La télévision et les arts. Soixante années de production
Roxane Hamery (dir.), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, 277 p.
- Par Lucie Alexis
Pages 141 à 142
Citer cet article
- ALEXIS, Lucie,
- Alexis, Lucie.
- Alexis, L.
https://doi.org/10.4074/S0336150016012084
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- Alexis, L.
- Alexis, Lucie.
- ALEXIS, Lucie,
https://doi.org/10.4074/S0336150016012084
Notes
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[1]
Entretien initialement paru dans la revue Télévision, 2, 2011, p. 138-169.
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[2]
Voir Blanchard Gérard, « J.-C. Averty : l’héritage de la page imprimée », Communication & langages, 2, 1969, p. 59-65.
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[3]
Gisèle Breteau Skira entre au Musée national d’art moderne en 1973 puis au Centre Georges-Pompidou dès 1977. Elle y organise les programmations de films liées aux expositions. En 2000, elle fonde la revue Zeuxis.
1L’ouvrage La télévision et les arts. Soixante années de production, publié aux Presses universitaires de Rennes, a pour ambition « de donner la parole à ceux qui font et ont fait l’histoire de la télévision, qui ont produit, écrit, conçu, réalisé certains des films et émissions consacrés aux arts qui sont parmi les plus marquants de l’histoire du petit écran des années 1950 à aujourd’hui » (p. 12). Dans le cadre d’un programme de recherche intitulé Filmer l’acte de création (FILCREA), une équipe du laboratoire d’Études cinématographiques de l’université Rennes 2, réunie autour de Roxane Hamery, propose treize entretiens témoignant de la diversité des programmes sur l’art diffusés à la télévision française depuis soixante ans. S’ouvre au fil des pages un dialogue passionnant et incarné entre des chercheurs et des professionnels de la télévision : directeur des programmes, producteurs de films sur l’art, réalisateurs, responsables de services de production audiovisuelle de musées nationaux. Chaque entretien est introduit par une présentation du professionnel interviewé.
2L’ouvrage est composé de trois parties. La première, « “Informer, cultiver, distraire”, 3 missions mais des pratiques diverses », revient sur ce triptyque inscrit depuis l’époque de l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF). Jean-Marie Drot raconte sa rencontre avec Jean d’Arcy, ses débuts à la télévision vaticane et revient sur les émissions qu’il a réalisées pour la télévision. Il évoque d’abord Correspondances, qui permettait de « juxtaposer des textes d’écrivains avec des images de peintres dont ils parlaient » (p. 25), et Journal de voyage avec André Malraux. Marie-France Chambat-Houillon et François Jost [1] s’entretiennent avec le réalisateur Jean-Christophe Averty [2], qui préférait intituler ses « émissions des “mises en page” pour [se] démarquer du mot “réalisation” » (p. 42). Entre les lignes, on imagine le ton naturel de cet homme de télévision qui évoque également ses influences surréalistes, ses réalisations diverses – les dramatiques, les messes, les matchs, les variétés, les interludes entre les programmes –, son admiration pour Citizen Kane, le passage à la couleur. Carlos Vilardebó, réalisateur important de la firme Pathé, connu pour ses courts-métrages tels que La Petite Cuillère (1960), revient sur son rapport primordial aux objets auxquels il donne vie dans ses films et sur son entrée, en 1966, à la télévision, pour laquelle il tournera des films sur l’art. On se rappellera également la production télévisuelle de Philippe Collin axée principalement sur le domaine de l’art, de tous les arts (la musique, le cinéma, les arts plastiques), de ses critiques de films dans Elle, de son indépendance vis-à-vis de l’institution et on appréciera ses histoires de tournage. Claude Ventura, qui entre à la télévision dans les années 1960, rapporte quant à lui ses réalisations liées à la création artistique. Celui qui contribua à filmer la musique à la télévision – en réalisant notamment Chorus et Pop 2 – raconte également la manière dont il filmait les artistes. Fondateur avec Michel Boujut et Anne Andreu de la célèbre émission Cinéma, cinémas en 1982, il évoque son rapport à l’art en ces termes : « je ne me suis jamais dit que je filmais l’art ou les artistes. […] Je me suis toujours méfié de l’idée qu’on faisait un truc de qualité quand on filmait l’art » (p. 99). Enfin, Teri Wehn-Damisch, productrice pour la télévision depuis 1975, puis réalisatrice, évoque les émissions Zig-Zag et Ping-Pong.
