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« Nous sommes Rio Tinto » : Engagement et encadrement de la main-d’œuvre dans une mine « durable »

Pages 23 à 41

Citer cet article


  • Buu-Sao, D.
(2023). « Nous sommes Rio Tinto » : Engagement et encadrement de la main-d’œuvre dans une mine « durable » Cultures & Conflits, 130(2), 23-41. https://doi.org/10.4000/conflits/24787.

  • Buu-Sao, Doris.
« “Nous sommes Rio Tinto” : Engagement et encadrement de la main-d’œuvre dans une mine “durable” ». Cultures & Conflits, 2023/2 n° 130, 2023. p.23-41. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-cultures-et-conflits-2023-2-page-23?lang=fr.

  • BUU-SAO, Doris,
2023. « Nous sommes Rio Tinto » : Engagement et encadrement de la main-d’œuvre dans une mine « durable » Cultures & Conflits, 2023/2 n° 130, p.23-41. DOI : 10.4000/conflits/24787. URL : https://shs.cairn.info/revue-cultures-et-conflits-2023-2-page-23?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/conflits/24787


Notes

  • [1]
    En 2001, les trois continents attiraient environ 80 % des flux d’investissement mondiaux dans le secteur minier, contre un peu moins de 60 % dix ans plus tôt : Bridge G., “Mapping the Bonanza. Geographies of Mining Investment in an Era of Neoliberal Reform”, The Professional Geographer, vol. 56, n°3, 2004, pp. 406-421.
  • [2]
    Vidal O., Goffé B., Arndt N., “Metals for a Low-Carbon Society”, Nature Geoscience, vol. 6, n°11, 2013, pp. 894-896.
  • [3]
    Del Mármol C., Vaccaro I., “New Extractivism in European Rural Areas. How Twentieth First Century Mining Returned to Disturb the Rural Transition”, Geoforum, vol. 116, 2020, pp. 42-49 ; Buu-Sao D., « Faire advenir la “mine durable” ? Discours institutionnels et impératif de relance minière, de l’Union européenne à l’Andalousie », Gouvernance, vol. 18, n°2, 2021, pp. 16-41.
  • [4]
    Kirsch S., “Sustainable Mining”, Dialectical Anthropology, vol. 34, n°1, 2010, pp. 87-93.
  • [5]
    Benson P., Kirsch S., “Capitalism and the Politics of Resignation”, Current Anthropology, vol. 51, n°4, 2010, pp. 459-486.
  • [6]
    Smith Rolston J., “The Politics of Pits and the Materiality of Mine Labor. Making Natural Resources in the American West”, American Anthropologist, 2013, vol. 115, n°4, pp. 582-594 ; Rubbers B., “Mineworkers”, in D’Angelo L., Pijpers R. J. (eds.), The Anthropology of Resource Extraction, Londres,  New York, Routledge, 2022, pp. 113-129.
  • [7]
    Lanzano C., “Sustainability”, op. cit., pp. 149-166.
  • [8]
    Bory A., Lochard Y., « La responsabilité sociale des entreprises : un cheval de Troie politique ? », Sociologies pratiques, vol. 18, n°1, 2009, p. 46.
  • [9]
    Allal A., Yon K., « Citoyennetés industrielles, (in)soumissions ouvrières et formes du lien syndical : pour une sociologie politique des relations de travail », Critique Internationale, n°87, 2/2020, pp. 15-32.
  • [10]
    Aykut S., Climatiser le monde, Versailles, Quæ, 2020 ; Buu-Sao D., Chailleux S., Le Berre S., “Ecological Crisis and Green Capitalism: Towards a Climatization of Extractive Industries?", Review of Agricultural, Food, and Environmental Studies, à paraître en 2024.
  • [11]
    Arenas Posadas C., “Rio Tinto: el declive de un mito minero (1954-2003)”, Revista de historia industrial, vol. 26, n°69, 2017, pp. 109-142.
  • [12]
    Kirsch S., op. cit.
  • [13]
    Atalaya Mining, Proyecto para tramitación de concesión derivada de permiso de investigación Valverde nº14.920. Procedimiento AAU. Documento 1. Proyecto técnico ambiental, 2021, pp. 39 et 42-43. Dans le contexte décentralisé de l’Espagne, les régions (communautés autonomes) sont chargées d’instruire les demandes de permis minier pour les sites relevant de leur territoire.
  • [14]
    Entretien avec la chargée de soutenabilité d’Atalaya Mining, février 2022.
  • [15]
  • [16]
    Il s’agit d’une reformulation du concept d’engrenage (treadmill) de la production, proposé par Schnaiberg A., Bellamy Foster J., “The Treadmill of Accumulation: Schnaiberg’s ‘Environment’ and Marxian Political Economy”, Organization & Environment, vol. 18, n°1, 2005, pp. 7-18.
  • [17]
    Han Onn A., Woodley A., “A Discourse Analysis on How The Sustainability Agenda is Defined Within The Mining Industry”, Journal of Cleaner Production, vol. 84, 2014, pp. 116-127 ; Buu-Sao D., Chailleux S., Le Berre S., “Ecological Crisis and Green Capitalism: Towards a Climatization of Extractive Industries?”, op. cit.
