Interroger la « vie sociale des méthodes » dans les approches critiques de la sécurité : expertise et enquête sur les questions de sécurité européenne
Pages 33 à 57
Citer cet article
- JEANDESBOZ, Julien,
- Jeandesboz, Julien.
- Jeandesboz, J.
https://doi.org/10.4000/conflits.19276
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https://doi.org/10.4000/conflits.19276
Notes
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[1]
Kauppi N., Madsen M.R., « European Integration: Scientific Object or Political Agenda? », Pratiske Grunde, n° 1, 2007, pp. 28-46 ; Robert C., Vauchez A., « L’Académie européenne : Savoirs, experts et savants dans le gouvernement de l’Europe », Politix, vol. 23, n° 89, 2010, pp. 9-34 ; et le numéro de Politix dont cet article est l’introduction (n° 89/2010).
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[2]
Cet article est basé sur une communication intitulée « Terrain vertueux et engagements problématiques : accès et confidentialité des sources et traitement des données en milieu européen », présentée à l’occasion de la journée d’étude La recherche en milieu difficile : situations conflictuelles, régimes autoritaires et systèmes fermés, organisée par le REPI à l’Université Libre de Bruxelles, le 23 avril 2014. L’auteur remercie les organisateurs de la journée, en particulier Simon Tordjman, ainsi qu’Emmanuel-Pierre Guittet et deux évaluateurs anonymes pour leurs précieux commentaires.
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[3]
Nous reprenons ici la désignation du c.a.s.e. collective. Voir : c.a.s.e. collective, « Critical approaches to security in Europe: a networked manifesto », Security Dialogue, vol. 37, n° 4, 2006, pp. 443-487. Voir dans les pages de la revue : Macleod A., « Les approches critiques de la sécurité », Cultures & Conflits, n° 54, 2004, pp. 9-12.
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[4]
Aradau C., Huysmans J., « Critical Methods in International Relations: The politics of techniques, devices and acts », European Journal of International Relations, vol. 20, n° 3, 2014, pp. 596-619 ; Aradau C., Huysmans J., Neal A., Voelkner N. (dir.), Critical Security Methods: New frameworks for analysis, Londres, Routledge, 2015. Sur la « vie sociale des méthodes », voir en particulier le numéro spécial 30(4) de 2013 de la revue Theory, Culture & Society dirigé par Evelyn Ruppert, John Law et Mike Savage.
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[5]
Notamment Steinmetz G. (dir.), The politics of methods in the human sciences: positivism and its epistemological others, Durham, Duke University Press, 2005.
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[6]
Savage M., « The “Social Life of Methods” : A Critical Introduction », Theory, Culture & Society, vol. 30, n° 4, 2013, pp. 3-21.
-
[7]
Par exemple : Mitchell T., The Rule of Experts: Egypt, Techno-politics, Modernity, Berkeley, University of Berkeley Press, 2002.
-
[8]
Par exemple : Mackenzie D., An Engine Not a Camera: How Technology Shapes Financial Markets, Boston, MIT Press, 2008.
-
[9]
Law J., After Method: Mess in social science research, Londres, Routledge, 2004, pp. 104-121.
-
[10]
Ibid., p. 116.
-
[11]
Traduction de la notion de « method assemblage » utilisée par Law.
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[12]
Il faut cependant reconnaître sa cohérence en termes de programme intellectuel et de recherche. Pour une charge contre cette version des STS, voir : Gingras Y., « Un air de radicalisme : sur quelques tendances récentes en sociologie de la science et de la technologie », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 108, 1995, pp. 3-18.
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[13]
Vandenberghe F., « Structures, grandeurs et platitudes dans la nouvelle sociologie française », in Breviglieri M., Lafaye C., Trom D. (dir.), Compétences critiques et sens de la justice, Paris, Economica, 2009, pp. 375-387.
-
[14]
Bourdieu P., « L’objectivation participante », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 150, 2003, pp. 43-58.
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[15]
Voir infra pour des références détaillées.
