Article de revue

La littérature et la folie

Pages 965 à 981

Citer cet article


  • Une conférence inédite de Foucault, M.
(2016). La littérature et la folie. Critique, 835(12), 965-981. https://doi.org/10.3917/criti.835.0965.

  • Une conférence inédite de Foucault, Michel.
« La littérature et la folie ». Critique, 2016/12 n° 835, 2016. p.965-981. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-critique-2016-12-page-965?lang=fr.

  • Une conférence inédite de FOUCAULT, Michel,
2016. La littérature et la folie. Critique, 2016/12 n° 835, p.965-981. DOI : 10.3917/criti.835.0965. URL : https://shs.cairn.info/revue-critique-2016-12-page-965?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/criti.835.0965


Notes

  • [1]
    F. Dostoïevski, Le Double, dans Récits, chroniques et polémiques, trad. G. Aucouturier, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2006, p. 1-172.
  • [2]
    F. Dostoïevski, L’ Idiot, trad. A. Mousset, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1995.
  • [3]
    G. de Maupassant, Le Horla, dans Contes et nouvelles, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. II, 2013, p. 822-830 (première version) et p. 913-938 (deuxième version).
  • [4]
    R. L. Stevenson, L’ Étrange cas du docteur Jekyll et de Mr Hyde, trad. J.-P. Naugrette, Paris, Le livre de poche, coll. « Libretti », 2000.
  • [5]
    Érasme, Éloge de la folie, trad. P. de Nolhac, Paris, Flammarion, 1964.
  • [6]
    M. de Cervantès, Don Quichotte, trad. C. Allaigre, J. Canavaggio et M. Moner, dans Œuvres romanesques complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. I, 2001, p. 385-1428.
  • [7]
    D. Diderot, Le Neveu de Rameau, dans Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1951, p. 395-474.
  • [8]
    J. de Rotrou, L’ Hypocondriaque ou le Mort amoureux, Paris, Toussaincts du Bray, 1631.
  • [9]
    Dans la marge, ajouté au stylo bille :
    « Elle dessine de l’extérieur l’espace
    l’espace tragique »
  • [10]
    Pichou, Les Folies de Cardenio, Paris, François Targa, 1630.
  • [11]
    La Tragédie mahométiste, Rouen, Abraham Couturier, 1612.
  • [12]
    A. Artaud, « Correspondance avec Jacques Rivière » [1923-1924], dans Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2004, p. 69-83.
  • [13]
    A. Artaud, « Le théâtre Alfred Jarry et l’hostilité publique » [1930], dans Œuvres, op. cit., p. 227.
  • [14]
    Ibid.
  • [15]
    Ibid.
  • [16]
    A. Artaud, « Théâtre Alfred Jarry, première année – saison 1926-1927 », dans Œuvres, op. cit., p. 230.
  • [17]
    A. Artaud, « Le théâtre de la cruauté », dans Pour en finir avec le jugement de dieu, Paris, Gallimard, 2014, p. 168.
  • [18]
    A. Artaud, « Manifeste pour un théâtre avorté » [1926], dans Œuvres, op. cit., p. 233.
  • [19]
    A. Artaud, « Le théâtre Alfred Jarry », dans Œuvres, op. cit., p. 228.
  • [20]
    Rayé : « théâtre », remplacé par « spectateur ». D’après la suite, il est vraisemblable que Foucault a voulu dire « spectacle ».
  • [21]
    A. Artaud, « Les Nouvelles Révélations de l’Être », dans Œuvres, op. cit., p. 787-788.
  • [22]
    En bas de la page, ajouté au stylo bille :
    « 1) C’est l’image de sa folie
    2) mais en même temps c’est un théâtre impossible
    • non parce que c’est un fou
    • mais parce qu’il s’agit de la représentation de la littérature dans son essence :
      • un langage originaire plus périlleux que les mots
      • un pouvoir magique
      • sacré et religieux. »
  • [23]
    Paragraphe rayé au stylo bille.
  • [24]
    Renvoi à un passage ajouté au stylo bille en bas du feuillet 24 :
    « D’abord par antipsychologisme.
    Des hommes raisonnables et ne sachant rien sur la folie, et sur le fou faisant du fond de sa folie une théorie du théâtre, pourraient faire fonctionner la folie de façon semblable dans le langage.
    C’est-à-dire que la folie n’est pas un thème culturel indifférent et variable ; ce n’est pas une expérience individuelle transposée dans la littérature. C’est une fonction autonome et constante du langage à l’égard de lui-même
    • comme la critique
    • comme la mort
    que la psychologie ne peut venir éclairer. »
    (Roussel)
  • [25]
    Conjecture ; mot illisible.
  • [26]
    Conjecture ; mot illisible.
  • [27]
    Emplacement des feuillets dans la boîte 57 :
    • 1-16 : dossier 7
    • 17-18 : dossier 1
    • 19-22 : dossier 7
    • 23-30 : dossier 1

[1] Il n’y a pas de société sans folie. Non pas que la folie soit inévitable, qu’elle soit une nécessité de nature, mais plutôt parce qu’il n’y a pas de culture sans partage. Je veux dire qu’une culture ne se distingue pas simplement par rapport aux autres (en face, contre les autres), mais qu’à l’intérieur de son espace, de son domaine propre, toute culture établit des limites.
Je ne pense pas simplement à celle du permis et du défendu, du bien et du mal, du sacré et du profane. Je pense à cette limite obscure, indécise, mais constante qui passe entre les fous et ceux qui ne le sont pas.
[2] Or cette limite, par où passe-t-elle, et qui concerne-t-elle ?
Les sociologues et ethnologues ont une réponse simple, et qui va de soi : les fous, ce sont les inadaptés, les déviants, ceux qui n’agissent pas comme tout le monde.
Cette réponse est fort commode : il est dommage qu’elle soit profondément insuffisante. Et qu’elle ne rende aucun compte du caractère toujours très singulier, très différencié des mesures par lesquelles une culture définit la folie.
Si la réponse des sociologues était vraie, la folie serait une variété plus ou moins atténuée, plus ou moins bizarre du crime. En fait, il est vrai que la folie est fort souvent associée à des conduites de culpabilité et de culpabilisation. Mais il n’y a pas de société, aussi primitive qu’elle soit, qui ne distingue avec la plus grande méticulosité les [3] fous des criminels. La désignation des fous est toujours une fonction sociale spécifique…


Date de mise en ligne : 03/01/2017

https://doi.org/10.3917/criti.835.0965

Cet article est en accès conditionnel

Acheter cet article

4,00 €

17 pages format électronique (HTML et PDF)
Membre d'une institution cliente ?