Chinoiseries à Besançon, La Chine rêvée de François Boucher
- Par Juliette Trey
Pages 78 à 83
Citer cet article
- TREY, Juliette,
- Trey, Juliette.
- Trey, J.
https://doi.org/10.3917/rda.212.0078
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- Trey, J.
- Trey, Juliette.
- TREY, Juliette,
https://doi.org/10.3917/rda.212.0078
Notes
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[1]
Y. Rimaud, cat. 89-98, p. 186-193, Y. Rimaud (dir.), Une des provinces du rococo, la Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, 2019, cat. 89-98, p. 186-193. Le Jardin chinois, inv. 983.19.1, sortit étrangement de la collection de Pierre Adrien Pâris avant 1806 et fut acquis seulement en 1983 par le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, Y. Rimaud, op. cit., cat. 98, p. 186.
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[2]
E. et J. de Goncourt, « Boucher », Revue européenne, 1861, p. 736. Voir la citation en exergue de l’essai de Y. Rimaud, «Les couleurs célestes de la terre. La collection d’objets orientaux de François Boucher », op. cit. à la note 1, p. 63.
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[3]
Y. Rimaud, D. Brême et H. Gasnault (dir.), De Vouet à Watteau, un siècle de dessin français, chefs-d’œuvres du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, 2017, cat. 86, p. 224-227.
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[4]
P. de Montebello, A. Laing, J. P. Marandel, P. Rosenberg (dir.), François Boucher : 1703-1770, New York, The Metropolitan Museum of Arts, Paris, Galeries Nationales du Grand Palais, 1986-1987.
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[5]
P. Stein, « Boucher’s chinoiserie : Some New Sources », The Burlington Magazine, vol. 138, n° 112, 1996, p. 598-604 et « Les chinoiseries de Boucher et leurs sources : l’art de l’appropriation», G. Brunel (dir.), Pagodes et dragons ; exotisme et fantaisie dans l’Europe rococo, 1720-1770, Paris, musée Cernuschi, 2007, p. 86-100.
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[6]
P. Stein « Notes on the Boucher exhibitions Marking the Tercentenary of the Artist’s Birth », The Burlington Magazine, vol. 146, n° 1212, 2004, p. 169-173.
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[7]
P. Stein, « Boucher’s chinoiserie : Some New Sources », The Burlington Magazine, vol. 138, n° 112, 1996, p. 598-604.
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[8]
M. Sperlich et H. Börsch-Supan (dir), China und Europa : Chinaverständnis und Chinamode im 17. und 18. Jahrhundert, Berlin, château de Charlottenbourg, 1973, voir notices O1 à O 28, p. 286-292 : François Boucher (par Helmut Börsch-Supan).
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[9]
K. Smentek, Rococo exotic : French Mounted Porcelains and the allure of the East, New York, The Frick Collection, 2007.
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[10]
G. Brunel (dir.), Pagodes et dragons ; exotisme et fantaisie dans l’Europe rococo, 1720-1770, Paris, musée Cernuschi.
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[11]
M.-L. de Rochebrune, «Les décors chinois », 1760-1763, p. 79-99, M.-L. de Rochebrune (dir.), Charles Nicolas Dodin et la manufacture de Vincennes-Sèvres : Splendeur de la peinture sur porcelaine au xviiie siècle, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, 2012, M.-L. de Rochebrune, «Les décors chinois », 1760-1763, p. 79-99.
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[12]
V. Bastien, «Le goût de la famille royale pour les pièces à décor chinois de la manufacture de Sèvres », p. 224-247, M.-L de Rochebrune (dir.), La Chine à Versailles, art et diplomatie au xviiie siècle, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, 2014.
-
[13]
M. Roland Michel, «Représentations de l’exotisme de la peinture en France de la première moitié du xviiie siècle », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, vol. 151-155, 1976, p. 1437-1457, et «Exoticism and Genre Painting in Eighteenth Century France », p. 106-119, P. B. Conisbey, C. B. Bailey, T. W. Gaethgens (dir.), The Age of Watteau, Chardin and Fragonard : Masterpieces of French Genre Painting, cat. d’exp. 2003-2004, Ottawa, Washington, Berlin, 2003-2004.
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[14]
F. Joulie « Art et curiosité, la collection de François Boucher “une des plus riches et des plus agréables que l’on voit à Paris” », C. Voghterr et L. Consentino (dir.), François Boucher : Sociability, Mondanité and the Academy in the Age of Louis XV, Oakville, 2017, p. 191-222.
