Paysages picturaux et projections identitaires dans le Voyage en Orient de Lamartine
- Par Sarga Moussa
Pages 8 à 19
Citer cet article
- MOUSSA, Sarga,
- Moussa, Sarga.
- Moussa, S.
https://doi.org/10.3917/rda.222.0008
Citer cet article
- Moussa, S.
- Moussa, Sarga.
- MOUSSA, Sarga,
https://doi.org/10.3917/rda.222.0008
Notes
- [1]
-
[2]
Voir Christine Peltre, Les Orientalistes, Paris, Hazan, 1997, p. 85 et suiv. (« Les premiers voyages »).
-
[3]
« Je vais, à cause de toi, parler à M. Sauzet [ministre de la Justice et des Cultes] de M. de Camp [sic, pour Decamps] » (lettre à Aymon de Virieu, 2 juin 1836 dans Correspondance d’Alphonse de Lamartine, t. II, éd. Christian Croisille, avec la collaboration de Marie-Renée Morin, Paris, Champion, 2000, p. 478).
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[4]
Lamartine, Voyage en Orient, éd. citée., p. 107.
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[5]
Voir l’anthologie de Jean-Claude Berchet, Le Voyage en Orient, Paris, Laffont, « Bouquins », 1985.
-
[6]
Intitulé initialement Impressions, souvenirs, pensées et paysages pendant un voyage en Orient, 1832--1833, ou Notes d’un voyageur (Paris, Gosselin, 1835, 4 vol.), l’ouvrage, réédité à de nombreuses reprises du vivant de Lamartine, paraît dès 1841 sous le titre de Voyage en Orient – titre qui est définitivement retenu dans les toutes les éditions ultérieures.
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[7]
Rappelons la célèbre définition que Baudelaire donne de la modernité dans Le Peintre de la vie moderne (1863), définition dont on oublie cependant bien souvent la seconde partie : « La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable » (Charles Baudelaire, Œuvres complètes, éd. Claude Pichois, t. II, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1976, p. 695).
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[8]
Lamartine, Voyage en Orient, éd. citée, p. 43. Cf. Chateaubriand : « C’est en effet la Bible et l’Évangile à la main que l’on doit parcourir la Terre-Sainte » (Itinéraire de Paris à Jérusalem, éd. Jean-Claude Berchet, Paris, Gallimard, « Folio », 2005, p. 349).
-
[9]
Lamartine, Voyage en Orient, éd. citée, p.43.
-
[10]
Sur l’évolution de la pensée religieuse de Lamartine autour des années 1830, voir Henri Guillemin, Le « Jocelyn » de Lamartine, Paris, Boivin, 1936, p. 209 et suiv.
-
[11]
Voir notre article « Julia dans le Voyage en Orient », dans La Vie romantique. Hommage à Loïc Chotard, textes réunis par André Guyaux et Sophie Marchal, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, 2003, p. 389-397, et Jean-Claude Fizaine, « Le deuil de Julia ou le syndrôme de Gethsémani », dans Jean-Pierre Reynaud (dir.), Un ange passe. Lamartine et le féminin, Paris, Klincksieck, 1997, p. 173-187.
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[12]
Sur l’importance de cette dialectique, voir Michel Collot, Le Nouveau Sentiment de la nature, Paris, Corti, 2022.
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[13]
Voir Aurélie Foglia-Loiseleur, « La poésie hors d’elle. Lamartine, un poète en Orient (textes sources et transferts génériques) », dans Sarga Moussa et Michel Murat (dir.), Poésie et orientalisme, Paris, Classiques Garnier, 2015, p. 121-137.
-
[14]
Lamartine, Voyage en Orient, éd. citée, p. 47.
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[15]
« Mon âme était émue du grand spectacle de ces grands objets ; je regrettais de voir la nuit étendre ses voiles sur ce tableau aussi imposant aux yeux qu’à l’imagination » (Dominique Vivant Denon, Voyage dans la Basse et le Haute Égypte [1802], éd. Martine Reid, Paris, Paris, Le Promeneur, 1998, p. 114).
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[16]
Voir cependant le catalogue d’exposition du Musée de la vie romantique, Lamartine et les artistes du xixe siècle, par Anne-Marie de Brem et Marie-Renée Morin, Paris, Paris-Musées, 1990. A.-M. de Brem s’étonne que le Voyage en Orient, malgré la vogue contemporaine de la peinture orientaliste, n’ait inspiré qu’un peintre contemporain, « Émile Lessore, qui présente au Salon de 1835 une Jeune Veuve arabe au tombeau de son mari avec pour épigraphe quelques lignes de l’ouvrage » (ibidem, p. 41).
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[17]
Voir le site consacré au château de Saint-Point : https://chateaudelamartine.fr/marianne-de-lamartine/, consulté le 11 juin 2023, et Lamartine et les artistes du xixe siècle, op. cit., p. 107-108 (« Repères biographiques »).
