Les ressorts de la « biopolitique » : « dispositifs de sécurité » et processus de « subjectivation » au prisme de l'histoire de la santé
- Par Luc Berlivet
Pages 97 à 121
Citer cet article
- BERLIVET, Luc,
- Berlivet, Luc.
- Berlivet, L.
https://doi.org/10.3917/rhmc.604.0097
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Notes
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[1]
La parution de l’ouvrage collectif : Au risque de Foucault, Paris, Éditions du Centre Georges Pompidou, 1997, remonte ainsi à plus de quinze ans.
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[2]
L’invitation de la Société d’Histoire Moderne & Contemporaine à contribuer à cette table ronde nous a fourni l’occasion de revenir sur un chantier de recherche ouvert il y a près de vingt ans, pour tenter d’analyser dans leur complémentarité différents aspects que nous n’avions pu aborder simultanément dans de précédentes publications dont on trouvera les références infra.
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[3]
Une exception notable étant l’ouvrage de Simon SZRETER, Fertility, Class and Gender in Britain 1860-1940, Cambridge, Cambridge University Press, 1996, qui lie ensemble, de manière magistrale, ces trois aspects complémentaires. Pour une introduction aux problématiques plus proprement historiographiques d’un champ désormais extrêmement ramifié : Paul-André ROSENTAL, « Pour une histoire politique des populations », Annales. Histoire, sciences sociales, 61-1, janvier 2006, p. 7-29.
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[4]
Pour paraphraser la fameuse définition foucaldienne : « ce qu’on pourrait appeler le “seuil de modernité biologique” d’une société se situe au moment où l’espèce entre comme enjeu dans ses propres stratégies » : Michel FOUCAULT, La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 188.
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[5]
L’expression fut introduite par Gilles Deleuze, en 1972, au cours d’une discussion avec Michel Foucault : « Les intellectuels et le pouvoir », in M. FOUCAULT, Dits et écrits. 1954-1988, Paris, Gallimard, 1994, t. 2 (texte 106), p. 306-315 : « C’est ça une théorie, c’est exactement comme une boîte à outils. Rien à voir avec le signifiant. Il faut que ça serve, il faut que cela fonctionne. Et pas pour soi-même » (citation p. 309).
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[6]
M. FOUCAULT, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975. Pour une étude de sa réception par les sociologues et les historiens de la médecine, voir respectivement : Peter CONRAD, « Medicalization and social control », Annual Review of Sociology, 18-1, août 1992, p. 209-232 et Colin JONES, Roy PORTER (ed.), Reassessing Foucault : Power, Medicine and the Body, Londres, Routledge, 1994, que l’on pourra confronter à la lecture plus circonspecte de Jacques LÉONARD, « L’historien et le philosophe. À propos de Surveiller et punir. Naissance de la prison », in Michelle PERROT (éd.), L’impossible prison. Recherches sur le système pénitentiaire au XIXe siècle, Paris, Seuil, 1980, p. 9-28, et la réponse (acérée) de M. FOUCAULT, « La poussière et le nuage », in ibidem, p. 29-39.
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[7]
On pense bien sûr ici à M. FOUCAULT, Folie et déraison. Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Plon, 1961 (republié par Gallimard sous le titre : Histoire de la folie à l’âge classique en 1972) et ID., Naissance de la clinique. Une archéologie du regard médical, Paris, PUF, 1963. Le premier de ces ouvrages fit très rapidement l’objet d’une traduction partielle en anglais : Madness and Civilization : A History of Insanity in the Age of Reason, New York, Pantheon Books, 1965, tandis que le second fut traduit sous le titre : The Birth of the Clinic : An Archaeology of Medical Perception, Londres, Tavistock, 1973.
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[8]
David ARMSTRONG, Political Anatomy of the Body. Medical Knowledge in Britain in the Twentieth Century, Cambridge, Cambridge University Press, 1983 ; son projet est explicité à la p. XII.
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[9]
Ibidem, en particulier p. 35-38, passim.
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[10]
Comme le résume justement Armstrong : ibidem, p. 36.
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[11]
Sur la chronologie et les ressorts des premières tentatives d’encadrement médical des activités humaines, Marilyn NICOUD, « Formes et enjeux d’une médicalisation médiévale : réflexions sur les cités italiennes (XIIIe-XVe siècles) », Genèses, 82, 2011/1, p. 7-30.
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[12]
De son point de vue : « elles constituent plutôt deux pôles de développements reliés par tout un faisceau intermédiaire de relations ». M. FOUCAULT, La volonté de savoir, op. cit., p. 182-183.