3La deuxième partie de l’ouvrage observe « L’émergence d’une télévision dédiée à la “culture” ». Jean-Michel Meurice, à la fois peintre et réalisateur, deviendra, en 1981, responsable des programmes documentaires sur Antenne 2 où il mettra en place des magazines d’arts plastiques tels que Désirs des Arts. Également producteur de films, il dirigea en 1986 La Sept avec Georges Duby et Michel Guy. Ce chapitre est aussi l’occasion d’en savoir plus sur le parcours de Thierry Garrel, passé successivement par le Service de la Recherche de l’ORTF, l’Institut National de l’Audiovisuel, la direction de l’unité de programme documentaires de La Sept, rebaptisée Arte France. Pour celui qui développa Architectures, « On ne peut pas se contenter d’émissions avec un contenu culturel : une télévision culturelle doit considérer que la télévision est la culture même. Parlons d’un art de la télévision et non d’art à la télévision, et dans l’art de la télévision est comprise sa capacité à parler de l’art » (p. 158). Dominique Rabourdin revient sur sa participation aux émissions de Jacques Martin, à la création d’Océaniques et la confection de Métropolis. À la lecture de l’entretien d’Alain Jaubert, c’est avec plaisir que l’on découvre les coulisses de Palettes, diffusé entre 1987 et 2002. Enfin, Paul Ouazan, co-responsable avec Claire Doutriaux de l’atelier de recherche d’Arte France créé en 1998, raconte son expérience au sein de Snark – ce magazine diffusait du cinéma expérimental et de l’art vidéo – et Die Nacht. Cet entretien est l’occasion d’évoquer son rapport à la culture : « je sais ce que c’est que d’être inculte, d’acquérir de la culture et en quoi la culture aide à vivre. Je viens d’un milieu qui n’avait pas le temps de se cultiver, et n’avait pas les codes pour le faire. Je sais comment la culture m’a sauvé » (p. 214). Selon lui, « [l]e rôle de la télévision n’est pas seulement d’apporter un droit de savoir ou d’informer, éduquer et distraire”, les trois missions fondatrices. C’est de dire : “Il y a des mondes auxquels vous avez accès, auxquels vous avez droit” » (p. 215).
4Enfin, la dernière partie du livre, intitulée « Partenaires et promoteurs du film sur l’art », réunit deux entretiens portant sur le travail de collaboration entre les chaînes de télévision et des musées nationaux comme le Centre Georges-Pompidou ou le Louvre. Lorsque Dominique Païni entre au Louvre en 1988 en tant que directeur des productions audiovisuelles, se pose la question de la production cinématographique au sein du musée. Il revient notamment sur l’émission Palettes, produite et diffusée par FR3 et le musée du Louvre, et la série Entretiens, filmant des personnalités de l’histoire de l’art. Puis Daniel Soutif se souvient de son expérience en tant que directeur du département du Développement culturel au Centre Georges Pompidou et du lancement des productions audiovisuelles à vocation télévisuelle.
5Dans la conclusion de ce livre, Gisèle Breteau Skira [3] affirme que chacun des interviewés allait « dans le sens de la création d’une “œuvre” » (p. 255) et qu’ils ont expérimenté « une télévision du savoir à grande échelle » (p. 255).
6Si cet ouvrage montre que ces productions sur l’art manquent aujourd’hui de « valorisation » (p. 15), il pose également la question de la valeur d’archive de ces entretiens en donnant la parole à des personnalités qui ont marqué l’histoire de la télévision à des périodes différentes. C’est d’abord en cela que leurs témoignages sont intéressants pour les chercheurs en Sciences de l’information et de la communication travaillant sur l’objet télévisuel et notamment ses rapports avec la culture. Cet ouvrage peut à la fois servir de source d’information et de documentation, mais aussi, parce qu’il propose un ancrage historique, présenter des objets de réflexion pour la recherche aujourd’hui.
7Au-delà, ce livre est une plongée dans les coulisses du petit écran, faisant émerger à plusieurs reprises des noms comme ceux d’André Boutang, de Daisy de Galard, de Pierre Sabbagh, de Pierre-André Meurice et bien d’autres acteurs qui ont marqué la télévision française et ont travaillé aux côtés des interviewés. Finalement, ce livre peut s’adresser aussi bien à un chercheur s’intéressant à l’audiovisuel qu’à un lecteur avide de (re)découvrir des émissions qui ne sont plus diffusées – émissions qui, malgré elles peut-être parfois, ont fait la télévision d’aujourd’hui.