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Travail électoral et pratiques administratives dans le cadre du suffrage censitaire. Enquête sur un refus

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  • Quéro, L.
  • et Voilliot, C.
(2003). Travail électoral et pratiques administratives dans le cadre du suffrage censitaire. Enquête sur un refus. Revue d’histoire du XIXe siècle, 26-27(1), 6-6. https://doi.org/10.4000/rh19.740.

  • Quéro, Laurent.
  • et al.
« Travail électoral et pratiques administratives dans le cadre du suffrage censitaire. Enquête sur un refus ». Revue d’histoire du XIXe siècle, 2003/1-2 n° 26-27, 2003. p.6-6. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-d-histoire-du-dix-neuvieme-siecle-2003-1-page-6?lang=fr.

  • QUÉRO, Laurent
  • et VOILLIOT, Christophe,
2003. Travail électoral et pratiques administratives dans le cadre du suffrage censitaire. Enquête sur un refus. Revue d’histoire du XIXe siècle, 2003/1-2 n° 26-27, p.6-6. DOI : 10.4000/rh19.740. URL : https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-du-dix-neuvieme-siecle-2003-1-page-6?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/rh19.740


Notes

  • [1]
    . Ce texte est la version remaniée d’une communication pour le colloque sur « La construction de l’État parlementaire » organisé à l’Université de Paris 10-Nanterre les 15 et 16 mai 1997 dans le cadre du centenaire de la naissance de Norbert Elias. Nous tenons à remercier Bernard Lacroix pour sa lecture attentive et bienveillante d’une version antérieure.
  • [2]
    . Gérard NOIRIEL, Sur la « crise » de l’histoire, Paris, Éditions Belin, 1996, p. 319.
  • [3]
    Idem, pp. 190-191. On peut se demander par ailleurs si, présenter comme « écrit de jeunesse » une préface écrite à la demande de son éditeur allemand en 1969, n’est pas conférer à Elias une éternelle jeunesse...
  • [4]
    . Voir à ce sujet Pierre BOURDIEU, Méditations pascaliennes, Paris, Éditions du Seuil, 1997 , p. 98 et s.
  • [5]
    . Rapport du préfet de la Côte-d’Or, Achille Chaper, au ministre de l’Intérieur, du 9 février 1839. Arch. dép. Côte-d’Or (Archives départementales de la Côte-d’Or) 2J5 n°200.
  • [6]
    . Norbert ELIAS et Éric DUNNING, Sport et civilisation. La violence maîtrisée, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1994, p. 52.
  • [7]
    . Nous empruntons cette notion au cadre de recherche défini par Bernard Lacroix dans le séminaire qu’il anime à Nanterre sur la politisation. Voir Bernard LACROIX, « Retour sur 1848. Le suffrage universel entre l’illusion du "jamais vu" et l’illusion du "toujours ainsi" », dans Actes de la recherche en sciences sociales, 140, décembre 2001, pp. 41- 50.
  • [8]
    . La diminution de la violence ne concerne pas uniquement « le rituel électoral ». Ainsi, sans dissocier de manière aussi catégorique que ne le fait Yves Déloye « les formes de la compétition » et « les mœurs électorales », il nous semble nécessaire d’avoir une vision plus large, englobant les pratiques de tous les agents de l’administration et leurs liens avec le travail et les entreprises électorales. De même, parler de « pacification des mœurs électorales » laisse à penser que la forclusion de la violence a transformé les élections contemporaines en une compétition équitable, méconnaissant ainsi la violence symbolique encore à l’œuvre dans ces rencontres que les dominants imposent aux dominés... Yves DÉLOYE, Sociologie historique du politique, Paris, Éditions La Découverte, 1997, p. 95 et s.
  • [9]
    . Sur l’analyse des configurations électorales, voir Laurent QUÉRO et Christophe VOILLIOT, « Du suffrage censitaire au suffrage universel. Évolution ou révolution des pratiques électorales ? », dans Actes de la recherche en sciences sociales, 140, décembre 2001, pp. 34-40.
  • [10]