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[15]
À titre d’exemple parmi ces publications : S. Castelluccio, Le Goût pour les laques de Chine et du Japon en France aux xviie siècle et xviiie siècles, Saint-Rémy-en-l’Eau, Monelle Hayot, 2019.
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[16]
S. Castelluccio, Le goût pour l’Asie. Le commerce des objets chinois et japonais à Paris dans la première moitié du xviiie siècle, p. 26-39, Y. Rimaud, op. cit. à la note 1.
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[17]
Y. Rimaud, « Les couleurs célestes de la terre. La collection d’objets orientaux de François Boucher », p. 62-75 et P. Stein, « François Boucher, la gravure et l’entreprise de chinoiseries », p. 222-237, Y. Rimaud, op. cit. à la note 1.
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[18]
G. Faroult, «François Boucher et la Chine, patrie rêvée du romanesque galant et de l’érotisme libertin », p. 132-141 (la citation se trouve p. 136), Y. Rimaud, op. cit. à la note 1.
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[19]
D. Pullins, « L’introuvable peinture chinoise de François Boucher ou la question de la caricature», p. 122- 131 et Perrin Stein, « François Boucher, la gravure et l’entreprise de chinoiseries », p. 222-237, Y. Rimaud, op. cit. à la note 1.
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[20]
P. Stein, op. cit. à la note 5, p. 228 et cat. 67, p. 111, Y. Rimaud, op. cit. à la note 1.
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[21]
F. Boucher, Le Jeune Archer, huile sur toile, fin des années 1730, vente Sotheby’s Monaco, 15 juin 1990, lot n° 274, cette œuvre est reproduite dans le catalogue de l’exposition de Besançon p. 129, fig. 7 et David Pullins, op. cit. à la note 1, p. 130.
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[22]
J. Vittet, « Jean-Baptiste Oudry et la Tenture chinoise de François Boucher», p. 164-171, 219, Besançon, p. 167, « Détails historiques sur la manufacture de tapisseries de Beauvais », AN O2 858.
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[23]
F. Joulie, « Le cas particulier des esquisses pour la Tenture chinoise dans l’œuvre de François Boucher », p. 172-185, Y. Rimaud, op. cit. à la note 1.
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[24]
N° 89-98, note 3 p. 191.
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[25]
Note 1, p. 191.
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[26]
K. Smentek, « Tapestries for the Emperor : Taking the Tenture Chinoise to Beijing », p. 27-39, F. Knothe, K. Smentek, N. Pearce, P.-F. Bertrand, Imagining Qianlong : Louis XV’s Chinese Emperor Tapestries and Battle Scence Prints at the Imperial Court in Beijing, Hong Kong, University Museum and Art Gallery, 2017.
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[27]
K. Smentek, «Des chinoiseries pour la Chine », Y. Rimaud, op. cit. à la note 1, p. 181-185 (citation p. 182).
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[28]
A. Laing, « Les dessins de chinoiseries de François Boucher », Y. Rimaud, op. cit. à la note 1, p. 204-213 (voir p. 207 et fig. 3 p. 208 pour les dessins « chinois » destinés à des collectionneurs).
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[29]
A. Laing, Y. Rimaud, op. cit. à la note 1, p. 213.
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[30]
G. Brunel (dir.), Pagodes et dragons ; exotisme et fantaisie dans l’Europe rococo, 1720-1770, Paris, musée Cernuschi.
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[31]
P. Stein, Y. Rimaud, op. cit. à la note 1, p. 225.
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[32]
Perrin Stein, Y. Rimaud, op. cit. à la note 1, p. 229-230.
-
[33]
M.-L. de Rochebrune et V. Bastien, « L’écho des inventions chinoises de François Boucher dans les arts décoratifs au xviiie siècle », 2019 Besançon, p. 238-247, citation p. 229.
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[34]
Marie-Laure de Rochebrune (dir.), Charles Nicolas Dodin et la manufacture de Vincennes-Sèvres : Splendeur de la peinture sur porcelaine au xviiie siècle, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, 2012, et Marie-Laure de Rochebrune (dir.), La Chine à Versailles, art et diplomatie au xviiie siècle, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, 2014.
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[35]
L. Mucciarelli, 2019 Besançon, cat. 1, p. 22-25.
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[36]
Y. Rimaud, 2019 Besançon, cat. 4, p. 44-45, voir note 2 p. 44.
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[37]
Y. Rimaud, 2019 Besançon, cat. 8, p. 50-51.
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[38]
M. Tavener Holmes, C. Vogtherr et M. Tavener Holmes (dir.), De Watteau à Fragonard, les fêtes galantes, Paris, musée Jacquemart-André, 2014, cat. 11-11, p. 58-59.