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[13]
Tandis que la discipline s’intéresse au « corps comme machine » et relève de ce fait d’une anatomo-politique du corps humain, l’autre forme de pouvoir sur la vie « est centré[e] sur le corps espèce, sur le corps traversé par la mécanique du vivant et servant de support aux processus biologiques : la prolifération, les naissances et la mortalité, le niveau de santé, la durée de vie, la longévité avec toutes les conditions qui peuvent les faire varier ; leur prise en charge s’opère par toute une série d’interventions et de contrôles régulateurs : une bio-politique de la population ». M. FOUCAULT, La volonté de savoir, op. cit., p. 183 (souligné dans le texte).
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[14]
M. FOUCAULT, Sécurité, territoire, population. Cours au Collège de France, 1977-1978, Paris, Gallimard-Seuil-EHESS, 2004 (texte édité par Michel Senellart), p. 57-89 ; Foucault se montre insatisfait de ce terme : « un mot qui à coup sûr n’est pas satisfaisant et sur lequel il faudra revenir » (p. 59).
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[15]
Ibidem, p. 59. La norme est première, le normal et l’anormal s’en déduisent ; au point qu’à tout prendre, insiste Foucault, « le mot barbare » de « normation » conviendrait sans doute mieux que celui de « normalisation ».
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[16]
Ibidem, p. 65 ; c’est moi qui souligne. Pour une exploration des usages possibles de ce type d’analyse de la normativité, menée simultanément par G. Canguilhem, on pourra se reporter au numéro de Quaderni Storici : « Normale/patologico, sano/malato dal medioevo al contemporaneo », édité par Luc BERLIVET et Maria Pia DONATO, en particulier : EID., « Premessa », Quaderni Storici, 46-1, avril 2011, p. 3-12.
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[17]
Pour des perspectives complémentaires sur ces innovations : Theodore M. PORTER, The Rise of Statistical Thinking (1820-1900), Princeton, Princeton University Press, 1986 ; Ian HACKING, The Taming of Chance, Cambridge, Cambridge University Press, 1990 ; Alain DESROSIÈRES, La politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique, Paris, La Découverte, 1993 ; Gerd GIGERENZER et alii, The Empire of Chance. How Probability Changed Science and Everyday Life, Cambridge, Cambridge University Press, 1990.
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[18]
M. FOUCAULT, Sécurité, territoire, population, op. cit. : « La norme [dans ce cas] est un jeu entre les différentes normalités différentielles. […] C’est le normal qui est premier, et c’est la norme qui s’en déduit, ou c’est à partir de cette étude des normalités que la norme se fixe et joue son rôle opératoire. Je dirai là qu’il ne s’agit plus d’une “normation”, mais plutôt au sens strict, enfin, d’une normalisation » (p. 65).
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[19]
Ibidem, p. 68 ; Foucault parle également de « quadrillage disciplinaire ».
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[20]
Si dans le cas de la variolisation, pris en exemple par Foucault (Sécurité, territoire, population, op. cit., p. 61-64), le mode opératoire consiste à instrumentaliser un processus naturel (l’infection et la réponse immunitaire qu’elle suscite), dans celui de la disette et dans les autres situations analysées ultérieurement au fil de ses leçons sur la « gouvernementalité », c’est bien de dynamiques sociales qu’il est question.
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[21]
La notion de « dispositif de sécurité » elle-même ne passera pas l’hiver 1978, Foucault préférant ensuite réfléchir en termes de « gouvernementalité », de manière certes plus générale et englobante, mais pas nécessairement plus précise.
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[22]
Ce choix de raisonner sur des exemples particulièrement « achevés » est fort compréhensible de la part d’un philosophe cherchant à cerner les traits d’un processus sous sa forme la plus aboutie ; c’est à celui qui prétend ensuite les reprendre à son compte pour les mettre au travail sur son propre terrain d’enquête de tenir compte des différences entre les cas de figure qui l’intéressent et les « modèles », quasi idéal-typiques, construits par Foucault.
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[23]
John M. EYLER, Victorian Social Medicine. The Ideas and Methods of William Farr, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1979.
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[24]
Le GRO, bureau central de statistique institué par le Births and Deaths Registration Act de 1836, n’avait pas compétence en Écosse, ni en Irlande ; voir Edward HIGGS, Life, Death and Statistics : Civil Registration, Censuses and the Work of the General Register Office, Hatfield, University of Hertfordshire (Local Population Studies Supplement), 2004.
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[25]
Dont la valeur fut initialement fixée à 23/1 000 ; sur le dispositif de Farr, voir par exemple Libby SCHWEBER, Disciplining Statistics. Demography and Vital Statistics in France and England (1830- 1885), Durham (NC), Duke University Press, 2006, p. 109-110.