    . À travers cette enquête, nous essaierons de conjuguer les apports sectoriels des différentes sciences sociales, dont l’émiettement et la parcellisation constituent, comme n’a eu cesse de le dénoncer Norbert Elias, à la suite de Durkheim, non seulement un obstacle aux progrès de la connaissance, mais aussi une menace quant à l’intégration de leurs acquis : « Les sciences sociales, et la sociologie en particulier, sont en danger : elles risquent de se désintégrer en collection confuse de spécialités professionnelles, apparemment sans rapport les unes avec les autres ». Norbert ELIAS, « Introduction », dans Norbert ELIAS et Éric DUNNING, Sport et civilisation…, ouv. cité, p. 26.
  • [11]
    . Trajectoire qui n’est pas sans parenté avec celle d’un Odilon Barrot, par exemple.
  • [12]
    . Il est, en 1822, l’un des membres de la « vente suprême » et, avec Cabet, le principal responsable des douze ventes dijonnaises. Sur ce point, voir Paul GONNET, La Société dijonnaise au XIXe siècle, Thèse de lettres, Université de Paris-1, 1974, tome 2, p. 414.
  • [13]
    . Alessandro Galante GARRONE, Philippe Buonarroti et les révolutionnaires du XIXe siècle, 1828-37, Paris, Éditions Champ Libre, 1975, p. 110 et s.
  • [14]
    . En 1827, la société « Aide-toi, le ciel t’aidera » est à l’origine d’une campagne de mobilisation des électeurs et d’inscription des listes électorales, voir Raymond HUARD, La Naissance du parti politique en France, Paris, Presses de Sciences-Po, 1996, p. 48 et suiv. Sur la double dimension, nationale et locale, de la campagne de l’opposition en 1827, voir Sherman KENT, The Election of 1827 in France, Cambridge, Harvard University Press, 1975.
  • [15]
    . Il remplit, ce qui était peu courant pour un avocat sous la Restauration, les conditions d’éligibilité. En 1827, son imposition au titre des contributions directes s’élève, en effet, à 1043,60 francs. (Archives nationales), C1194.
  • [16]
    . « La grande faute de l’administration est de n’avoir vu dans notre révolution qu’une révolution de palais... ou même, comme on l’a dit un amendement à la Charte. On croirait qu’on a voulu l’éteindre par peur. » Chambre des députés, séance du 29 septembre 1830, Archives parlementaires, volume 63. Dans le chapitre de ses souvenirs consacré au cabinet Casimir Périer, le Comte de Montalivet décrit cet épisode en évoquant « M. Mauguin, qui, dès la fin de septembre 1830, attaquait violemment le ministère d’alors, dont Casimir Périer faisait partie. » Comte de MONTALIVET, Fragments et souvenirs, Paris, Éditions Calmann Lévy, 1899, p. 347.
  • [17]
    . En témoigne cet extrait d’une notice d’un dictionnaire biographique d’époque : « Depuis longtemps M. Mauguin jouissait d’une réputation justement méritée comme l’un des premiers orateurs du barreau de Paris. Son début à la tribune nationale promit à la France un orateur parlementaire; une improvisation brillante, une élocution facile, un choix de phrases piquantes, une discussion claire et pleine de franchise distinguent l’éloquence de ce digne député ». Biographie politique des ministres, de tous les membres de la Chambre des députés, des principaux pairs de France et de quelques autres hommes politiques, Paris, Librairie Pagnerre, 1831, pp. 136-137.
  • [18]
    . Voir le résultat de l’analyse factorielle in Louis GIRARD, William SERMAN, Edouard CADET et Rémi GOSSEZ, La Chambre des députés en 1837-1839. Composition, activité, vocabulaire, Paris, Publications de la Sorbonne, 1976, p. 150. On retiendra, à titre d’exemple, cet extrait des débats sur l’adresse : « Tous les partis politiques ont le droit de parler dans les élections. Chacun use alors de l’influence personnelle de son opinion. Ainsi que certaines fractions de cette assemblée, représentées par certaine partie de la presse, se soient livrées à des attaques: il n’y a rien à dire, ce sont des opinions indépendantes, c’est le jeu du gouvernement constitutionnel. Mais peut-on souffrir que l’argent du Gouvernement, que l’argent de l’impôt, celui que nous fournissons nous-mêmes, serve au Ministère à nous injurier ? » dans Le Moniteur universel, 10 janvier 1838, p. 61.
  • [19]