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[39]
2019 Besançon, cat. 64-75, p. 110-113.
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[40]
S. Vriz, 2019 Besançon, cat. 48, p. 98-99 et cat. 50, p. 101.
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[41]
J. Mulherron, 2019 Besançon, cat. 79, p. 142-143, cat 80, p. 144-146, cat. 81, p. 147-149.
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[42]
J. Mulherron et Y. Rimaud, 2019 Besançon, cat. 84-85, p. 154-155 et Lisa Mucciarelli, in 2019 Besançon cat. 86-87, p. 156-159.
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[43]
J. Mulherron, 2019 Besançon, cat. 88, p. 160-161.
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[44]
P. Stein, 2019 Besançon, p. 233.
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). François Boucher, Le repas de l’Empereur de Chine, 1742, huile sur toile, 40,7 × 65 cm, Besançon, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, inv. D.843.1.2
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). François Boucher, Le repas de l’Empereur de Chine, 1742, huile sur toile, 40,7 × 65 cm, Besançon, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, inv. D.843.1.2
1 En novembre 2019 l’exposition dédiée à La Chine rêvée de François Boucher ouvrait ses portes dans un musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon tout juste rénové et au parcours entièrement revu. Les travaux menés en quatre ans avaient permis de créer un espace d’exposition articulé en quatre salles d’une superficie totale de 600 m2. Le musée ne comportait jusqu’alors aucun lieu dédié aux présentations temporaires, à l’exception d’une salle réservée aux dessins. Dès lors l’équipe du musée pouvait mener une politique ambitieuse d’expositions dans laquelle s’inscrivit de manière exemplaire Une des provinces du Rococo. La Chine rêvée de François Boucher.
2 On peut compter au premier rang des nombreuses vertus d’une exposition l’opportunité qu’elle offre de développer un travail de recherche approfondi autour des collections permanentes du musée qui l’organise. Le musée de Besançon conserve en effet un ensemble rare de dix « esquisses » (nous y reviendrons) que François Boucher exécuta en 1742 pour une Tenture chinoise destinée à être tissée à la manufacture de Beauvais (fig. 1 et fig. 2). Ces huiles sur toile firent partie de la collection de Pierre Jacques Onésyme Bergeret de Grancourt (1715-1785), grand amateur de Boucher, avant d’être acquises à sa vente en avril 1786 par Pierre Adrien Pâris (1745-1819). Cet ensemble, léguée à la bibliothèque de Besançon en 1819, constitue aujourd’hui le cœur des collections du xviiie siècle du musée des Beaux-Arts de la ville [1]. Voici le point de départ pour embarquer vers la Chine de Boucher, «pays de caprice, adoré du xviiie siècle » dont le peintre aurait fait une « province du rococo» selon la citation des frères Goncourt que Yohan Rimaud, commissaire et conservateur en charge des collections beaux-arts au musée de Besançon, a choisi de donner pour titre à l’exposition [2]. Si la présence de ces œuvres dans les collections bisontines justifie pleinement d’y consacrer une exposition, Yohan Rimaud avait peut-être aussi mûri le projet de travailler sur la collection de François Boucher alors qu’il rédigeait la notice d’une étude de coquillage conservée à Besançon pour l’exposition hors les murs organisée au musée de Sceaux en 2016 [3]. Précisons qu’il s’est entouré pour ce commissariat d’Alastair Laing, spécialiste de l’œuvre de Boucher, et de Lisa Mucciarelli, assistante scientifique au musée.
3 En introduction au catalogue, le commissaire rappelle à juste titre la grande exposition sur François Boucher organisée aux USA puis au Grand Palais en 1986 et 1987 [4] et surtout deux articles « magistraux » de Perrin Stein, qui montrèrent « combien la production de Boucher s’inspirait d’une multitude de sources, à rebours de l’idée séduisante et admise jusque-là d’une fantaisie orientale pure [5] ». En effet Perrin Stein, conservatrice en charge des dessins, estampes et livres illustrés français au Metropolitan Museum, publiait en 2004 une recension des expositions organisées à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Boucher. Elle y appelait alors à étudier l’artiste avec un regard neuf, qui dépasse l’idée d’un simple producteur d’imagerie érotique destinée au roi et à ses maîtresses [6]. Parmi les pistes qui restaient à explorer, elle citait notamment la question des chinoiseries et de leur source, en renvoyant à l’article qu’elle avait elle-même rédigé en 1996, également pour le Burlington Magazine [7]. Dans ce texte fondateur pour la question des chinoiseries Perrin Stein recensait plusieurs sources pour les productions « chinoises » de Boucher : notamment des récits de voyages occidentaux et même des bois gravés chinois. Elle remettait ainsi en question l’idée partagée jusqu’alors selon laquelle Boucher aurait inventé une « galanterie exotique» pour proposer plutôt de voir chez l’artiste un « excellent suiveur de la tradition académique» en raison de sa capacité à assimiler ces sources.