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[16]
Amiraux V., Céfaï D., « Les risques du métier. Engagements problématiques en sciences sociales », Cultures & Conflits, n° 47, 2002, pp. 5-48. Entendons bien ici qu’à la différence des cas discutés dans l’article d’Amiraux et Céfaï et des contributeurs à leur numéro spécial, le terrain qui sert de point d’appui à cette discussion (les arènes bureaucratiques et politiques européennes, et en particulier des milieux professionnels organisés autour des questions de sécurité, principalement de sécurité intérieure et des frontières) n’implique pas de « situation limite » dans la mesure où il ne met pas en jeu l’intégrité de la personne physique, juridique ou émotionnelle (a priori pour ces deux dernières) de l’enquêteur.
-
[17]
Huysmans J., « Dire et écrire la sécurité : le dilemme normatif des études de sécurité », Cultures & Conflits, n° 31-32, 1998, pp. 177-202.
-
[18]
Bourdieu P., Chamboredon J.-C., Passeron J.-C., Le métier de sociologue, Berlin, Mouton de Gruyter, 2005 (5e édition), p. 12.
-
[19]
CURAPP, Les méthodes au concret, Paris, Presses Universitaires de France, 2000.
-
[20]
Comme l’ont très aimablement souligné les deux évaluateurs anonymes de cet article, qui font partie de ce lectorat. Voir aussi : Bourdieu P., Science de la science et réflexivité, Paris, Raisons d’agir, 2001.
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[21]
Un ouvrage récent consacré aux aspects épistémologiques et méthodologiques de l’enquête en relations internationales présente ainsi la posture réflexive comme l’un des quatre positionnements possibles pour les internationalistes. Voir : Jackson P.T., The Conduct of Inquiry in International Relations, Londres, Routledge, 2011, p. 37 et pour détails pp. 156-187.
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[22]
Pour s’en convaincre, on consultera deux manuels récents ambitionnant de fixer la méthodologie et les méthodes des approches critiques de la sécurité, Shepherd L. J. (dir.), Critical Approaches to Security: An introduction to theories and methods, Londres, Routledge, 2013 ; Salter M., Mutlu C. (dir.), Research Methods in Critical Security Studies, Londres, Routledge, 2012. Voir également la dernière partie de l’article, où cette question est abordée plus en détails.
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[23]
À titre préliminaire, on renverra ici au numéro de la revue Politique européenne sur « Les groupes d’experts dans le gouvernement de l’Union européenne » dirigé par Cécile Robert (n° 32, 2010).
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[24]
Sur le paradigme indiciel, voir : Ginzburg C., « Signes, traces, pistes : Racines d’un paradigme de l’indice », Le Débat, n° 6, 1980, pp. 3-44.
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[25]
Ce que proposent, a contrario, les travaux sur la sociologie de l’expertise européenne consacrés à cette thématique, voir notamment : Douillet A.-C., de Maillard J., « Les comités d’experts, une ressource institutionnelle pas toujours maîtrisée : le cas de la DG Justice, liberté, sécurité », Politique européenne, n° 32, 2010, pp. 77-98. Plus généralement sur la JAI, voir : Monar J., « Cooperation in the Justice and Home Affairs Domain: Characteristics, Constraints and Progress », Journal of European Integration, vol. 28, n° 5, 2006, pp. 495-509.
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[26]
Par exemple : Bigo D., Tsoukala A. (dir.), Terror, Insecurity and Liberty: Illiberal practices of liberal regimes after 9/11, Londres, Routledge, 2008 ; Huysmans J., Security Unbound: Enacting democratic limits, Londres, Routledge, 2014.
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[27]
Dezalay Y., Madsen M.R., « La construction européenne au carrefour du national et de l’international », in Cohen A., Lacroix B., Riutort P. (dir.), Les formes de l’activité politique, Paris, Presses Universitaires de France, 2006, pp. 277-296. Son principal emplacement géographique est le Quartier européen, et notamment les rue et place du Luxembourg, où se trouvent respectivement les locaux de la DG Migration et affaires intérieures (DG Home)
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[28]
Davidshofer S., Jeandesboz J., Ragazzi F., « Technology and security practices: Situating the technological imperative », in Basaran T., Bigo D., Guittet E.-P. et R.B.J. Walker (dir.), International Political Sociology: Transversal lines, Londres, Routledge, 2016, à paraître.
-
[29]
Au sens d’individus et de groupes occupant des positions socialement dominantes, voir le numéro spécial consacré aux « Élites transnationales » par la revue Cultures & Conflits, n° 98, 2015.
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[30]
Bigo D., « Internal and External Aspects of Security », European Security, vol. 15, n° 4, 2006, pp. 385-404.