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[26]
Christopher HAMLIN, A Science of Impurity : Water Analysis in Nineteenth Century Britain, Bristol, Adam Hilger, 1990, détaille les enjeux des stratégies rhétoriques mises en œuvre, à partir du milieu du siècle, pour « communiquer » au public les résultats des analyses des eaux et des études sur l’efficacité relative des différents procédés de filtration (en particulier p. 153 sq., p. 213 sq.). Le point de vue des sanitarians eux-mêmes est bien restitué dans l’anthologie récente de Michelle ALLEN-EMERSON et alii (ed.), Sanitary Reform in Victorian Britain, Londres, Pickering & Chatto, 2013 (en particulier, vol. 3/part I : « Sanitary Engineering »).
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[27]
Contemporain de la naissance du cinéma, le film sanitaire connaîtra un développement considérable aux lendemains de la Première Guerre mondiale, sous l’impulsion de la mission de la Fondation Rockefeller contre la tuberculose ; pour un témoignage doublé d’une analyse des vertus du cinéma en matière de propagande sanitaire : Lucien VIBOREL, « Introduction. Le cinéma, créateur d’impressions distrayantes est, avant tout, un prodigieux agent d’éducation », in Catalogue de la cinémathèque du ministère du Travail, de l’Hygiène, de l’Assistance et de la Prévention sociales, de l’Office National d’Hygiène Sociale et du Comité National de Défense contre la Tuberculose, Paris, s.d., p. 3-8. Voir aussi Valérie VIGNAUX, « L’éducation sanitaire par le cinéma dans l’entre-deux-guerres en France », Sociétés & Représentations, 28, 2009-2, p. 67-85 ; Christian BONAH, « “Health crusades” : Environmental approaches as public health strategies against infections in sanitary propaganda films, 1930-1960 », in Virginia BERRIDGE, Martin GORSKY (ed.), Environment, Health and History, Londres, Palgrave, 2011, p. 152-175. Pour une présentation synthétique du cas britannique : Timothy M. BOON, « Health education films in Britain, 1919-1939 : production, genres and audiences », in Graeme HARPER, Andrew MOOR (ed.), Signs of Life : Cinema and Medicine, Londres, Wallflower Press, 2005, p. 45-57.
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[28]
Même si la publication de la fameuse conférence de John B. WATSON : « Psychology as the behaviorist views it » dans la Psychological Review remonte à mars 1913 (20-2, p. 158-177), il faudra attendre près de vingt ans pour que ce programme soit repris dans un nombre croissant de domaines.
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[29]
D. ARMSTRONG, « Origins of the problem of health-related behaviours : a genealogical study », Social Studies of Science, 39-6, décembre 2009, p. 909-926.
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[30]
Pour une analyse des transformations de la statistique médicale et de l’épidémiologie ayant induit l’apparition d’une problématisation de la santé en termes de « risque » (« facteurs de risque », « comportement à risque », « risque relatif », etc.) : William G. ROTHSTEIN, Public Health and the Risk Factor : A History of an Uneven Medical Revolution, Rochester (New York), University of Rochester Press, 2003 ; L. BERLIVET, « “Association or causation ?” The debate on the scientific status of risk factor epidemiology, 1947-c. 1965 », in V. BERRIDGE (ed.), Networks of Knowledge and Power : Science, Research and Policy since 1945, Londres & Amsterdam, Rodopi, 2005, p. 43-74.
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[31]
Même si ces différentes formes de pouvoir sont apparues de manière échelonnée, au cours de périodes historiques éloignées dans le temps, elles ne se sont pas pour autant succédées les unes aux autres. Foucault réfutait ainsi par avance l’idée d’un « remplacement d’une société de souveraineté par une société de discipline, puis d’une société de discipline par, disons, une société de gouvernement » et insistait, au contraire, sur l’existence d’« un triangle » : M. FOUCAULT, Sécurité, territoire, population…, op. cit., p. 111.
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[32]
Ainsi de l’injonction (très euphémique) à consommer « au moins 5 fruits et légumes par jour », émanant du Programme National Nutrition Santé (institué en 2001). On ne pourra pas aborder ici la question, complémentaire, des interdictions sanitaires (de fumer dans les lieux publiques, de vendre alcool et tabac aux mineurs de moins de 16 ans, etc.) dont la logique et le mode opératoire appartiennent bien évidemment au registre « disciplinaire ».