4 Boucher et la Chine et en particulier la question des sources de l’artiste avaient déjà fait l’objet d’une section de l’exposition China und Europa organisée par Helmut Börsch-Supan au château de Charlottenbourg en 1973 [8]. Plusieurs autres expositions ont ensuite examiné la question de la chinoiserie au xviiie siècle, souvent dans une perspective large et sans se concentrer spécifiquement sur Boucher mais en l’évoquant voire en lui consacrant une section ou un article dans le catalogue. En 2007 deux expositions étaient revenues avec finesse sur la question de l’appropriation des modèles asiatiques par les artistes français au xviiie siècle : l’exposition-dossier organisée par Kristel Smentek à la Frick Collection, Rococo exotic : French Mounted Porcelains and the allure of the East [9], ainsi que l’exposition de Georges Brunel, Pagodes et dragons : exotisme et fantaisie dans l’Europe rococo, 1720-1770, évoquée plus haut [10]. Au château de Versailles Marie-Laure de Rochebrune s’est également penchée sur cette question à travers deux expositions, celle consacrée à Charles Nicolas Dodin [11], en 2012, qui comportait une section dédiée aux porcelaines à décors chinois, et en 2014 avec La Chine à Versailles, art et diplomatie au xviiie siècle [12]. Il faut aussi citer les travaux de Marianne Roland-Michel sur l’exotisme au xviiie siècle [13], qui lui ont naturellement fait aborder Boucher, et ceux de Françoise Joulie sur la collection de Boucher [14].
5 Le sujet de la chinoiserie, cette réappropriation au xviiie siècle de modèles chinois par les artistes français, n’était donc pas neuf et le rôle de Boucher avait déjà été examiné, y compris à travers les sources utilisées. Néanmoins l’exposition qui s’est tenue à Besançon ainsi que son catalogue ont eu le grand mérite de centrer la question de la chinoiserie autour de Boucher et d’interroger le rapport singulier de l’artiste avec la chinoiserie.
6 Le catalogue est découpé en cinq sections, qui correspondent au parcours de l’exposition, à l’exception des deux parties consacrées à la Tenture chinoise et à la « Chine galante » de Boucher, inversées dans l’exposition par rapport au catalogue, sans doute en raison de l’agencement des espaces d’exposition. Sont abordés successivement : le marché des objets asiatiques à Paris dans la première moitié du xviiie siècle, la collection d’objets asiatiques de Boucher, la dimension fantaisiste ou plutôt la part d’invention de Boucher dans ses œuvres d’inspiration chinoise, en lien avec les sources visuelles ou littéraires qu’il utilise, la création et la fortune critique de la Tenture chinoise et enfin la fonction des dessins de Boucher et leurs liens avec la gravure et les arts décoratifs.
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). Manufacture royale de Beauvais d’après François Boucher, Le Repas de l’Empereur de Chine, tapisserie de basse lisse, laine et soie, 370 × 498 cm, Paris, galerie Armand Deroyan et Maison Machault.
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). Manufacture royale de Beauvais d’après François Boucher, Le Repas de l’Empereur de Chine, tapisserie de basse lisse, laine et soie, 370 × 498 cm, Paris, galerie Armand Deroyan et Maison Machault.
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). François Boucher, Botaniste chinois, figure tirée du Recueil de diverses figures chinoises du cabinet de François Boucher, vers 1740, eau-forte et burin, 33 × 24 cm, Paris, INHA.
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). François Boucher, Botaniste chinois, figure tirée du Recueil de diverses figures chinoises du cabinet de François Boucher, vers 1740, eau-forte et burin, 33 × 24 cm, Paris, INHA.
7 L’ouvrage s’ouvre donc avec un article de Stéphane Castelluccio, spécialiste des marchands merciers au xviiie siècle et auteur de plusieurs publications sur le goût pour les objets asiatiques en France au xviiie siècle [15]. Ce texte, qui aborde le commerce des objets chinois et japonais à Paris dans la première moitié du xviiie siècle, permet de contextualiser la collection de Boucher et met en avant sa spécificité par rapport à celle d’autres collectionneurs [16]. Comme le rappellent plusieurs auteurs au sein du catalogue, les œuvres d’inspiration chinoises de Boucher couvrent seulement dix ans de sa carrière, entre 1735 et 1745. La période correspond aussi au début de la constitution par Boucher d’une collection d’objets asiatiques, collection pour laquelle il garda un intérêt jusqu’à sa mort, même s’il ne peignit ou ne dessina plus de chinoiseries après 1745.
