’examen très précis de différents exemples, mis en perspective dans une démarche comparatiste, à l’échelle européenne. Sont ainsi traités en détail de grands escaliers élevés en France, dans le Saint-Empire romain germanique (où comme on le sait se trouvent de nombreux exemples spec-taculaires), en Angleterre, en Espagne et dans le royaume de Naples.

3 Grâce à sa maîtrise d’une bibliographie très étendue et à des recherches dans des fonds d’archives répartis dans six pays, l’auteur peut mettre en évidence non seulement traits généraux et pratiques singulières, mais aussi des évolutions s’étant répandues par émulation, à travers l’Europe ou entre les résidences d’une même famille. À titre d’exemple, les décors, dominés au début de la période considérée par la fable et les allégories, intègrent ensuite, dans certains cas, des représentations de sujets historiques ou un portrait du maître d’ouvrage. Ces deux dispositifs trouvent semble-t-il leur origine à l’escalier des Ambassadeurs de Versailles, où ils ont été utilisés pour la première fois. L’auteur montre cependant comment, loin de n’être que de simples dérivés du modèle versaillais, les occurrences suivantes répondirent à d’autres enjeux, le choix, en terre d’Empire, d’insérer un portrait étant surtout le fait des électeurs ecclésiastiques qui, sans assurance que leur dignité serait transmise au sein de leur famille, avaient à cœur de laisser ainsi un témoignage explicite de leur magnificence.

4 Pensés comme des espaces nécessaires pour soutenir, par leur apparat, le rang et les prétentions de leurs bâtisseurs, ces escaliers participaient d’un discours plus large. L’une des forces du livre est donc qu’ils ne sont pas considérés de manière isolée, mais toujours analysés au sein des édifices qu’ils desservent, tant à propos de leur emplacement, de la gradation de richesse entre les pièces, de l’articulation de l’iconographie des différents décors… selon un principe que l’on ne peut que louer.

5 L’ouvrage se clôt sur un catalogue sommaire proposant vingt-trois notices, qui aurait gagné à être complété par une liste des escaliers d’honneur non compris dans cette sélection, comme celui de la Reine à Versailles, et par une carte en donnant la localisation. Mais les rares remarques que l’on pourrait ainsi faire ne diminuent pas tous les mérites de cet ouvrage, qui vient heureusement compléter les travaux récemment consacrés à différents espaces d’apparat.


Date de mise en ligne : 15/01/2025

https://doi.org/10.3917/rda.225.0075b