    . Sur cette entreprise de mobilisation, dans la lignée de la société « Aide-toi, le ciel t’aidera », voir Jeanne GILMORE, La République clandestine, 1818-48, Paris, Éditions Aubier, 1997, p. 254 et s.
  • [20]
    . Il est difficile d’apprécier quantitativement cette influence dans la mesure où les listes électorales révèlent à cette époque la prééminence de la catégorie des « propriétaires », sans qu’il soit possible d’identifier la nature de ces propriétés. En 1831-33, la répartition socioprofessionnelle du corps électoral censitaire à Beaune était la suivante : 285 propriétaires, 8 cultivateurs, 101 professions libérales, 99 fonctionnaires et 294 professions économiques. Pierre LÉVÊQUE, Une société provinciale. La Bourgogne sous la Monarchie de Juillet, Paris, Éditions Jean Touzot/Éditions de l’ÉHESS, 1983, tableau 36, p. 662. Nos propres calculs sur les deux cantons de Beaune à partir de la liste des votants de 1837 (Arch. dép. Côte-d’or 3M245) font apparaître l’importance des professions liées à l’activité vinicole : 13 marchands de vin en gros, 37 négociants, 9 aubergistes, 6 tonneliers, 1 cabaretier, sur un total de 350 électeurs dont 173 ne sont classés que comme « propriétaires ».
  • [21]
    . Rapport du préfet de la Côte-d’Or du 28 septembre 1816. Arch. nat. F1cIII Côte-d’Or 5.
  • [22]
    . Robert LAURENT, Les vignerons de la « Cote-d’Or » au 19ème siècle, Paris, Les Belles lettres, 1958, tome 1, p. 480. Pour la période suivante, voir aussi Pierre LÉVÊQUE, Une société provinciale…, ouv. cité, p. 528.
  • [23]
    . Cette question douanière oppose deux fractions de la bourgeoisie bourguignonne : les négociants en vin favorables au libre-échange et les maîtres de forge favorables au protectionnisme. Sous la Monarchie de Juillet, plusieurs parlementaires ou candidats « amis du gouvernement » exercent cette dernière profession.
  • [24]
    . « La permanence du fond commun des revendications continue à assurer la solidarité des différents éléments de la population du vignoble dans leur opposition au gouvernement ». Robert LAURENT, Les vignerons…, ouv. cité, p. 488.
  • [25]
    . Les sociétés secrètes tentent d’ailleurs de structurer cette opposition nombreuse et qui inquiète le pouvoir central. Des papiers saisis à Dijon en novembre 1833 montrent l’existence à Beaune d’une telle société regroupant environ 150 personnes. Arch. nat. BB18 1354.
  • [26]
    . En 1832, la ville de Beaune compte 9366 habitants, et l’ensemble de l’arrondissement 117 996.
  • [27]
    . Résidant à Paris, il ne se déplace que quelques jours avant l’ouverture du scrutin. Voici comment le préfet Chaper relate sa « campagne » de 1839 : « c’est M. Mauguin qui a lui-même organisé son triomphe. Il a fait afficher sur tous les murs de Beaune un placard où il annonçait que, le 2 mars, à quatre heures de l’après-midi, il parlerait en public, dans la salle du Vauxhall. Les électeurs, les ouvriers, les enfants, se sont empressés de courir à ce spectacle gratis, et M. Mauguin, appréciant la valeur de son auditoire, leur a débité les mensonges les plus extravagants et les maximes les plus subversives de l’ordre. Il a compati au sort des vignerons, accablés de taxes et d’impôts : "Si vous succombiez sous le fisc, s’est-il écrié, c’est que le parti de la Cour a dégrevé les châteaux pour écraser les chaumières; le riche ne paye presque rien pour ses palais, ses forêts, ses vastes domaines ; c’est le malheureux journalier, c’est surtout le vigneron, c’est le parti marchand, que le fisc poursuit et dévore. Mais ces exactions prendront fin. Nommez-moi votre député, et je parviendrai à forcer le gouvernement à vous rendre justice ; je le poursuivrai de vos plaintes et de vos malédictions, jusqu’à ce que le pauvre ait obtenu protection contre le riche, etc..." [...] La foule applaudissait avec frénésie, elle s’est bientôt répandue dans les cabarets, les cafés, les auberges entourant les électeurs, qui n’étaient pas venus à l’assemblée, ou qui étaient restés indécis, présentant M. Mauguin comme le défenseur des droits de la nation, l’ami du peuple, l’apôtre de la liberté. Ces discours ont été entendus, l’enthousiasme a été contagieux et M. Mauguin a été nommé. » Rapport du préfet au ministre de l’Intérieur, du 6 mars 1839. Arch. dép. Côte-d’Or 2J5 n°287.