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[33]
L. VIBOREL, La technique moderne de la propagande d’hygiène sociale, Paris, Éditions de « La Vie Saine », 1930, expose (sur plus de 700 pages) une théorie et une pratique qu’il continuera d’illustrer jusqu’au début des années 1950 et qui se prolongera à travers les actions du Haut comité d’étude et d’information sur l’alcoolisme (HCEIA) créé en 1954 par Pierre Mendès-France, à l’instigation de Robert Debré : L. BERLIVET, « Les démographes et l’alcoolisme : du “fléau social” au “risque de santé” », Vingtième siècle, 95, juillet 2007, p. 93-113. Sur le glissement, symbolique, de « l’éducation sanitaire » à « l’éducation pour la santé », voir infra.
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[34]
Louis-Paul AUJOULAT, « Avez-vous lu Herbert Marcuse ? L’éducation sanitaire à l’épreuve des contestations du moment et des évolutions en cours », La santé de l’homme, 158, septembre 1968, p. 2-5. Après avoir explicité le sens du titre : « C’est un étudiant qui me pose brutalement cette question au cours d’une séance de contestation à laquelle j’avais le privilège d’être convié », ce théoricien de l’éducation sanitaire (voir infra) expose les termes du problème : « Notre monde d’aujourd’hui peut-il encore entendre parler d’éducation à l’heure de la participation généralisée ? Peut-il encore accepter des informations sanitaires, évocatrices de barrières, de défenses ou de précautions, à l’heure où les progrès de la thérapeutique comme les audaces de la chirurgie invitent l’humanité à l’euphorie d’une santé garantie contre les périls ou les excès » (citation p. 4), avant de conclure par un appel au réarmement doctrinal.
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[35]
Créé à la Libération, tout comme le Centre national d’éducation sanitaire et sociale, à l’instigation du Pr. Jacques Parisot et du Dr. Lucien Viborel (voir la préface du premier à l’ouvrage du second : L. VIBOREL, L’éducation sanitaire, science d’action, Tours, Arrault & Cie, 1944, p. 11-14), le CFESS absorba le Centre National en 1966, devenant l’unique institution publique généraliste dans ce domaine ; sur son activité jusqu’à la période considérée ici : CFESS, Au service de la santé publique, le Comité français d’éducation sanitaire et sociale, une organisation nationale dont l’objectif est de promouvoir la santé par l’éducation, Paris, COFEP, 1967.
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[36]
L.-P. AUJOULAT, « Communications et changements. Discours d’ouverture de la VIIe conférence mondiale sur l’éducation sanitaire et sociale », La santé de l’homme, 165, novembre 1969, p. 7-11, citation p. 10. Médecin, ancien député du Cameroun (1946-1956), sous-secrétaire, puis secrétaire d’État à l’Outre-Mer (1949-1953), ancien ministre de Pierre Mendès-France (Santé et population, puis Travail et Sécurité sociale), Aujoulat était alors secrétaire général du CFESS et, conjointement, de l’Union internationale pour l’éducation sanitaire (UIES).
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[37]
L.-P. AUJOULAT et Xavier LECLAINCHE, « La promotion de la santé par l’information et l’éducation. Communication à l’Académie de médecine, séance du 5 mai 1970 », La santé de l’homme, 169, juillet 1970, p. 2-7, citation p. 5. Sur l’histoire de cette revue, fondée en 1942 par le Dr. Pierre Delore et devenue ensuite l’organe du Comité français : Isabelle VON BUELTZINGSLOEWEN, « Retour sur les origines de La santé de l’homme », La santé de l’homme, 420, septembre 2012, p. 17-18.
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[38]
Le thème, très présent dans la littérature de l’époque, sera décliné de manière particulièrement radicale dans un rapport influent : Services du Premier ministre – Comité central d’enquête sur le coût et le rendement des services publics, Sur l’éducation sanitaire et sociale. Rapport présenté par M. Legrand, administrateur civil, 1972. Le haut fonctionnaire y réaffirme le bien fondé « des quatre règles de conduites déduites des lois fondamentales de la nature humaine » formulées par Alexis Carrel (p. 19, p. 356-357, passim).
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[39]
Dr. ARNAUD, « La TV et son impact. Session d’étude sur les techniques d’éducation sanitaire d’avril 1969 », La santé de l’homme, 165, novembre 1969, p. 20-26.
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[40]
L’abandon du très administratif « sanitaire », remplacé par « pour la santé » dans le titre de l’institution et la dénomination de son activité, fin 1971 (voir La santé de l’homme, 176, novembre 1971), se voulait une manière de prendre en compte (nominalement) l’importance de la contestation « contre-culturelle » impulsée par « mai 1968 » sans pour autant amender (substantiellement) les principes d’intervention.
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[41]
Sur les déterminants politiques et institutionnels de cette innovation : L. BERLIVET, « Uneasy prevention : the problematic modernization of health education in France after 1975 », in V. BERRIDGE, Kelly LOUGHLIN (ed.), Medicine, the Market and Mass Media : Producing Health in the Twentieth Century, Londres, Routledge, 2005, p. 95-122.