  • [18]
    Lanzano C., op. cit.
  • [19]
    Rubbers B., Lochery E., “Labour Regimes. A Comparative History”, in Rubbers B. (ed.), Inside Mining Capitalism: The Micropolitics of Work on the Congolese and Zambian Copperbelts, New York, James Currey, 2021, pp. 27-54.
  • [20]
    Ruiz Ballesteros E., Minería y poder. Antropología política en Rio Tinto, Huelva, Diputación provincial de Huelva, 1998.
  • [21]
    Bezuidenhout A., Buhlungu S., “From Compounded to Fragmented Labour. Mineworkers and the Demise of Compounds in South Africa”, Antipode, 2011, vol. 43, n°2, pp. 237-263.
  • [22]
    Rubbers B., Lochery E., op. cit.
  • [23]
    Thébaud-Mony A., « Sous-traitance des risques », in Thébaud-Mony A. (dir.), Travailler peut nuire gravement à votre santé. Sous-traitance des risques, mise en danger d’autrui, atteintes à la dignité, violences physiques et morales, cancers professionnels, Paris, La Découverte, 2008, pp. 83-123.
  • [24]
    Lanzano C., “Sustainability”, op. cit.
  • [25]
    Rajak D., In Good Company. An Anatomy of Corporate Social Responsibility, Standford, Standford University Press, 2011.
  • [26]
    Collado Aguilar M., La guerra civil española en Nerva. El drástico final de un proceso de generación de conciencia de clase, Sarrión, Muñóz Moya Editores, 2016.
  • [27]
    Ruiz Ballesteros E., op. cit., pp. 152 et s.
  • [28]
    Gallego Pajares R., Ruiz Ballesteros E., “Minas de Río Tinto Sociedad Anónima Laboral. Un modelo sociolaboral alternativo para la reactivación de la minería onubense”, TRABAJO. Revista Andaluza de Relaciones Laborales, 2009, n°1, pp. 35-45.
  • [29]
    Elles servent notamment à évaluer l’activité des départements pour augmenter les salaires en fonction de leur productivité. Escalera Reyes J., Ruiz Ballesteros E., “Antropologia i relacions sociolaborals. IAP per al canvi cultural en una empresa d’economia social: Minas de Rio Tinto SAL”, Revista d’etnologia de Catalunya, 2002, n°20, pp. 82-91.
  • [30]
    Communication personnelle avec Alejandro Santos Silva, doctorant en histoire, qui travaille sur l’histoire de la coopérative minière (novembre 2022).
  • [31]
    Il s’agit d’une tendance générale observée dans les grandes centrales syndicales espagnoles qui tendent à valoriser un syndicalisme « de gestion » qui offre des services individualisés (du conseil juridique aux promotions pour des départs en vacances). Wilhelmi G., Sobrevivir a la derrota. Historia del sindicalismo en España, 1975-2004, Madrid, Akal, 2021.
  • [32]
    Kesküla E., Sanchez A., “Everyday Barricades: Bureaucracy and the Affect of Struggle in Trade Unions”, Dialectical Anthropology, vol. 43, n°1, 2019, pp. 109-125.
  • [33]
    Entretien avec un permanent de la section Industrie de Commissions ouvrières Andalousie, octobre 2022.
  • [34]
    Wilhelmi G., op. cit., p. 442.
  • [35]
    À la manière des stratégies de recrutement mises en place lors de l’ouverture de la mine de charbon étudiée par Jessica Rolston, dans laquelle prévaut une hostilité aux syndicats largement partagée. Smith Rolston J., Mining Coal and Undermining Gender: Rhythms of Work and Family in the American West, New Brunswick, New Jersey, 2014.
  • [36]
    Journal de terrain, octobre 2019. Tous les prénoms d’enquêtés sont des pseudonymes.
  • [37]
    À une dizaine de reprises, j’ai fait face au refus ou, plus fréquemment, au silence de personnes avec qui nous avions pourtant convenu d’une rencontre. J’ai aussi constaté l’auto-censure manifeste de certaines qui, une fois le dictaphone en marche, ont tenu des propos ouvertement contradictoires avec ceux tenus hors enregistrement pour éviter de se compromettre.
  • [38]
    Kesküla E., Sanchez A., op. cit., p. 111.
  • [39]
    Musonda J., Pugliese F., “Safety: the Politics of Life in a Neoliberal Labour Regime” in Rubbers B. (ed.), Inside Mining Capitalism: The Micropolitics of Work on the Congolese and Zambian Copperbelts, Suffolk, Rochester, NY, James Currey, 2021, p. 56.
  • [40]
    Entretien avec la directrice du département de Prévention des risques d’Atalaya Mining, février 2022.
  • [41]