  • [28]
    . Outre le soutien du monde viticole, F. Mauguin a gardé certaines sympathies chez des magistrats ou avocats « libéraux » de Beaune, dont plusieurs ont partagé son combat contre la Restauration.
  • [29]
    . Et pour son plus grand bien, car ses affaires étaient loin d’être florissantes, et le jeune homme ambitieux qui voulait faire fortune s’était endetté rapidement. Jacques WOLFF, Les Périer. La fortune et les pouvoirs, Paris, Éditions Economica, 1993, p. 189 et s.
  • [30]
    . Il a épousé, le 5 septembre 1825, Henriette Teissere, fille de Camille Teissere et d’Adélaïde Périer, sœur de Casimir Périer.
  • [31]
    . L’analyse de ce travail électoral, mais surtout de son insertion dans l’ensemble des pratiques administratives, a été rendue possible par la lecture de la correspondance du préfet Chaper dont les registres soigneusement tenus ont été retrouvés chez un bouquiniste. Ils sont désormais conservés aux Archives départementales du département de la Côte-d’or à Dijon ; voir L. DELESSARD, « La correspondance d’un préfet de la Monarchie de Juillet », dans Annales de Bourgogne, 23, octobre-décembre 1951, pp. 300-305. Une partie de cette correspondance a été publiée par Paul GONNET, Un grand préfet de la Cote-d’Or sous Louis-Philippe. La correspondance d’Achille Chaper, 1831-40, Dijon, Analecta Burgundica, 1970.
  • [32]
    . « Quant au résultat positif, à celui qui réagit sur toute la France, nous n’avons pas été complètement heureux. Les arrondissements de Semur et Châtillon ont continué à marcher dans la bonne voie, qu’ils avaient suivie jusqu’ici. Dijon extra-muros s’est lavé de la nomination de M. Cabet. Mais Beaune et Dijon-ville ont continué à nommer les candidats de l’opposition ». Rapport du préfet au ministre de l’Intérieur, du 1er juillet 1834. Arch. dép. Côte-d’Or 2J3 n°417.
  • [33]
    . Rapport confidentiel du préfet au ministre de l’Intérieur, du 7 novembre 1837. Arch. dép. Côte-d’Or 2J4 n°488.
  • [34]
    . « En résumé, notre terrain s’est affermi. Nous avons sans cesse en 1839, l’avantage sur la démocratie, et dans une lutte corps à corps elle eut été vaincue. » Rapport du préfet au ministre de l’Intérieur, du 5 mars 1839. Arch. dép. Côte-d’or 2J5 n°286.
  • [35]
    . Dix ans après, il est ainsi appelé pour figurer sur la liste du « parti de l’ordre » en Côte-d’or par ses anciens administrés.
  • [36]
    . Dans la mesure où il pouvait exercer un contrôle sur ces nominations, ce qui n’était pas le cas, par exemple, des magistrats de Beaune, dont il déplorait régulièrement l’attitude : « Le parquet de Beaune a hautement soutenu la candidature de M. Mauguin et les juges de paix de plusieurs cantons ont suivi l’exemple de leurs chefs. La magistrature amovible de ce ressort est dans une fausse direction; le mal se révèle sans cesse. Il n’y a point d’unité dans les vues. Dans les localités amies du Gouvernement, on a placé des magistrats amis ou tièdes ; dans les localités où domine l’opposition, on a nommé des magistrats ennemis. Il semble qu’on ait obéi au caprice populaire, au lieu de chercher à le guider et à ramener les esprits ». Rapport du préfet au ministre de l’Intérieur, du 6 mars 1839. Arch. dép. Côte-d’Or 2J5 n°287.
  • [37]
    . Toutes les citations qui suivent sont extraites du document reproduit ci-dessus.
  • [38]
    . Déjà candidat à Beaune en 1837, le colonel Guillaume-Stanislas Marey, né à Nuits en 1796, est en poste en Algérie. Sa candidature est soutenue par son « influente » famille. Au moment où cette lettre est envoyée au préfet Chaper, il apparaît comme devant être le candidat du ministère pour les élections futures. E. De BLIC, La famille Marey-Monge, Dijon, Éditions Masseboeuf, 1951 ; J. BOURDON, « L’ascension d’une famille bourguignonne du XVIIIe siècle à la Restauration : les Marey », dans Pays de Bourgogne, 27-28, janvier 1960.