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[42]
Les principaux protagonistes étaient : Marc Danzon, médecin ayant également étudié les sciences de la communication, qui fut ensuite promu délégué général adjoint, puis délégué général, à l’Éducation pour la santé ; Claude Vilain, économiste et statisticien, directeur du service Études et recherche du Comité, puis délégué général adjoint du CFES ; et Jean Tavarès, docteur en sociologie, qui remplaça Vilain à la tête des Études et recherche. Sa thèse, sous la direction de Pierre Bourdieu, donna lieu à plusieurs publications, par exemple : Jean TAVARÈS, « Le Centre catholique des intellectuels français. Le dialogue comme négociation symbolique », Actes de la recherche en sciences sociales, 38, 1981, p. 49-62 ; ID., « Éducation pour la santé et sociologie », Sciences sociales et santé, 2-3/4, 1984, p. 117- 123. Pour une présentation plus complète de ce champ : L. BERLIVET, « Une santé à risques. L’action publique contre l’alcoolisme et le tabagisme en France (1954-1999) », thèse, Université Rennes 1, 2000, chapitres 5 et 6 ; ID., « Une biopolitique de l’éducation pour la santé. La fabrique des campagnes de prévention », in Didier FASSIN, Dominique MEMMI (éd.), Le gouvernement des corps, Paris, Éditions de l’EHESS, 2004, p. 37-75.
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[43]
Voir le dossier de presse : Campagne d’information sur le tabagisme, 28 septembre 1976, service de documentation du CFES, devenu Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) en 2002.
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[44]
Enfin, pour accompagner et prolonger l’utilisation des « moyens de communication de masse », 400000 affiches et 1500000 brochures d’information furent collées ou distribuées sur l’ensemble du territoire. Au total, le coût de la campagne fut évalué à 2,9 millions de francs (équivalent d’1,8 million d’euros actuels), soit 43 % environ du budget du CFES pour l’année 1976, sans compter le coût des enquêtes par sondages sur l’opinion des français au regard du tabagisme avant et après la diffusion des messages sanitaires, commandées directement par le gouvernement. La relative modestie de ces sommes s’explique par l’importance des réductions concédées par les chaînes de télévision publiques et les radios dans leur ensemble. Voir la Note d’information 125 de la division de la presse et de l’information du ministère de la Santé : Premier bilan d’éducation sanitaire sur le tabagisme, s.d. (vraisemblablement décembre 1976), p. 2.
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[45]
Sur les usages des résultats de ce type d’enquête, voir la Note à l’attention de monsieur le ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, 14 mai 1980 (service de documentation du CFES/INPES), rédigée par Françoise Buhl, déléguée générale à l’Éducation pour la santé, qui synthétise et commente les résultats des enquêtes d’opinion réalisées à la suite de campagnes du CFES, de 1976 à 1979.
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[46]
On peut consulter le polycopié du cours d’Emeric DEUTSCH, Psychologie sociale appliquée. Cours 1974-1975, Paris, FNSP, 1974 et celui de certaines des années qui suivirent à la bibliothèque de Sciences Po (FNSP).
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[47]
Sofrès-Communication, Les jeunes et le tabac. Étude psycho-sociologique, février 1978 (archives du service Études et recherches du CFES/INPES). Ce rapport de plus de cent pages reposait sur l’exploitation de 44 des 46 « entretiens libres » réalisés auprès d’individus de 8 à 16 ans.
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[48]
Les films, réalisés par l’un des principaux publicitaires français, Daniel Robert (de l’agence CFR), sont visibles à : www.ina.fr/video/PUB3491031043, www.ina.fr/video/PUB3491031039/, et www.ina.fr/notice/voir/PUB3491031037 ; consultés le 16 décembre 2013.
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[49]
Son ouvrage le plus connu reste Eliseo VERÓN, Construire l’événement. Les médias et l’accident de Three Mile Island, Paris, Minuit, 1981 ; Voir également sa thèse : ID., « Production de sens », doctorat d’État en linguistique, université Paris 8, 1985 ; ID., La semiosis sociale : fragments d’une théorie de la discursivité, Saint-Denis, Presses Universitaires de Vincennes, 1988. Verón enseigna tour à tour dans de nombreuses universités françaises (Bordeaux 3, Paris 8…), argentines (Torcuato di Tella, UNR…) et américaines (Columbia).
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[50]
SORGEM, Stratégies de communication pour la prévention de l’excès de consommation de boissons alcoolisées, 7 octobre 1983 (archives du service Études et recherches du CFES/INPES).