8 Yohann Rimaud et Perrin Stein ont montré que la collection asiatique de Boucher lui permit un accès direct, une familiarité aux objets qu’il a pu utiliser comme sources dans ses dessins, gravures et peintures [17]. L’essai de Yohann Rimaud fait ainsi une analyse détaillée de la collection d’art asiatique de Boucher et des modalités d’acquisition de l’artiste. Le commissaire de l’exposition questionne également le rôle social de cette collection, qui relève d’une « culture d’élite» et a permis à l’artiste d’accéder à d’autres milieux.
9 Guillaume Faroult s’est intéressé à la culture littéraire de Boucher : artiste cultivé, celui-ci a lu les romans de ses contemporains, notamment Claude de Crébillon (1707-1777) et Voltaire (1694-1778), et traduit dans ses œuvres l’idée d’une «galanterie amoureuse chinoise, vectrice de paix et de civilisation [18] ». Guillaume Faroult observe que Boucher a nourri ses œuvres galantes de l’imaginaire romanesque d’inspiration chinoise de ses contemporains. Une Chine véritablement rêvée et déjà passée au filtre de ces auteurs de contes, romans ou pièces de théâtre croise donc parmi les sources de Boucher une Chine davantage documentée par des récits de voyages, des estampes ou des objets rapportés d’Asie.
10 David Pullins et Perrin Stein observent d’ailleurs que Boucher conserve une liberté certaine vis-à-vis des modèles chinois : il n’hésite pas à isoler des motifs, les recomposer, les adapter parfois aux canons européens, et les interpréter [19]. David Pullins démontre ainsi que cette liberté par rapport aux modèles chinois permet à Boucher d’adapter l’iconographie chinoise aux canons académiques français. Cependant il s’autorise également à donner une dimension caricaturale à une partie de sa production de « chinoiserie ». Perrin Stein avait ainsi déjà noté que chez Boucher « l’humour remplit le vide laissé par l’ignorance » avec l’exemple d’une gravure d’après une figure d’immortel taoïste tenant une branche de pêcher (symbole de longévité) présentée par méconnaissance comme un botaniste dans la lettre de l’estampe [20] (fig. 3). David Pullins reconnait aussi l’humour de Boucher mais y décèle également une dimension caricaturale. Son essai conclut, en s’appuyant sur l’analyse d’une figure de Jeune Archer, à :
« une absence d’intérêt pour une quelconque exactitude géographique ou culturelle. Boucher semble plutôt avoir été attiré par l’exagération extrême des traits physiques, un trait qui dans la culture visuelle religieuse chinoise provient d’un désir de représenter des principes abstraits mais qui est ici en France transposé dans un langage espiègle, mais souvent méprisant, de la caricature [21] » (fig. 4).
12 La section du catalogue consacrée à la Tenture chinoise de Boucher fait le point sur l’histoire de cette tenture dont les modèles, conservés au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, sont le point de départ de l’exposition. Les sources artistiques et les éléments préparatoires à la tenture ayant déjà fait l’objets de plusieurs publications, Jean Vittet se penche sur le contexte de création et rappelle le rôle de Jean-Baptiste Oudry, peintre de la manufacture de Beauvais, dans cette commande à Boucher. Jean Vittet publie également un extrait jusqu’alors inédit d’un récit (que Jean Coural attribue à Oudry) selon lequel la tenture aurait eu « peu de succès [22] ». Pour expliquer le peu de commandes dont la tenture fit l’objet Jean Vittet rappelle que des dix esquisses exécutées par Boucher, six seulement furent peintes à grandeur d’exécution des tapisseries et cette étape de travail fut confiée au peintre-cartonnier Jean-Joseph Dumons (1687-1779). Boucher retoucha seulement les cartons achevés. Les tapissiers ont donc travaillé à partir de modèles, les cartons, de moindre qualité et le tissage s’en serait ressenti.
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). François Boucher, Le Jeune Archer, huile sur toile, fin des années 1730, coll. part.
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). François Boucher, Le Jeune Archer, huile sur toile, fin des années 1730, coll. part.
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). Vue de la section « Les caprices du goût ».
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). Vue de la section « Les caprices du goût ».