-
[31]
Martin-Mazé M., « L’extension transnationale du domaine de la lutte symbolique : comment les savoirs d’État sur les frontières passent-ils les frontières d’État ? », Cultures & Conflits, n° 98, 2015, pp. 53-70.
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[32]
Dont le rôle est souligné par exemple dans : Sheptycki J., En quête de police transnationale : vers une sociologie de la surveillance à l’ère de la mondialisation, Bruxelles, Larcier, 2005.
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[33]
Bigo D., Polices en réseaux : l’expérience européenne, Paris, Presses de Sciences Po, 1996.
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[34]
Comme le rappellent les acteurs eux-mêmes, Europol ou Frontex ne sont pas, respectivement, une police criminelle et une police aux frontières européennes, mais plutôt des lieux de coordination, de collecte, de dissémination et d’analyse d’informations. Voir par exemple le numéro « Union européenne et sécurité intérieure » de Politique européenne coordonné par Jacques de Maillard et Andy Smith (n° 23, 2007).
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[35]
Cette pré-notion informe notamment les études de sécurité mainstream. L’enjeu de la sécurité est la survie de l’État, ce qui lui conférerait ce statut particulier. Elle fait aussi débat dans les approches critiques de la sécurité, où elle renvoie à la question de l’exception. Voir c.a.s.e. collective, « Critical approaches to security in Europe », op. cit. ; Huysmans J., « Minding Exceptions: The Politics of Insecurity and Liberal Democracy », Contemporary Political Theory, vol. 3, n° 4, 2004, pp. 321-341.
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[36]
Robert C., « Les dispositifs d’expertise dans la construction européenne des politiques publiques », Éducation et Sociétés, n° 29, 2012, pp. 57-70, voir p. 57 et p. 61.
-
[37]
Eymeri-Douzans, J.-M., « Ce que faire l’expert pour la Commission européenne veut dire : Essai d’auto-analyse d’une trajectoire de socialisation », in Michel H., Robert C. (dir.), La fabrique des « Européens » : Processus de socialisation et construction européenne, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2010, pp. 287-312.
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[38]
Ce sont ces études qui constituent aujourd’hui l’essentiel de l’activité qui est considérée par mes interlocuteurs comme relevant de l’expertise. J’ai participé à treize d’entre elles, publiées entre 2008 et 2016, dans des équipes comprenant entre deux et sept participants, et présenté les résultats par deux fois en personne devant la commission LIBE.
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[39]
Pour un cas d’étude de « groupe d’experts » JAI, voir Douillet A.-C., de Maillard J., « Les comités d’experts, une ressource institutionnelle pas toujours maîtrisée », op. cit.
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[40]
Le 7e PCRD introduit en 2007 un « thème sécurité », perpétué dans Horizon 2020 par le thème « Des sociétés sûres ».
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[41]
Robert C., « Who are the European experts? Profiles, trajectories and expert “careers” of the European Commission », French Politics, vol. 8, n° 3, 2010, pp. 248-274.
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[42]
Le projet « frontières intelligentes » envisage la création d’un système européen d’enregistrement des entrées et sorties de l’espace Schengen pour toutes les personnes ne disposant pas d’un passeport européen, qu’elles soient ou non soumises à l’obligation de visa. Pour détails, voir : Jeandesboz J., « Smartening border security in the European Union: An associational inquiry », Security Dialogue, 2016, doi : 10.1177/0967010616650226 (pré-publication en ligne). Pour le texte de l’étude, voir : Bigo D., Carrera S., Hernanz N., Jeandesboz J., Evaluating current and forthcoming proposals on JHA databases and a smart borders system at EU external borders, Bruxelles, Parlement européen, 2012, PE 462.153.
-
[43]
Jeandesboz J., Bigo D., Hayes B., Simon, S., The Commission’s legislative proposals on smart borders: their feasibility and costs, Bruxelles, Parlement européen, 2013, PE 493.026.
-
[44]
European Commission, Technical Study on Smart Borders, Bruxelles, Directorate-General for Home Affairs (written by PwC), 2014.
-
[45]
Robert C., Vauchez A., « L’Académie européenne », op. cit., p. 11.
-
[46]
Ibid. Voir également Robert C., « Who are the European experts? », op. cit.