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[18]
Christine Peltre, Orientalisme, Paris, éditions du Terrail, 2004, p. 157 (chapitre « Du spirituel dans l’Est »). Le passage de Lamartine se trouve dans le Voyage en Orient, éd. citée, p. 230. Le tableau auquel il est fait allusion est La Transfiguration (1517), qui se trouve au Vatican, et dont, en réalité, seule la partie supérieure est de Raphaël.
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[19]
Anne-Marie de Brem et Marie-Renée Morin, dans leur catalogue d’exposition, ont reproduit l’aquarelle de Chassériau intitulée Sapho se précipitant dans la mer (Louvre), que le peintre a offerte à Marianne de Lamartine en 1846 (Lamartine et les artistes du xixe siècle, op. cit., p. 44). On trouve également p. 66 la reproduction d’un Portrait de Lamartine par Chassériau, mine de plomb datée de 1844 (Louvre).
-
[20]
Lamartine, Voyage en Orient, éd. citée, p. 46.
-
[21]
Ibidem, p. 69-70.
-
[22]
S’adressant au médecin de Lady Stanhope qu’il avait longuement rencontrée dans la montagne du Liban, Lamartine écrit, le 27 juin 1835 : « Je suis heureux d’avoir réveillé en vous de si intéressants souvenirs, mais vous voyez que je ne suis pas à même de suivre votre plan du tableau auprès de M. H. Vernet dont j’admire le beau talent mais avec lequel je n’ai du reste aucune relation personnelle […] » (Correspondance d’Alphonse de Lamartine, t. II, éd. citée, p. 310).
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[23]
Voir Aurélie Loiseleur, L’Harmonie selon Lamartine. Utopie d’un lieu commun, Paris, Champion, 2005.
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[24]
Voir J. C. Ireson, Lamartine. A Revaluation, Hull, University of Hull, 1969, p. 23.
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[25]
Les deux hommes se seraient rencontrés fréquemment à partir de 1849, mais Delacroix n’a, semble-t-il, jamais été invité dans le salon de Lamartine. Le peintre est d’ailleurs très sévère, dans son Journal, à l’égard du poète, qui exerce cependant une certaine fascination sur lui. Sur cette ambivalence, voir Lamartine et les artistes du xixe siècle, op. cit., p. 49. Sur la fidélité de Lamartine à l’esthétique classique, voir A.-M. de Brem, « Introduction », ibidem, p. 7-8. Pour une mise en perspective de Delacroix dans la peinture orientaliste aux xixe siècle, il existe de nombreux ouvrages, dont celui déjà cité (voir supra, n. 2). Signalons également, à propos de Delacroix, la belle biographie fictive que Christine Peltre lui a consacrée, Eugène Delacroix, la matière ardente, Lyon, Nouvelles éditions Scala, 2012.
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[26]
Lamartine, Voyage en Orient, éd. citée, p. 217.
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[27]
Ibidem, p. 221.
-
[28]
« Ce n’étoit pas seulement le travail des hommes qui rendoit ces pays étranges si bizarrement contrastés ; la nature sembloit encore prendre plaisir à s’y mettre en opposition avec elle-même, tant on la trouvoit différente en un même lieu sous divers aspects » (Jean-Jacques Rousseau, Œuvres complètes, t. II, sous la dir. de Bernard Gagnebin et de Marcel Raymond, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1964, p. 77).
-
[29]
Lamartine, Voyage en Orient, éd. citée, p. 543.
-
[30]
Ibidem, p. 543-544.
-
[31]
Ibidem, p. 544.
-
[32]
Ibidem.
-
[33]
Sur la notion d’horizon, voir Michel Collot, L’Horizon fabuleux, Paris, Corti, 1998.
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[34]
Voir Victor Segalen, Essai sur l’exotisme. Une esthétique du divers, Fronfroide, Fata Morgana, 1978.
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[35]
Lamartine, Voyage en Orient, éd. citée, p. 575.
-
[36]
Ibidem.
-
[37]
Voir notre Relation orientale, Paris, Klincksieck, 1995, p. 85 et suiv.
-
[38]
Nous empruntons le terme à Philippe Antoine, pour désigner le phénomène (qui apparaît typiquement dans la poésie romantique) d’abolition de la distance entre le mot et la chose : « Ceci n’est pas un livre. Le récit de voyage et le refus de la littérature », Sociétés & Représentations, n° 21, 2006/1, p. 45-85 ; consulté en ligne le 15 octobre 2023 : https://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2006-1-page-45.htm
-
[39]
Lamartine, Voyage en Orient, éd. citée, p. 361.
-
[40]
Ibidem, p. 362.
-
[41]
Ibidem.