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[51]
Les propos des interviewés insistant sur ce point sont détaillés in ibidem, p. 19 sq. Verón et ses collaborateurs analysèrent le « processus du boire » comme un jeu itératif, tel que le remplissage des verres par l’un des adultes présents qui appelait, à brève échéance, un geste symétrique de la part des autres participants à l’interaction (principe de la « tournée »), ibidem, p. 10.
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[52]
Leur rapport incluait ainsi une collecte de proverbes et dictons relatifs à ce thème (trois pleines pages) ; cette forme verbale était présentée comme un excellent moyen d’évacuer toute notion de sujétion à une autorité morale supérieure : « Le dicton fait appel à la sagesse populaire. Celui qui l’énonce ne se construit pas en tant qu’autorité morale particularisée […]. La forme dicton est grammaticalement impersonnelle. L’énonciateur d’un dicton n’est donc pas engagé personnellement, mais il se valorise en trouvant le bon moment pour le “placer” », ibidem, p. 14.
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[53]
Le slogan initialement proposé par Daniel Robert : « Un verre c’est bon, trois verres c’est con ! » fut jugé difficile à assumer pour un annonceur public (entretien avec Jean-Martin Cohen-Solal, délégué général à l’Éducation pour la santé de 1982 à 1986 ; 23 janvier 1996). Celui qui fut finalement adopté compterait parmi les plus connus et les mieux mémorisés de toutes les campagnes de communication publique menées des années 1970 au début des années 1990 (voir l’analyse à huit ans dans La lettre du CFES, 2, avril 1992).
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[54]
L’unique moyen pour constituer deux groupes strictement comparables consiste à tirer au sort les individus les constituant selon des principes définis dès les années 1920 (Ronald A. FISHER, Statistical Methods for Research Workers, Édimbourg, Oliver & Boyd, 1925). Dans le cas, le plus fréquent, où les conditions d’une telle « randomization » ne sont pas réunies, il est possible de confronter le groupe « exposé » à un « groupe témoin » constitué en fonction d’une série de critères supposés assurer une comparabilité suffisante des deux groupes : structure de genre et d’âge, lieu de résidence, stratification sociale, etc., la liste devenant plus ou moins longue selon les exigences de comparaison, elles-mêmes fonction du type d’action à évaluer. Ces méthodes sont utilisées de manière routinière par les épidémiologistes et les bio-statisticiens, depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, pour mettre au jour les facteurs responsables des maladies et l’efficacité des médicaments.
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[55]
En revanche, dans les rares cas où le CFES organisa une campagne « de terrain » sans recourir parallèlement aux médias nationaux, une évaluation expérimentale put être mise en place. Ainsi de l’action de prévention des maladies sexuellement transmissibles organisée dans six départements français (trois « exposés » et trois « témoins ») dans la seconde moitié des années 1980 : Laurence MEYER et alii, « Prevention of sexually transmitted diseases : a randomised community trial », Journal of Epidemiology and Community Health, 45-2, 1991, p. 152-158. Sur l’approche anglaise en matière d’éducation pour la santé et ses limites : Ian SUTHERLAND, Health Education, half a Policy. The Rise and Fall of the Health Education Council, Cambridge, National Extention Trust, 1987.
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[56]
Au début des années 1980, une tentative analogue pour quantifier l’effet de la politique de sécurité routière avait achoppé sur la même difficulté : Françoise HATTON et alii, « Évaluation chronologique des mesures préventives des accidents de la circulation routière en France. Problèmes méthodologiques et résultats », Revue d’épidémiologie & de santé publique, 29-3, 1981, p. 341-353.
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[57]
Le souci d’objectiver l’effet de leurs interventions pour mieux faire reconnaître le statut scientifique de leur activité était déjà au centre des préoccupations de la génération précédente (voir par exemple Louis-Paul AUJOULAT, « Voies et moyens d’une éducation sanitaire et sociale dynamique, humaine et intégrale », in Journées scientifiques nationales d’éducation sanitaire et sociale, Nice, 1-3 mai 1969, cité in Premier ministre – Comité central d’enquête sur le coût et le rendement des services publics, Sur l’éducation sanitaire et sociale…, op. cit., p. 245). Cependant, alors même que leurs pratiques étaient bien plus faciles à évaluer, il ne semble pas qu’ils soient jamais parvenus à le faire de manière rigoureuse, même à titre expérimental.
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[58]
Pour une présentation synthétique : CFES, Les post-tests, s.d. (vraisemblablement dernier trimestre 1996, service de documentation du CFES/INPES). Ces indicateurs « d’impact » sont relevés depuis la campagne inaugurale de 1976 : ministère de la Santé, Premier bilan de la campagne d’éducation sur le tabagisme, note d’information 125, février 1977, faisant état d’un taux de mémorisation du slogan de 88 % (p. 2). Au fil du temps, une importance croissante va être accordée aux indicateurs « réflexifs » (voir infra).