13 Françoise Joulie s’attache à l’étude des esquisses de Boucher pour la Tenture chinoise et revient sur cette pratique chez Boucher, pour montrer que le terme d’esquisses n’est sans doute pas tout à fait exact ici. En effet lors de leur exposition au salon de 1742, les tableaux étaient bien considérés comme achevés [23]. Elle conclut en évoquant l’acquisition de ces esquisses par Bergeret. Yohann Rimaud, dans sa notice sur les œuvres, situe cette acquisition en 1757-1758 en s’appuyant sur la datation des estampes publiées d’après les esquisses par Huquier le fils proposée par Alastair Laing [24]. Le commissaire de l’exposition et conservateur au musée des Beaux-Arts de Besançon évoque aussi une étude matérielle des dix esquisses menée par Arcanes en 2019. Cette étude a permis de préciser les étapes d’exécution de ces esquisses par Boucher, mettant en évidence qu’il n’y avait pas eu de dessin préparatoire sur la toile [25].
14 La section du catalogue dédiée à la Tenture chinoise se termine avec un pas de côté par rapport à Boucher qui ouvre une autre perspective. Kristel Smentek reprend en effet un essai publié dans un catalogue d’exposition qui s’est tenue à Hong-Kong en 2017 [26]. Elle y relate l’expédition en Chine d’un tissage de la Tenture chinoise fin 1766 et montre à quel point l’envoi de ce présent par le ministre de Louis XV Henri Léonard Jean-Baptiste Bertin et sa réception par l’empereur Qianlong relève du «malentendu culturel [27] ».
15 Les trois derniers essais étudient les dessins de chinoiseries de Boucher et leurs liens avec la gravure et les arts décoratifs. Alastair Laing précise le rapport des dessins de Boucher avec la gravure pour montrer que, contrairement à ce qu’on pourrait croire au premier abord, les dessins « chinois » de Boucher n’étaient presque jamais préparatoires à ses tableaux mais étaient majoritairement destinés à la gravure. Ainsi très peu de ces dessins ont appartenu aux collectionneurs des œuvres de Boucher. Alastair Laing s’interroge aussi sur le fait qu’on conserve aujourd’hui plus de contre-épreuves que d’originaux à la sanguine pour ces dessins, contre-épreuves qui n’ont pas été retouchées. Cette observation semble bien confirmer que les dessins de Boucher étaient confiés aux graveurs pour l’exécution des planches. À l’inverse Alastair Laing cite l’exemple des dessins destinés à Benoît II Audran pour être gravés, soigneusement achevés et rehaussés de blanc, que Boucher destinait sans doute à des collectionneurs [28]. En conclusion Alastair Laing évoque les artistes qui ont pratiqué la chinoiserie en France et en Europe au xviiie siècle, citant Jean-Baptiste Pillement comme seul rival sérieux de Boucher :
« la prééminence imaginative de Boucher comme créateur d’imagerie chinoise reste inégalée [29] ».
17 Ce panorama rapidement dressé crée une légère frustration chez le lecteur. Un essai en début de catalogue consacré à la pratique de la chinoiserie en Europe au xviiie siècle aurait peut-être permis de préciser encore davantage l’originalité de Boucher et de mieux la comprendre, même si bien sûr cette question faisait précisément l’objet de l’exposition Pagodes et dragons organisée par Georges Brunel au musée Cernuschi en 2007 [30].
18 Nous avons déjà évoqué rapidement les recherches fondatrices de Perrin Stein sur les sources des chinoiseries de Boucher ainsi que l’essai qu’elle a rédigé pour l’exposition de Besançon. Elle dresse ici une chronologie des (environ) quatre-vingt-dix gravures à sujets chinois de Boucher, exercice délicat et nécessaire car beaucoup de ces œuvres ne sont pas datées. Perrin Stein démontre à travers des exemples finement analysés que Boucher, par la gravure, ne reproduit pas simplement des modèles mais se les approprie pour créer des œuvres autonomes, tout en suivant les conventions du marché de l’estampe. Elle note que :
« cet acte même, la manipulation accompagnant le transfert des images d’un format à l’autre, constitue le fondement même de l’idée de chinoiserie, qui se propage à la croisée du collectionnisme, du décor et de la création [31] ».
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). Vue de la section « La Chine en soie » depuis la section « Les Caprices du goût ».
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). Vue de la section « La Chine en soie » depuis la section « Les Caprices du goût ».
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). Vue de la section « La Chine en soie », vue vers la section précédente « Les Caprices du goût ».
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). Vue de la section « La Chine en soie », vue vers la section précédente « Les Caprices du goût ».
20 Comme Alastair Laing dans le présent catalogue, mais à l’encontre de Pierrette Jean-Richard et de Georges Brunel, Perrin Stein explique comment Boucher reprend des motifs initialement conçus pour la gravure dans ses esquisses pour la Tenture chinoise, réfutant l’idée que les gravures auraient été exécutées après les peintures [32].