  • [39]
    . Souligné par lui.
  • [40]
    . La corruption en matière électorale n’apparaît qu’à travers les dénonciations et les luttes politiques qui la construisent comme enjeu. C’est ce que souligne Alain Garrigou à propos de Mirabeau : « La corruption existe comme un semi-anachronisme bien fondé non point parce que Mirabeau fut corrompu mais parce qu’il fut jugé corrompu. Manière de rappeler qu’il fallut des corrompus pour qu’on sache ce qu’était la corruption ». Alain GARRIGOU, « Pension, corruption, trahison. Mirabeau entre deux mondes », dans Scalpel. Cahiers de sociologie politique de Nanterre, 1, 1994, p. 39.
  • [41]
    . Sur ce point, voir Sherman KENT, Electoral Procedure under Louis-Philippe, New Haven, Yale University Press, 1937, 264 p. ; Alexandre PILENCO, Les Mœurs électorales en France. Régime censitaire, Paris, Les éditions du monde moderne, 1928, 280 p.
  • [42]
    . L’éventualité d’une dissolution anticipée de la Chambre des députés contraint d’ailleurs les préfets à anticiper ce travail électoral, ce qui explique également l’intérêt que représente pour eux, en termes de prévision, l’analyse des enjeux politiques et parlementaires en lien avec leur département.
  • [43]
    . « La recommandation que je vous adresse aujourd’hui, je l’adresserai de même à vos collègues dans toutes les occasions. Il faut, dans cette circonstance, vous conduire avec loyauté, mais avec zèle et énergie. Il ne s’agit plus aujourd’hui de renouveler les fraudes électorales si honteuses et si justement reprochées à la restauration. Ces fraudes sont heureusement devenues impossibles, car ni les lois ne le permettent, ni le gouvernement ne les demande, ni les préfets ne seraient capables de s’y prêter. Mais il s’agit d’exercer une influence morale et avouable ». Circulaire confidentielle du ministre de l’Intérieur, Adolphe Thiers, au préfet de la Côte-d’Or du 28 avril 1834. Arch. dép. Côte-d’Or 2J10.
  • [44]
    . Ce qui ne veut pas dire pour autant que ce processus ne soit pas perceptible au niveau central.
  • [45]
    . Pour un aperçu de la conjoncture politique, voir Louis MICHON, Le gouvernement parlementaire sous la Restauration, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1905, 471 p. Ce dernier ne lui tiendra pas rigueur de la virulence de son refus : « Je partage l’opinion que vous émettez au sujet de la note que je vous ai transmise le 7 février, et je vous autorise à ne lui donner aucune suite ». Lettre confidentielle du ministre de l’Intérieur au préfet de la Côte-d’or du 12 février 1839. Arch. dép. Côte-d’Or 2J15.
  • [46]
    . Norbert ELIAS, La Société de cour, Paris, Éditions Flammarion, 1985, 331 p.
  • [47]
    . En échange, les députés bourguignons vivant à Paris, tel Saunac, lui fourniront un précieux appui auprès des ministères.
  • [48]
    . Au lecteur suspicieux qui y verrait une forme subtile de double jeu, nous nous permettons de rappeler que le préfet Chaper bénéficie d’un large crédit auprès du ministre de l’Intérieur, le Comte de Montalivet, avec lequel il entretient une correspondance privée, chose rare pour un préfet de la Monarchie de Juillet.
  • [49]
    . Max WEBER, Économie et société. Les catégories de la sociologie, Paris, Éditions Presses-Pocket, 1995 (1ère édition française 1971), tome 1, p. 292.
  • [50]
    . L’expression est de Max Weber.
  • [51]
    Idem, p. 298.
  • [52]
    . Norbert ELIAS, Qu’est-ce que la sociologie ? La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 1981, p. 86.
  • [53]
    . Sur l’intérêt de cette distinction, voir Laurent QUÉRO et Christophe VOILLIOT, « Du suffrage censitaire… », art. cité.
  • [54]
