Article de revue

Éditorial

La contribution au champ CCA : une condition nécessaire à la publication

Pages 5 à 7

Citer cet article


  • Capkun, V.,
  • Deville, A.
  • et Martinez, I.
(2016). La contribution au champ CCA : une condition nécessaire à la publication. Comptabilité Contrôle Audit, Tome 22(3), 5-7. https://doi.org/10.3917/cca.223.0005.

  • Capkun, Vedran.,
  • et al.
« La contribution au champ CCA : une condition nécessaire à la publication ». Comptabilité Contrôle Audit, 2016/3 Tome 22, 2016. p.5-7. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2016-3-page-5?lang=fr.

  • CAPKUN, Vedran,
  • DEVILLE, Aude
  • et MARTINEZ, Isabelle,
2016. La contribution au champ CCA : une condition nécessaire à la publication. Comptabilité Contrôle Audit, 2016/3 Tome 22, p.5-7. DOI : 10.3917/cca.223.0005. URL : https://shs.cairn.info/revue-comptabilite-controle-audit-2016-3-page-5?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cca.223.0005


1La question de la contribution est centrale du point de vue l’auteur, de l’évaluateur, du rédacteur, du lecteur, de la communauté dans son ensemble. Un papier académique par nature et par essence se doit de « contribuer à ». C’est sur ce point que toute la connaissance, l’expérience et l’expertise, l’exigence, et la rigueur du chercheur se mobilisent et se mettent en œuvre. Il existe des débats concernant son évaluation notamment en ce qui concerne les indices permettant d’estimer la contribution d’un chercheur, d’une institution, d’un champ (p. ex. Mingers, 2009).

2Selon la politique éditoriale telle que définie par nos prédécesseurs, « CCA a vocation à publier, en langue française ou en langue anglaise, des articles de recherche ou de réflexion originaux abordant à titre principal une thématique de comptabilité financière, comptabilité de gestion, contrôle de gestion, ou audit. Défendant l’idée selon laquelle la diversité est une source de richesses dans le développement des connaissances, la revue est ouverte à une grande variété d’approches (positives, normatives, historiques, critiques, sociologiques, etc.), et de méthodologies (quantitatives, qualitatives, expérimentales, sur bases de données, études de terrain, etc.), sous réserve que ces approches/méthodologies soient mises en œuvre de manière rigoureuse, cette rigueur étant évaluée selon les critères de qualité en vigueur dans le paradigme spécifique dans lequel se situe chaque soumission » (Berland et al., 2012b).

3Une telle politique éditoriale positionne, à raison, la revue CCA, parmi les meilleures (selon les classements CNRS ou FNEGE), prête à publier des articles qui examinent tous les sujets de comptabilité (au sens large) et qui utilisent toutes les méthodes, pour autant que ces articles soient contributifs et novateurs. Mais, qu’est-ce qu’une contribution scientifique en CCA ? « La contribution d’un article de recherche peut s’entendre comme l’apport que l’article fournit aux connaissances déjà acquises sur un sujet donné » (Berland et al., 2012a). Mais définir ce qu’est une contribution scientifique de manière générale n’est pas chose aisée tant les ingrédients sont variés. Sans en faire une liste exhaustive, la contribution d’un article peut émerger de la question de recherche, du contexte analysé, des données collectées, de la méthode mobilisée ou des résultats. Elle peut être théorique ou empirique.

4Selon Whetten (1989), la question de la nouveauté est primordiale pour identifier une contribution. Qu’apprend-on qu’on ne savait déjà ? Aussi, les articles qui traitent d’une nouvelle question de recherche présentent un fort potentiel de publication. Mais il s’agit là d’un exercice difficile et l’insuffisance d’idées nouvelles est souvent à l’origine de la décision de rejet par les éditeurs de revues. Mais, la nouveauté d’une soumission ne peut se résumer à la question de recherche. Elle peut également venir de l’examen d’un contexte institutionnel nouveau et/ou de données originales. Il existe en effet des événements qui sont uniques et qui justifient d’être analysés simplement par leur taille ou leur importance (par exemple le Brexit ou l’adoption des normes IFRS). L’accès à de nouvelles données peut également s’avérer très contributif au sens où ces données peuvent permettre une meilleure mesure des phénomènes étudiés (par exemple bases de données sur Linkedin ou encore sur l’audit qui sont devenues disponibles récemment). Au final, l’analyse d’un contexte spécifique combiné à de nouvelles données favorise la triangulation des sources pour une meilleure compréhension/explication des phénomènes étudiés.

