Dominique Hervier et Eva Renzullidir., avec la participation de Sébastien Chauffour, Sophie Derrot, Florence Descamps, Pierre Vaisse, André Chastel (1912-1990). Portrait d’un historien de l’art. De sources en témoignages, Paris, La Documentation Française/Comité d’histoire du ministère de la Culture, [série « travaux et documents, n° 42], 2020, 456 p., 57 photographies n. et bl., index.
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- JOBERT, Barthélémy,
- Jobert, Barthélémy.
- Jobert, B.
https://doi.org/10.3917/rda.221.0075
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1 L’intérêt de ce passionnant ouvrage se situe sur deux plans différents quoiqu’évidemment complémentaires : d’abord une étude à la fois globale et détaillée sous différents angles de la personnalité et de l’action d’André Chastel, envisagée notamment du point de vue institutionnel et principalement au ministère de la Culture ou dans son environnement (s’agissant notamment de l’Université, qui fut toujours le port d’attache d’André Chastel). Mais aussi une magistrale leçon méthodologique d’enquête orale et archivistique, à mi-chemin de l’histoire immédiate ou du temps présent et de ce qui est désormais une histoire « passée », remontant à plus d’un demi-siècle. L’ouvrage est ainsi appuyé autant sur les témoignages recueillis auprès d’anciens élèves ou de collaborateurs, mais plus généralement d’acteurs du « monde de la culture » qui ont pu le connaître, le croiser et surtout travailler avec lui, que sur les documents accessibles, de toute sorte, qui permettent à l’historien de porter un regard distancié sur ce qu’il fut et ce qu’il fit. On mesure peut-être encore mal, aujourd’hui, ce qu’était l’histoire de l’art en France, à la fois institutionnellement, intellectuellement et académiquement lorsqu’André Chastel commença à y jouer véritablement un rôle de premier plan, dans les années 1950, après avoir soutenu sa thèse de doctorat et lorsqu’il fut élu en Sorbonne. On lira donc avec intérêt le « prologue » de l’ouvrage, synthèse sur la « grandeur et misère de l’histoire de l’art en France vers 1950 », par Pierre Vaisse, qui ouvre le livre. Suit l’exposé méthodologique qui a guidé le comité d’enquête et est à la base du livre, « André Chastel entre sources et témoignages : comment reconstituer un passé récent », qui dépasse le sujet même de l’ouvrage, en explorant tout ce qu’un travail sur les dernières décennies doit brasser comme sources, et notamment les entretiens oraux, enregistrés ou filmés dans différents cadres, enquêtes systématiques menées par les institutions, en particulier le ministère de la Culture, mais provenant aussi de films « grand public », y compris de très grande diffusion dans le cadre de la télévision ou de chaînes radiophoniques, avec l’écueil de montages et de l’existence, ou non, d’enregistrements « bruts » plus complets. Au-delà d’André Chastel apparaissent ainsi de nombreux historiens de l’art des années soixante ou soixante-dix, décédés ou non depuis. Se pose également la question d’archives encore en mains privées, de leur communication et de leur diffusion (on sait que les papiers et la documentation d’André Chastel lui-même sont désormais à l’INHA). Et on ne saurait ici faire l’impasse sur l’image qu’il a voulu donner et laisser de lui-même ! si l’essentiel le concerne, bien entendu, le lecteur trouvera donc ici beaucoup de matière sur l’histoire de l’art en France dans les cinquante dernières années, et une réflexion plus générale sur la manière d’envisager l’histoire de l’histoire de l’art. Sont ensuite développées, plus classiquement, les différentes directions où s’est manifestée l’action d’André Chastel. Celle-ci, on l’a dit, s’est d’abord manifestée dans le développement d’une histoire de l’art scientifique appuyée sur l’université (et le CNRS), par l’enseignement et la recherche. Le premier se fit en Sorbonne, puis, après le choc de 1968, au Collège de France. La seconde vit la création du Centre de recherche sur l’histoire de l’architecture moderne, le CRHAM, devenu depuis l’unité mixte de recherche (UMR) André Chastel, sous la double tutelle du CNRS et de Sorbonne Université (hébergeant, rappelons-le, la Revue de l’Art). Est rappelée ici le cas spécifique de l’étude de Fontainebleau, et plus spécifiquement de la Galerie François Ier, qui fit date. Mais l’action d’André Chastel ne se limita pas à ce premier effort de bâtisseur. Il fut en effet essentiel dans la politique patrimoniale menée au ministère de la Culture, sous l’impulsion également d’André Malraux. Il intervint d’abord, classiquement, au sein de la Commission des Monuments historiques, dont il était membre, et dans la création des secteurs sauvegardés. Mais beaucoup plus capital fut son rôle dans la création de l’Inventaire général, dont la nouveauté dans tous ses aspects, en particulier méthodologiques, est ici parfaitement analysée. Moins attendue peut-être, mais très percutante, est la troisième partie, « les clés de la notoriété et du pouvoir », où sont mis en reliefs les différents réseaux par lesquels André Chastel renforça et pérennisa ce qu’il mettait en place par ailleurs. Sont successivement abordées l’étendue de ses relations internationales, ses activités journalistiques et éditoriales, son influence au sein de diverses associations françaises ou étrangères. Un dossier photographique permet de voir de nombreux portraits, autant d’André Chastel que de ses contemporains (et des contributeurs à l’enquête), souvent rétrospectifs, ce qui n’est pas sans intérêt pour les plus jeunes générations ! Une présentation des témoins, un index des noms, un index des lieux, un répertoire détaillé et complet des archives utilisées, privées et publiques, autant d’instruments de recherche et de travail qui pourront servir au-delà de l’objet même de ce livre, véritablement essentiel dans son sujet et dans sa réalisation.