21 L’essai de Marie-Laure de Rochebrune et Vincent Bastien conclut le catalogue en examinant la manière dont :
« plusieurs champs des arts décoratifs se firent l’écho des sujets chinois inventés par Boucher [33] ».
23 Nourri des recherches effectuées pour les expositions Charles Nicolas Dodin et Versailles et la Chine [34], ce texte examine les différentes techniques des arts décoratifs pour montrer que l’influence de Boucher dépasse rapidement les frontières. Néanmoins les auteurs mettent en avant le fait que très peu des modèles chinois de Boucher furent réutilisés dans la porcelaine, le mobilier et l’orfèvrerie. Les œuvres décorées d’après Boucher étaient alors destinées aux plus prestigieux commanditaires. La production d’objets d’inspiration chinoise fut bien sûr plus large dans l’Europe du xviiie siècle mais elle s’inspira d’autres sources, parfois directement chinoises.
24 Le parcours de l’exposition mettait en scène de manière extrêmement claire et intelligente les questions soulevées par le catalogue. L’accrochage, en jouant sur les interactions et les rapprochements entre les objets, permettrait de comprendre de manière très intuitive le propos de l’exposition, un défi sans cesse relevé par les commissaires d’exposition mais rarement avec autant de succès. À cela s’ajoutaient la qualité et la variété des objets présentés, rendant la visite particulièrement stimulante et agréable. La scénographie d’Yves Morel était très inventive, moderne, élégante et délicate, avec de discrètes citations à la fois de l’Asie et du xviiie siècle. Parmi les nombreux charmes de cette scénographie on retiendra notamment l’exemple des cartels imprimés sur un papier texturé, accrochés par un ruban au mur et lestés d’un gland de passementerie rouge (fig. 7).
25 Les visiteurs étaient accueillis par la spectaculaire tapisserie de l’Audience du prince, qui fait partie de la première Tenture de la Chine tissée à la manufacture de Beauvais [35]. Placée dans un passage étroit qui permettrait de la voir d’assez près tout en mettant en valeur ses dimensions imposantes, elle rappelait le contexte ou les origines de la Tenture chinoise qui fut exécutée plusieurs dizaines d’années plus tard d’après les modèles de Boucher.
26 La petite section consacrée au marché de l’art asiatique à Paris présentait les objets qu’on pouvait trouver chez les marchands mercier, sans lien direct avec Boucher, en guise d’introduction. La Nature morte aux porcelaines avec singe et oiseaux, conservée au musée des Arts décoratifs à Paris, qui pourrait avoir été une enseigne de marchand mercier, était ainsi un choix particulièrement éclairant sur la typologie d’objets en vogue à Paris vers 1725-1730 [36]. La carte-adresse d’Edme François Gersaint [37] marquait ensuite une transition vers les panneaux peints par Watteau pour le château de la Muette et les eaux-fortes exécutées par Boucher d’après ces décors. Même si les deux seuls éléments survivant du décor de la Muette, aujourd’hui en collection particulière à New York, avaient été présentés dans De Watteau à Fragonard, les fêtes galantes, au musée Jacquemart-André en 2014 [38], il était essentiel de les mettre en relation ici avec les gravures par Boucher. Précisons que le musée de Besançon a bénéficié de prêts très importants qui ont permis de dérouler au mieux le propos de l’exposition, même si ces prêts ont sans doute nécessité un effort financier conséquent pour le musée.
27 Les visiteurs vivaient un premier moment de surprise en quittant les eaux-fortes et en découvrant le revers de la pagode imaginée par le scénographe pour abriter la section consacrée à la collection de Boucher (fig. 5). Un accrochage très élégant, sans cartels au mur mais explicité par une table tactile, permettait de voir sur un mur et d’un seul coup d’œil les liens entre les estampes pour le Recueil de diverses figures chinoises du cabinet de François de Boucher [39] et les objets asiatiques qui avaient pu faire partie de sa collection [40] ou des équivalents. Pour ces derniers la riche et éclectique collection du cabinet de Christophe Paul de Robien (1698-1756), conservée au musée des Beaux-Arts de Rennes, a été particulièrement sollicitée.
28 La salle suivante, la plus vaste et la plus spectaculaire, rassemblait six tapisseries de basse-lisse permettant de reconstituer (certes artificiellement, les tapisseries n’ayant pas toutes la même provenance) une suite de la Tenture chinoise. Dans cette salle, le commissaire et son scénographe avaient eu la très ingénieuse idée de présenter les esquisses peintes par Boucher pour la Tenture sur des cimaises basses ou chevalets de bois disposés devant les tapisseries. Les visiteurs pouvaient ainsi apprécier le détail de la touche de Boucher tout en embrassant d’un même regard une esquisse et la tapisserie lui correspondant (fig. 6 et fig. 7).