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[47]
Par exemple, une note sur le crime organisé et la protection de la vie privée dans le contexte de l’« informatique en nuage ». Voir : Bigo D., Carrera, C., Bowden C., Jeandesboz J., Scherrer A., Fighting Crime and Protecting Privacy in the Cloud, Bruxelles, Parlement européen, 2012, PE 462.509.
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[48]
L’absence de profils suffisamment précis peut ainsi venir justifier le refus d’attribution d’une étude. Une proposition récente du Centre d’études sur les conflits pour une évaluation de la politique de contre-terrorisme de l’UE a ainsi été écartée par l’administration du Parlement européen, qui note entre autres que « même si les chercheurs [de l’équipe proposée] détiennent clairement une expertise pertinente (sur la JAI en général et sur les questions de sécurité), il n’est pas possible d’identifier une expertise de pointe [cutting edge] en matière de contre-terrorisme » (correspondance électronique avec la DG IPOL du Parlement européen, juillet 2016, traduction de l’auteur).
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[49]
Selon l’expression de : Laurens S., Les courtiers du capitalisme : Milieux d’affaires et bureaucrates à Bruxelles, Marseille, Agone, 2015.
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[50]
Bourdieu P., « L’objectivation participante », op. cit., p. 44.
-
[51]
Ibid., pp. 44-45.
-
[52]
Robert C., « Les groupes d’experts dans le gouvernement de l’Union européenne », op. cit., p. 11.
-
[53]
Sauf indication contraire, tous les extraits de contributions universitaires, de documents, de discussions et d’entretiens inclus ci-dessous sont traduits de l’anglais par l’auteur.
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[54]
Plate-forme pour la coopération internationale sur les Sans-papiers.
-
[55]
Un enregistrement vidéo de cette séance est disponible sur le site du Parlement européen, à l’adresse suivante : http://www.europarl.europa.eu/ep-live/en/committees/video?event=20130321-0900-COMMITTEE-LIBE.
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[56]
« Parties intéressées ». Le terme anglais est utilisé ici et dans le reste de l’article parce qu’il fait partie du bagage sémantique commun du quartier européen de Bruxelles, et mobilisé indépendamment de la langue d’interaction (au minimum en anglais, espagnol, français et italien à la connaissance de l’auteur).
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[57]
Pour une analyse partielle de ces argumentaires, voir : Jeandesboz J., « Justifying EU border control », in Bossong R., Carrapiço H. (dir.), EU Borders and Shifting Internal Security : Technology, Externalization and Accountability, Londres, Springer, 2016, pp. 221-238, en particulier pp. 233-235.
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[58]
Le fait que cette situation implique des officiels de la Commission européenne et des acteurs qu’ils désignent, de manière relativement arbitraire, comme stakeholders de la société civile, renvoie aux conclusions d’Hélène Michel sur les jeux de représentation et de mobilisation qui donnent naissance à cette catégorie politique aux contours flous. Voir : Michel H., « La “société civile” dans la “gouvernance européenne” : éléments pour une sociologie d’une catégorie politique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 166-167, 2007, pp. 30-37.
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[59]
Bourdieu P., « Comprendre », in Bourdieu P. (dir.), La misère du monde, Paris, Éditions du Seuil, 1993, p. 1391 (italiques d’origine).
-
[60]
Ibid., p. 1398.
-
[61]
Au moment d’écrire ces lignes, les bases de données en question incluent une partie du système d’information Schengen (SIS), la base de données dactylographiques des demandeurs d’asile Eurodac, et le système d’information sur les visas (VIS). Sur ce point et sur l’unité C/3, voir Jeandesboz J., « Smartening border security in the European Union », op. cit., p. 10. Une partie des responsabilités exercées par l’ancienne unité B/3 (gestion technique des bases de données existantes et développement de nouveaux systèmes) est désormais assurée par l’agence eu-LISA (Agence européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d’information à grande échelle au sein de l’espace de liberté, de sécurité et de justice).
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[62]
Robert C., « Who are the European experts? », op. cit., pp. 260-262.
-
[63]
Société pour l’attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet.
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[64]
Kuus M., « Foreign Policy and Ethnography: A Sceptical Intervention », Geopolitics, vol. 18, n° 1, 2013, pp. 115-131.
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[65]
Voir aussi : Robert C., Vauchez A., « L’Académie européenne », op. cit.