    Smith J., “Risky Business: Neoliberalism and Workplace Safety in Wyoming Coal Mines”, Human Organization, vol. 69, n°4, 2010, p. 331-342 ; Kesküla E., “Risky Encounters: the Ritual Prevention of Accidents in the Coal Mines of Kazakhstan” in Pijpers R.J., Eriksen T.H. (eds.), Mining Encounters. Extractive Industries in an Overheated World, Londres, Pluto, 2019, pp. 156-173.
  • [42]
    Kesküla E., op. cit., p. 158.
  • [43]
    Ibid. ; Smith J., op. cit. ; Musonda J. et Pugliese F., op. cit.
  • [44]
    D’après le récit d’un technicien de sécurité dans un cadre informel. Journal de terrain, juin 2022.
  • [45]
    Entretien cité avec la directrice de prévention des risques.
  • [46]
    À mi-chemin entre ces deux logiques, l’enquêtée évoque aussi à trois reprises la collaboration avec les délégués à la prévention des risques professionnels, au nombre de trois, qui sont désignés parmi les membres du Comité d’entreprise. À défaut d’avoir pu aborder la question avec les syndicalistes de l’entreprise (cf. supra), il est difficile d’évaluer exactement la place des syndicalistes dans la construction de la politique de prévention des risques professionnels.
  • [47]
    Au-delà des discours corporatifs sur l’ouverture des « mines du 21e siècle » aux femmes, elles restent très rares à des postes d’ouvriers et sont surtout recrutées à des fonctions d’administration, d’ingénierie ou d’encadrement du personnel ; elles sont une majorité à assurer la fonction de « technicienne de sécurité ».
  • [48]
    Entretien cité.
  • [49]
    Livesey S., Kearins K., “Transparent and Caring Corporations? A Study of Sustainability Reports by The Body Shop and Royal Dutch/Shell”, Organization & Environment, 2002, vol. 15, n°3, pp. 233-258.
  • [50]
    Sur cette question en France, voir : Abdelnour S. et al., Précarité d’emploi et conditions de travail. Expériences de l’emploi et expositions aux risques professionnels des travailleurs intérimaires, des auto-entrepreneur·es et des contractuel·les de la fonction publique, Paris, Ministère du Travail - DARES, 2021.
  • [51]
    Entretien cité avec la directrice du service de prévention des risques.
  • [52]
    Journal de terrain, mars 2022. Pour un constat similaire sur l’intériorisation des contraintes de rentabilité par les travailleurs, voir : Kesküla E., op. cit., p. 120.
  • [53]
    Entretien avec une technicienne de sécurité d’une entreprise sous-traitante, août 2022.
  • [54]
    Foucault M., Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975.
  • [55]
    Journal de terrain, novembre 2021.
  • [56]
    Smith J., op. cit., p. 339.
  • [57]
    À l’époque (février 2022), dans le cadre des restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid-19, le port du masque est obligatoire dans les espaces publics et sur tout lieu de travail.
  • [58]
    Journal de terrain, février 2022.
  • [59]
    Kesküla E., op. cit.
  • [60]
    Journal de terrain, août 2022.
  • [61]
    À la manière, toutes proportions gardées, des textes cachés de la résistance dans des situations autrement plus coercitives : Scott J., La domination et les arts de la résistance. Fragments du discours subalterne, Paris, Éditions Amsterdam, 2009.
  • [62]
    Pialoux M., « Alcool et politique dans l’atelier. Une usine de carrosserie dans la décennie 1980 », Genèses, vol. 7, n°1, 1992, p. 94‑128.
  • [63]
    Journal de terrain, janvier 2022 ; entretien, février 2022.
  • [64]
    Entretien, septembre 2022.
  • [65]
    Journal de terrain, juin 2022 ; entretien, août 2022.
  • [66]
    Li T., “Politics, Interrupted”, Anthropological Theory, vol. 19, n°1, 2019, pp. 29-53.
  • [67]
    Ibid., p. 48.
  • [68]
    Musonda J., Pugliese F., op. cit.
  • [69]
    Li T., op. cit., p. 37.
  • [70]
    L’une concerne un projet d’usine de technosols promu par Atalaya Mining, qui consiste à transformer des déchets industriels et domestiques en sol artificiel pour les travaux de reforestation que devra réaliser la compagnie minière après la fermeture de la mine, et a donné lieu à plusieurs pétitions et réunions publiques. L’autre porte sur l’usage de canons anti-grêle, rendus responsables de la sécheresse, par une entreprise valencienne pour la culture intensive d’agrumes, une activité subventionnée par les pouvoirs publics dans les années 1990 dans le cadre de la reconversion économique des bassins miniers ; deux maires ont exigé des comptes à l’entreprise agro-industrielle.
Français