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). Vue de la section « La Chine Galante ».
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). Vue de la section « La Chine Galante ».
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020).François Boucher, Le Chinois galant, 1742, huile sur toile, 104 × 145 cm, Copenhague, David’s Samling, inv. B 275.
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020).François Boucher, Le Chinois galant, 1742, huile sur toile, 104 × 145 cm, Copenhague, David’s Samling, inv. B 275.
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). Vue de la section « Copyright Boucher ».
Exp. Une des provinces du rococo. La Chine rêvée de François Boucher, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (2019-2020). Vue de la section « Copyright Boucher ».
29 La lumière se faisait ensuite plus tamisée dans une salle au plafond bas dédiée à la « Chine galante » de Boucher (fig. 8). On pouvait y comparer les scènes de genre bourgeoises peintes par Boucher entre 1739 et 1745 et notamment Le Déjeuner, La Toilette et le portrait présumé de Madame Boucher [41]. Toutes intègrent en arrière-plan, dans leurs décors, des objets asiatiques, témoins de la culture matérielle de Boucher et de l’affection qu’il porte à ces objets. Dans la même salle étaient rassemblés les éléments du décor exécuté pour la comtesse de Mailly (1710-1751) au château de Choisy. On doit cet ensemble à la découverte de Jamie Mulherron qui a rattaché à Choisy deux dessus de porte peints en camaïeu bleu et blanc, jusqu’alors réputés provenir du château de Bellevue (fig. 9). Ces deux huiles sur toile, marquant la capacité de l’artiste à mêler le vocabulaire rocaille et la chinoiserie, étaient exceptionnellement présentées avec la commode et l’encoignure conservées au musée du Louvre [42]. Ce vocabulaire original se retrouvait aussi, mais de façon originale, dans La Marchande de fleurs, un autre dessus de porte autrefois attribué à Jean-Baptiste Pillement et rendu à Boucher en 2012 par Alastair Laing [43].
30 Après les éblouissements des premières salles et leur accrochage extrêmement rigoureux et parlant, la dernière salle de l’exposition, au plafond bas et aux vitrines dispersées dans un espace un peu trop vaste, apparaissait un peu plus faible (fig. 10). Pourtant dans cette section consacrée aux transferts de modèles de Boucher à d’autres techniques, les prêts rassemblés illustraient parfaitement la question du remploi des motifs « chinois » de Boucher. La diversité des objets exposés portait même à croire que ces remplois avaient été nombreux, alors que Marie-Laure de Rochebrune et Vincent Bastien insistent au contraire sur leur rareté dans le catalogue de l’exposition.
31 S’appuyant sur des recherches récentes et les enrichissant, l’exposition de Besançon et son catalogue auront posé un jalon important dans la connaissance du rapport de Boucher à la Chine. Ils auront mis en avant la « position singulière (de Boucher) dans le monde de l’art parisien » et montré comment l’artiste s’imprègne de sources pour créer un « exotisme riche et minutieux [44] ». Le temps de quelques mois Besançon aura voyagé dans cette « province du rococo », un voyage à la fois plaisant et dépaysant, et un hommage aux exceptionnelles collections du xviiie siècle conservées au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie.
32 Juliette Trey est directrice adjointe du Département des études et de la recherche de l’INHA. juliette.trey@inha.fr
Une des provinces du Rococo, la Chine rêvée de François Boucher Musée des Beaux-arts et d’Archéologie de Besançon, 9 novembre 2019 – 2 mars 2020
33 Commissariat général :
34 Nicolas Surlapierre, directeur des musées du Centre ;
35 Yohan Rimaud, conservateur au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon ; Commissaire associé :
36 Alastair Laing, Curator Emeritus of Pictures & Sculptures, The National Trust.
37 Catalogue :
38 Une des provinces du rococo : la Chine rêvée de François Boucher, Besançon, 2019, 288 p., sous la direction de Y. Rimaud.
39 Textes de V. Bastien, M. Bellec, A. Bossard, S. Castelluccio, C. Déléry, G. Faroult, J. Finlay, A. Forray-Carlier, F. Joulie, A. Laing, L. Mucciarelli, J. Mulherron, D. Pullins, B. Quette, Y. Rimaud, M.-L. de Rochebrune, K. Smentek, P. Stein, J. Vittet, S. Vriz.