    . S’agissant d’une domination locale, elle trouve ses limites dans l’accès direct au centre de certains adversaires du préfet Chaper : c’est le cas, par exemple de Muteau, qui a ses entrées aux ministère de l’Intérieur. Ces stratégies de contournement le contraignent à rechercher des appuis au centre, en l’occurrence au sein du Conseil d’Etat. C’était en effet une des missions possibles des députés élus que de faire pression, au nom de leurs commettants, pour obtenir le déplacement d’un préfet. Pour un autre exemple de ce type de manœuvre en 1839, voir Paul GERBOD, Paul-François Dubois, universitaire, journaliste et homme politique, Paris, Éditions Klincksieck, 1967, p. 183.
  • [55]
    . Charles SUAUD, « La force symbolique de l’État », dans Actes de la recherche en sciences sociales, 116-117, mars 1997, p. 16.
  • [56]
    . Préfigurant ainsi les opérations de classement analysées par Éric PHELIPPEAU, « Conjonctures électorales, conjonctures préfectorales », dans Scalpel. Cahiers de sociologie politique de Nanterre, 1, 1994, pp. 52-73.
  • [57]
    . Concept emprunté à Alain GARRIGOU, « La construction sociale du vote. Fétichisme et raison instrumentale », dans Politix, 22, 1993, p. 32 ; voir également Alain GARRIGOU, Histoire sociale du suffrage universel en France, 1848-2000, Paris, Éditions du Seuil, 2002, 366 p.
  • [58]
    . Éric PHELIPPEAU, « La fabrication administrative des opinions politiques », dans Revue française de science politique, tome 44, 4, août 1993, pp. 587-612.
  • [59]
    . Un exemple parmi d’autres : « Bornez-vous donc à demander qu’on s’unisse à nous pour renverser M. Mauguin. Ne contrariez point les espérances d’avenir et ne demandez qu’un appui pour la guerre, en laissant l’entière liberté des combinaisons, en laissant l’entière liberté des combinaisons ultérieures. Vous pouvez même laisser entrevoir que la défaite de l’ennemi commun ouvre des chances réelles à l’homme qui nous vient en aide, en sacrifiant généreusement ses propres avantages ». Instructions au sous-préfet de Beaune, du 27 février 1839. Arch. dép. Côte-d’Or 2J5 n°270.
  • [60]
    Norbert ELIAS et Eric DUNNING, Sport et civilisation…, ouv. cité, p. 33.
  • [61]
    . Bernard LACROIX, « Ordre politique et ordre social. Objectivisme, objectivation et analyse politique », dans Madeleine GRAWITZ, Jean LECA [dir.], Traité de science politique, Paris, Presses Universitaires de France, 1985, tome 1, p. 526 et suiv.
  • [62]
    . Nous renvoyons ici à ses analyses sur la parlementarisation, la sportification des classes dirigeantes ou les formes de rationalisation administrative.
  • [63]
    . Pierre BOURDIEU, Raisons pratiques. Sur la théorie de l’action, Paris, Éditions du Seuil, 1994, p. 116 et suiv.
  • [64]
    . Pierre BOURDIEU, « Espace social et pouvoir symbolique », dans Pierre BOURDIEU, Choses dites, Paris, Éditions de Minuit, 1987, p. 161.
Français

À partir d’un rapport du préfet de la Côte-d’or, Achille Chaper, relatif aux élections législatives de 1839 dans l’arrondissement de Beaune, cet article propose une analyse du travail électoral et des pratiques administratives sous la Monarchie de Juillet inspirée des travaux de Norbert Elias. C’est par l’analyse d’une configuration électorale singulière et des trajectoires biographiques des acteurs, qu’il est en effet possible de comprendre les logiques du « refus » d’un préfet exemplaire à une injonction banale mais révélatrice des tensions à l’œuvre dans la construction de l’État parlementaire.


English

Electoral work and administrative practices within the context of suffrage based on property qualification. An inquiry on a refusal. From a reading of Norbert Elias’s sociological work, this article offers an analysis of electoral work and administrative practices under the July Monarchy, based on a report from the prefect of Côte-d’or, Achille Chaper, about the general elections in the district of Beaune in 1839. To understand the reasons for this refusal, and beyond the tensions in the process of the construction of the parliamentary State, it is necessary to analyse both the biographical trajectories of the protagonists and the electoral configuration.


Date de mise en ligne : 01/02/2009

https://doi.org/10.4000/rh19.740

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