-
[42]
Augustin Bonnetty, « Examen critique, sous le point de vue catholique, du Voyage en Orient de Lamartine », Annales de philosophie chrétienne, n° 60, 30 juin 1835, p. 401-428. L’ouvrage fut mis à l’Index par Rome en 1836. Le censeur reproche à Lamartine son « spinosisme » à propos des passages où « toute la nature est animée » : voir Jean-Baptiste Amadieu, « La mise à l’Index du Voyage en Orient de Lamartine. Essai de définition de l’hétérodoxie romantique », dans Mélanges de l’école française de Rome, 2009, n° 121-2, ici p. 403, n. 18.
-
[43]
Lamartine, Voyage en Orient, éd. citée, p. 362-263.
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[44]
Ibidem, p. 364.
-
[45]
Ibidem.
-
[46]
Ibidem.
-
[47]
Ibidem, p. 371.
-
[48]
Ibidem, p. 417.
-
[49]
Ibidem, p. 369.
-
[50]
Ibidem, p. 134.
-
[51]
Voir Lotfy Fam, Lamartine. Voyage en Orient, Paris, Nizet, s.d. [1959]. Il s’agit de l’édition et de la présentation des carnets du Voyage en Orient, et non du texte publié.
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[52]
Lamartine, Voyage en Orient, éd. S. Moussa, p. 285-286.
-
[53]
Voir Mary-Anne Zagdoun, « Peintres antiques » dans Les Théoriciens de l’art, dir. Carole Talon-Hugon, Paris, Puf, 2017, p. 499-500.
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[54]
Voir Sarga Moussa, « La médiation picturale dans les récits de voyage de Théophile Gautier », HAL, 2013.
-
[55]
Lamartine, Voyage en Orient, éd. citée, p. 546.
-
[56]
« C’est le site le plus majestueux, le plus varié, le plus magnifique et le plus sauvage à la fois que le regard d’un peintre puisse chercher » (ibidem, p. 545).
-
[57]
Ibidem, p. 580.
-
[58]
Nicolas Courtinat, Philosophie, histoire et imaginaire dans le Voyage en Orient de Lamartine, Paris, Champion, 2003, p. 280 ; toutes les citations du Voyage en Orient renvoient aux pages 580-581 de mon édition. Cette thèse demeure le travail le plus complet sur le Voyage en Orient de Lamartine.
-
[59]
On connaît cette page célèbre, qui nous choque aujourd’hui par son cynisme politique consistant à se partager par avance le « gâteau » d’un empire ottoman dont Lamartine est convaincu, à tort, qu’il va s’écrouler : « Voici ce qu’il y a à faire. Rassembler un congrès des principales puissances qui ont des limites sur l’empire ottoman, ou des intérêts sur la Méditerranée ; […] », etc. (Lamartine, Voyage en Orient, éd. citée, p. 742 et suiv.).
-
[60]
Ibidem, p. 46.
-
[61]
Voir à ce sujet mes articles « Noirceur orientale. L’Égypte de Volney », Orages, n° 8, 2009, p. 181-196, et « Chateaubriand lecteur de Volney », Lendemains, n° 136, 2009, p. 121-133.
-
[62]
Voir Lotfy Fam, Lamartine prosateur d’après le Voyage en Orient, Paris, Nizet, 1971.
-
[63]
Gisèle Séginger, L’Orient de Flaubert en images, Paris, Citadelles & Mazenod, 2021, p. 34.
-
[64]
Voir par exemple Nicolas Dufetel et Sarga Moussa (dir.), Voyages croisés entre l’Europe et l’Empire ottoman au xixe siècle. Écrivains, artistes et musiciens à l’époque des Tanzimat, Istanbul, Éditions Isis, 2023.
Pictorial Landscapes and Projections of Identity in Lamartine’s Voyage en Orient (Travel in the Orient)
This article explores the pictorial dimension present in Lamartine’s Voyage en Orient (1835). Far from being a product of facile exoticism, the Orient of Lamartine is the object of a double process of aestheticizing reality and projecting emotion. First must be examined how the describer becomes a painter in order to compose idealized, harmonious landscapes, on the model of Classical painters, allowing a spiritualization of space. Next must be examined how the narrator, by substituting himself for the Author of the creation designated as painter, symbolically brings back to life his daughter who died of tuberculosis during the voyage, celebrating the “wonders” of nature seen during the last walk he took with her in the Lebanese mountains. Finally comes the analysis of the double movement at work in the motif of the fires of light, simultaneously the projection of interior upheaval and an attempt to distance itself from a new aesthetic of Oriental landscape which, this time, rivals with the Romantic Orientalist painters. With Lamartine, a turning point took place. His use of pictorial comparisons for representing the Mediterranean Orient leads, at the same time, to a necessary interdisciplinarity where literature and art history complete each other.
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