-
[66]
Nader L., « Up the Anthropologist – Perspectives Gained From Studying Up », in Dell H. (dir.), Reinventing Anthropology, New York, Pantheon Books, 1972, pp. 284-311 ; Gusterson H., « Studying Up Revisited », PolAR, vol. 20, n° 1, 1997, pp. 114-119.
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[67]
Chez les internationalistes, on parle ainsi encore de l’ethnographie comme un « tournant » disciplinaire et controversé : Vrasti W., « The Strange Case of Ethnography and International Relations », Millennium, vol. 37, n° 2, 2008, pp. 279-301.
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[68]
Témoin de cette marginalité, la publication très récente d’un article dans le Journal of Common Market Studies annonçant le « tournant [vers la] pratique » (practice turn) des études européennes comme un agenda de recherche à ouvrir par le biais de l’ethnographie notamment, où l’on plaide pour le « travail de terrain ethnographique […] non pas forcément de long terme, mais qui peut impliquer de passer plus de temps par exemple à Bruxelles que l’on y passerait normalement pour un entretien qualitatif standard ». Voir : Adler-Nissen R., « Towards a Practice Turn in EU Studies: The Everyday of European Integration », Journal of Common Market Studies, vol. 54, n° 1, 2016, p. 97 (traduction de l’auteur).
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[69]
Les extraits sont tirés de l’introduction à l’ouvrage récent d’Ursula Schroeder (pp. 2-3), mais l’on retrouve des termes similaires dans nombre d’ouvrages et d’articles publiés dans cette veine. Voir : Schroeder U. C., The Organization of European Security Governance: Internal and External Security in Transition, Londres, Routledge, 2011, notamment pp. 1-9. Voir également : Kirchner E.J., « The Challenge of European Union Security Governance », Journal of Common Market Studies, vol. 44, n° 5, 2006, pp. 947-968 ; Kirchner E. J., Sperling J. A., EU security governance, Manchester, Manchester University Press, 2007 ; Wagnsson C., Sperling J. A., Hallenberg J. (dir.), European Security Governance: The European Union in a Westphalian world, Londres, Routledge, 2009. La focale sur les mécanismes institutionnels et organisationnels, c’est-à-dire l’aspect « gouvernance » de la discussion, fait d’ailleurs l’objet d’un débat au sein même de cette littérature. Certains contributeurs considèrent en effet nécessaire d’introduire une réflexion plus poussée sur la notion de « sécurité », reprenant et réitérant en fait une discussion familière pour les approches critiques de la sécurité. Voir : Christou G., Croft S., Ceccorulli M., Lucarelli S., « European Union security governance: putting the “security” back in », European Security, vol. 19, n° 3, 2010, pp. 341-359.
-
[70]
Hooghe L., Marks G., Multi-level governance and European integration, Lanham, Rowman & Littlefield, 2001. Pour une analyse conceptuelle plus poussée de la littérature, voir : Piattoni S., « Multi-level Governance: A Historical and Conceptual Analysis », Journal of European Integration, vol. 31, n° 2, 2009, pp. 163-180.
-
[71]
Voir par exemple : Kohler-Koch B., Rittberger, B., « The “Governance Turn” in EU Studies », Journal of Common Market Studies, vol. 44, Annual Review, 2006, pp. 27-49.
-
[72]
Sur la « concomitance » entre la réflexion sur et l’usage du terme de gouvernance au sein des institutions européennes et le développement d’une littérature scientifique centrée autour de ce terme, voir Georgakakis D., « Gouvernance et “nouvelle gouvernance européenne” : de la critique d’un concept à l’analyse de ses usages politiques », in Georgakakis D. (dir.), La « nouvelle gouvernance européenne » : Genèses et usages politiques d’un livre blanc, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2007, pp. 9-48.
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[73]
Commission européenne, Le programme européen en matière de sécurité, Bruxelles, 28 avril 2015, COM(2015) 185 final.