À l’heure des discours sur les besoins en métaux de la transition énergétique, les entreprises minières prétendent être d’incontournables alliées de la lutte contre le changement climatique. Elles se présentent comme des entreprises soucieuses de la préservation des écosystèmes, de la prévention des risques professionnels et du développement économique des territoires d’implantation. La mine andalouse de Rio Tinto, qui a recommencé à produire du cuivre en 2015, est emblématique de ce tournant. Au-delà des discours de façade sur la « mine durable », l’ethnographie de la mine de Rio Tinto donne à voir les transformations à l’œuvre, notamment concernant la fragmentation et l’individualisation des conditions de travail, parallèlement à l’affaiblissement des structures syndicales. Dans ce contexte, l’article analyse comment l’encadrement des formes d’engagement au travail qui accompagne les promesses de « mine durable » alimente des logiques de (dé)mobilisation oscillant entre l’allégeance et la résistance.

  • syndicats
  • industrie minière
  • écologisation
  • sous-traitance
  • risques professionnels
  • Andalousie

Mots-clés éditeurs : Andalousie, écologisation, industrie minière, risques professionnels, sous-traitance, syndicats


English

“We Are Rio Tinto”: Involvement and Management of the Workforce in a “Sustainable Mine”

Mining companies are seizing on the rhetoric about the need for metals in the energy transition to claim that they are key allies in the fight against climate change. They present themselves as enterprises concerned with the preservation of ecosystems, the prevention of safety hazards and the economic development of the regions in which they operate. The Rio Tinto mine in Andalusia, which resumed copper production in 2015 is emblematic of this shift. Beyond the rhetoric of “sustainable mining”, the ethnography of the Rio Tinto mine reveals the transformations underway, in particular the fragmentation and individualisation of working conditions, and the weakening of trade union structures. In this context, the article analyses how the management of commitment to work that accompanies the promises of “sustainable mining” fuels logics of (dis)mobilisation that oscillate between allegiance and resistance.

  • mining industry
  • greening
  • outsourcing
  • trade unions
  • workplace safety
  • Andalusia

Mots-clés éditeurs : Andalusia, greening, mining industry, outsourcing, trade unions, workplace safety


Date de mise en ligne : 16/02/2024

https://doi.org/10.4000/conflits/24787

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