5La contribution d’un article peut également émerger de l’utilisation de nouvelles méthodes de recherche (en CCA il peut s’agir par exemple de l’analyse textuelle ou de la modélisation par les équations structurelles). En outre, une même question de recherche peut être analysée à la lumière d’une combinaison de méthodologies qui s’enrichissent mutuellement. Par exemple, une étude qualitative ou une étude expérimentale combinée à une étude quantitative permettra de pallier les problèmes respectifs de validité externe et interne. En effet, une étude expérimentale a généralement plus de validité interne qu’une étude empirique mais affiche une validité externe inférieure. Les deux sont systématiquement dominées en termes de validité interne par une étude qualitative qui aboutit à une analyse plus approfondie de l’objet de recherche.

6Enfin, un article peut s’avérer contributif du point de vue des résultats obtenus. Si ces derniers apportent de nouvelles réponses et éclairages à des questions déjà abordées, ils contribuent aux connaissances déjà acquises sur un sujet et à faire avancer de manière incrémentale la science, principe cher à Karl Popper. Pour Dumez (2011), « tout savoir scientifique est provisoire et doit être un jour ou l’autre remis en cause ». Pour autant, les résultats n’ont pas nécessairement besoin d’être significatifs du moment que l’absence de ces résultats est expliquée et analysée. En d’autres termes, un non résultat est déjà un résultat en soi.

7À partir d’une analyse de la littérature en management stratégique, Corley et Gioia (2011) proposent une classification des contributions basée sur deux dimensions : l’originalité et l’utilité. L’originalité peut être issue d’un argument incrémental ou révélateur. Quant à l’utilité, elle peut être académique ou pratique. Lorsque le papier soumis parvient à développer une contribution issue d’un argument fondé sur la révélation et avec une utilité académique, il a toutes les chances d’être publié. En revanche, pour les articles avec une originalité incrémentale et une utilité académique ou ceux fondés sur un argument révélateur et une utilité pratique, Corley et Gioia (2011 : p 18) parlent de « challenge ». Ce challenge renvoie à des révisions majeures et des développements complémentaires dont le but est de convaincre les évaluateurs et l’éditeur. Ces derniers sont en effet des plus sceptiques au sujet de la publication et considèrent que la soumission a toutes les chances d’être rejetée. Corley et Gioia (2011) évoquent la question du positionnement d’un article et de son avantage concurrentiel. Il est très important de clarifier ce positionnement dès l’introduction du papier pour valoriser au plus tôt la ou les contributions qui y sont défendues.

8La contribution au champ CCA est donc une condition nécessaire de publication dans notre revue. Néanmoins, comme nous l’avons souligné, celle-ci peut être singulière ou multiple au sein d’un même papier et revêtir des formes différentes. Elles sont toutes considérées et chacune permet d’évaluer et de valoriser le travail de recherche effectué.

Références

  • Berland N., Stolowy, H., Piot, C., Éditorial. Qu’est-ce qu’une « bonne » contribution ?, Comptabilité – Contrôle – Audit, 2012, 18 (2), 3-6.
  • Berland N., Stolowy, H., Piot, C., Éditorial. De la politique éditoriale de CCA, Comptabilité – Contrôle – Audit, 2012, 18 (3), 3-9.
  • Corley K.C., Gioia D.A., Building theory about theory building: what constitutes theorical contribution?, Academy of Management Review, 2011, 36(1), 12-32.
  • Dumez H., Faire une revue de littérature : pourquoi et comment?, Le Libellio d’AEGIS, 2011, 7(2), 15-27.
  • Mingers J., Measuring the research contribution of management academics using the Hirsh-index, Journal of Operational Research Society, 2009, 60(9), 1143-1153.
  • Whetten D.A., What Constitutes a Theoretical Contribution?, Academy of Management Review, 1989, 14(4), 490-495.

Date de mise en ligne : 18/11/2016

https://doi.org/10.3917/cca.223.0005