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[59]
« Problématisation ne veut pas dire représentation d’un objet préexistant, ni non plus création par le discours d’un objet qui n’existe pas. C’est l’ensemble des pratiques discursives ou non discursives qui fait entrer quelque chose dans le jeu du vrai et du faux et le constitue comme objet pour la pensée (que ce soit sous la forme de la réflexion morale, de la connaissance scientifique, de l’analyse politique, etc.) ». M. FOUCAULT, « Le souci de la vérité », in ID., Dits et écrits, op. cit., t. 4 (1984 ; texte 350), p. 668-678, citation p. 670.
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[60]
Ce point a également été théorisé par de nombreux chercheurs en sciences sociales : Michael Schudson, pionnier des travaux sur la publicité, souligne ainsi qu’indépendamment de savoir si une campagne de prévention a induit, ou non, des modifications de comportement, le fait d’être parvenu à « faire parler » du thème de la campagne comme d’un « comportement dangereux » renforce la représentation collective selon laquelle cette manière d’être constitue un problème ; Michael SCHUDSON, « Symbols and smokers : advertising, health messages, and public policy », in Robert L. RABIN, Stephen D. SUGARMAN (ed.), Smoking Policy : Law Politics and Culture, Oxford & New York, Oxford University Press, 1993, p. 208-225, particulièrement p. 220.
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[61]
Soit « le processus par lequel on obtient la constitution d’un sujet, plus exactement d’une subjectivité », M. FOUCAULT, « Le retour de la morale », in ID., Dits et écrits, op. cit., t. 4 (1984 ; texte 354), p. 1515-1526 (citation p. 1525). Subjectivité que le philosophe avait définie peu avant comme « la manière dont le sujet fait l’expérience de lui-même dans un jeu de vérité où il a rapport à soi » : « Foucault », ibidem, p. 1450-1455 (citation p. 1452). On n’abordera pas ici le débat complexe concernant la possibilité d’une autre modalité de « subjectivation », non plus hétéronome mais reposant sur des « pratiques de soi », et le recours à des « techniques de soi » permettant un travail d’« autoconstitution » (ou d’« autoformation ») du sujet ; soit une « subjectivation » entendue, cette fois, comme « la manière dont le rapport à soi à travers un certain nombre de techniques, permet de se constituer comme sujet de sa propre existence », selon la formule de Judith REVEL, Foucault : une pensée du discontinu, Paris, Mille et une nuits, 2010, p. 227-228.
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[62]
M. FOUCAULT, « Le sujet et le pouvoir » [ « The subject and Power »], in ID., Dits et écrits, op. cit., t. 4 (1982 ; texte 306), p. 222-243 ; citation p. 227, soulignée par nous.
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[63]
Cette formule tendant à hypertrophier le pouvoir est d’autant plus curieuse qu’elle est introduite dans le cours d’un développement consacré aux « oppositions » et « résistances » à ce même pouvoir, au fil duquel Foucault avait précédemment avancé l’idée selon laquelle « pour comprendre en quoi […] consistent » ces « relations de pouvoir », il conviendrait peut-être de partir d’une analyse des « formes de résistance » observables, ibidem, p. 226.
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[64]
De là l’importance des « écrits de soi » et des discours à la première personne dans de nombreuses procédures administratives ; pour un cas de figure contemporain : Didier FASSIN, « La supplique. Stratégies rhétoriques et constructions identitaires dans les demandes d’aide d’urgence », Annales. HSS, 55-5, septembre-octobre 2000, p. 955-981.
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[65]
Nathalie BAJOS et alii, « Évaluation d’un nouveau modèle de communication et de prévention du Sida. Analyse des réactions suscitées par la campagne “3000 scénarios contre un virus” », Revue d’épidémiologie et de santé publique, 44-3, 1996, p. 237-247 : « ces films produisent des effets dont on a toutes les raisons de penser qu’ils contribueront à favoriser l’adoption de comportements de prévention, à savoir une implication personnelle qui s’accompagne d’un questionnement sur ses propres pratiques et/ou des discussions qui permettent une modification des normes sociales » (p. 239). « Une campagne de prévention a donc d’autant plus de chance d’avoir un effet préventif qu’elle provoque des effets de sociabilité qui permettent à l’information d’être relayée et discutée » (p. 245).