-
[74]
Il est parfois possible, à la lecture du document de référence qui accompagne les appels à candidature (terms of reference, ToR), de déterminer la provenance des requêtes – si les ToR insistent sur l’importance d’un rapport ou d’une motion particulière du Parlement, par exemple. Occasionnellement, par le biais des entretiens ou des discussions informelles avec le personnel du Parlement, il est aussi possible de déterminer de quelle aile politique vient la demande d’expertise, mais cela n’est jamais communiqué formellement au nom de la neutralité et du désintéressement supposé de l’expertise (voir Robert C., « Les groupes d’experts dans le gouvernement de l’Union européenne », op. cit., p. 24, pour le détail de la rhétorique qui entoure la justification du recours à l’expertise).
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[75]
Séance de 14 :00-15 :00 du 10 décembre 2015, salle Joszef Antall. Un enregistrement vidéo de cette séance est disponible sur le site du Parlement européen : http://www.europarl.europa.eu/ep-live/en/committees/video?event=20151210-1400-COMMITTEE-LIBE (dernière consultation mars 2016).
-
[76]
La séance se déroulant un jeudi après-midi, la majeure partie des membres du comité étaient effectivement absents, pour la plupart de retour dans leurs circonscriptions. Notes de terrain, Bruxelles, décembre 2015.
-
[77]
Le SIS II et le VIS ont mis plus de dix ans à être déployés, à partir de la date à laquelle la décision sur leur mise en œuvre technique fut adoptée. Les relations entre la Commission européenne et les entreprises privées chargées du développement de ces systèmes, ainsi que l’absence de ligne directrice politique claire quant à leurs objectifs, sont généralement identifiées comme centrales pour expliquer ces délais. Pour des éclaircissements sur le SIS II notamment, voir : Parkin J., The Difficult Road to the Schengen Information System II, Bruxelles, CEPS, avril 2011.
-
[78]
Entretien, eu-LISA, Bruxelles, octobre 2013.
-
[79]
Idem .
-
[80]
Notes de terrain, La Haye, Europol, septembre 2015.
-
[81]
Dans la structure d’Europol, un « point focal » est un nœud organisationnel qui permet de distribuer les ressources (humaines, matérielles, informationnelles) de l’agence.
-
[82]
Entretien, secrétariat LIBE, Parlement européen, Bruxelles, avril 2011. Entretien en français.
-
[83]
Notes de terrain, Bruxelles, novembre 2015. Conversations (en français) préliminaires à la réalisations d’entretiens pour le documentaire « Frontières : La Grande Illusion » (diffusé sur Canal + le 28 mars 2016) et pour le magazine d’actualité sociale Alter Echos.
-
[84]
Huysmans J., « Dire et écrire la sécurité », op. cit.
-
[85]
Ibid., p. 178.
-
[86]
C’est notamment autour de la question du traitement politique et bureaucratique de l’immigration que cet argument a vu le jour. Voir : Bigo D., « Sécurité et immigration : vers une gouvernementalité par l’inquiétude ? », Cultures & Conflits, n° 31-32, 1998, pp. 13-38 ; Huysmans J., « The European Union and the Securitization of Migration », Journal of Common Market Studies, vol. 38, n° 5, 2000, pp. 751-777.
-
[87]
Jeandesboz J., « Putting security in its place: EU security politics, the European neighbourhood policy and the case for practical reflexivity », Journal of International Relations and Development, 2016, doi : 10.1057/jird.2015.11 (pré-publication en ligne), p. 4.
-
[88]
Par exemple : Balzacq T., « The Three Faces of Securitization: Political Agency, Audience and Context », European Journal of International Relations, vol. 11, n° 2, 2005, pp. 171-201 ; McDonald M., « Securitization and the construction of security », European Journal of International Relations, vol. 14, n° 4, 2008, pp. 563-587.
-
[89]
Par exemple : Aradau C., van Munster R. « Governing Terrorism Through Risk: Taking Precautions, (un)Knowing the Future », European Journal of International Relations, vol. 13, n° 1, 2007, pp. 89-115.
-
[90]
Jeandesboz J., « Putting security in its place », op. cit., p. 5.
-
[91]
Buzan B., Hansen L., The Evolution of International Security Studies, Cambridge, Cambridge University Press, 2009 ; Huysmans J., « Revisiting Copenhagen: Or, On the Creative Development of a Security Studies Agenda in Europe », European Journal of International Relations, vol. 4, n° 4, 1998, pp. 479-505.
-
[92]
Pour une étude sur le concept d’état « failli », voir Bueger C., Bethke F., « Actor-Networking the “Failed State” – An Enquiry into the Life of Concepts », Journal of International Relations and Development, vol. 17, n° 1, 2014, pp. 30-60. Pour une réflexion à large spectre sur le rapport entre science et sécurité, voir : Villumsen T., « Science and Securitization: Objectivation, the Authority of the Speaker and Mobilization of Scientific Facts », Security Dialogue, vol. 42, n° 4-5, 2011, pp. 385-397.
-
[93]
Jeandesboz J., « Putting security in its place », op. cit.
-
[94]
Aradau C., Huysmans J., « Critical methods in International Relations », op. cit., p. 598.
-
[95]
Aradau C., Huysmans J., Neal A., Voelkner N., « Introducing critical security methods », in Aradau C., Huysmans J. et al. (dir.), Critical security methods, op. cit., p. 3.
-
[96]
Aradau C., Huysmans J., « Critical methods in International Relations », op. cit., p. 603.
-
[97]
Ibid, p. 609.
-
[98]
Idem.
-
[99]
Shepherd L.J. (dir.), Critical Approaches to Security, op. cit. ; Salter M., Mutlu C. (dir.), Research Methods in Critical Security Studies, op. cit.
-
[100]
Aradau C., Huysmans J. et al., « Introducing critical security methods », op. cit., p. 7.
-
[101]
L’argument de la systématicité d’une telle démarche est développée en relations internationales par Kratochwil et Friedrichs autour de la notion d’« abduction ». Friedrichs J., Kratochwil F., « On Acting and Knowing: How Pragmatism Can Advance International Relations Research and Methodology », International Organization, vol. 63, n° 4, 2009, pp. 701-731.
-
[102]
Aradau C., Huysmans J. et al., « Introducing critical security methods », op. cit., p. 11. Sur la statistique et la formation des États, voir Desrosières A., La politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique, Paris, La découverte, 2010. Sur les méthodes ethnographiques et la « guerre au terrorisme », voir par exemple : Gusterson H., « Anthropology and militarism », Annual Review of Anthropology, vol. 36, n° 1, 2007, pp. 155-175.
Une promiscuité grandissante s’installe entre les chercheurs d’une part, les experts, les bureaucraties privées et publiques impliquées dans la conduite des politiques de sécurité de l’Union européenne (UE) d’autre part. Dans le cadre de la mise en perspective plus générale des discussions sur la méthodologie parmi les approches critiques de la sécurité proposée par le numéro, cet article tire profit de l’appropriation de la « vie sociale des méthodes » par les études critiques de sécurité pour ouvrir deux chantiers de réflexion imbriqués. Le premier interroge la promiscuité et l’enrôlement des chercheurs en sciences humaines, politiques et sociales dans les politiques européennes de sécurité non pas seulement comme limite des recherches ainsi menées, mais comme méthode spécifique d’accès et d’analyse. C’est ici plus précisément l’identification du chercheur comme « expert » à divers titres par les agents des arènes gouvernementales européennes qui est en discussion, et l’expertise comme méthode de recherche, entendue comme méthode d’accès spécifique et d’analyse. Le second chantier ouvert dans cet article consiste donc à interroger, plutôt qu’à adopter sans réserves, l’appropriation de la « vie sociale des méthodes » dans la recherche critique sur la sécurité. Cette appropriation se doit en particulier d’éviter de discourir sur et de la méthode en tant que telle, et traiter des méthodes au concret.
- expertise
- méthodes
- réflexivité
- sécurité européenne
Mots-clés éditeurs : expertise, méthodes, réflexivité, sécurité européenne
Interrogating the “social life of methods” in critical approaches to security
Research on the security politics of the European Union is becoming increasingly abundant. To further the aims of this special issue on methodology among critical approaches to security, this article draws on the appropriation by this scholarship of the “social life of methods” debate to open two related lines of investigation. First, the article examines the inscription of researchers into European security politics not only as a limit to research, but as a method of access and analysis. The article looks particularly at the identification of researchers as “experts” by EU practitioners, and at expertise as method. The second line of investigation and reflection concerns the limits inherent to the way in which critical scholarship on security has appropriated the “social life of methods” discussion. The article argues that this is an opportunity to engage with methods in relation to concrete research endeavors, rather than to stage a theoretical discussion on methods.
- expertise
- methods
- reflexivity
- EU security
Mots-clés éditeurs : EU security, expertise, methods, reflexivity