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[66]
Au sens d’A. DESROSIÈRES, « Comment fabriquer un espace de commune mesure. Harmonisation des statistiques et réalisme de leur usage », in Michel LALLEMENT, Jan SPURK (éd.), Stratégie de la comparaison internationale, Paris, CNRS Éditions, 2003, p. 151-166 (repris in A. DESROSIÈRES, Pour une histoire de la quantification. L’argument statistique I, Paris, Presses de l’École des mines, 2008, p. 205-224).
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[67]
L’évaluation est ainsi toujours au cœur des préoccupations de l’INPES, l’institution qui succéda au CFES en 2002 ; voir www.inpes.fr/evaluation/default.asp et les actes du colloque international organisé sous son égide en 2009 : www.inpes.sante.fr/30000/pdf/colloque-9dec/compte-rendu-colloque9dec. pdf (consulté le 16 décembre 2013). Le recours aux « essais contrôlés » et l’analyse économétrique de séries temporelles font l’objet de débats internationaux particulièrement riches, voir par exemple le rapport de l’OCDE : Franco SASSI, Michele CECCHINI, Marion DEVAUX, Obesity and the Economics of Prevention : Fit not Fat, octobre 2010 (www.oecd.org/health/fitnotfat). Parallèlement, le recours aux sciences cognitives est défendu par un nombre croissant d’intervenants, voir par exemple le rapport du Centre d’analyse stratégique : Olivier OULLIER, Sarah SAUNERON, Nouvelles approches de la prévention en santé publique. L’apport des sciences comportementales, cognitives et des neurosciences, mars 2010 (www. ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/104000139/0000.pdf).
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[68]
Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, Gallimard, 1947 [4ème partie, « L’offrande du miel »], p. 273.
L’objet de cet article est de contribuer à l’approfondissement de la réflexion sur l’intérêt historique des travaux de Michel Foucault en mobilisant une configuration conceptuelle composée de catégories apparues à différents moments de sa réflexion. Les logiques et le mode opératoire de la « biopolitique » contemporaine sont ici analysés à partir de l’étude des transformations des actions de prévention en santé publique, en France, au XXe siècle. Après avoir retracé rapidement l’évolution des manières de concevoir les messages de prévention et des supports privilégiés, de l’entre-deux-guerres jusqu’au tournant des années 1970, on revient sur les conditions de l’invention, quelques années plus tard, d’une nouvelle forme d’action publique : la « grande campagne nationale de prévention », inspirée de la publicité commerciale (avec ses « spots » télévisuels et radiophoniques) et des campagnes de « sécurité routière ». La transformation radicale du mode de communication privilégié par le Comité Français d’éducation pour la santé (CFES), amorcée dès la fin des années 1970, et l’attention croissante portée à l’étude de la réception des films et slogans par le « public cible » font l’objet d’une analyse approfondie. Tout au long de l’article, l’ensemble des questions sous-jacentes aux évolutions de la communication sanitaire sont analysées au prisme de concepts foucaldiens : « dispositifs de sécurité », dont on précise en quoi ils diffèrent des disciplines et quelles conséquences en découlent, en termes d’analyses empiriques ; « problématisation » ; et « subjectivation ».
MOTS-CLÉS
- XX e siècle
- France
- politiques de population
- biopolitique
- santé publique
- médias audiovisuels
- risque
Mots-clés éditeurs : biopolitique, France, médias audiovisuels, politiques de population, risque, santé publique, XXe siècle
The dynamics of “biopolitics” : “dispositifs de sécurité” and “subjectivation” processes in the history of health
The dynamics of “biopolitics” : “dispositifs de sécurité” and “subjectivation” processes in the history of health
This article aims at contributing to ongoing reflections among historians on the empirical uses ofMichel Foucault’s analyses by reflecting back on a series of partly interrelated concepts that appeared at different moments in his work. The social logics and practicalities of contemporary “biopolitics” are analysed through a study of the transformations of health prevention campaigns, in France, in the 20th Century. I begin by briefly reassessing the evolution in the way health messages were conceived and various (audio) visual media were used, from the interwar period to the early 1970s. Then, I expound the context of the invention, a few years later, of a new form of public health action: the “large national campaign of prevention”, drawn from commercial advertising and road safety campaigns. Finally, I analyze the radical reframing of its communication strategy undertaken by the French Committee for Health Education, from the late 1970s to the mid 1980s, as well as the growing attention paid to assessing the reception of films and slogans by the “targeted public”. All these questions relating to the transformation of health communication over a few decades are examined through the prism of foucaultian concepts such as: “dispositifs de sécurité” (as opposed to “discipline”), “problematisation”, and “subjectivation”.
KEYWORDS
- 20th century
- France
- population politics
- biopolitics
- public health
- mass media communication
- risk
Mots-clés éditeurs : 20th century, biopolitics, France, mass media communication, population politics, public health, risk